ARTICLE
Auteur(s) : Philippe Nguyen
Laboratoire central d’hématologie, CHU Robert Debré, avenue du
Général-Kœnig, 51092 Reims cedex, France
L’utilisation croissante (et banalisée ?) des héparines, tant
chez le patient hospitalisé qu’en ambulatoire, est de nature à
engendrer un risque parallèle de surdosage à l’héparine. Une
enquête, réalisée en 1998 par les Centres régionaux de
pharmacovigilance (CRPV), a montré que 13 % des effets
indésirables hémorragiques nécessitant une hospitalisation étaient
dus à un anticoagulant. Des accidents hémorragiques graves,
hématomes et hémorragies sévères, évoluant parfois vers le décès,
ont été rapportés sous héparines de bas poids moléculaire (HBPM).
Les données de cette enquête ont clairement démontré que la plupart
des complications hémorragiques sévères étaient liées au
non-respect des modalités thérapeutiques conseillées, à
l’administration d’HBPM à des patients âgés, à l’insuffisance
rénale, à la poursuite de traitements curatifs au-delà de
10 j.
L’héparine non fractionnée (HNF) a un antidote
« spécifique », le sulfate de protamine, lequel est de
maniement difficile, car potentiellement dangereux, y compris dans
la situation de « surdosage volontaire » qu’est la
circulation extracorporelle (CEC). Cet antidote neutralise
partiellement l’effet anticoagulant des HBPM.
Les nouvelles molécules, danaparoïde sodique et pentasaccharides,
ne disposent pas d’antidotes, alors que le potentiel hémorragique
de ces molécules est établi. C’est dire l’importance des mesures de
surveillance, clinique et biologique, qu’il faut maintenir afin
d’éviter la survenue de ces surdosages, aux conséquences parfois
irréversibles.
Potentiel hémorragique des médicaments
Les héparines définissent une classe de médicaments rassemblant
HNF et HBPM : il s’agit de molécules polysaccharidiques
sulfatées, se liant avec une forte affinité à l’antithrombine (AT),
ce qui accélère l’inactivation catalytique des sérine-protéases
impliquées dans la coagulation, principalement le facteur Xa et la
thrombine. Les nouvelles molécules, danaparoïde sodique et
pentasaccharide, sont proches des héparines, en terme de structure
chimique et de mécanismes d’action, puisque ces molécules inhibent
également de façon indirecte (AT-dépendante) les sérine-protéases
(tableau 1) [1].
Tableau 1. Caractéristiques des
héparines, du danaparoïde sodique et du fondaparinux.
|
|
HNF |
HBPM |
Danaparoïde |
Fondaparinux |
|
Anti-Xa/anti-IIa |
1 :1 |
2-4 :1 |
22 :1 |
Anti-Xa |
|
Demi-vie : |
1,5 H |
4 H |
25 H |
18 H |
|
Insuffisance rénale |
½
vie id. |
½
vie prolongée |
½
vie prolongée |
½
vie prolongée |
|
TCA |
Allongé |
Allongé de façon variable |
Peu allongé [1] |
Non allongé [1] |
|
Zone thérapeutique : ratio TCA |
2-3 |
– |
– |
– |
| U
AXa/mL (4 h) |
0,3-0,6 |
0,5-1* [1] |
0,4-0,8 [20] |
|
|
Protamine réversibilité IIa |
100 % |
100 % |
Négligeable |
Non applicable |
|
Réversibilité Xa |
100 % [1] |
60 % [1] |
Négligeable |
Non |
* Les fiches posologiques (Vidal 2004) n’indiquent pas de
« zone thérapeutique » mais des moyennes d’activité
anti-Xa. Avec Fraxodi® et Innohep®, il est
probablement recommandé de ne pas dépasser un « seuil
hémorragipare » (voir texte).
** Pourcentage de réversibilité par le sulfate de protamine
des activités anti-IIa et anti-Xa des molécules.
Toutes ces molécules sont dotées d’une activité
anti-thrombotique puissante ; toutes présentent un potentiel
hémorragipare dépendant de la posologie administrée et de la
concentration plasmatique du médicament. Un concept, largement
répandu avec le développement des HBPM, assimilait le potentiel
hémorragipare des héparines à leur activité anti-thrombinique
(anti-IIa) alors que l’activité anti-Xa aurait eu un effet
antithrombotique, non hémorragipare. Cette notion est
définitivement battue en brèche par les résultats des essais
cliniques utilisant le pentasaccharide synthétique fondaparinux
(Arixtra®), au cours desquels le potentiel hémorragique
de ce médicament, pourtant anti-Xa exclusif, apparaît [2-4].
Un antidote dangereux : le sulfate de protamine
Le sulfate de protamine est l’antidote officiel de l’héparine
non fractionnée. Extrait de sperme de saumon, ce peptide de faible
poids moléculaire est fortement basique et neutralise les fonctions
anioniques de l’héparine en formant des complexes biologiquement
inertes. Ce mécanisme de neutralisation est donc proche de celui du
facteur 4 plaquettaire (F4P). À dose équimolaire, le sulfate
de protamine neutralise l’activité anti-IIa des HNF. Doté d’une
affinité plus faible pour les HBPM, l’antidote est considéré comme
« partiel » puisqu’il laisse persister une activité
anti-Xa, de l’ordre de 50 à 60 % [5]. Le sulfate de protamine
n’est pas efficace dans le traitement des saignements associés au
danaparoïde sodique (Orgaran®) et au fondaparinux.
Le sulfate de protamine a une demi-vie plus courte que les HNF et
les HBPM, notamment après administration sous-cutanée. Ainsi, des
rebonds d’anticoagulation, après neutralisation, ont été rapportés,
notamment au décours des CEC. Dans certains cas, il peut être
envisagé un fractionnement et/ou une répétition des injections de
sulfate de protamine.
Le sulfate de protamine est immunogène et allergisant [6]. Des
réactions anaphylactiques diverses, éruptions cutanées, frissons,
chocs anaphylactiques, hypotensions, bradycardies, hypertension
artérielles pulmonaires, ont été décrites. Lors des essais
thérapeutiques évaluant les héparines, il est classique d’exclure
les patients allergiques aux poissons, à cause du risque d’allergie
croisée à l’antidote [7]. Le sulfate de protamine est également
contre-indiqué, dans les pays anglo-saxons, chez les hommes
vasectomisés, puisqu’ils peuvent développer des anticorps
anti-protamine. Afin de limiter les réactions anaphylactiques, il
est recommandé d’injecter lentement (10 min) le sulfate de
protamine par voie intraveineuse et de ne pas dépasser la posologie
de 50 mg par injection. L’indication du sulfate de protamine
doit donc être évaluée en terme de rapport bénéfice/risque.
D’autres molécules sont capables d’antagoniser l’héparine :
l’hexadiméthrine, les héparinases, le F4P, la lactoferrine [8].
Récemment, des peptides concatamériques se liant avec une forte
affinité (kd 50 nM) aux molécules d’héparines ont été obtenus
[9]. Ces peptides neutralisent l’activité anti-Xa des HNF et des
HBPM de façon équivalente. On ne dispose pas d’antidote pour les
pentasaccharides. L’utilisation de facteur VIIa recombinant humain
(Novoseven®) a été proposé dans le traitement
d’hémorragies sévères secondaires à un surdosage de fondaparinux
[10].
Surdosage à l’héparine volontaire au cours de la circulation
extracorporelle
L’HNF est l’anticoagulant de référence de la circulation
extracorporelle (CEC) puisque c’est la seule molécule à disposer
d’un antidote spécifique. Différents protocoles sont utilisés.
Certaines équipes utilisent des posologies adaptées au poids du
patient : 300 à 400 UI/kg en début de CEC, ré-injections
de posologies standard et à intervalles réguliers. Ces protocoles
ont l’avantage d’être simples, standardisés, non contraints à la
surveillance biologique. Ils ont l’inconvénient de ne pas tenir
compte de la variation individuelle de réponse à l’héparine. La
neutralisation par le sulfate de protamine est réalisée selon un
calcul théorique d’unités d’héparines injectées : le risque
est celui d’un sous-dosage (persistance du risque hémorragique et
rebond de l’héparinémie) mais également de surdosage (hypotension
artérielle, bradycardie).
D’autres équipes choisissent d’utiliser des protocoles
d’héparinisation et de neutralisation par le sulfate de protamine,
adaptés à l’évaluation de l’héparinémie [11-13]. Les contraintes de
temps imposent, dans la grande majorité des cas, le recours à des
appareils de proximité, lesquels offrent des performances variables
et ne sont pas standardisés. En effet, la mesure de l’ACT
(activated clotting time) ou de l’héparinémie est
extrêmement variable d’un appareil à l’autre [14]. C’est l’écueil
majeur de ce type de protocoles et il est probable que certains
surdosages seraient à imputer à un monitoring inadapté.
L’hémorragie post-CEC reste difficile à analyser compte-tenu de la
multiplicité des paramètres – chirurgicaux, – de
réanimation, – liés au patient, mis en jeu. Ce thème fait
l’objet du travail d’un groupe de travail au sein du Groupe d’étude
sur l’hémostase et la thrombose (GEHT) de la Société française
d’hématologie (SFH) (www.geht.org/fr/).
Quand évoquer un surdosage à l’héparine ?
Les manifestations hémorragiques secondaires à un surdosage à
l’héparine ne sont pas spécifiques. L’observation d’hématomes
localisés autour des points d’injection sous-cutanée ne doit pas
être négligée car ils peuvent signer, de façon précoce, un
surdosage. Ces hématomes seront d’autant plus inquiétants qu’ils
apparaîtront comme progressivement extensifs et fréquents. Une
erreur technique devra systématiquement être évoquée : erreur
de posologie, technique d’injection défectueuse, non respect du
schéma thérapeutique.
En milieu chirurgical, le surdosage à l’héparine se manifeste,
dans la grande majorité des cas, par une hémorragie de la plaie
chirurgicale. En situation médicale, des hémorragies majeures
(hémorragies du psoas, hémorragies cérébro-méningées), parfois
fatales, ont été rapportées [15-17]. Ces accidents hémorragiques
peuvent être favorisés par une pathologie sous-jacente, qu’il faut
savoir rechercher. Certains états pathologiques, certains
« terrains », favorisent l’hémorragie sous héparine.
L’insuffisance rénale, définie par une clairance à la créatinémie
inférieure à 30 mL/min, est une contre-indication formelle à
l’emploi d’HBPM. Chez l’insuffisant rénal modéré et chez le sujet
âgé, le risque d’accumulation d’une HBPM, prescrite de façon
prolongée, fut-elle à dose prophylactique, mérite d’être souligné.
Une insuffisance hépato-cellulaire, une pathologie hémorragipare
acquise, une polymédication interferrant avec la fonction
plaquettaire, sont autant de conditions favorisant l’hémorragie au
cours d’une héparinothérapie.
Documenter le surdosage
Tout accident hémorragique survenant au cours d’un traitement
par HNF, HBPM, danaparoïde sodique ou pentasaccharide, doit être
documenté par les examens biologiques appropriés.
Le prélèvement pour étude de l’hémostase sera réalisé le plus tôt
possible, en respectant les conditions pré-analytiques recommandées
[18]. L’imputabilité de la molécule incriminée ne sera possible
qu’en interprétant les résultats des examens biologiques en
fonction du type de molécule utilisée, de sa posologie, de sa voie
d’administration, et surtout de l’horaire exact de la dernière
injection par rapport à l’horaire du prélèvement sanguin.
Un surdosage à l’HNF s’accompagne du profil biologique
suivant.
• Temps de céphaline + activateur (TCA) : allongé
au-delà de la zone thérapeutique (ratio > à 3).
L’allongement est d’autant plus évocateur d’un surdosage qu’il est
plus
prolongé : > 100 s, > 300 s,
incoagulable.
• Temps de thrombine allongé, reflétant l’effet anti-thrombinique
de l’HNF sur la fibrinoformation,
• Temps de reptilase normal : ce test classique, mais de moins
en moins utilisé, est insensible à l’héparine : il indique
l’absence d’anomalie de la fibrinoformation, ce qui valide le fait
que l’allongement du temps de thrombine soit secondaire à
l’héparine.
• Héparinémie, évaluée par mesure amidolytique d’une activité
anti-IIa ou anti-Xa voire par des tests de neutralisation, au-delà
de la zone thérapeutique.
• ACT au-delà de la valeur thérapeutique.
Avec les HBPM, la mesure de l’activité anti-Xa est le test de
choix pour documenter le surdosage à l’héparine. L’interprétation
de l’activité anti-Xa doit tenir compte des modalités de
prescription de l’HBPM. En effet, les traitements curatifs par HBPM
peuvent être utilisés selon deux modalités différentes : soit
la posologie curative (100 U AXa/kg) est administrée en
sous-cutané toutes les 12 h, soit elle est administrée toutes
les 24 h et à une posologie différente (175 U AXa/kg pour
Innohep® et 171 U AXa/kg pour Fraxodi®).
Ces modalités d’administration conditionnent l’évolution de
l’activité anti-Xa au cours du nycthémère. Avec le schéma curatif
répartissant les injections toutes les 12 h, il a été
initialement proposé de se référer à une « zone
thérapeutique » comprise entre 0,5 et 1 U anti-Xa/mL
(lorsque le prélèvement sanguin est effectué 4 heures après
l’injection). Cette « zone thérapeutique » est encore
utilisée [1] mais a disparu des résumés des caractéristiques des
produits français ou européens (RCP) au profit de l’indication de
valeurs moyennes observées. Avec le schéma curatif répartissant les
injections toutes les 24 h, c’est plutôt la notion de
« seuil hémorragipare » qui a été développée :
environ 1,8 UXa/mL pour Fraxodi® et environ
1,5 UXa/mL pour Innohep® (le prélèvement sanguin
étant effectué 4 à 6 heures après l’injection). Il existe donc
un risque de confusion lié à une relative complexité de ces
modalités diverses d’utilisation des molécules et une ambiguïté
quant à l’utilisation de l’activité anti-Xa, que ne lèvent pas
totalement les RCP des médicaments.
Lors de surdosages aux HBPM, un allongement du TCA sera fréquemment
observé. Néanmoins, ce test n’offre pas une évaluation aussi
précise du surdosage que ne le permet le dosage de l’activité
anti-Xa.
Avec le danaparoïde sodique et les pentasaccharides, la mesure de
l’activité anti-Xa doit être prescrite pour authentifier le
surdosage. Dans ces situations, il est impératif de préciser auprès
du laboratoire le nom de la molécule à doser, de façon à ce que le
test soit effectué dans les conditions optimisées.
Le temps de Quick est habituellement insensible aux HNF, HBPM,
danaparoïde sodique et pentasaccharide. En effet, les conditions
techniques du test et les réactifs utilisés ont été adaptés de
façon à rendre le test insensible aux héparines, ce qui facilite la
surveillance biologique lors des relais héparine-AVK. Dans les
surdosages massifs par HNF et HBPM, le temps de Quick pourra
néanmoins s’allonger.
Lorsqu’une hémorragie survient lors d’un relais héparine-AVK, le
TCA et l’INR ne permettront pas nécessairement de différencier
l’effet de chaque médicament. Le cas échéant, il conviendra de
faire appel à d’autres méthodes : dosage de
l’« héparinémie », dosage des facteurs vitamine K
dépendants voire, de façon exceptionnelle, dosage de la molécule
d’AVK.
Lorsque l’allongement du TCA ne reflète pas un surdosage à
l’héparine…
Dans certaines situations, rares mais non exceptionnelles, un
allongement du TCA au-delà de la zone thérapeutique, évoque, à
tort, un surdosage en héparine. Il en est ainsi chez les sujets
présentant un anticoagulant circulant (ACC) dit
« lupique » (ou anti-prothrombinase), s’inscrivant dans
le cadre d’un syndrome des antiphospholipides. Le TCA est
« long » du fait de l’ACC mais il n’existe pas de risque
hémorragique. Au contraire, c’est une pathologie thrombogène et les
indications de l’héparinothérapie sont fréquentes. Sous héparine,
l’allongement du TCA n’est pas corrélé à l’héparinémie. Il ne faut
pas se méprendre devant un allongement, parfois impressionnant, du
TCA, alors que l’héparinémie est dans la zone thérapeutique.
De façon comparable, les sujets présentant un déficit
constitutionnel d’un facteur du système contact (facteur XII,
prékallicréine, kininogène de haut poids moléculaire) présentent un
allongement majeur du TCA. Ces déficits ne sont pas hémorragipares
et ne contre-indiquent donc pas l’héparinothérapie qui devra être
surveillée par la mesure de l’héparinémie.
Quand et comment neutraliser l’héparine ?
Les recommandations du GEHT [19] rejoignent le consensus nord
américain [8] et proposent de limiter l’emploi du sulfate de
protamine (hors CEC) au traitement des états hémorragiques sévères,
mettant en jeu le pronostic vital du patient.
La dose de sulfate de protamine à injecter correspond, en règle
générale, à la quantité d’HNF ou d’HBPM injectées au cours des
4 h précédentes. La posologie est de 1 mg de sulfate de
protamine (soit 100 unités anti-héparine ou UAH) pour
100 unités d’héparine. Lorsque l’héparine est administrée par
voie intraveineuse continue, il est facile de calculer, d’après le
débit horaire de la seringue électrique, le nombre d’unités à
neutraliser par le sulfate de protamine. Lorsque l’héparine est
injectée par voie sous-cutanée, l’évaluation de la dose de sulfate
de protamine à injecter est plus difficile à déterminer. Si
l’injection a été réalisée dans les 4 h précédentes, il semble
justifié d’appliquer la règle de calcul précédente :
100 UAH d’héparine neutralisant 100 U d’héparine. Si
l’injection date de 6 h voire plus, il est probablement
prudent de diminuer (de moitié environ) cette posologie théorique
de sulfate de protamine. L’attitude doit intégrer la notion de
durée de vie de la molécule et, le cas échéant, les résultats
biologiques disponibles.
Dans la majorité des cas de surdosage à l’héparine, en l’absence
d’hémorragie ou en présence d’hémorragies ne compromettant pas le
risque vital, la surveillance sera clinique et biologique, sans
recours à l’antidote.
La conduite à tenir, en cas de surdosage aux HBPM, a fait l’objet
d’une information destinée aux professionnels de santé et approuvée
par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé
(www.agmed.sante.gouv.fr). Ce texte précise « qu’en cas
d’ingestion massive, d’HBPM (aucun cas rapporté), aucune
conséquence grave n’est a priori à redouter, compte tenu de
la très faible résorption du produit aux niveaux gastrique et
intestinal ».
Pourquoi ce surdosage ?
Quelle que soit l’évolution d’un surdosage à l’héparine, il
semble de bon aloi de s’interroger, fut-ce a posteriori, sur
les éléments ayant contribué à l’installation de ce surdosage. Il
est de la responsabilité médicale de signaler systématiquement ces
accidents iatrogènes aux centres de pharmacovigilance. Ce sont, en
effet, ces données de pharmacovigilance qui ont permis à l’Afssaps
d’identifier clairement l’importance de la fonction rénale dans les
surdosages à l’héparine. Ces constatations ont abouti à
contre-indiquer de façon formelle les HBPM en traitement curatif au
cours de l’insuffisance rénale sévère (définie par une clairance à
la créatinémie < 30 mL/min). L’utilisation des
HBPM, à dose préventive, reste déconseillée. De même, l’utilisation
des HBPM doit rester prudente lorsque la fonction rénale est
altérée (clairance à la créatinémie comprise entre 30 et
60 mL/min), chez le sujet âgé, ou lors de traitements
prolongés au-delà de 10 jours.
Conclusion
Il est probable que la majorité des cas de surdosage à
l’héparine soient associés au non-respect des modalités
thérapeutiques conseillées. À l’heure actuelle, les molécules et
les protocoles d’administration sont multiples et le respect des
bonnes pratiques d’utilisation de ces médicaments par les
professionnels de santé n’est pas évalué. La place de la biologie,
et principalement celle l’activité anti-Xa au cours des traitements
par HBPM, reste sujette à caution. En dépit de la simplification
apportée par ces nouvelles stratégies thérapeutiques, les sources
d’erreurs sont multiples et les risques de surdosage persistants.
La vigilance doit d’être maintenue. n
Remerciements. L’auteur remercie Madame M-L. Germain
(CRPV Reims Champagne-Ardenne), Madame le Docteur D. Gence
(Direction Médicale Sanofi-Synthélabo) et Madame C. Droullé (CHU
Reims) pour leur aide dans la documentation et la relecture de cet
article.
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