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Études d’intervention sur les anomalies lipidiques du diabète de type 2


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 16, Numéro 6, 282-8, Juin 2004, Mini-revue


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Bruno Vergès , Service d’endocrinologie, diabétologie et maladies métaboliques, hôpital du Bocage, CHU de Dijon, France, bruno.verges@chu-dijon.fr.

Résumé : Les anomalies lipidiques jouent un rôle important dans l’augmentation du risque cardiovasculaire des patients diabétiques de type 2. Elles sont caractérisées essentiellement par une augmentation des triglycérides et une baisse du HDL-cholestérol, mais aussi par des anomalies qualitatives et cinétiques affectant toutes les lipoprotéines (VLDL, LDL et HDL). Le traitement des anomalies lipidiques du diabète de type 2 apparaît essentiel en vue de réduire le risque cardiovasculaire. Il est possible de tirer quelques enseignements à partir de plusieurs études d’intervention avec des agents hypolipémiants, au sein desquelles des patients diabétiques ont été inclus. Cependant, si certaines réponses ont pu être apportées, plusieurs questions restent néanmoins en suspens. En effet, l’efficacité des statines dans la réduction du risque cardiovasculaire, chez les patients diabétiques, a été mis en évidence dans certaines études (4S, Care, HPS). En revanche, les statines n’ont pas entraîné de diminution significative des accidents cardiovasculaires, chez les diabétiques, dans d’autres études (Lipid, Ascot-LLA, Allaht-LLT, Prosper). L’analyse plus précise de ces études fait apparaître que ce sont surtout les patients diabétiques porteurs d’une hypercholestérolémie, associée au diabète, qui bénéficient d’un traitement par statines. Les études avec les fibrates, dont l’action sur les anomalies lipidiques du diabète de type 2 apparaît plus appropriée, sont encore peu nombreuses. Cependant l’étude clinique Vahit met en évidence, chez les diabétiques, une réduction très significative de la morbi-mortalité cardiovasculaire sous fibrates. L’intérêt des fibrates, dans le diabète de type 2, devra être confirmée par de larges études en cours (par ex : Field). Enfin, à l’avenir, d’autres approches thérapeutiques, telles l’association fibrates + statines, les agonistes PPAR γ ou les agonistes PPARα−γ pourraient prendre une place importante dans la prise en charge des anomalies lipidiques du patient diabétique et la réduction du risque cardiovasculaire.

Mots-clés : diabète, lipides, risque cardiovasculaire, statines, fibrates, PPAR

ARTICLE

Auteur(s) :, Bruno Vergès*

Service d’endocrinologie, diabétologie et maladies métaboliques, hôpital du Bocage, CHU de Dijon, France
*bruno.verges@chu-dijon.fr

Il est actuellement clairement établi que les patients diabétiques de type 2 présentent un risque cardiovasculaire significativement augmenté, trois à cinq fois supérieur à celui de la population non diabétique [1–2]. Parmi les facteurs en cause dans la plus grande fréquence est la plus grande gravité des accidents cardiovasculaires au cours du diabète de type 2, les anomalies lipidiques paraissent jouer un rôle primordial [3]. Les désordres du métabolisme lipidique, particulièrement nombreux et fréquents au cours du diabète de type 2, conduisent à considérer avec intérêt leur traitement afin de réduire le risque cardiovasculaire. Il apparaît donc intéressant d’avoir un regard sur les différentes études d’intervention avec des agents hypolipémiants, au sein desquelles des patients diabétiques ont été inclus. Comme nous le verrons, si certaines réponses ont pu être apportées, plusieurs questions restent néanmoins en suspens.

Rappel des principales anomalies du métabolisme lipidique, au cours du diabète de type 2

Il est observé chez les patients diabétiques de type 2 des anomalies quantitatives et qualitatives des lipoprotéines (tableau 1( Tableau 1 )).

Les principales anomalies quantitatives sont l’augmentation des triglycérides plasmatiques et la diminution du HDL-cholestérol. Le taux plasmatique de LDL-cholestérol est, chez les diabétiques de type 2, normal ou discrètement augmenté. L’hypertriglycéridémie à jeun, observée au cours du diabète de type 2, est essentiellement liée à une augmentation des VLDL (very low density lipoprotein) mais aussi des IDL (intermediate density lipoprotein) [4–7]. Cet accroissement du pool des lipoprotéines riches en triglycérides (VLDL, IDL) s’explique d’une part par une augmentation de la production hépatique des VLDL et d’autre part par un ralentissement du catabolisme des VLDL et des IDL [8–9]. La diminution du HDL-cholestérol est liée à un accroissement de son catabolisme [10]. Si le taux de LDL-cholestérol est le plus souvent normal chez le patient diabétique de type 2, son métabolisme est profondément modifié puisqu’il est observé une diminution conjointe du taux de production et de catabolisme des LDL [9]. Cette réduction du catabolisme des LDL se traduit par une augmentation de leur temps de résidence plasmatique avec pour conséquence un accroissement du risque d’oxydation et de glycation des lipoprotéines, susceptible d’augmenter leur athérogénicité.

À côté des anomalies quantitatives des lipoprotéines, il est observé, au cours du diabète de type 2, des anomalies qualitatives à caractère athérogène. Les VLDL sont majoritairement des VLDL de grande taille (VLDL1), enrichies en cholestérol et en triglycérides. Ces dernières sont facilement captées par les macrophages, par l’intermédiaire de scavenger receptors, donnant naissance à des cellules spumeuses, qui forment le lit de la plaque d’athérome. Il est aussi observé des LDL denses de petite taille, enrichies en triglycérides, dont on connaît le caractère particulièrement athérogène en raison d’une oxydabilité accrue et d’une captation préférentielle par les récepteurs scavenger des macrophages, alimentant la formation de cellules spumeuses. Il est, par ailleurs, observé une augmentation des LDL oxydées à fort potentiel athérogène [11]. Les HDL des patients diabétiques sont enrichies en triglycérides ce qui pourrait réduire leur efficacité dans la voie de retour du cholestérol. Enfin, la glycation des apolipoprotéines (en particulier apolipoprotéine B), observée au cours du diabète, est susceptible de modifier leur activité et leur métabolisme.

Au vu de la physiopathologie des anomalies lipidiques du diabète de type 2, il apparaît clairement que les principales cibles d’une action thérapeutique sont les lipoprotéines riches en triglycérides, le HDL-cholestérol dont le taux est abaissé, ainsi que les anomalies qualitatives et cinétiques des LDL (LDL petites et denses, turn-over ralenti).
Tableau 1 Principales anomalies des lipoprotéines au cours du diabète de type 2. TG: triglycérides

Lipoprotéine

Taux Plasmatiques

Anomalies cinétiques

Anomalies qualitatives

VLDL

↗ production

• ↗ VLDL1 (grande taille)

↘ catabolisme

• glycation apolipoprot.

LDL

Normal (ou légèrement ↗)

↘ catabolisme

• LDL petites et denses

↘ turn-over

• LDL riches en TG

• ↗ oxydation

• glycation apolipoprot.

HDL

↗ catabolisme

• HDL riches en TG

• glycation apolipoprot.

Analyses des études d’intervention sur les anomalies lipidiques, dans le diabète de type 2

Études réalisées avec les statines

Contrairement à une idée trop souvent répandue, les statines n’ont pas fait la preuve de leur efficacité absolue pour réduire le risque cardiovasculaire chez les patients diabétiques. Certaines études de prévention secondaire avec des statines telle l’étude 4S [12], l’étude Care [13] et une large étude de prévention primo-secondaire, l’étude HPS [14], ont montré l’efficacité du traitement par statines pour réduire significativement le risque de survenue d’accidents cardiovasculaires, chez les patients diabétiques, dans des proportions comparables à ce qui est observé chez les sujets non diabétiques. En revanche, les statines n’ont pas entraîné de réduction significative du risque cardiovasculaire chez les diabétiques dans d’autres études, comme l’étude Lipid [15], l’étude Ascot-LLA [16], l’étude Allaht-LLT [17] et l’étude Prosper [18] (tableau 2( Tableau 2 )).

Afin de comprendre ces résultats divergents, il apparaît nécessaire d’analyser en détail les résultats obtenus, chez les patients diabétiques, dans les études d’intervention avec les statines.
Tableau 2 Résultats des principales études d’intervention avec les statines ou les fibrates chez les patients diabétiques

Réduction significative du risque cardiovasculaire chez les diabétiques

Pas de réduction du risque cardiovasculaire chez les diabétiques

Études avec statines :

• Étude 4S (simvastatine)

• Étude Lipid (pravastatine)

• Étude Care (pravastaine) (p = 0,05)

• Étude Ascot-LLA (atorvastatine)

• Étude HPS (simvastatine)

• Étude Allhat-LLT (pravastatine)

• Étude Prosper (pravastatine)

Études avec fibrates :

Études, de morbi-mortalité:

• Étude Vahit (gemfibrozil)

• Études angiographiques:

• Étude Sendcap (bezafibrate): ↘ événements ischémiques (cliniques + ECG)

• Étude Dais (fénofibrate): ↘ des sténoses coronaires

Études avec les statines ayant montré une réduction du risque cardiovasculaire, chez le diabétique

Étude 4S

Dans l’étude 4S [12], l’analyse du sous-groupe de 202 patients diabétiques suivis pendant 5,4 ans, met en évidence, chez ceux traités par simvastatine, une réduction de 55 % du risque de survenue d’accident cardiovasculaire (OR : 0,45[0,27-0,74], p = 0,002). Dans cette même étude, une réduction de la mortalité cardiovasculaire est objectivée chez les patients diabétiques mais celle-ci n’atteint pas la significativité (p = 0,087). Il faut noter que dans l’étude 4S, les patients diabétiques inclus présentaient tous une triglycéridémie inférieure à 2,5 mmol/L (2,17 g/L), excluant une majorité des patients représentatifs de la dyslipidémie du diabète de type 2. Par ailleurs, dans cette étude qui avait sélectionné des patients coronariens présentant une hypercholestérolémie, le taux moyen initial du LDL-cholestérol n’est pas, chez les sujets diabétiques, différent de celui des patients non diabétiques. Ainsi, les patients diabétiques, inclus dans l’étude 4S, étaient des sujets présentant une hypercholestérolémie associée à leur diabète et ne sont réellement pas représentatifs de la dyslipidémie du patient diabétique de type 2. En conclusion, l’étude 4S apporte surtout la preuve que le traitement d’une hypercholestérolémie associée au diabète, au moyen de la simvastatine, réduit le risque vasculaire dans des proportions comparables à celles observées dans la population non diabétique. En revanche, elle ne permet pas de tirer des conclusions générales sur le bénéfice potentiel des statines dans le traitement de l’hyperlipidémie « typique » des patients diabétiques (caractérisé essentiellement par une hypertriglycéridémie et hypo-HDLémie).

Étude Care

Dans l’étude Care [13], réalisée en prévention secondaire chez 4 159 sujets coronariens dont le taux de LDL cholestérol se situait entre 1,15 g/L et 1,74 g/L, le traitement par pravastatine a permis, sur une durée de 5 ans, pour l’ensemble de la population étudiée, une réduction de 24 % de la morbidité cardiovasculaire (p = 0,003). L’analyse réalisée dans le sous-groupe de 586 patients diabétiques objective une réduction de 25 % de la morbidité cardiovasculaire, qui est juste significative (p = 0,05). Cependant, on note dans l’étude Care que la réduction du risque cardiovasculaire n’a été observée que chez les patients présentant des triglycérides inférieurs à 1,44 g/L, alors que la majorité des sujets diabétiques de type 2 arborent des valeurs de triglycérides à jeun nettement supérieures. Ainsi, l’étude Care vient aussi confirmer le fait que le bénéfice d’un traitement par statines, chez les patients diabétiques de type 2, est surtout observé chez ceux présentant une augmentation de LDL-cholestérol.

L’étude HPS [14]

L’étude HPS réalisée 20 536 patients à haut risque cardiovasculaire a fait la preuve de l’efficacité d’un traitement par 40 mg de simvastatine pour réduire significativement la morbidité et mortalité cardiovasculaire. En effet, pour l’ensemble de la population il est observé une réduction de 24 % du risque de survenue d’accidents cardiovasculaires (p < 0,0001) et une diminution significative de 18 % de la mortalité coronaire (p < 0,001). Parmi les patients de l’étude HPS, 5 963 étaient diabétiques permettant une analyse de sous-groupe. Chez les sujets diabétiques sans antécédent de pathologie cardiovasculaire, une réduction très significative de 25,8 % du risque de survenue d’accidents cardiovasculaires était observée. En revanche, chez les patients diabétiques ayant des antécédents cardiovasculaires, la réduction du risque de survenue d’un nouvel événement cardiovasculaire était plus réduite de 11,6 %. Par ailleurs, si la réduction de la morbidité cardiovasculaire est nette chez les patients diabétiques dont les triglycérides sont inférieurs à 2 mmol/L (ou 1,75 g/L), elle est, en revanche, beaucoup plus modeste de 12,7 % chez ceux dont les triglycérides sont supérieurs ou égal à 2 mmol/L (1,75 g/L). En outre, on remarque clairement dans l’étude HPS, que le nombre d’événements cardiovasculaires chez les patients diabétiques traités par simvastatine demeure significativement élevé. Ainsi, chez les patients diabétiques coronariens traités par simvastatine, le risque de survenue d’un nouvel événement clinique est de 33,4 % c’est-à-dire nettement supérieur à celui observé chez les sujets coronariens non diabétiques traités par placebo, dont le risque de récidive est de 25,7 %. Ceci indique clairement que les statines n’ont, chez les patients diabétiques de type 2, qu’un effet partiel sur les anomalies du métabolisme lipidique et la prévention de la maladie coronaire.

Études avec les statines n’ayant pas montré de réduction du risque cardiovasculaire, chez le diabétique

À côté des études précédentes, qui ont mis en évidence un effet significatif des statines sur la réduction du risque cardiovasculaire dans la population diabétique, d’autres études, en revanche, ne l’ont pas confirmé : l’étude Lipid [15], l’étude Ascott-LLA [16], l’étude Allhat-LLT [17] et l’étude Prosper [18].

L’étude Lipid

L’étude Lipid [15] est une étude de prévention secondaire réalisée avec la pravastatine chez 9 014 patients coronariens dont le taux de cholestérol total était compris entre 4 et 7 mmol/L (1,55 à 2,71 g/L). Pour l’ensemble de la population étudiée, il a été observé sous pravastatine une réduction significative de la mortalité cardiovasculaire (– 24 %, p < 0,001), de la mortalité globale (– 22 %, p < 0,001) et de la morbidité cardiovasculaire (– 29 %, p < 0,001). En revanche, dans le sous-groupe des 782 patients diabétiques le risque cardiovasculaire n’était pas significativement diminué.

Étude Ascott-LLA

Dans l’étude Ascott-LLA [16], l’effet d’un traitement par 10 mg/j de pravastatine versus placebo a été étudié chez 10 355 patients à risque cardiovasculaire élevé (hypertension artérielle plus au moins trois facteurs de risque cardiovasculaire associés). Vingt-quatre pour cent de la population de cette étude était diabétique. Pour l’ensemble de la population étudiée, une diminution significative du risque de survenue d’accidents coronaires de 29 % était observée chez les patients sous pravastatine (p = 0,0005). Cependant, dans le sous-groupe des patients diabétiques aucune réduction du risque cardiovasculaire n’était observée chez les sujets traités par la pravastatine.

Étude Allhat-LLT

Dans l’étude Allhat-LLT [17], l’effet d’un traitement par 40 mg de pravastatine a été étudié chez 10 335 patients à risque cardiovasculaire élevé, ayant un taux de LDL-cholestérol compris entre 1 g et 1,90 g/L. Les patients de cette étude ont été suivis en moyenne 4,8 années et 35 % d’entre eux étaient diabétiques. Dans cette étude, aucune réduction significative de la morbidité cardiovasculaire n’a été observée pour l’ensemble de la population étudiée aussi bien chez les sujets non diabétiques que chez les patients diabétiques. Les résultats négatifs de cette étude semblent s’expliquer par le fait que la différence des taux moyens de LDL-cholestérol entre le groupe traité par pravastatine et le groupe témoin était faible, en moyenne de 0,24 g/L (soit 0,62 mmol/L). Ces données viennent confirmer l’idée qu’une baisse significative du LDL-cholestérol, sous statines, est indispensable afin d’obtenir une réduction du risque de survenue d’accidents cardiovasculaires.

L’étude Prosper

Dans l’étude Propser [18], l’effet d’un traitement par 40 mg/j de pravastatine a été étudié chez 5 804 sujets âgés entre 70 et 82 ans suivis pendant 3,2 années. Dans l’ensemble de la population étudiée, il était observé une diminution significative de 15 % du risque de survenue d’accidents cardiovasculaires (p = 0,014). Cependant, l’analyse par sous-groupe montrait que la réduction du risque cardiovasculaire n’était significative que pour les sujets dont le LDL-cholestérol initial était supérieur à 4,11 mmol/L (1,60 g/L) et chez ceux dont le HDL-cholestérol était inférieur à 1,11 mmol/L, soit 0,43 g/L. Dans le sous-groupe des 623 patients diabétiques aucune réduction significative du risque d’accidents cardiovasculaires n’était observée chez les sujets traités par pravastatine.

En conclusion, les études réalisées avec les statines dans la population diabétique donnent des résultats plutôt divergents. En réalité, l’analyse plus précise des résultats fait apparaître que ce sont surtout les patients diabétiques porteurs d’une hypercholestérolémie, associée au diabète, qui bénéficient d’un traitement par statines. En revanche, la réduction du risque cardiovasculaire sous statines dans la forme typique de l’hyperlipidémie du diabète de type 2 (hypertriglycéridémie, hypo-HDLémie) n’est pas certaine.

Étude avec les fibrates

Les études avec les fibrates, au cours du diabète, sont encore peu nombreuses. Nous disposons de l’étude clinique Vahit [19] et des études angiographiques Sendcap [20] et DAIS [21].

Étude Vahit

L’étude Vahit [19, 22] a étudié l’effet d’un traitement par le gemfibrozil (1 200 mg/j), versus placebo, sur la survenue d’événements cardiovasculaires chez 2 531 hommes coronariens dont le taux initial de HDL-cholestérol était bas (≤ 0,4 g/L) (1 mmol/L) et le taux de LDL-cholestérol ≤ 1,40 g/L (3,6 mmol/L). Au terme des cinq années d’étude, il était observé, pour l’ensemble de la population étudiée, une réduction significative de 24 % du risque de décès coronarien, d’infarctus du myocarde ou d’accident vasculaire cérébral (p ≤ 0,001) [19]. De façon intéressante, l’analyse du sous-groupe des 769 patients diabétiques fait apparaître un effet supérieur du gemfibrozil, au cours du diabète [22]. C’est ainsi que la réduction du risque de survenue de l’infarctus du myocarde, de décès d’origine cardiaque ou d’accident vasculaire cérébral est de 32 % (p = 0,004) chez les patients diabétiques contre 18 % chez les patients non diabétiques [22]. Il est par ailleurs observé une réduction de 41 % de la mortalité coronaire chez les diabétiques (p = 0,002) alors qu’elle est de 3 % (non significatif) dans la population non diabétique [22].

Étude angiographique Sendcap

L’étude Sendcap [20] est une étude angiographique réalisée en prévention primaire chez 164 patients diabétiques de type 2, traités pendant trois ans par bézafibrate (400 mg/j) ou placebo. Alors qu’aucune différence des paramètres angiographiques n’était observée entre les deux groupes de patients, on notait chez les sujets ayant reçu du bézafibrate une réduction significative des événements ischémiques (cliniques et électriques) (p = 0,001).

Étude Dais (diabetes atherosclerosis intervention study)

L’étude Dais [21] est une étude angiographique réalisée chez 418 patients diabétiques de type 2 en prévention primo-secondaire, traités pendant une période minimum de 3 ans par fénofibrate (200 mg/j) ou placebo. Le profil lipidique initial de la population étudiée était typique de l’hyperlipidémie du patient lipidique de type 2. Au terme de l’étude, il était observé, chez les patients traités par fénofibrate, une amélioration significative des scores angiographiques (moindre augmentation des sténoses et moindre diminution du diamètre artériel, p = 0,02). Cette étude angiographique n’avait pas la puissance nécessaire pour montrer un effet du fénofibrate sur la réduction des événements cardiovasculaires, qui néanmoins étaient moins nombreux dans le groupe « fénofibrate » que dans le groupe « placebo » (38 versus 50).

Notons qu’une étude d’intervention avec le fénofibrate dans une cohorte importante de patients diabétiques (étude Field : fenofibrate intervention and event lowering in diabetes) est actuellement en cours. Cette étude devra permettre de préciser la place des fibrates dans la réduction du risque cardiovasculaire, chez les patients diabétiques de type 2.

Autres perspectives thérapeutiques et études en cours

Les dernières années ont été marquées par la découverte des PPAR (peroxisome proliferator activated receptor), récepteurs nucléaires présentant des activités variées en particulier au niveau du métabolisme lipidique, glucidique ainsi que des propriétés anti-inflammatoires. Plusieurs sous types de PPAR sont actuellement connus : α, β et γ. Les acides gras semblent être les principaux ligands naturels des PPAR. Il existe, par ailleurs, des ligands pharmacologiques à ces récepteurs. Ainsi, les fibrates sont agonistes des PPAR α et les glitazones sont agonistes des PPAR γ. Ces derniers ont, à côté de leur action hypoglycémiante, un effet marqué sur les lipides. C’est ainsi qu’il est observé sous pioglitazone et rosiglitazone une diminution significative des acides gras libres, une augmentation du HDL-cholestérol et une réduction des LDL petites et denses [23]. Par ailleurs, il est noté, sous pioglitazone, une diminution significative des triglycérides [23]. Des travaux réalisés chez l’animal ont montré un effet anti-athérogène significatif des glitazones. Des études d’intervention sont actuellement en cours, chez les patients diabétiques de type 2 afin de préciser leur effet sur la morbi-mortalité cardiovasculaire. Par ailleurs, signalons que sont actuellement en développement des molécules agonistes PPPAR α et γ susceptibles d’avoir un effet important sur la réduction du risque cardiovasculaire, en particulier chez les patients diabétiques de type 2 et ceux atteints de syndrome métabolique. Si leur tolérance est démontrée, ils pourraient représenter une classe thérapeutique essentielle dans la prise en charge des anomalies lipidiques du patient diabétique et la réduction du risque cardiovasculaire.

Références

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