ARTICLE
Auteur(s) : Marie-Pierre Revel, Anne Hernigou, Foued
Guerfala
Service de radiologie, hôpital européen Georges-Pompidou, 20,
rue Leblanc, 75015 Paris, France
Principe du phléboscanner
Il consiste à mettre en évidence des lacunes de remplissage
traduisant la présence de thrombus dans les veines
abdomino-pelviennes ou des membres inférieurs que l'on a
préalablement opacifiées. L'émergence de cette technique s'est
faite avec l'apparition du scanner hélicoïdal qui a permis de
diminuer la durée des acquisitions. La première méthode proposée
était une méthode dite « directe », assez analogue à
celle de la phlébographie classique puisqu'elle nécessitait une
injection directe du produit de contraste dans les veines dorsales
des deux pieds, suivie d'une acquisition scanographique hélicoïdale
centrée sur l'abdomen et les membres inférieurs. Décrite en 1996
pour la première fois, la performance diagnostique de cette
technique s'est avérée élevée avec une sensibilité de 100 % et
une spécificité de 96 % [1]. L'inconvénient résidait dans son
caractère invasif nécessitant une ponction veineuse bipédieuse,
douloureuse pour le patient.
Dans un second temps, certains auteurs ont proposé une méthode
dite « indirecte », consistant en une acquisition
abdomino-pelvienne et des membres inférieurs en complément d'un
angioscanner thoracique, sans réinjection d'iode, en profitant du
rehaussement veineux consécutif à la recirculation du produit de
contraste [2]. La qualité du rehaussement obtenu est nettement
inférieure à celle que l'on obtient lorsque l'on opacifie
directement les veines des membres inférieures via
l'injection bipédieuse, mais il offre un contraste suffisant pour
la détection de thrombus. Cette technique permet, au cours d'un
même examen, d'explorer le thorax à la recherche d'embols artériels
pulmonaires et les veines sous-diaphragmatiques jusqu'à mi-mollet.
Le phléboscanner ne s'adresse donc pas aux patients présentant une
suspicion clinique de thrombose veineuse profonde isolée des
membres inférieurs.
La durée d'acquisition dépend du type de scanner utilisé. La
plupart des centres sont actuellement équipés d'appareils
multibarrettes dont le nombre de détecteurs est de 4, 8 ou 16,
permettant donc d'acquérir de 4 à 16 images pour chaque
rotation du tube qui dure entre 0,5 et 0,75 s. La durée
d'acquisition moyenne se situe entre 20 et 30 s pour un
appareil à quatre barrettes de détecteurs, et entre 10 et 20 s
avec un 16 barrettes. L'exploration est également possible sur
des appareils monobarrette mais s'avère plus longue.
Les délais généralement choisis après l'injection sont de
2 min pour l'abdomen et 3 min pour les membres
inférieurs, car il faut attendre que le produit de contraste
injecté au membre supérieur ait recirculé. Le volume et la
concentration de produit de contraste sont ceux nécessaires au
diagnostic d'embolie pulmonaire.
Critères du diagnostic positif de thrombose veineuse
Les critères du diagnostic de thrombose veineuse en
phléboscanner restent encore mal définis. Pour certains auteurs
[3], une thrombose apparaît comme une hypodensité intraluminale
(filling defect) au sein d'une lumière vasculaire rehaussée
par le produit de contraste (figure 1). Avec cette
définition, un risque de confusion persiste avec les hypodensités
liées à de simples phénomènes de flux. Pour d'autres, le diagnostic
de thrombose veineuse n'est retenu que devant une hypodensité
globale de la section veineuse, associée à une prise de contraste
de la paroi et à un élargissement de la veine (figure 2). Ces derniers
critères sont plus spécifiques mais moins sensibles. La différence
entre ces critères explique la variabilité des données disponibles
sur les performances du phléboscanner dans la littérature médicale.
Duwe et al. rapportent une valeur prédictive positive du
phléboscanner de seulement 67 %, et suggèrent de confirmer le
diagnostic de thrombose par un échodoppler avant d'instaurer un
traitement anticoagulant [3]. D'autres auteurs rapportent une
spécificité élevée égale à 93 % mais une sensibilité de
seulement 71 % [4].
Par ailleurs, la concordance interobservateur rapportée est
également variable avec des chiffres de kappa allant de
0,59 [5] à 0,88 [6]. Il est nécessaire d'uniformiser les
critères diagnostiques et, en particulier, de mieux définir les
types d'hypodensités partielles qui permettent de poser le
diagnostic de thrombose. La constance des anomalies lorsque l'on
fait varier le contraste de l'image est ainsi un élément
séméiologique important qui permet de distinguer les hypodensités
liées à une thrombose partielle de celles qui sont dues à une
simple inhomogénéité de l'opacification. À l'étage sous-poplité, le
diagnostic ne doit être retenu que devant une hypodensité globale
avec rehaussement pariétal. De même, les critères d'examen non
concluant doivent être définis : rehaussement insuffisant
(figure 3),
artéfacts ou image douteuse quel qu'en soit le niveau.
Résultats
Deux études multicentriques récentes, portant respectivement sur
541 et 650 patients ont rapporté une sensibilité et une
spécificité de l'examen élevées (97 et 100 %) et une bonne
corrélation avec les données de l'échodoppler [7, 8].
La prévalence de la phlébite mise en évidence par phléboscanner
chez les patients suspects d'embolie pulmonaire est de 8 à
15 % selon les études [9]. Elle concorde avec les données
échographiques, avec un taux de positivité global de 13 %. Les
résultats sont comparables à ceux du doppler veineux pour les
veines fémorales et poplitées mais supérieurs pour les territoires
cave et iliaque.
Les deux études précédemment citées trouvent des thromboses
veineuses profondes isolées chez respectivement 3 et 5 % des
patients inclus suspects cliniquement d'embolie pulmonaire et dont
l'angioscanner thoracique est négatif [7, 8]. Pour Walsh et
Redmond, sur une série de 106 patients, le taux de positivité
du phléboscanner iliaque est de 5 % lorsque l'exploration
thoracique est négative (quatre patients) ou non concluante
(1 patient) [10]. La figure 4 montre un exemple
de scanner indéterminé au niveau thoracique, avec des images
évocatrices d'infarctus pulmonaires, pour lequel le phléboscanner
objective un thrombus suspendu dans la veine cave inférieure.
Avantages et limites
Avantages
Le principal avantage du phléboscanner sur l'échodoppler veineux
est de permettre l'exploration de zones qui ne peuvent pas être
testées en compression et dont la visualisation de l'ensemble du
trajet est difficile en échodoppler couleur en raison des
interpositions gazeuses digestives, comme les veines iliaques et la
veine cave inférieure.
Par ailleurs, le phléboscanner, contrairement à l'échodoppler
veineux, offre la possibilité d'une lecture critique secondaire
avec analyse différée des coupes effectuées, ce qui n'est pas
possible avec l'échodoppler veineux. Ceci est particulièrement
intéressant pour l'étude de l'étage sural (figures 5 et 6) pour lequel les
performances de l'échodoppler veineux sont assez controversées
[11].
Le troisième avantage est de permettre d'explorer en un temps les
patients suspects d'embolie pulmonaire, en incluant le balayage des
veines des membres inférieurs, ce qui est nécessaire pour exclure
l'éventualité d'un épisode thrombo-embolique chez les patients dont
l'exploration thoracique est négative. L'étude ESSEP a en effet
démontré que l'exploration des membres inférieurs était
indispensable pour exclure avec suffisamment de certitude le
diagnostic d'embolie pulmonaire [12]. Toutefois, la prévalence
globale de la thrombose veineuse des membres inférieurs est assez
faible chez les patients suspects d'embolie qui ne présentent pas
de symptômes aux membres inférieurs. Il faut donc se résoudre à
réaliser un examen supplémentaire qui a jusqu'à 90 % de
probabilité d'être négatif [13].
Limites
Les limites du phléboscanner sont de plusieurs ordres.
La première est que l'examen n'est pas toujours interprétable. En
effet, lorsque le rehaussement veineux obtenu n'est pas suffisant,
il n'est pas possible de conclure à l'absence d'anomalie (figure 3). De même, un
rehaussement inhomogène peut être à l'origine de faux positifs, en
juxtaposant des zones bien et mal rehaussées au sein de la lumière
veineuse, ces dernières pouvant en imposer pour des thrombus. Ce
risque peut être limité par une meilleure synchronisation entre le
début de l'injection et le début de l'acquisition, de façon à ce
que la recirculation du contraste soit bien homogène. Néanmoins,
les vitesses circulatoires sont proportionnelles à l'hémodynamique
cardiaque et sont donc soumises à une assez large variabilité
individuelle.
La présence éventuelle de matériel orthopédique génère des
artéfacts métalliques empêchant l'analyse des tissus mous.
Il faut enfin souligner que le phléboscanner est à l'origine d'une
irradiation supplémentaire, notamment des gonades qui, même si elle
reste faible dans l'absolu, va jusqu'à doubler celle de l'examen
thoracique seul, amenant à limiter cette procédure chez les sujets
de moins de 40 ans [14]. Cette objection n'est pas de mise
dans les situations qui font suspecter une thrombose pelvienne, en
particulier lors des suspicions d'embolie pulmonaire du post-partum
ou post-abortum.
Conclusion
Le phléboscanner est un mode d'exploration nouveau dont
l'intérêt est de permettre rapidement le diagnostic de thrombose
veineuse, dans la foulée de l'exploration thoracique, chez les
patients suspects d'embolie pulmonaire. Ses critères de positivité
méritent d'être affinés, notamment pour améliorer la concordance
interobservateur. Il peut s'avérer être la stratégie la plus rapide
et la plus efficace pour le diagnostic de maladie veineuse
thrombo-embolique. D'autres études de validation restent à mener
pour vérifier s'il peut se substituer à l'échographie veineuse dans
ce contexte. En revanche, il n'est pas logique de le proposer en
première intention chez les patients présentant une suspicion de
thrombose veineuse isolée, car il est plus invasif et irradiant que
l'échographie veineuse en compression, elle-même simple, peu
coûteuse et de sensibilité et spécificité élevées chez les patients
présentant des signes cliniques de thrombose veineuse profonde des
membres inférieurs n
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