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Le CGMS TM : un système de mesure glycémique en continu


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 18, Numéro 4, 215-9, Avril 2006, Quelle technique utilisez-vous ?



Auteur(s) : Eric Renard , Service des Maladies endocriniennes, hôpital Lapeyronie, 34295 Montpellier cedex 5.

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Auteur(s) : Eric Renard

Service des Maladies endocriniennes, hôpital Lapeyronie, 34295 Montpellier cedex 5

L’objectif de l’insulinothérapie est la restauration d’un niveau glycémique le plus proche possible de la normale de façon permanente, afin de prévenir le développement des complications chroniques du diabète. Des progrès notables ont été réalisés au cours de ces dix dernières années en matière d’insulinothérapie avec la disponibilité des analogues de l’insuline d’action rapide, puis d’action prolongée, et le recours facilité aux pompes à insuline.

Rationnel pour une mesure glycémique continue

Ces moyens d’insulinothérapie permettent de mieux répondre aux besoins basaux d’insuline entre les repas et durant la nuit (analogues d’action prolongée ou débits de base de la pompe) ainsi qu’aux besoins accrus lors des prises alimentaires (analogues d’action rapide ou bolus de la pompe). L’action de l’insuline est devenue plus reproductible, et le risque d’hypoglycémies a été réduit par une action basale plus « plate » et une action prandiale plus rapide et plus courte. Les besoins en insuline sont cependant très variables d’un sujet à l’autre, et chez un même sujet très changeants selon ses activités, ses émotions, son état de santé indépendant du diabète et la nature de ses prises alimentaires. L’adaptation correcte des doses d’insuline ne peut donc être réalisée qu’à partir d’une information sur le niveau glycémique : l’autosurveillance glycémique capillaire est inséparable d’une insulinothérapie [1]. Il a été montré, lors de l’utilisation d’insulines rapide et NPH, que certaines mesures glycémiques étaient des témoins assez fiables de la période précédant ou suivant le temps de mesure, tandis que d’autres n’avaient qu’une valeur instantanée [2]. Ainsi, la glycémie au réveil est assez bien corrélée avec le niveau glycémique moyen au cours des 8 heures précédentes, la glycémie avant le dîner est un bon reflet de la glycémie moyenne au cours de l’après-midi et la glycémie au coucher de la glycémie moyenne depuis le dîner. Par contre, la glycémie au lever n’est pas prédictive de la glycémie durant la matinée, et la glycémie avant le déjeuner ne rend pas bien compte du niveau glycémique de la matinée ni de l’après-midi. La glycémie au coucher prédit mal l’évolution glycémique nocturne. Il en résulte que les apports d’insuline précédant le petit-déjeuner et le déjeuner ne peuvent être bien ajustés que par la pratique de contrôles complémentaires après chacun de ces repas, et le choix de la dose d’insuline pour couvrir la nuit bénéficie de contrôles glycémiques capillaires nocturnes. Il est difficile en pratique d’obtenir des patients des contrôles glycémiques aussi fréquents, auxquels on peut encore ajouter d’autres mesures utiles en cas d’activité physique ou de prise alimentaire interprandiale, par exemple. La conséquence est une adaptation souvent présomptive de l’insuline qui expose aux écarts hyper- ou hypoglycémiques. La mesure trimestrielle de l’hémoglobine glyquée apporte souvent l’indication d’une faillite du contrôle glycémique qui paraît convenable d’après les données consignées de l’autosurveillance glycémique. La survenue impromptue d’hypoglycémies, notamment en période nocturne, est souvent la conséquence d’une dose d’insuline mal ajustée faute d’informations. Ce constat est un plaidoyer pour le bien-fondé d’une mesure glycémique continue ambulatoire. Idéalement disponible en temps réel, elle permettrait des interventions correctives ou préventives des excursions glycémiques délétères. Analysable après enregistrement pour le moins, elle pourrait faire comprendre les raisons de l’échec du contrôle glycémique et conduire à des changements thérapeutiques ou comportementaux. C’est sur ce dernier rationnel qu’est fondée la technique du CGMSTM.

Principes techniques et utilisation pratique du CGMSTM

Le CGMSTM permet une mesure du glucose via le recours à la glucose-oxydase, enzyme spécifique du glucose dont elle catalyse l’oxydation en présence d’oxygène [3] (( figure 1 )). L’enzyme est disposée sur une électrode implantée dans le tissu sous-cutané, et vise donc la mesure de la concentration de glucose interstitiel. L’oxydation d’une molécule de glucose en présence de l’enzyme produit de l’acide gluconique et de l’eau oxygénée. Soumise à un champ électrique de 500 mV, l’eau oxygénée se dissocie en eau et en oxygène en libérant deux électrons, qui créent le signal du sensor. Pour en déduire une estimation de la glycémie, il faut étalonner le signal produit à un moment donné sur la glycémie contemporaine. Sur la base de cet étalonnage, le signal reçu à chaque instant par le moniteur peut être converti en valeur glycémique estimée. En réalité, le signal est acquis toutes les 10 secondes et une moyenne sur 5 minutes est mémorisée. L’étalonnage doit être réitéré en pratique quatre fois par jour, pour corriger la dérive progressive du signal par rapport à la glycémie. En pratique, le CGMSTM est donc utilisé comme un « holter » glycémique, procédant à un enregistrement du signal issu du capteur sur quelques jours. Afin d’obtenir la meilleure corrélation entre le signal et la glycémie sur une période donnée, un traitement informatique sur ordinateur du signal reçu de façon continue au cours de cette période est nécessaire a posteriori pour ajustement sur les valeurs glycémiques ayant servi à l’étalonnage. Le tracé glycémique estimé qui est fourni par l’ordinateur après cet étalonnage rétrospectif a été soumis à une évaluation critique de fiabilité par l’informatique. L’estimation de la glycémie est jugée fiable si sur 24 heures la déviation des glycémies estimées par le capteur par rapport aux glycémies ayant servi à l’étalonnage est inférieure à 28 % et si le coefficient de corrélation entre ces valeurs glycémiques estimées et mesurées est d’au moins 0,79. Si ces critères de fiabilité ne sont pas réunis, ou si moins de 3 glycémies d’étalonnage ont été effectuées sur 24 heures, il est fait appel au jugement du clinicien pour évaluer la concordance entre la glycémie estimée et la glycémie réelle. Les évaluations publiées de l’exactitude du capteur indiquent une corrélation de 87 à 92 % entre la glycémie estimée et la glycémie réelle contrôlée en dehors des valeurs d’étalonnage sur une durée de 63 heures en moyenne [4]. D’après la grille d’erreur de Clarke qui juge la signification de l’erreur au sens clinique, c’est-à-dire sur son impact en termes de comportement attendu de la part du patient s’il avait à sa disposition la glycémie estimée, 98,9 % des valeurs estimées n’impliqueraient pas un risque de comportement erroné sur une période moyenne de près de 3 jours [4].

Les éléments critiques pour la réussite d’un enregistrement sont multiples. Le premier tient à la mise en place du capteur-aiguille qui ne doit être traumatisante ni pour le tissu sous-cutané, ni pour le capteur. Un inserteur adapté est prévu pour minimiser ces risques. Une fois le moniteur raccordé au capteur, l’étalonnage initial doit être réalisé après stabilisation de la réaction enzymatique au site de mesure, au cours d’une période de relative stabilité glycémique dans une fourchette comprise entre 0,4 et 4 g/l. En règle générale, la glycémie capillaire d’étalonnage est pratiquée une trentaine de minutes après l’insertion du capteur dans la peau et sa valeur est introduite dans la mémoire du moniteur, qui valide la relation entre cette valeur et l’intensité contemporaine du signal (ISIG). Si l’ISIG sort d’une fourchette donnée en cours d’enregistrement, un message d’alerte indique au patient la nécessité d’un ré-étalonnage, après examen du site d’implantation et des connexions avec le moniteur et correction du problème le cas échéant. Le patient est invité en outre, à marquer d’un indice sur l’enregistrement les prises alimentaires, les injections d’insuline ou commandes de bolus par la pompe, les phases d’activité physique ou tout autre événement potentiellement actif sur la glycémie. Le report par le sujet, sur un carnet adjoint à l’enregistrement, des événements et de leur heure et durée de survenue complète utilement ces indices pour l’analyse rétrospective des variations glycémiques. L’enregistrement est interrompu après une durée convenue, ou en cas d’alertes répétées de déviations d’intensité du signal traduisant un défaut irrémédiable d’enregistrement. Pour interprétation complémentaire, la mémoire de la pompe à insuline du patient, le cas échéant, peut être également téléchargée sur ordinateur, permettant d’établir des relations entre variations glycémiques et programmations de la pompe.

Résultats obtenus par le CGMSTM

La vérification des critères de fiabilité de l’enregistrement doit précéder l’analyse et l’interprétation des données. L’absence de satisfaction à ces critères est signalée par le logiciel d’exploitation, laissant le clinicien juger de la possibilité d’analyser les données correspondantes. Outre le tracé glycémique et l’affichage des indices entrés par le patient, les données fournies comprennent les valeurs ponctuelles de la glycémie estimée toutes les 5 minutes (ces valeurs correspondent à une valeur moyenne durant l’intervalle), la glycémie moyenne journalière d’après le capteur étalonné, les valeurs d’étalonnage et leur moyenne quotidienne, les écarts-types de ces données glycémiques, et, depuis la mise à disposition du système GoldTM, le nombre d’excursions glycémiques et les aires sous la courbe pour des seuils définis, le temps passé au-dessus ou au-dessous de ces seuils. Les valeurs brutes d’ISIG sont également accessibles ainsi que les déclenchements d’alerte de défaut d’enregistrement. L’analyse de ces données peut être quantitative ou qualitative. Quantitativement, les moyennes, écarts-types et excursions glycémiques estimées par le capteur permettent d’évaluer précisément le contrôle glycémique au cours de la période d’enregistrement. Qualitativement, l’examen des courbes glycémiques par 24 heures en liaison avec les indices marqués par le patient en cours d’enregistrement et en confrontation avec le carnet de recueil d’événements vise à identifier les raisons des excursions glycémiques pathologiques. La reproductibilité du profil glycémique est jugée par la confrontation des tracés journaliers.

Indications et limites du CGMSTM

L’utilisation du CGMSTM est indiquée à chaque fois que l’on souhaite connaître plus précisément que par l’autosurveillance glycémique le profil glycémique au quotidien d’un sujet diabétique. C’est notamment le cas lorsque : les données de l’HbA1c sont discordantes par rapport aux données d’autosurveillance ; l’on suspecte des hypoglycémies méconnues car asymptomatiques, surtout la nuit (( figure 2 )) ; 3) l’on veut élucider un diabète instable (( figure 3 )) ; 4) l’on veut évaluer plus en détail l’effet d’une modification thérapeutique (( figure 4 )). Bien que les données recueillies ne vaillent que pour la période d’enregistrement, des changements de mode d’insulinothérapie, des modifications des algorithmes d’adaptation des doses d’insuline, des actions sur le comportement peuvent en résulter avec une certaine efficacité. Le bénéfice sur le contrôle glycémique global évalué par l’HbA1c issu spécifiquement du recours au CGMSTM n’est cependant pas univoque, certains travaux argumentant en faveur [5, 6], et d’autres contre [7]. En dehors des limites liées à la capacité du malade de bien suivre le protocole pour obtenir un enregistrement interprétable, les données issues du CGMSTM doivent être considérées comme des tendances glycémiques et non comme des mesures absolues. Ces restrictions viennent des aléas de la sensibilité au glucose du capteur selon sa mise en place et les réactions de l’organisme au site d’insertion [8] et de l’absence de parallélisme physiologique entre l’évolution du glucose interstitiel et celle de la glycémie, notamment en cas de variations rapides de la consommation glucosée (selon l’insulinémie ou l’exercice musculaire) [9].

Conclusion et perspectives

Le CGMSTM apporte incontestablement un regard nouveau sur les variations glycémiques chez les sujets diabétiques, surtout ceux traités par l’insuline. À ce titre, il constitue un moyen diagnostique innovant capable d’aider à élucider des situations d’échec thérapeutique, mais également un moyen éducatif par la possibilité d’illustrer les problèmes à résoudre pour le patient. Cet outil nouveau est perfectible, comme l’illustre déjà l’évolution depuis les premiers systèmes jusqu’au système GoldTM actuel. Le pas en avant essentiel à franchir est la mise à disposition immédiate de l’information au malade [10]. L’évolution actuelle vers le système GuardianTM affichant quasiment en temps réel l’estimation glycémique et capable d’émettre des messages d’alerte en cas de franchissement de seuils préétablis va dans ce sens. Si ces données peuvent entraîner l’identification de problèmes difficiles à résoudre, elles sont également indispensables pour améliorer l’efficacité du traitement vers les objectifs cibles.

Références

1 Renard E. Monitoring glucose control : the importance of self-monitoring of blood glucose. Am J Med 2005 ; 118 : 12S-19S.

2 Zavalkoff SR, Polychronakos C. Evaluation of conventional blood glucose monitoring as an indicator of integrated glucose values using a continuous subcutaneous sensor. Diabetes Care 2002 ; 25 : 1603-6.

3 Mastrototaro J-J. The MiniMed continuous glucose monitoring system. Diabetes Technol Ther 2000 ; 2 : S13-S18.

4 Guerci B, Floriot M, Böhme P, et al. Clinical performance of CGMS in type 1 diabetic patients treated by continuous insulin infusion using insulin analogs. Diabetes Care 2003 ; 26 : 582-9.

5 Bode BW, Gross TM, Thornton KR, Mastrototaro JJ. Continuous glucose monitoring used to adjust diabetes therapy improves glycosylated hemoglobin : a pilot study. Diabetes Res Clin Pract 1999 ; 46 : 183-90.

6 Kaufman FR, Gibson LC, Halvorson M, Carpenter S, Fisher LK, Pitukcheewanont P. A pilot study of the continuous glucose monitoring system. Clinical decisions and glycemic control after its use in pediatric type 1 diabetic subjects. Diabetes Care 2001 ; 24 : 2030-4.

7 Chico A, Vidal-Rios P, Subira M, Novials A. The continuous glucose monitoring system is useful for detecting unrecognized hypoglycemias in patients with type 1 and type 2 diabetes but is not better than frequent capillary glucose measurements for improving metabolic control. Diabetes Care 2003 ; 26 : 1153-7.

8 Metzger M, Leibowitz G, Wainstein J, Glaser B, Raz I. Reproducibility of glucose measurements using the glucose sensor. Diabetes Care 2002 ; 25 : 1185-91.

9 Monsod TP, Flanagan DE, Rife F, et al. Do sensor glucose levels accurately predict plasma glucose concentrations during hypoglycemia and hyperinsulinemia. Diabetes Care 2002 ; 25 : 889-93.

10 Renard E. Insulin therapy by insulin pump : continuous or conventional self-blood glucose monitoring? Diabetes Metab 2003 ; 29 : 2S54-2S62.


 

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