ARTICLE
Auteur(s) : Philippe Niclot
Service de neurologie, groupe hospitalier du Havre, hôpital J.
Monod, 76083 Le Havre cedex, France
L'efficacité de la fibrinolyse par r-tPA (Actilyse®)
des accidents ischémiques cérébraux a été démontrée en 1995 :
avant la 3e heure, le traitement augmente de
30 % les chances de guérison et de 11 à 13 % le nombre de
patients guéris ou gardant des symptômes mineurs [1]. Bien que les
essais effectués dans les 6 premières heures soient négatifs,
ces résultats ont été confirmés par méta-analyse. Le bénéfice du
r-tPA, démontré à 3 mois, se maintient à 1 an [2]. Sans
traitement, 60 % des patients décèdent ou restent handicapés,
ce qui justifie son utilisation bien qu'il entraîne 6 %
d'hémorragies cérébrales.
Le r-tPA n'est actuellement administré qu'à une minorité de
patients (environ 2 % sur le territoire américain). S'il a
révolutionné l'approche de l'ischémie cérébrale, qui est désormais
reconnue comme une urgence vasculaire, son impact en termes de
santé publique est donc très limité. Les études réalisées depuis
5 ans ont permis de préciser ses conditions d'administration
et d'envisager plusieurs voies de recherche complémentaires pour
augmenter le nombre de patients traités et améliorer les
résultats.
Conditions de prescription du r-tPA
Le traitement est plus efficace s'il est donné tôt
Dans l'essai NINDS, les patients traités avant 90 min
avaient 2 fois plus de chance de guérison que ceux traités
entre 90 et 180 min [3]. Ce résultat a été confirmé dans une
méta-analyse sur données individuelles des trois essais ayant
évalué le r-tPA avant 6 heures à la posologie de
0,9 mg/kg [4]. De plus, il existe encore un bénéfice entre 180
et 270 min, ce qui laisse l'espoir d'étendre la fenêtre
thérapeutique au-delà de la 3e heure (tableau 1).
Tableau 1. Efficacité du traitement par rapport au placebo
selon le délai d'administration dans les essais ayant évalué le
r-tPA intraveineux à la posologie de 0,9 mg/kg : odds
ratio (IC 95 %)
| Délai de traitement |
< 90 min |
90-180 min |
180-270 min |
| NINDS |
2,11
(1,33-3,35) |
1,69
(1,09-2,62) |
– |
Méta-analyse
(NINDS, Atlantis, Ecass2) |
2,83
(1,77-4,53) |
1,53
(1,11-2,11) |
1,40
(1,06-1,85) |
Le traitement doit être administré par des spécialistes
Plusieurs études de faisabilité, réalisées dans des centres
experts, ont montré qu'il est possible d'avoir un taux de
complications hémorragiques équivalent à celui des essais
randomisés [5, 6]. En revanche, d'autres études réalisées dans des
hôpitaux généraux, où les prescripteurs n'avaient pas reçu de
formation spécifique, ont rapporté jusqu'à 12 ou 15 %
d'hémorragies cérébrales ou systémiques [7, 8]. Ces chiffres
catastrophiques s'expliquent par un taux de 30 à 50 %
d'erreurs dans la procédure de sélection des patients et
d'administration du traitement. Un registre multicentrique
colligeant l'ensemble des patients traités dans quatre états
allemands a confirmé ces données : par rapport aux centres
habitués à la prescription du r-tPA, la mortalité est 3 fois
plus élevée dans ceux pratiquant moins de cinq fibrinolyses par an
[9]. La conclusion est donc sans ambiguïté : la fibrinolyse de
l'accident ischémique cérébral reste l'affaire de spécialistes,
« formés et expérimentés en neurologie » selon la
formulation de l'Anaes. Nombre de patients faisant leur accident à
distance des centres spécialisés, comment peut-on concilier
l'administration rapide du traitement et la sécurité du
patient ?
Améliorer l'accès au traitement
La plupart des patients victimes d'un infarctus cérébral n'en
connaissent pas les signes d'alerte, n'appellent pas les secours et
attendent une hypothétique amélioration de leur déficit [10]. De
plus, ils consultent leur médecin plutôt que d'appeler directement
les systèmes de secours (Samu ou pompiers), d'où une perte de temps
supplémentaire. L'éducation de la
population – particulièrement celle des sujets à
risque – et la mise en œuvre de procédures de prise en
charge cohérentes avec les Samu et les médecins de ville seraient
nécessaires pour changer ces attitudes et réduire les délais
d'admission.
Une étude canadienne a identifié des facteurs plus facilement
modifiables [11]. Parmi les patients arrivés aux urgences avant la
3e heure, un quart seulement ont reçu le r-tPA
(figure 1). Les
principales raisons amenant à récuser la fibrinolyse étaient un
déficit neurologique modéré ou régressif, une contre-indication
(principalement des anomalies au scanner), la non-reconnaissance
des troubles par le personnel des urgences ou la réalisation trop
tardive du scanner. En fait, un quart de ces patients auraient pu
être traités. Parmi ceux présentant un déficit modéré, 30 %
étaient handicapés à la sortie de l'hôpital : or, un déficit
régressif n'exclut pas une ré-aggravation dans les minutes ou les
heures suivantes, lorsqu'il persiste une sténose ou une occlusion
intracrânienne [12]. Il faut donc non pas « baisser la
garde » mais, au contraire, surveiller continuellement l'état
clinique et demeurer prêt à traiter le patient en cas de
ré-aggravation. De même, nombre de contre-indications radiologiques
n'étaient pas fondées, ce qui montre la nécessité d'enseigner la
lecture des signes d'ischémie précoce au scanner par des méthodes
validées [13]. Enfin, il est désormais bien établi que la formation
du personnel des urgences à la reconnaissance des symptômes de
l'attaque cérébrale, la mise en place de stroke team
réunissant neurologue et infirmière spécialisée ainsi que la
coordination avec le service de radiologie permettent de réduire le
délai d'obtention du scanner à 20 min et le délai de
traitement à 60 min [14]. Cette coopération entre les
différents intervenants de la phase aiguë caractérise les stroke
centers et permet de traiter 10 à 15 % des patients
[15].
Élargir la fenêtre thérapeutique
Même si l'on peut augmenter le nombre de patients traités par
une organisation adéquate de la filière de soins, le principal
facteur limitant l'accès à la fibrinolyse reste le délai d'arrivée
(figure 1). Il
est donc logique que de nouveaux essais visent à élargir la fenêtre
thérapeutique au-delà de 3 heures. Deux éléments montrent que
cet objectif peut être atteint : la méta-analyse des essais
consacrés au r-tPA, qui objective un bénéfice du traitement jusqu'à
270 min [4] ; la démonstration du bénéfice de la
fibrinolyse par pro-urokinase intra-artérielle dans les occlusions
de l'artère cérébrale moyenne (ACM) jusqu'à la
6e heure [16]. Deux voies de philosophie
différentes sont actuellement explorées.
La première, déjà largement testée, consiste à inclure les
patients sur les résultats du scanner : c'est l'étude Ecass 3.
La sélection se fait essentiellement sur le risque
hémorragique : la présence de signes d'ischémie étendue au
scanner est une contre-indication au traitement. La fenêtre
thérapeutique est étroite : seuls les patients traitables
entre 3 et 4 heures sont inclus. L'intérêt de cet essai est
que, en cas de résultats positifs, une application très large
serait possible. Mais les trois essais construits de manière
analogue (Ecass 1 et 2, Atlantis) étant négatifs, est-ce une
hypothèse réaliste ?
La deuxième approche, plus innovante, sélectionne les patients sur
l'IRM de diffusion et de perfusion. Une étude récente a montré que
seuls les patients ayant une zone d'hypoperfusion plus étendue que
la zone d'hypersignal en diffusion tiraient bénéfice de la
fibrinolyse [17]. Ce résultat est conforme à l'hypothèse selon
laquelle la zone anormale en diffusion correspond à la nécrose et
la zone mal perfusée mais normale en diffusion à la pénombre
ischémique, cette dernière pouvant être sauvée par une reperfusion
précoce. Les essais en cours (Dias, Defuse et Epiphet) incluent
donc les patients ayant une zone d'hypersignal en diffusion
largement inférieure à la zone d'hypoperfusion et excluent ceux
chez qui ces deux zones se recouvrent. La fenêtre de temps est
élargie à 6 ou même 9 heures (Dias), puisque l'élément
déterminant de la décision thérapeutique devient le stade évolutif
de l'accident ischémique sur l'IRM. L'intérêt de ces essais est
qu'ils visent à traiter les « bons candidats » à la
fibrinolyse et non plus seulement à exclure les patients à risque
hémorragique. Leur inconvénient est de nécessiter un accès immédiat
à l'IRM multimodale pour tous les patients suspects d'accident
ischémique cérébral vus précocement.
Améliorer les résultats de la fibrinolyse
Le r-tPA n'est pas la panacée : malgré le traitement, la
mortalité est de 17 % en phase aiguë et 35 % des
survivants restent sévèrement handicapés [1, 2]. La diversité
physiopathologique de l'infarctus cérébral est souvent mise en
avant pour expliquer ces résultats. Le « bon candidat »,
avec une nécrose limitée et une pénombre ischémique étendue, ne
correspondrait qu'à une minorité de cas [18]. Une étude
multicentrique récente a permis de nuancer cette interprétation qui
reposait sur de petites séries de patients, présentant des
accidents de sévérité variable, rarement explorés dans les
premières heures. Parmi 139 patients ayant un déficit
neurologique sévère, évalués avant la 6e heure,
plus de 80 % avaient une occlusion artérielle à l'angiographie
par résonance magnétique (ARM) et une pénombre ischémique à l'IRM
de diffusion-perfusion (figure 2). En cas de
pénombre, le pronostic dépendait de la recanalisation :
68 % des patients recanalisés étaient indépendants contre
43 % en l'absence de recanalisation [19]. La plupart des
patients devraient donc tirer bénéfice de la fibrinolyse ;
autrement dit, les échecs observés ne s'expliquent pas
seulement – et sans doute pas
essentiellement – par le traitement des « mauvais
candidats », ayant déjà un infarctus massif ou une
recanalisation précoce. Dans une proportion importante de cas, des
facteurs spécifiquement vasculaires interviennent (tableau 2).
Tableau 2. Principales causes d'échecs de la fibrinolyse
intraveineuse
|
Causes d'échec |
Facteurs favorisants invoqués |
Perspectives thérapeutiques |
|
Absence de recanalisation |
Taille du thrombus
Absence de collatérales
Nature de l'occlusion |
Fibrinolyse IA, combinée IV/IA
Angioplastie, fragmentation du thrombus
Fibrinolyse + ultrasons |
|
Réocclusion |
Recanalisation incomplète |
Anti-GPIIbIIIa |
|
No-reflow |
Migration distale du thrombus |
Anti-GPIIbIIIa |
|
Hémorragie cérébrale |
Ischémie sévère étendue |
Exclusion par l'IRM |
|
Absence de pénombre ischémique |
Reperfusion précoce
Occlusion avec défaillance des collatérales
Circulation terminale (lacune) |
Exclusion par l'IRM |
Augmenter le taux de recanalisation
Les études séquentielles effectuées avec le doppler transcrânien
montrent que l'occlusion de l'artère cérébrale moyenne (ACM)
persiste chez un tiers des patients traités [20-22]. En cas de
recanalisation, celle-ci survient à une vitesse très variable,
parfois explosive (< 1 min), parfois lente
(> 30 min) [23]. Il existe une relation directe entre
le délai de la recanalisation et la taille de l'infarctus :
lorsque l'occlusion persiste 5 à 6 heures, il existe
constamment un infarctus du territoire profond [20] et des
séquelles neurologiques [21, 22]. Si l'occlusion est définitive,
les patients gardent un déficit majeur, voire développent un œdème
cérébral d'évolution fatale. La moitié seulement des
recanalisations sont complètes. Dans ce cas, la guérison du patient
est fréquente alors que, en cas de recanalisation partielle
(équivalente au grade TIMI 2 angiographique), le pronostic est
plus réservé, avec un handicap modéré dans la majorité des cas
[22]. Les études angiographiques ont montré que le succès du
traitement dépend également du siège de l'occlusion : le taux
de recanalisation varie de 50 à 70 % pour les occlusions des
branches de l'ACM à 10 % pour les occlusions carotidiennes
[24, 25].
Plusieurs explications sont avancées pour expliquer l'efficacité
variable du traitement. Les thrombus les plus volumineux
nécessiteraient un traitement à posologie plus forte. Une autre
hypothèse serait que la délivrance du médicament à la surface du
thrombus soit réduite lorsque celui-ci est éloigné des bifurcations
artérielles ou si la circulation collatérale est défaillante ;
la vitesse et le taux de recanalisation sont en effet plus élevés
chez les patients ayant une bonne circulation collatérale [20]. La
nature de l'occlusion pourrait aussi intervenir : les
occlusions athéroscléreuses seraient moins sensibles aux
fibrinolytiques que celles d'origine embolique [24].
À la diversité des mécanismes évoqués répond celle des voies
thérapeutiques explorées. L'augmentation des posologies de r-tPA
n'a guère été évaluée, compte tenu du risque hémorragique accru
au-delà de 1 mg/kg [26]. Les recherches ont surtout concerné
la fibrinolyse in situ. L'essai Proact II, effectué
dans les occlusions de l'ACM, a montré que la pro-urokinase
permettait 47 % de recanalisation de grade TIMI 2 et 19 %
de grade TIMI 3, contre 16 % et 2 % respectivement sous
placebo [16]. Dans une série de 100 occlusions de l'ACM ou de
ses branches traitées par urokinase, il y a eu 20 % de
recanalisations de grade TIMI 3 et 56 % de grade TIMI
2 [27]. Bien que les méthodes évaluant la perméabilité
artérielle diffèrent, ces études ne montrent donc pas de différence
majeure entre la voie intra-artérielle et la voie veineuse, ce qui
confirme les résultats des modèles expérimentaux où ces traitements
sont équivalents [28]. Dans les occlusions de la terminaison
carotidienne, où les conditions hémodynamiques locales sont
défavorables au traitement systémique, la fibrinolyse locale semble
préférable. Pourtant, la reperméabilisation complète est rarement
obtenue [29]. Pour améliorer les résultats, certains ont proposé un
traitement par angioplastie ou thrombo-aspiration, mais ces
techniques encore expérimentales exposent au risque de rupture
artérielle et peuvent occasionner des embolies distales,
nécessitant d'associer une fibrinolyse [30, 31].
En fait, les avantages théoriques des thérapeutiques in
situ sont contrebalancés par l'allongement du délai de
traitement : dans l'essai Proact II, le délai moyen séparant
l'arrivée à l'hôpital du début de la fibrinolyse était de
3 heures ; même dans un centre expert, il est difficile
de réduire ce délai à moins de 2 heures et de débuter la
thrombolyse avant la 4e ou la 5e heure
d'évolution [32]. Ce délai supplémentaire limite le bénéfice que
l'on peut attendre d'une recanalisation peut-être plus efficace.
C'est pour cette raison que certains ont proposé d'effectuer une
fibrinolyse par voie veineuse avant la 3e heure,
suivie d'un complément par voie intra-artérielle [33]. Cependant,
les critères de sélection des patients, la dose initiale de r-tPA à
administrer et le délai après lequel le traitement local devrait
être tenté sont indéterminés. Il est aussi possible qu'un
traitement neuroprotecteur, protégeant même partiellement la
pénombre ischémique, devienne le traitement d'appoint avant la
revascularisation. Quelle que soit la solution thérapeutique, ces
traitements invasifs s'adressent à des patients sévèrement
déficitaires et ne permettent d'envisager qu'un bénéfice
partiel : le handicap résiduel devra donc être soigneusement
évalué afin d'en confirmer l'intérêt [34].
Une autre approche consiste à potentialiser la fibrinolyse par les
ultrasons. Expérimentalement, l'application à travers l'os temporal
d'un faisceau ultrasonore de faible énergie et de faible fréquence
améliore le taux de recanalisation par rapport aux fibrinolytiques
seuls [35]. Un essai pilote randomisé a évalué l'effet d'un
monitoring durant une heure par un faisceau de haute fréquence
(2 Mhz) chez 25 patients traités par r-tPA dans les
3 heures [36]. Les ultrasons ont permis une augmentation du
nombre de recanalisations de l'ACM à la fin de la perfusion de
r-tPA (45 % contre 21 %) et une amélioration du pronostic
fonctionnel à 3 mois. Ces résultats encourageants conduisent à
la mise en place d'essais thérapeutiques spécifiques. Par rapport
aux traitements invasifs, cette méthode atraumatique aurait
l'avantage majeur d'être très largement applicable.
Traiter la ré-occlusion
Le monitoring continu de l'ACM par doppler transcrânien a montré
que 35 % des artères désobstruées se ré-occluent précocement
[37]. Les ré-occlusions surviennent surtout lorsque la
recanalisation initiale est incomplète, sans que l'on sache si
celle-ci témoigne d'une lyse imparfaite du thrombus ou d'une
sténose athéroscléreuse sous-jacente. Les deux tiers se produisent
pendant la perfusion de r-tPA, les autres dans l'heure suivant la
fin du traitement. Ces ré-occlusions sont généralement définitives
et aggravent le pronostic clinique. Il s'agit donc d'une
complication majeure dont le diagnostic peut être suspecté chez un
patient qui s'était amélioré et dont le déficit se majore
brusquement. Toutefois, un tiers de ces aggravations ne
correspondent pas une ré-occlusion et la moitié des ré-occlusions
sont si précoces que l'état clinique du patient ne s'est pas
modifié [37]. Dans une étude ouverte récente, l'abciximab
(Réopro®) a permis une recanalisation et une
amélioration clinique complète des patients traités [38]. Ces
résultats justifieraient un essai thérapeutique spécifique.
Toutefois, la mise en œuvre d'un traitement ne pouvant se fonder
sur des critères cliniques nécessiterait une surveillance continue
de l'état artériel d'un patient par doppler transcrânien pendant et
au décours de la fibrinolyse.
Prévenir l'hémorragie cérébrale
L'hémorragie cérébrale est la complication la plus redoutée du
r-tPA. Les études de faisabilité montrent en effet que le respect
des critères de traitement permet d'éviter les hémorragies
systémiques. En revanche, même dans les centres experts, avec un
respect optimal des critères d'exclusion, le taux d'hémorragie
cérébrale reste de 6 % [39].
Ne pas traiter les patients ayant des signes d'ischémie précoce
étendue au scanner est nécessaire mais insuffisant : même si
ces signes peu reproductibles étaient toujours reconnus, seulement
15 % des hémorragies seraient prévenues [39]. L'hyperglycémie
apparaît aussi comme un facteur prédictif du risque hémorragique,
qui atteint 13 % des patients ayant une glycémie supérieure à
1,5 g/L, mais exclure tous ceux ayant de tels chiffres
réduirait d'un quart le nombre de sujets traités.
Une autre approche consiste à utiliser un modèle prédictif. Les
résultats de l'essai Atlantis ont été ré-analysés au moyen d'un
score préalablement validé dans l'infarctus du myocarde [40]. Les
patients ont été répartis en trois groupes définis par un risque
faible, moyen ou élevé d'hémorragie cérébrale sous r-tPA. Avec
cette stratification, le taux d'hémorragie était de 2,2 % chez
les patients à faible risque contre 9,3 % chez les
autres ; le traitement était alors efficace dans le groupe à
faible risque (augmentation significative de 5 à 12 % du
nombre de patients guéris selon l'échelle neurologique utilisée).
Cette analyse est cependant limitée par la difficulté de transposer
un modèle de risque à des populations différentes de celle
initialement étudiée.
En fait, l'IRM apparaît là aussi comme le mode de sélection le
plus prometteur, parce qu'elle permet de quantifier l'ischémie en
mesurant voxel par voxel le coefficient de diffusion de l'eau, qui
est d'autant plus abaissé que l'ischémie est sévère. Le volume de
tissu cérébral le plus sévèrement ischémique semble être le
meilleur paramètre prédictif d'une transformation hémorragique
symptomatique après r-tPA [41]. En revanche, l'étendue de la zone
ischémique n'est pas associée au risque hémorragique. On comprend
donc que le scanner, qui ne dépiste que les lésions étendues et ne
quantifie pas la sévérité de l'ischémie, ne puisse repérer qu'une
minorité de patients à risque. Il reste à voir sur une grande
cohorte de patients si l'utilisation de ce paramètre complexe à
mesurer permet de réduire le taux d'hémorragie.
Améliorer la perfusion
La recanalisation artérielle ne permet pas toujours une
reperfusion cérébrale optimale. Dans une sous-étude de l'essai ASK
(fibrinolyse par la streptokinase intraveineuse), les auteurs ont
évalué conjointement la recanalisation de l'ACM par doppler
transcrânien et la perfusion cérébrale par mesure du débit sanguin
cérébral en Spect. Si la plupart des patients ont eu une
amélioration de la perfusion avec la recanalisation, il n'existe
pas de relation simple entre ces deux paramètres : la
reperfusion était le plus souvent hétérogène ; parfois, elle
était absente, malgré la recanalisation, traduisant
vraisemblablement un phénomène de no-reflow ; plus
rarement, une reperfusion a été observée malgré l'absence de
recanalisation, sans doute grâce à l'intervention de la circulation
collatérale [42]. Une étude en IRM a confirmé ces résultats en
montrant la coexistence de zones de perfusion normale avec des
zones d'hypoperfusion et d'hyperperfusion chez 25 % et
40 % des patients respectivement [43]. Ces effets variables
pourraient expliquer pourquoi la moitié seulement des patients
ayant une recanalisation précoce ont une amélioration clinique
majeure dans les 24 heures qui suivent le traitement [44].
La physiopathologie du no-reflow est mal élucidée mais elle
pourrait faire intervenir la lyse du thrombus et la migration
distale de fragments fibrinoplaquettaires. En effet, des
microembolies sont détectées au doppler transcrânien dans les
heures suivant l'infarctus chez les patients ayant une occlusion de
l'ACM en voie de reperméabilisation [45]. De plus, l'IRM montre que
de nouvelles lésions apparaissent lors de la reperfusion en
périphérie de la zone ischémique [46], correspondant à l'examen
anatomo-pathologique à des microthrombus fibrinoplaquettaires [47].
Les antagonistes du récepteur GPIIbIIIa pourraient trouver là une
autre indication. Une étude pilote a évalué l'association du r-tPA
à demi-dose au tirofiban avec une risque acceptable (pour une étude
neurologique...) de moins de 3 % d'hémorragies cérébrales
[48]. Il est même possible que cette classe pharmacologique
supplante la fibrinolyse. Une étude de phase II dont les résultats
viennent d'être communiqués montre que le Réopro®
administré dans les 6 heures améliore le pronostic
neurologique sans augmenter le risque hémorragique cérébral. Une
grande étude de phase III va démarrer prochainement pour confirmer
ces résultats.
Une voie thérapeutique différente concerne le traitement de
l'hyperglycémie. En cas de reperfusion précoce, une glycémie
supérieure à 1,4 g/L est associée à un infarctus plus étendu
et à un pronostic clinique défavorable [49]. En revanche, en cas
d'occlusion persistante, la glycémie n'a pas d'influence sur le
pronostic. Les mécanismes de toxicité du glucose ne sont sans doute
pas univoques : un trouble de la vasoréactivité favorisant le
no-reflow ou un accroissement de la perméabilité de la
barrière hémato-encéphalique avec œdème vasogénique sont évoqués, à
côté de mécanismes spécifiquement neuronaux tels que l'acidose
lactique avec extension de la nécrose ischémique. La réduction
rapide de l'hyperglycémie pourrait donc limiter l'extension de
l'infarctus. L'essai Gist évalue l'effet d'un traitement agressif
sur le pronostic de l'infarctus cérébral vu dans les 24 h,
mais une étude spécifique chez les patients traités par fibrinolyse
serait souhaitable.
Conclusion
L'objectif de la reperfusion cérébrale est de stopper le
processus ischémique, en évitant l'extension de la nécrose. Les
essais thérapeutiques et les études sur la recanalisation
artérielle montrent que le traitement doit être le plus précoce
possible pour optimiser les chances de récupération. À l'évidence,
la fibrinolyse telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui est d'une
efficacité inconstante et ne restera pas longtemps la seule
stratégie de reperfusion uniformément appliquée à tous les
patients.
La prise en charge rapide par transport médicalisé et l'admission
dans un stroke center disposant d'un accès permanent à l'IRM
seront nécessaires pour améliorer l'accès au traitement et
sélectionner la stratégie thérapeutique adéquate. Cet objectif
n'est pas inaccessible : une enquête de la SFNV a montré que
la médiane d'arrivée d'un accident vasculaire cérébral aux urgences
est de 3 h [50]. Il serait donc possible de traiter un nombre
élevé de patients, pour peu que l'infarctus cérébral soit reconnu
comme une urgence véritable et qu'une coordination des différents
acteurs concernés se mette en place autour de cette pathologie
n
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