ARTICLE
Auteur(s) :, Sébastien Le Goudeveze, Xavier de Kerangal*,
Lionel Montagliani, Olivier Baton, Bernard Baranger
Service de chirurgie viscérale et vasculaire, hôpital
d’instruction des Armées Val-de-Grâce, 74 bd de Port Royal, 75005
Paris
Observation
Mme B., patiente de 70 ans, ayant eu en 1989 des antécédents
d’hypertension artérielle traitée et de pancréatite aiguë, se
présente aux urgences pour un syndrome occlusif avec diarrhée
évoluant dans un contexte de lombalgie gauche depuis quinze jours.
L’examen à l’entrée retrouve un syndrome occlusif sans
rectorragie ni hyperthermie. Le bilan biologique met en évidence un
syndrome inflammatoire important avec une CRP à 114 mg/L, une
hyperleucocytose à 35000 GB/mm3, une thrombocytose avec
des plaquettes à 1,5 millions/mm3 et une cholestase
anictérique. Un scanner thoraco-abdominal objective un volumineux
thrombus de la partie inférieure de l’aorte thoracique sus-rénale
et un autre situé sur la bifurcation iliaque (( figure 1 )). Il existe une
thrombose du tronc cœliaque (( figure 2 )) mais l’artère
mésentérique supérieure est perméable. La rate est augmentée de
volume, ballonisée de densité hydrique et elle est le siège d’un
infarcissement massif. Le foie est inhomogène avec une atrophie du
lobe gauche. Il existe des images hypodenses corticales rénales
évocatrices d’infarctus locaux. On ne retrouve pas de souffrance
digestive. Les artères rénales et mésentériques sont bien
opacifiées et il n’existe pas d’épanchement intrapéritonéal.
Un traitement anticoagulant efficace est mis en place, à base
d’héparine et d’aspirine.
Devant l’aggravation des symptômes et l’apparition d’une
pneumatose pariétale iléale au scanner, une laparotomie
exploratrice est réalisée au cours de laquelle sont effectuées une
résection grêlique sans rétablissement de continuité pour infarctus
mésentérique, une cholécystectomie pour cholécystite ischémique et
une splénectomie pour infarcissement splénique complet.
La constatation d’érythroblastes en nombre important sur les
frottis sanguins et l’apparition progressive de myélocytes et
métamyélocytes conduisent à réaliser un myélogramme et une biopsie
de moelle osseuse. Le diagnostic retenu le plus probable est celui
d’un syndrome myélo-prolifératif chronique de type thrombocytémie
essentielle.
Au quatorzième jour, l’état hépatique se dégrade profondément
avec une majoration de la cytolyse jusqu’à 100 fois la normale, une
acidose avec un pH à 7 nécessitant la mise en place d’une
expuration extra-rénale en continu. Un nouveau scanner abdominal
est réalisé qui montre l’apparition de nombreuses zones d’ischémie
hépatique et rénale faisant évoquer de nouveaux thrombi hépatiques
et rénaux. Le même jour apparaît un syndrome de détresse
respiratoire aiguë (SDRA), avec une détresse hémodynamique majeure,
dont la patiente décède.
Commentaire
La thrombocytémie essentielle est caractérisée par une élévation
franche du nombre de plaquettes.
Le diagnostic de thrombocytémie essentielle est posé : 1)
devant une élévation persistante des plaquettes (toujours
supérieure à 400 000/mL) ; 2) au niveau de la ponction
ostéo-médullaire, devant des mégacaryocytes, ces derniers
présentant une augmentation du diamètre et de la ploïdie ; 3)
devant l’absence de toute maladie pouvant être à l’origine d’une
thrombocytémie réactive ou d’une thrombocytose due à un autre
désordre myéloprolifératif.
Les expressions cliniques de cette pathologie sont variées,
liées au dysfonctionnement plaquettaire. Il s’agit donc de
thromboses (le plus souvent artérielles et distales) et
d’hémorragies [1].
L’évolution à moyen terme est dépendante des accidents
thrombotiques et hémorragiques avec, selon des études récentes, une
mortalité de 15 à 20 %. Dans 1 à 2% des cas, la maladie se
transforme en véritable leucémie [2].
Le traitement repose sur l’utilisation d’hydroxyurée et
d’aspirine dans les problèmes thrombotiques.
Cette observation montre la nécessité d’une détection précoce de
ces maladies afin de permettre la mise en place d’un traitement
curatif et d’éviter de telles issues dramatiques.
Références
1 Elliott A, Tefferi A. Thrombosis and haemorrhage in
polycythaemia vera and essential thrombocythaemia. Br J Haematol
2004 ; 128 : 275-90.
2 Passamonti F, et al. Life expectancy and prognostic
factors for survival in patients with polycythemia vera and
essential thrombocytemia. Am J Med 2004 ; 117 :
755-61.
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