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Assistances circulatoires mécaniques : évolutions


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 17, Numéro 5, 265-72, Mai 2005, Mini-revue


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Jean-Michel Grinda , Chirurgie cardiovasculaire, hôpital européen Georges Pompidou, 21, rue Leblanc, 75908 Paris cedex 15.

Résumé : Les assistances circulatoires mécaniques (ACM) font désormais partie de l’arsenal thérapeutique de l’insuffisance cardiaque avancée. Leur utilisation croît du fait de l’augmentation de fréquence de l’insuffisance cardiaque avancée, et de l’inadéquation du nombre de transplantations cardiaques. Différents matériels, tous en évolution, sont à disposition des cliniciens afin de répondre aux indications classiques de pont à la transplantation et de pont à la récupération et maintenant à l’indication d’implantation définitive ou d’alternative à la transplantation. L’apparition de kit mobile d’urgence en assistance circulatoire permet l’implantation en extrême urgence d’assistance par voie périphérique pouvant être convertie secondairement en une assistance de plus longue durée en attente de la transplantation. Cette revue fait le point sur l’actualité de ces différentes évolutions.

Mots-clés : assistance circulatoire mécanique, kit mobile d’urgence, insuffisance cardiaque, transplantation

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) :, Jean-Michel Grinda*

Chirurgie cardiovasculaire, hôpital européen Georges Pompidou, 21, rue Leblanc, 75908 Paris cedex 15

Les assistances circulatoires mécaniques (ACM) font désormais partie de l’arsenal thérapeutique de l’insuffisance cardiaque avancée. Leur principale indication est celle du pont vers la transplantation, l’ACM permettant l’attente de la transplantation [1-6]. Cependant, des indications d’implantation définitive voient le jour en cas de contre-indication à la transplantation, les ACM se positionnant déjà comme une possible alternative à la transplantation [7, 8]. De nouveaux systèmes permettent des assistances en urgence avant d’envisager la mise en place d’une assistance de plus longue durée en attente d’une transplantation [9].

Définition et place de l’assistance circulatoire mécanique

L’insuffisance cardiaque avancée

L’insuffisance cardiaque avancée est un problème de santé publique. Son incidence annuelle en France est estimée à 225 cas par million d’habitants. Trente-cinq pour cent des patients sont décédés à un an, après des hospitalisations prolongées représentant 1 % des dépenses globales de santé dans notre pays. La fréquence de l’insuffisance cardiaque augmente du fait du vieillissement de la population et de l’amélioration de la survie après infarctus du myocarde.

La transplantation cardiaque

Si la transplantation cardiaque reste le traitement chirurgical de référence, elle n’est proposée qu’à un nombre restreint de patients âgés de moins de soixante-soixante-cinq ans, indemnes de pathologie associée grave limitant la survie et ne présentant pas de contre-indication à un traitement immunosuppresseur (746 patients inscrits en liste en 2003 en France). D’autre part, la transplantation reste limitée par la pénurie de greffons cardiaques qui est responsable d’une augmentation progressive des délais d’attente (avec une médiane à 5,2 mois en 2003 en France) et du décès d’un nombre important de patients (12 % des patients en France en 2003) pendant cette attente. À noter que ce dernier chiffre ne tient pas compte des patients inscrits pour lesquels une ACM a été mise en place. Il s’agit donc d’une sous-évaluation.

L’assistance circulatoire mécanique

Une ACM désigne un dispositif intra ou extra-corporel pouvant suppléer totalement ou partiellement les fonctions circulatoires normalement exercées par le cœur. Il repose sur le principe de la substitution de la fonction défaillante de pompe du ventricule gauche ou droit ou bien des deux ventricules par un système mécanique. Son objectif est de préserver ou de restaurer les grandes fonctions de l’organisme. Les ACM peuvent être proposées pour des situations cliniques suraiguës, aiguës ou chroniques, aux étiologies diverses comme les myocardites, les chocs cardiogéniques post-infarctus, certaines intoxications, les défaillances circulatoires post-cardiotomies et les cardiomyopathies chroniques. Une telle diversité suppose des stratégies thérapeutiques, elles aussi, variées. Le clinicien dispose de plusieurs systèmes d’ACM afin de mener à bien son objectif thérapeutique.

Évolutions des différents systèmes d’ACM

Afin de voir ces évolutions, nous allons envisager les différents systèmes d’ACM selon une classification clinique plutôt que selon une classification basée sur l’hydraulique, la mécanique ou le mode énergétique des systèmes. Cette classification clinique comporte les contrepulsions intra-aortiques, les pompes centrifuges, les ventricules pneumatiques, les assistances univentriculaires gauches implantables, les cœurs artificiels orthotopiques partiellement ou complètement implantables.

Contrepulsion intra-aortique : toujours

Bien que la contrepulsion ne soit pas une ACM au sens strict du terme, l’importance de son utilisation depuis son introduction clinique en 1968 justifie un bref rappel. Disponible aussi bien dans les services de chirurgie cardiaque que dans les unités de soins intensifs cardiologiques, le ballon de contrepulsion, introduit par voie fémorale percutanée, est positionné dans l’aorte thoracique descendante. Le ballon est dégonflé pendant la systole ce qui contribue à diminuer la post-charge et la pression télédiastolique du ventricule gauche. Le ballon est gonflé pendant la diastole ce qui accroît la pression artérielle diastolique et améliore ainsi la perfusion coronaire.

Pompes centrifuges : en voie d’abandon

Leur disponibilité, leur faible coût, leur facilité de mise en œuvre et de surveillance en ont fait un des procédés d’assistance le plus utilisé. Il s’agit de pompes non occlusives procurant un débit non pulsé, continu, qui dépend non seulement de la vitesse de rotation mais aussi de la tailles des canules utilisées et des pressions d’entrée et de sortie. Les plus connues sont les pompes Biomedicus, Centrimed et St Jude. Elles peuvent assurer une assistance uni ou biventriculaire ou bien permettre une ECMO (Extra-Corporeal Membrane Oxygenation). Mais leur utilisation, responsable d’une hémolyse importante, est de courte durée, de l’ordre d’une semaine. De ce fait, leur utilisation connaît un net déclin au profit des ventricules pneumatiques.

De l’ECMO à l’ECLS

Pratiquement abandonnée du fait de ses complications, l’ECMO connaît un regain d’intérêt sous le terme d’ECLS (Extra-Corporeal life Support). Il s’agit toujours d’une circulation extracorporelle entre la veine et l’artère fémorale avec oxygénateur répondant aux situations de grande urgence (( figure 1 )). Les améliorations technologiques portent sur les différents composants du système : console plus fiable dotée de différents systèmes d’alarme ; pompes diagonales responsables d’une moindre hémolyse que les anciennes pompes centrifuges ; canules moins traumatiques pouvant éventuellement être insérées par voie percutanée et dotées d’un raccord permettant la perfusion de l’aval artériel afin d’éviter le risque d’ischémie du membre (( figure 2 )) ; oxygénateur de longue durée en fibres de polyméthylpentène de meilleure biocompatibilité, requérant une moindre anti-coagulation, limitant le risque de saignement.

Ce type d’ACM peut être mis en place par voie périphérique, voire percutanée éventuellement au lit du patient. Assistance de courte durée, de l’ordre de quelques jours, elle permet la gestion de la situation d’urgence en attente d’une éventuelle récupération voire de l’implantation secondaire, programmée, d’une ACM de plus longue durée (bridge to bridge) [9]. Le prix du consommable d’un kit d’urgence mobile en assistance circulatoire est de l’ordre de 3 000 euros.

Ventricules pneumatiques : des paracorporels aux implantables

Les ventricules pneumatiques étaient, jusqu’à peu, tous paracorporels, c’est-à-dire qu’ils reposaient sur l’abdomen du patient. L’évolution a été marquée par l’apparition de ventricules pneumatiques intracorporels insérés dans la paroi abdominale du patient [10]. La société Thoratec a développé ces ventricules implantables en remplaçant les coques en polyuréthane des ventricules paracorporels par des coques en titane : le thoratec IVAD1. Qu’ils soient para ou intracorporels, les ventricules pneumatiques ont le même mode de fonctionnement (( figure 3 )). Ils sont composés d’un compartiment sanguin et d’un compartiment aérien entourés d’un boîtier rigide. Ils sont reliés aux cavités cardiaques et aux gros vaisseaux par des canules. Le remplissage du compartiment sanguin se fait par une canule d’admission (installée dans l’oreillette droite pour une assistance droite ou dans l’apex du ventricule gauche pour une assistance gauche). Le compartiment aérien est relié par un tuyau à une console pneumatique. Cette console engendre une pression positive qui écrase le compartiment sanguin et provoque l’éjection du sang par une canule d’éjection (installée dans l’artère pulmonaire pour une assistance droite ou dans l’aorte ascendante pour une assistance gauche). Le caractère unidirectionnel du déplacement sanguin est garanti par la présence des prothèses valvulaires. Les différents ventricules pneumatiques extra-corporels (Thoratec, Medos, Berlin Heart) ou intra-corporels (thoratec IVAD) permettent une assistance uni ou biventriculaire de moyenne durée de l’ordre de quelques semaines à quelques mois. Seul le thoratec IVAD (( figure 4 )) implantable permet une autonomie et le retour du patient à son domicile dans l’attente de la transplantation. Le prix du consommable d’une assistance biventriculaire pneumatique est variable : 30 000 euros pour les Medos, 72 000 pour les Thoratec et de 88 000 euros pour les thoratec IVAD.

Assistances univentriculaires gauches implantables : des ventricules électro-mécaniques aux turbines à flux axial

Ce type d’assistance, de génération plus récente, a bénéficié d’une sophistication technologique plus élevée. Seul le ventricule gauche est assisté, et ce pour une longue durée de l’ordre de quelques mois voire quelques années, par un matériel presque totalement implantable permettant de ce fait une bonne autonomie et le retour du patient à domicile. Après quinze année de suprématie des gros ventricules électro-mécaniques générant un flux pulsé, sont apparues les turbines à flux axial, miniaturisées et générant un flux non pulsé.

Les ventricules électro-mécaniques sont essentiellement représentés par deux dispositifs de fonctionnement similaire: le Novacor et TCI HeartMate. La prothèse (avoisinant les 900 g) est insérée dans la paroi abdominale. Elle est reliée à l’apex du ventricule gauche par une canule d’admission et à l’aorte ascendante par une prothèse d’éjection en dacron. Le ventricule rempli, deux électro-aimants écrasent la chambre sanguine, chassant le sang. Le système, doté de deux prothèses valvulaires, assure un flux unidirectionnel pulsé. L’énergie électrique est transmise à la pompe par l’intermédiaire d’un câble transcutané, sortant au flanc droit du patient. Le boîtier de contrôle comprenant les batteries peut être porté à la ceinture (( figure 5 )). De très nombreux patients ont été assistés pour de longues durées, parfois plusieurs années, à l’aide de ces systèmes qui ont permis l’autonomisation des patients, leur retour à domicile voire la reprise du travail [1-3]. Leur coût est de l’ordre 80 000 euros. Deux nouveaux ventricules, en cours d’évaluation, présentent chacun une avancée technologique intéressante : le LionHeart, complètement implantable, doté d’un système de transmission transcutanée de l’énergie sans câble percutané nécessaire, et le HeartSaver doté d’un système de télésurveillance par satellite permettant au clinicien de suivre à distance l’assistance de son patient.

Les pompes axiales représentent le nouveau type d’assistance univentriculaire gauche implantable. Il s’agit de turbines à commande électro-magnétique. Elles ont en commun leur miniaturisation et délivrent un flux continu, non pulsé. La plus utilisée est la pompe axiale de DeBakey [4]. Sa vitesse de rotation est comprise entre 7 500 et 12 500 tours par minute. Un gain majeur est la miniaturisation du système (diamètre 30 millimètres, longueur 76 millimètres, poids 93 grammes) (( figure 6 )) qui permet une chirurgie moins lourde (la confection d’une poche dans la paroi abdominale n’est plus nécessaire). La turbine est insérée entre l’apex du ventricule gauche et une prothèse en dacron de réinjection anatomosée sur l’aorte ascendante (figures 7, 8). Le prix d’une DeBakey VAD est de 60 000 euros.

Maintenir un patient en assistance en flux continu « non physiologique » n’était pas un choix évident même en gardant en mémoire le fait que le flux artériel pulsatile devient physiologiquement non pulsatile au niveau des capillaires, là où se font les échanges gazeux et nutritifs. L’expérience acquise avec la turbine de DeBakey a permis de lever les doutes quant aux nombreuses interrogations et incertitudes d’une ACM de longue durée en flux non pulsé (mode de fonctionnement, sélection des patients, performances et possibilités d’assurer une hémodynamique et une perfusion efficaces des organes et ce quelle que soit la corpulence des patients, conséquences sur le long terme, possibilités d’adaptabilité). En fait, le cœur natif assisté récupère une fonction contractile et assure un certain degré de pulsatilité en quelques semaines. D’autres pompes axiales se sont développées depuis : le Jarvick 2000 (Jarvick), le Heartmate II (Thoratec), le Incor (Berlin Heart). Deux nouveaux systèmes sont actuellement en développement. Il s’agit de pompes centrifuges miniaturisées implantables : le DuraHeart (Terumo) et le Ventrassist (Ventracor).

Cœur artificiel orthotopique : du partiellement au complètement implantable

Le seul cœur artificiel orthotopique dont on dispose actuellement est le CardioWest [5]. Il s’agit de deux ventricules pneumatiques implantés en position orthotopique, après résection du massif biventriculaire du patient, sur des collerettes auriculaires et reliés à l’aorte et l’artère pulmonaire par des tubes de Dacron. L’énergie pneumatique est transmise par deux lignes d’activation transcutanée. Aucune console portable n’existe actuellement et si cette assistance est efficace et fiable pour de longues durées, elle ne donne aucune autonomie au patient maintenu en chambre de réanimation.

L’Abiocor, premier cœur artificiel total complètement implantable en position orthotopique [6], à activation électrique et doté d’un système de transmission transcutanée de l’énergie, suscite beaucoup d’espoir (( figure 9 )). Il permettrait en effet une assistance biventriculaire de longue durée tout en assurant une parfaite autonomie au patient et son retour à domicile. Son évaluation clinique a été interrompue. Néanmoins, il représente un concept d’avenir et focalise les recherches en matière d’ACM du futur.

Évolutions des objectifs thérapeutiques

L’implantation d’une ACM répondait essentiellement à deux stratégies thérapeutiques : permettre l’attente d’une transplantation (pont à la transplantation) ou permettre la récupération du myocarde (pont à la récupération). Une autre stratégie thérapeutique a vu le jour : l’ACM pourrait représenter un traitement définitif voire une alternative à la transplantation (implantation définitive). De plus, l’apparition de « kit d’urgence mobile en assistance circulatoire » permet l’implantation en extrême urgence d’une assistance de courte durée par voie périphérique. Cette ECLS permet l’implantation secondaire, si nécessaire, d’une assistance de plus longue durée (pont au pont).

Pont à la transplantation

L’attente de transplantation représente la principale indication d’implantation d’ACM [1-6]. Pour être efficace, l’implantation doit être réalisée au mieux sur des patients stabilisés, sans défaillance polyviscérale conséquence d’un choc cardiogénique non jugulé. Ces implantations doivent être réalisées d’une manière programmée voire en urgence différée. Dans ces conditions, les chances de succès, c’est-à-dire de transplanter avec succès le patient, sont de l’ordre de 75%. D’autre part, le devenir après transplantation est identique que le patient ait été ou non préalablement assisté (75 % à 5 ans) [1]. En raison de l’allongement du délai d’attente d’un greffon, l’assistance doit être de longue durée et devrait au mieux permettre l’autonomie du patient. Les assistances univentriculaires gauches implantables ou biventriculaires pneumatiques implantables, pour les patients qui nécessitent impérativement une assistance biventriculaire, répondent le mieux à ces objectifs.

Pont à la récupération

Cette indication reste rare. Elle est proposée devant des pathologies aiguës réversibles comme les myocardites fulminantes, certaines intoxications médicamenteuses voire de rares cas de choc cardiogénique post-infarctus. L’objectif de l’ACM est alors d’éviter les conséquences viscérales du choc cardiogénique en attendant la récupération du myocarde généralement assez rapide. Ces atteintes aiguës nécessitent le plus souvent une assistance biventriculaire de courte à moyenne durée. Les ventricules pneumatiques répondent bien à ces impératifs.

Une autre situation clinique est représentée par la récupération d’une fonction contractile après une assistance de longue durée chez des patients atteints de cardiomyopathies chroniques primitives ou ischémiques. Certains patients ont pu ainsi être sevrés après une ou plusieurs années d’assistance univentriculaire gauche implantable. Une importante voie de recherche a été ainsi ouverte mais il semble qu’après le sevrage, la fonction myocardique se détériore à nouveau plus ou moins rapidement et que très peu d’équipes dans le monde aient développé de tels programmes.

Implantation définitive ou alternative à la transplantation

C’est bien entendu cette voie qui soulève actuellement les enthousiasmes et oriente les recherches requérant le maximum d’innovation et de sophistication technologiques. La fiabilité et la durabilité des assistances (certains patients ont été assistés plus de quatre ans) ont justifié la notion d’implantation en alternative à la transplantation pour des patients ne pouvant être transplantés. L’étude REMATCH a démontré le bénéfice de la mise en place d’une assistance par rapport au traitement médical chez les patients récusés pour une transplantation [7, 8]. Les assistances univentriculaires gauches implantables, et notamment les turbines à flux axial du fait de leur miniaturisation et de leur moindre agressivité, répondent bien aux impératifs de cette indication et l’on voit l’intérêt d’un système de transmission transcutanée de l’énergie et d’un système de télésurveillance. Les avancées technologiques, la mise à disposition d’un cœur artificiel total implantable permettront peut-être le développement d’implantations définitives non plus uniquement en cas de contre-indication à la transplantation mais comme une réelle alternative, qui, elle, prendrait en compte le problème de pénurie de greffon.

L’assistance en pont au pont (bridge to bridge)

Les améliorations technologiques ont justifié le renouveau d’intérêt pour les ACM périphériques fémoro-fémorales avec oxygénateurs : les ECLS. L’objectif est la prise en charge en extrême urgence des patients les plus critiques en choc cardiogénique sévère pour lesquels il est difficile de juger de l’opportunité ou bien difficile d’organiser la mise en place première d’un autre type d’ACM. La constitution de « kit d’urgence mobile en assistance circulatoire » permet aux équipes d’assurer la mise en place en urgence d’assistance dans les différents services de l’hôpital. Elle permet aussi le déplacement de ces équipes dans d’autres hôpitaux afin de sécuriser le transport secondaire de patients sous assistance circulatoire. Quelques jours après, en l’absence de récupération spontanée et sur un patient sans séquelles rédhibitoires notamment neurologiques, au terme d’un bilan, l’ECLS peut être remplacée par une assistance de plus longue durée, le bridge to bridge permettant de rejoindre l’indication plus classique de pont à la transplantation [9].

Complications

Elles sont encore nombreuses sous ACM et nécessitent une prise en charge multidisciplinaire.
  • Les hémorragies : elles grèvent toujours le pronostic à court terme des AMC. D’origine multiple, médicale ou chirurgicale, elles compliquent les suites opératoires dans approximativement 30 % des cas. Leur nombre diminue par la prise en charge spécialisée des troubles biologiques de l’hémostase.
  • Les complications thrombo-emboliques : bien que souvent initiées par les dérèglements de l’hémostase rencontrés lors de complications hémorragiques, les complications thrombo-emboliques surviennent classiquement plus tardivement à partir du troisième mois post-opératoire. Leur incidence est associée au type ACM utilisée.
  • Les complications infectieuses : elles sont aussi fréquentes que variées. Il faut distinguer les infections habituellement rencontrées en service de réanimation des infections sur matériel d’assistance. Ces dernières peuvent être traitées radicalement par l’ablation du matériel infecté lors de la transplantation sans en aggraver le pronostic.
  • Les dysfonctions ventriculaires droites : ce risque est toujours présent dans les cas d’assistance univentriculaire gauche. Malgré des facteurs prédictifs identifiés et des scores établis, la survenue d’une dysfonction ventriculaire droite est toujours difficile à prévoir. Une assistance droite est implantée chez 5 à 10 % des patients sous ACM univentriculaire gauche. Le pronostic est alors péjoratif.
  • Les défaillances multi-viscérales : elles surviennent le plus souvent sur des patients trop sévères, implantés trop tardivement. De ce fait, elles posent donc essentiellement le problème de la sélection des patients.
  • L’immunisation sous ACM : elle complique singulièrement la transplantation et en augmente l’attente, nécessitant la réalisation d’un cross-match prospectif. Les antécédents chirurgicaux, le sexe féminin, le jeune âge, les polytransfusions notamment de concentrés plaquettaires de donneurs multiples et de produits sanguins non déleucocytés ont été identifiés comme facteurs de risque. Le type même de matériel d’ACM semble être un facteur de risque indépendant.

Évolution des recherches

Elles sont de deux ordres : clinique et technologique. Les recherches cliniques ont pour préoccupation quotidienne l’amélioration de la prise en charge des patients sous ACM par l’optimisation des indications et de la sélection des patients et par la prévention et la prise en charge des complications qui sont nombreuses sous ACM (hémorragie, thrombose, embolie, infection, dysfonction ventriculaire droite, défaillance viscérale, hyperimmunisation, etc.). Outre l’amélioration des systèmes existants, les recherches technologiques s’orientent vers la réalisation de nouveaux concepts en ACM. Ces concepts sont nombreux et différents les uns des autres. C’est par exemple le cœur artificiel total implantable mais aussi, à l’opposé, le développement de mini-assistances (mini-assistances gauches partielles, moins agressives, mieux tolérées, ne délivrant que des débits de l’ordre de 1 à 2 litres/minutes applicable en aide à l’hémodynamique de patients notamment âgés).

Conclusion

En constante évolution ces quinze dernières années, les ACM offrent de nouvelles perspectives aux patients en insuffisance cardiaque avancée et pourraient devenir une alternative à la transplantation cardiaque.

Références

1 Morgan JA, John R, Rao V, et al. Bridging to transplant with the HeartMate left ventricular assist device : The Columbia Presbyterian 12 year experience. J Thorac Cardiovasc Surg 2004 ; 127 : 1309-16.

2 Frazier O, Rose EA, Oz MC, et al. Heartmate LVAS Investigators, Left Ventricular Assist System. Multicenter clinical evaluation of the Heartmate vented electric left ventricular assist system in patients awaiting heart transplantation. J Thorac cardiovasc Surg 2001 ; 122 : 1186-95.

3 Strauch JT, Spielvogel D, Haldenwang PL, et al. Recent improvements in outcome with the Novacor left ventricular assist device. J Heart Lung Transplant 2003 ; 22(6) : 674-80 ; (Jun).

4 Goldstein DJ. Worldwide experience with the DeBakey Ventricular Assist Device as a bridge to transplantation. Circulation 2003 ; 108 : II272-II277.

5 Copeland JG, Arabia FA, Tsau PH, et al. Total artificial hearts : bridge to transplantation. Cardiol Clin 2003 ; 21 : 101-13.

6 Dowling RD, Gray Jr. LA, Etoch SW, et al. Initial experience with the AbioCor implantable replacement heart system. J Thorac Cardiovasc Surg 2004 ; 127 : 131-41.

7 Stevenson LW, Miller LW, Desvigne-Nickens P, et al. REMATCH Investigators. Left ventricular assist device as destination for patients undergoing intravenous inotropic therapy : a subset analysis from REMATCH (Randomized Evaluation of Mechanical Assistance in Treatment of Chronic heart Failure). Circulation 2004 ; 110 : 975-81.

8 Rose EA, Gelijns AC, Moskowitz AJ, et al. Randomized Evaluation of Mechanical Assistance for the Treatment of Congestive heart Failure (REMATCH) Study Group. Long-term mechanical left ventricular assistance for end-stage heart failure. N Engl J Med 2001 ; 345 : 14535-43.

9 Pagani FD, Lynch W, Swanicker F, et al. Extracoproreal life support to left ventricular assist device bridge to heart transplant : a strategy to optimize survival and resource utilization. Circulation 1999 ; 100 : II206-II210.

10 Farrar DJ, Reichenbach SH, Rossi SA, Weidman JR. Development of intracorporeal Thoratec ventricular assist device for univentricular or biventricular support. ASAIO 2000 ; 46 : 351-3.

1 Implantable Ventricular Assist Device.


 

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