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Prise en charge de l’infarctus du myocarde chez les sujets âgés


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 16, Numéro 7, 359-66, Septembre 2004, Mini-revue



Auteur(s) : Renaud Fressonnet , Patrick Henry , Service de cardiologie – hôpital Lariboisière, 2, rue Ambroise-Paré, 75010 Paris, France.

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ARTICLE

Auteur(s) :, Renaud Fressonnet, Patrick Henry

Service de cardiologie – hôpital Lariboisière, 2, rue Ambroise-Paré, 75010 Paris, France

Les syndromes coronariens aigus sont actuellement divisés en infarctus avec sus-décalage persistant du segment ST (infarctus du myocarde) et sans sus décalage persistant du segment ST (infarctus sans onde Q et angor instable). Cette nouvelle appellation a pour but de regrouper ces deux entités qui ont un mécanisme physiopathologique en général similaire, caractérisé par la présence d’un thrombus sur une rupture ou une érosion de plaque d’athérome.La plupart des essais thérapeutiques de grande envergure ayant validé la prise en charge thérapeutique des syndromes coronariens aigus avec sus-décalage du segment ST ont concerné des populations relativement jeunes (âge inférieur ou égal à 65 ans en majorité). La littérature médicale est par contre beaucoup plus pauvre chez les sujets plus âgés alors que cette population représente une très forte proportion de nos patients dans la pratique courante (36 % des infarctus qui arrivent à l’hôpital et 60 % de la mortalité par infarctus aux États-Unis) [1, 2].

Définition du sujet âgé

La première difficulté rencontrée vient de la grande hétérogénéité de la définition du sujet âgé dans les publications (plus de 65 ans, plus de 70 ans, plus de 75 ans …). Cette notion est nécessairement évolutive avec le vieillissement de la population. La tendance, surtout dans les dernières publications, est de retenir comme définition des sujets âgés les patients de plus de 75 ans. Cependant il existe toujours un décalage entre la pratique courante et les études. La notion d’âge physiologique devrait intuitivement être également intégrée à la notion de sujet âgé, mais les critères sont difficiles à préciser, en partie subjectifs et aucun travail notable dans le cadre de l’infarctus ne tient compte de l’âge physiologique des patients.

Particularité de l’infarctus du sujet âgé

La mortalité hospitalière par infarctus du myocarde est beaucoup plus élevée chez les sujets âgés, bien qu’hétérogène dans les études avec un risque relatif de décès allant de 1 à 5, voir 10 dans Gusto 1 pour les plus de 85 ans [3, 4]1.

La mortalité à 30 jours après l’accident aigu est croissante et statistiquement différente en fonction des différentes tranches d’âge étudiées et est illustrée dans la ( figure 1 )[5].

Le terrain et les facteurs de risques cardiovasculaires sont différents. En effet, le sujet âgé est moins souvent fumeur ou dyslipidémique mais par contre plus souvent hypertendu et diabétique que le sujet jeune [4, 6, 7].

Les manifestations cliniques sont assez souvent trompeuses. Bien souvent le tableau clinique ne se résume pas à une douleur « infarctoïde » isolée et pure [1]. Quand la douleur thoracique est au premier plan, elle est souvent diffuse, peu intense et assez mal définie. Il est beaucoup plus fréquent de rencontrer des tableaux sémiologiques intriqués de douleur thoracique et de dyspnée, voir de dyspnée isolée (témoin de l’insuffisance ventriculaire gauche) sans franche douleur thoracique. Il n’est pas rare que des symptômes neurologiques à type d’agitation, de confusion ou de syncope (potentiellement attribués à une hypoperfusion cérébrale secondaire à l’infarctus) soient le mode de découverte du syndrome coronarien aigu. Au total, près de 30 % des infarctus du sujet âgé ne seraient pas accompagnés de douleurs thoraciques et 50 % auraient des symptômes peu évocateurs [8].

L’ensemble de ces données explique les trop nombreux diagnostics tardifs voir rétrospectifs (certaines études évaluent cette proportion aux alentours de 60 %) et le peu de représentation de la population âgée dans les études de stratégie de reperfusion à la phase aiguë de l’infarctus du myocarde [6]. En effet la majorité des infarctus chez le sujet âgé sont pris en charge hors des délais de reperfusion. L’absence de reperfusion coronaire en phase aiguë augmente la proportion de complications graves du post infarctus (choc cardiogénique, complications mécaniques, insuffisance cardiaque) ce qui pourrait expliquer, en partie, l’excès de mortalité dans cette population par rapport aux sujets plus jeunes.

Traitement médical à la phase aiguë et semi-récente de l’infarctus du sujet âgé en dehors de la reperfusion

La tendance de toutes les données de la littérature médicale, aussi bien en termes d’études que les différentes recommandations des sociétés savantes nord américaines et européennes, est un plaidoyer pour que le traitement médical soit identique chez les sujets âgés par rapport aux sujets plus jeunes [9, 10]. Cependant le risque d’intolérance est plus important dans cette population et nécessite des adaptations posologiques et une surveillance plus étroite. Ces deux contraintes ne doivent pourtant pas être une justification de non ou de sous prescription.

Les recommandations ACC et AHA sont très explicites en ce sens pour les prescriptions de béta-bloquants, d’inhibiteur de l’enzyme de conversion (IEC) et d’aspirine [11, 12]. Dans un registre concernant plus de 10 000 patients il a été montré que l’aspirine diminuait chez les sujets âgés la mortalité de 22 % [13]. L’héparine est également recommandée mais demeure controversée [14], en restant très prudent avec les héparines de bas poids moléculaire dans cette population à haut risque de surdosage.

La majorité des patients âgés se présentant hors des délais de reperfusion, la prise en charge thérapeutique se résume alors à ce seul traitement médical. Malgré l’ensemble de ces mesures thérapeutiques médicamenteuses la mortalité reste très élevée dans cette population (évaluée dans le registre USIK à 36 % à 1 an dans le groupe traitement médical qui représente 71 % de la population) [15].

La discussion secondaire porte sur la nécessité ou non de programmer une coronarographie d’évaluation. Il n’existe aucune étude spécifique permettant de répondre à cette question qui se pose bien souvent dans la pratique courante. Cependant, il existe des arguments épidémiologiques rétrospectifs validant la coronarographie d’évaluation [16].

En effet, dans cette étude rétrospective de près de 37 800 patients de plus de 65 ans en post-infarctus du myocarde, entre 1994 et 1995 aux États-Unis, 45 % de la population avait plus de 75 ans. Sur ces 37 800 patients, 10 000 patients ont été coronarographiés et appariés à 10 000 patients non coronarographiés. Les indications de coronarographie d’évaluation ont été secondairement analysées par un panel d’experts en fonction des recommandations des sociétés savantes (ACC/AHA). Elles ont été classées en trois groupes : nécessaire pour 30 % des patients (classe I), appropriées pour 36 % ( classe IIa) et incertaines pour 34 % (classe IIb).

La survie à J+2, intra hospitalière, à 1 an, 2 ans et à 3ans était systématiquement en faveur du groupe des patients ayant été coronarographiés. La survie à 3 ans était meilleure dans les trois groupes mais la différence était plus marquée dans les indications de classe I et IIa. À titre d’exemple, pour les indications de classe I (récidive ischémique, insuffisance ventriculaire gauche clinique, dysfonction VG), la survie à 3 ans était de 73 % dans le groupe coronarographié et 56 % dans le groupe apparié non coronarographié.

Le bénéfice en terme de survie est en partie lié aux procédures de revascularisation découlant de la coronarographie. Cependant, il a également été montré que les patients coronarographiés ont plus bénéficié d’un traitement médical optimal du post infarctus (aspirine, bêta-bloquants, inhibiteurs de l’enzyme de conversion) un peu comme si le simple fait de visualiser le réseau coronaire amenait le médecin à être plus agressif en terme de prise en charge médicamenteuse.

La décision de réaliser une coronarographie doit donc se faire au cas par cas en intégrant la situation clinique, les recommandations des sociétés savantes et l’âge physiologique du patient. Si statistiquement, le sujet âgé présente plus souvent que les sujets jeunes des lésions multitronculaires, calcifiées et complexes [4, 17, 18], la possibilité de revascularisation par angioplastie, à l’échelon individuel, peut être identique à celle du sujet jeune. Dans la population de plus de 75 ans des études Pami [4], la répartition des atteintes mono-, bi- et tritronculaires était assez proche (monotronculaire : 32 %, bitronculaire : 30 %, tritronculaire : 38 %). Il existe ainsi prés des deux tiers des patients âgés de plus de 75 ans qui sont mono- ou bitronculaires.

Certaines études insistent sur le fait que cette décision doit être une décision cardiologique spécialisée et que le suivi de la cardiopathie doit être réalisé par des cardiologues pour optimiser les décisions d’examens complémentaires et les traitements pharmacologiques [19, 20].

L’ensemble de ces données conforte la nécessité d’être plus agressif dans la précocité du diagnostic, dans le traitement médical (hospitalier et post-hospitalier) et d’élargir les indications de coronarographie d’évaluation. Cette coronarographie d’évaluation aura pour but de dépister une lésion critique accessible à une revascularisation par angioplastie. En cas de lésions plus complexes et diffuses, il parait plus sage de ne pas se lancer dans des stratégies de reperfusion dont le rapport bénéfice risque est incertain dans cette tranche d’âge si le patient est asymptomatique lors du suivi. En cas d’angor résiduel, les données publiées ne sont pas homogènes. Dans l’étude Time [21], qui est, à notre connaissance la seule étude randomisée sur ce sujet, une stratégie invasive de revascularisation par angioplastie versus traitement médical optimal pour la prise en charge de l’angor stable chez le sujet de plus de 75 ans est favorable à la stratégie d’angioplastie. Il existe dans cette étude un bénéfice significatif à proposer une revascularisation par angioplastie plutôt que la poursuite du traitement médical sur les deux critères primaires qui étaient la qualité de vie et un critère composite à 6 mois (décès, infarctus non fatal, réhospitalisation pour syndrome coronarien aigu). En cas d’angor résiduel sous traitement médical optimal, les résultats de l’étude Time poussent à proposer une revascularisation par angioplastie si elle est techniquement possible.

Certaines études rétrospectives de revascularisation par angioplastie de sujets de plus de 80 ans ayant un angor ont rapporté des taux élevés de complications par rapport à des sujets de moins de 80 ans (mortalité hospitalière, complications hémorragiques, mortalité à un an). Toutefois avec l’amélioration des techniques (utilisation d’endoprothèses, amélioration du matériel d’angioplastie, diminution de la taille des introducteurs, voie d’abord radiale) ces données mériteraient d’être réévaluées [22, 23].

Stratégies de reperfusion en phase aiguë

Il n’existe pas de grande étude randomisée s’intéressant spécifiquement au sujet âgé ayant prouvée qu’une stratégie de reperfusion était supérieure au seul traitement médical à la phase aiguë d’un infarctus. Néanmoins la plupart des résultats de méta analyses ou de registres sont en faveur d’une stratégie de reperfusion.

Cependant il existe des biais notables dans ces registres sur la sélection des patients âgés bénéficiant d’une stratégie de reperfusion. En effet dans un registre récent portant sur près de 3 000 patients âgés de plus de 70 ans, éligibles pour une stratégie de reperfusion, 60 % étaient traités médicalement de façon exclusive sans que soient précisés les motifs qui ont abouti à la décision ou non de proposer une stratégie de reperfusion [24].

Il existe actuellement deux grandes stratégies de reperfusion coronaire qui peuvent être applicables aux sujets âgés et qui ont été étudiées dans différents travaux de la littérature, la thrombolyse et l’angioplastie.

Thrombolyse

Il n’existe aucun essai randomisé à grande échelle chez le sujet de plus de 75 ans étudiant spécifiquement l’intérêt de la thrombolyse à la phase aiguë d’un infarctus.

Par rapport aux sujets jeunes, il a été montré, chez le sujet âgé, que la thrombolyse est aussi efficace sur la reperméabilisation de l’artère [25]. De même la thrombolyse est aussi efficace pour aboutir à la reperfusion coronaire chez les plus de 75 ans que chez les plus jeunes [17].

Dans la plus importante méta-analyse sur l’efficacité de la fibrinolyse (Fibrinolytic Therapy trialist) [26] qui porte sur près de 60 000 patients, il a été analysé rétrospectivement 5 800 patients de plus de 75 ans. Il existe une tendance forte à la diminution de la mortalité à 1 mois dans le groupe thrombolysé par rapport au groupe non thrombolysé sans que celle-ci soit significative. Néanmoins la réduction de mortalité absolue est identique à celle des patients de moins de 55 ans (dix vies sauvées pour 1 000 patients traités). Dans l’analyse des 3 300 patients éligibles dans les 12 premières heures, la réduction de mortalité est significative (29 % versus 26 %, p = 0,03) et la réduction de mortalité absolue est assez proche de celle de la tranche d’âge 65-75 ans (34 vies sauvées pour 1 000 patients traités vs. 40 vies sauvées pour 1 000 patients traités).

L’ensemble de ces données a incité les sociétés savantes, notamment nord-américaines (American Heart Association et American College of cardiology), à indiquer le traitement thrombolytique chez le sujet âgé en phase aiguë (recommandation de niveau II a).

Cependant toute thérapeutique doit intégrer le bénéfice de celle ci mais également son risque. Le risque essentiel de la thrombolyse est représenté par les accidents vasculaires cérébraux (AVC) hémorragiques. Il apparaît que ce n’est pas tellement le nombre d’AVC qui augmente chez le sujet âgé mais leur gravité. En effet la mortalité est multipliée par 4 par rapport aux moins de 65 ans des patients âgés thrombolysés qui font un AVC hémorragique (( figure 2 )) [27].

Ce risque hémorragique paraît commun à tous les thrombolytiques, toutefois dans l’étude GUSTO 1, si le rtPA semblait être plus efficace que la streptokinase pour la reperfusion coronaire, le risque de saignement intracrânien paraissait plus prononcé surtout chez les patients très âgés (plus de 84 ans). Cependant, le choix du thrombolytique semble moins important que la précocité de son administration. Il n’existe pas à notre connaissance de méta-analyse ou d’étude spécifique chez le sujet âgé avec la tenecteplase (Métalyse®> 75 ans) et de petit poids (< 67 kg), en comparaison à 3 % avec le rt-PA. Cette différence n’a pas été significative et n’a porté que sur un faible nombre de patients.

Deux études observationnelles publiées en 2000 ont même remis en doute le bénéfice de la thrombolyse chez le sujet âgé [28, 29]. Thiemann et al. [29], dans un registre portant sur 7 860 patients de plus de 75 ans présentant un infarctus, ont étudié la mortalité à J+30 dans le groupe thrombolysé et dans le groupe non thrombolysé. Celle-ci est statistiquement plus élevée dans le groupe thrombolysé que dans le groupe non thrombolysé (18 % vs 13,6 %, p = 0,03). Cette étude observationnelle comporte des biais notables. En effet, dans une analyse secondaire, il s’est avéré que 27 % des patients thrombolysés auraient du être non éligibles pour la thrombolyse, soit parce qu’ils étaient hors délai, soit parce qu’ils présentaient une contre indication formelle ou relative à la thrombolyse (augmentant ainsi les risques de la thrombolyse et notamment les AVC hémorragiques). Ce registre illustre bien les difficultés d’interprétation de l’efficacité et de la tolérance de la thrombolyse chez le sujet âgé dans la vie courante. Même si ceci paraît trivial, les résultats de ce registre doivent inciter les cliniciens à vérifier que les délais sont respectés et qu’il n’existe aucune contre indication absolue et probablement relative à ce traitement chez les sujets âgés [30].

En dehors de ces biais, cette étude montre que dans la tranche de population des plus de 80 ans qui présentait tous les critères d’éligibilité pour la thrombolyse, la balance bénéfice risque s’inverse sur le critère mortalité intra-hospitalière remettant en question l’intérêt de la thrombolyse chez les patients âgés de plus de 80 ans (( figure 3 )).

Seul un essai randomisé spécifique pourrait répondre à la question de l’intérêt de la thrombolyse chez les patients de plus de 75 ans. Dans l’attente de cet hypothétique essai, il paraît raisonnable de se baser sur les recommandations des sociétés savantes qui recommandent la thrombolyse (classe II a) chez les sujets âgés dans les 12 premières heures de l’infarctus en l’absence de toute contre-indication (tableau 1( Tableau 1 )).
Tableau 1 Contre-indications à la thrombolyse dans l’infarctus aigu (Vidal 2004)

• Diathèse hémorragique connue.

• Traitement concomitant par des anticoagulants oraux (par exemple warfarine).

• Hémorragie sévère ou potentiellement dangereuse, manifeste ou récente.

• Antécédents ou suspicion d’hémorragie intrâcranienne.

• Suspicion d’hémorragie sous-arachnoïdienne ou antécédents d’hémorragie sous-arachnoïdienne liée à un anévrisme.

• Antécédents de lésion sévère du système nerveux central (par exemple néoplasie, anévrisme, intervention chirurgicale intracérébrale ou intrarachidienne).

• Rétinopathie hémorragique, diabétique par exemple (des troubles de la vision peuvent traduire une rétinopathie hémorragique).

• Massage cardiaque externe traumatique récent (moins de 10 jours), accouchement, ponction récente d’un vaisseau non accessible à la compression (par exemple ponction de la veine sous-clavière ou jugulaire).

• Hypertension artérielle sévère non contrôlée.

• Endocardite bactérienne, péricardite.

• Pancréatite aiguë.

• Ulcères gastro-intestinaux documentés au cours des trois derniers mois, varices œsophagiennes, anévrisme artériel, malformations artérielles ou veineuses.

• Néoplasie majorant le risque hémorragique.

• Hépatopathie sévère, y compris insuffisance hépatique, cirrhose, hypertension portale (varices œsophagiennes) et hépatite évolutive.

• Intervention chirurgicale ou traumatismes importants au cours des trois derniers mois

• Tout antécédent d’accident vasculaire cérébral.

Angioplastie primaire

La deuxième stratégie de reperfusion est l’angioplastie coronaire en urgence. Elle présente l’intérêt essentiel de moins exposer le patient au risque d’AVC hémorragique. Historiquement elle s’est développée après la thrombolyse. Les données de la littérature la concernant sont donc plus récentes. Dans la National cohort of medicare with acute myocardial infarction [28] prés de 40 000 patients de plus de 65 ans présentant un infarctus transmural dans les douze premières heures ont été colligés. Dans cette cohorte, 40 % des patients ont eu une thrombolyse et 4,2 % une angioplastie primaire. En termes de mortalité à 30 jours et à 1 an, les deux stratégies de reperfusion apparaissaient supérieures au traitement médical. En comparant les deux stratégies de reperfusion entres elles (en rappelant l’hétérogénéité de la répartition de ces deux traitements), il apparaît, pour la mortalité à J+30, que le bénéfice du traitement par angioplastie primaire est supérieur à celui de la thrombolyse (notamment dans la population âgée de plus de 75 ans et pour les infarctus étendus). À un an, la mortalité était à peu prés équivalente dans les deux stratégies de reperfusion.

Ces résultats ont permis de recommander une stratégie de reperfusion par angioplastie primaire chez les malades non éligibles pour une thrombolyse.

Depuis ces résultats, plusieurs équipes ont tenté d’évaluer par des études randomisées l’efficacité de l’angioplastie primaire par rapport à la thrombolyse. Une étude randomisée monocentrique récente [31] a trouvé une supériorité significative de l’angioplastie primaire par rapport à la thrombolyse dans une petite population de 90 patients de plus de 75 ans. Le bénéfice s’observait à J+30 aussi bien sur la mortalité : respectivement 7 % versus 20 %, p = 0,04, que sur le critère composite (mortalité, réinfarctus, AVC) : respectivement 9 % versus 29 %, p = 0,01. Ces résultats se confirment à 1 an pour la mortalité (respectivement 11 % versus 29 %, p = 0,03) ainsi que pour le critère composite (respectivement 13 % versus 44 %, p = 0,001). Cependant dans cette étude l’utilisation des endoprothèses et l’environnement pharmacologique étaient différents de ceux utilisés actuellement.

Cette première étude a été confortée récemment par une deuxième étude [32] comparant les deux stratégies de reperfusion chez 130 patients de plus de 70 ans démontrant un bénéfice significatif à 6 mois sur un critère composite (mortalité, réinfarctus, revascularisation) en faveur de l’angioplastie primaire. Dans cette étude, l’angioplastie primaire était dans sa réalisation beaucoup plus proche de notre pratique quotidienne avec utilisation quasi systématique d’une endoprothèse et une utilisation large des antagonistes des récepteurs GPIIb/IIIa. Ces deux petites études viennent d’être conforté par la publication récente d’un registre observationnel (plus représentatif de l’activité au quotidien) de 3 000 patients de plus de 70 ans [24] qui trouve, en faveur de l’angioplastie, une diminution significative de la mortalité et du nombre de réinfarctus.

Il faut préciser que l’utilisation des antagonistes des récepteurs GPIIb/IIIa n’a pas été validée spécifiquement chez le sujet âgé dans la littérature. Si l’efficacité sur le thrombus est probable comme chez le sujet jeune, le risque hémorragique doit être évalué dans cette tranche d’âge. Seule une méta-analyse [33] semble montrer que l’utilisation des antagonistes des récepteurs GPIIb/IIIa lors de l’angioplastie chez les patients de plus de 70 ans diminuait les événements à J+30 sans augmenter le risque de complications hémorragiques majeures.

Conclusion

Il existe très peu d’études randomisées publiées permettant de rationaliser la prise en charge thérapeutique des infarctus du myocarde transmuraux du sujet âgé. La plupart des données sont issues de registres ou d’études randomisées de petite taille.

Les mortalités précoce et à 1 an sont très élevées chez le sujet âgé. Il existe donc une nécessité d’amélioration de la prise en charge thérapeutique.

Il semble qu’il faille tout d’abord améliorer la précocité du diagnostic pour éviter qu’une majorité de patients soit pris en charge hors des délais de reperfusion. Pour ces patients il faut optimiser le traitement médicamenteux à la phase hospitalière et post hospitalière. Les recommandations de toutes les sociétés savantes insistent sur le bénéfice à prescrire des bêta-bloquants, des IEC et de l’aspirine. Les indications de coronarographie d’évaluation secondaire doivent être prises au cas par cas en fonction du terrain mais semblent nécessaires lorsque la situation clinique reste instable ou qu’un angor d’effort persiste malgré le traitement. La crainte de retrouver des lésions tritronculaires complexes ne doit pas occulter le fait qu’il existe aussi chez le sujet âgé des lésions critiques, non complexes, accessibles à une angioplastie.

Pour la minorité de patients pris en charge dans les délais de reperfusion, les données de la littérature sont en faveur d’une stratégie de reperfusion. Cependant il n’existe pas d’étude randomisée de grande envergure spécifique au sujet âgé qui valide cette attitude de façon systématique. Les deux stratégies de reperfusion (thrombolyse ou angioplastie primaire) sont efficaces. L’angioplastie primaire, quand elle est disponible, semble être la stratégie présentant le meilleur rapport bénéfice / risque surtout pour les patients âgés de plus de 80 ans.

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1 Par rapport aux sujets de moins de 65 ans.


 

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