ARTICLE
Les anomalies électrocardiographiques (ECG) observées
au cours de la phase aiguë de l'infarctus cérébral
s'intègrent de façon plus générale dans l'étude
des interactions entre le cerveau et le cur. De nombreuses affections
cérébrales peuvent s'accompagner de complications cardiaques
ou d'anomalies ECG, en dehors de toute pathologie cardiaque préexistante
[1-3]. L'existence d'une influence de lésions corticales sur le
comportement cardiaque pose le problème de la recherche de centres
cardiorégulateurs haut situés, mais aussi de la valeur pronostique
de ces phénomènes. L'infarctus cérébral aigu
est de ce point de vue une affection particulièrement intéressante,
avec les progrès de l'imagerie cérébrale et le monitoring
cardiovasculaire dont bénéficient les patients hospitalisés
dans des unités spécialisées. Devant des anomalies
cardiaques dans un tel contexte il est toutefois fondamental de considérer
la probabilité d'une cardiopathie préexistante, partageant
les mêmes facteurs de risque ou directement à l'origine de
l'infarctus. Le risque de décès lié à une
anomalie rythmique d'origine cérébrale est inconnu ; une
étude prospective a fait état de 6 % de morts subites inexpliquées
à 30 jours dans une cohorte d'infarctus cérébraux,
chez des patients en phase de rééducation [4].
Régulation cardiovasculaire : rappel anatomique
schématique
Le cur - et l'appareil cardiovasculaire en général
- est soumis à l'innervation réciproque et antagoniste
des deux systèmes neurovégétatifs sympathique et
parasympathique. On situe le premier neurone sympathique au niveau médullaire
(colonne intermédio-latérale T1-T5), son axone suit la racine
antérieure pour faire synapse dans les chaînes ganglionnaires
sympathiques paravertébrales cervicales qui forment en T1 le ganglion
stellaire. Des ganglions cervicaux part le deuxième neurone qui
se distribue au myocarde.
Les centres parasympathiques sont situés à l'étage
bulbaire, le corps cellulaire du protoneurone est situé dans le
noyau dorsal (moteur) du vague et envoie son axone par le nerf X jusqu'au
plexus cardiaque où se situe la synapse avec le deutoneurone, à
proximité immédiate du cur [2, 3, 5].
Les voies efférentes cardiaques partent des baro- et chémo-récepteurs
cardiaques, aortiques et carotidiens, remontent par la moelle, le IX (sinus
carotidien) ou le X pour aboutir au noyau du faisceau solitaire et au
noyau dorsal du X qui renvoie par le noyau ambigu directement au cur
un retour vagal, mais également des efférences orthosympathiques
via la moelle épinière (figure).
Une partie des efférences du faisceau solitaire monte vers l'hypothalamus
et projette sur les noyaux paraventriculaires et dorsomédians [3].
L'hypothalamus est un centre intégrateur fondamental du système
nerveux végétatif. Il existe une spécialisation parasympathique
des régions rostrales et médiales alors que la stimulation
des régions postérolatérales engendre une réponse
vasopressive et cardioaccélératrice. L'hypothalamus est
surtout un carrefour d'informations sensorielles et émotionnelles
par ses projections réciproques avec le cortex orbitofrontal, cingulaire
et le système limbique. Il intègre aussi quantités
d'afférences viscérales et hormonales. Toutes ces informations
modulent la réponse hypothalamique descendante vers les centres
végétatifs du tronc cérébral et la sécrétion
neuroendocrine.
Si la présence de centres d'intégration neurovégétatifs
néocorticaux est une hypothèse, il est toutefois bien démontré
que l'hypothalamus est soumis aux influences corticales car l'interruption
des connections hypothalamo-corticales produit de sévères
dérèglements sympathiques [2, 5]. L'insula semble jouer
un rôle central dans cette régulation, ce point sera détaillé
plus loin.
Les projections descendantes hypothalamiques se distribuent au noyau
dorsal du vague, pour les efférences parasympathiques, à
différents noyaux catécholaminergiques du tronc cérébral
pour le sympathique, dont le locus cruleus et les noyaux du raphé
qui à leur tour projettent vers la colonne intermédio-latérale
de la moelle. Les voies descendantes ne décussent pas.
Il existe chez l'homme une latéralisation anatomique et fonctionnelle
du système nerveux végétatif. Le contrôle de
la fréquence cardiaque semble sous la prédominance des voies
droites de l'hémisphère pour le système sympathique
autant que pour le vague. En revanche, il existe une prédominance
gauche dans le niveau du seuil d'arythmogénèse. Cette latéralisation
est sous-tendue par la distribution préférentielle vers
le nud sinusal des fibres nerveuses végétatives droites
et vers le nud auriculoventriculaire et les ventricules pour les
gauches [2, 5, 7].
Anomalies ECG
L'anomalie la plus fréquemment décrite après un
accident cérébral ischémique est l'allongement du
segment QT [10, 11]. Initialement décrite et redoutée dans
les hémorragies sous-arachnoïdiennes, elle est considérée
comme un indicateur d'instabilité électrique myocardique.
Un à quarante pour cent des patients selon les études présentent
cette perturbation à la phase aiguë d'accidents vasculaires,
toutes étiologies confondues. Dans le cadre plus restreint de l'infarctus
cérébral, la fréquence est moindre [10, 12]. L'étude
du bras placebo du protocole Lubeluzole (353 patients) estime à
8,2 % des cas la présence d'un QT long [13]. Cet allongement est
transitoire, le pic survient à la 6e heure de l'infarctus
pour retrouver une valeur normale au 5e jour. Le pronostic
d'un allongement de QT est péjoratif dans les hémorragies
sous arachnoïdiennes. Dans le cadre de l'infarctus cérébral
ce n'est pas démontré. Chez le rat l'occlusion expérimentale
de l'artère cérébrale moyenne gauche peut s'accompagner
d'un élargissement du complexe QRS et d'un allongement de l'espace
QT, associés à une augmentation de la mortalité par
trouble du rythme ventriculaire [6].
Une dépression du segment ST (> 1 mm, > 60 ms) a été
relevée chez 19 à 21 % des patients selon les études
[9-11]. Au moins deux cas prouvés à l'autopsie associaient
infarctus cérébral et anomalies électrocardiographiques
évocatrices d'infarctus du myocarde sur cur sain. Une étude
des monitoring ECG à la phase aiguë estime cette fréquence
à 29 % [14]. Il est difficile d'attribuer à un sous-décalage
de ST une origine cérébrale. Les études publiées
sont contradictoire sur ce sujet. En faveur d'une origine neurologique,
Goldstein et al. [9] ne trouvent que 42 % d'antécédent
coronaire chez ces patients, ni de corrélation avec une élévation
des CPK ; McDermott et al. [14] en ont étudié les
facteurs prédictifs : les antécédents et les facteurs
de risque d'athérosclérose ne ressortent pas statistiquement,
contrairement à la latéralité (gauche) de l'AVC.
Néanmoins il a été montré par scintigraphie
myocardique systématique chez 50 patients que 58 % présentaient
une atteinte coronaire, dont 28 % parfaitement asymptomatique, contre
7 % dans un groupe contrôle. Le risque de décès attribuable
aux anomalies du segment ST cliniquement muettes est inconnu, en revanche
si elles s'expriment cliniquement, elles sont clairement péjoratives,
avec un risque relatif à 2,01 [16]. L'élévation des
enzymes cardiaques (troponine et CK/MB), en dehors de toute atteinte clinique,
est également un marqueur indépendant de mauvais pronostic
[17].
D'autres anomalies du segment ST sont citées, amis n'ont pas
fait l'objet d'études particulières. Sur 150 patients Goldstein
et al. [9] trouvent une inversion de l'onde T dans 29 % des cas
et l'apparition d'onde U dans 28 %.
Plusieurs travaux suggèrent que la fibrillation auriculaire,
facteur de risque majeur d'AVC ischémique, pourrait être
aussi une conséquence d'une lésion cérébrale
arythmogène. Vingerhoets et al. [16] ont étudié
un registre de 1 661 AVC. Quarante et un (2,5 %) patients présentaient
une fibrillation auriculaire récente au moment de l'admission.
Dix-sept patients l'avaient développée après l'admission.
L'échographie cardiaque a mis en évidence une cardiopathie
emboligène chez seulement 11 % de ces patients contre 46 % chez
ceux dont l'arythmie était connue avant l'accident. De plus, chez
ces patients dont l'arythmie est récente, la distribution topographique
des accidents est significativement différente (p < 0,05)
des patients avec une cause cardioembolique bien documentée. Il
y avait une surreprésentation des branches de division inférieure
de l'artère cérébrale moyenne (cortex pariétoinsulaire)
et du territoire vétébro-basilaire. Par comparaison avec
d'anciens tracés, Goldstein et al. [11] ont observé
que la FA était apparue à l'occasion de l'AVC dans 31 %
des cas. Les auteurs suggèrent la possibilité de FA induites
par l'accident. Le cas publié par Vuilleumier et al. [18]
l'illustre bien : il s'agit d'un patient connu pour avoir une FA paroxystique
qui a présenté un accident ischémique cérébral
au cours d'un enregistrement holter. Son tracé était sinusal
au début de l'enregistrement et durant les cinq premières
heures, la première bouffée de FA n'est survenue que soixante-quinze
minutes après le début de l'infarctus cérébral.
À l'inverse, dans l'étude Framingham, parmi tous les patients
chez qui une FA a été découverte à l'occasion
ou dans les suites immédiates d'un AVC, seulement 8 % des patients
ont présenté une arythmie brève et non récurrente,
ce qui suggère que la fibrillation auriculaire est d'origine cardiaque
et non cérébrale dans la très grande majorité
des cas [19]. Les FA supposées induites par l'accident cérébral
sont estimées entre 1 % et 1,6 % dans deux synthèses sur
les affections cardiaques liées aux accidents vasculaires cérébraux
[1, 11].
D'autres troubles du rythme surviennent à une fréquence
élevée à la phase aiguë [9, 20-22]. Il peut
s'agir d'anomalies banales (extrasystoles isolées) mais aussi de
salves de tachycardie ventriculaires ou de troubles de conduction graves.
Ces anomalies sont été souvent découvertes en l'absence
d'antécédent connu de trouble du rythme et ignorés
par le tracé ECG d'admission, ce qui souligne l'intérêt
du monitoring ECG à la phase aiguë des AVC pour leur dépistage.
Myers et al. [8] ont comparé les enregistrements holter
de 100 patients à ceux de témoins appariés pour l'âge
et le sexe et ont trouvé globalement plus d'anomalies rythmiques
de toute nature chez les cas, ainsi qu'un excès d'arythmies dites
sérieuses 1 même après ajustement sur la
présence de cardiopathie. Dans cette étude les deux principaux
facteurs associés à la présence de trouble du rythme
sont l'âge et la localisation sus-tentorielle de l'accident. Cette
localisation préférentielle hémisphérique
est aussi notée dans l'étude cas-témoins de Norris
et al. [20] qui a porté sur 312 patients et dans celle de
Mikolich et al. [21] qui confirment en outre une incidence très
supérieure de trouble du rythme chez les cas comparativement aux
témoins (57 % vs 20 % p < 0,001 et 50 % vs
15 % pour l'extrasystolie ventriculaire sévère ; 20 % vs
0 % p < 0,005 pour les troubles de rythme ou de conduction malins
: TV, bloc AV de troisième degré, asystole). Sander et
al. [23] trouvent aussi un excès significatif d'arythmie chez
ces cas avec une forte corrélation avec la taille de l'infarctus
et le territoire de l'artère cérébrale moyenne. La
valeur pronostique de ces troubles du rythme n'est pas connue. Les études
sur l'hémorragie méningée montrent qu'ils sont associés
à une surmortalité [1].
La question de la responsabilité relative du cur et du
cerveau dans la genèse des perturbations du tracé ECG a
fait l'objet de travaux histologiques. Plusieurs résultats viennent
à l'appui de l'hypothèse cérébrale. Huit des
patients de l'étude de Goldstein et al., décédés
avaient une élévation des CPK plasmatiques, dont trois un
ECG compatible avec une ischémie myocardique, aucun n'avait d'anomalies
similaires à l'autopsie [9]. On trouve parfois des foyers microscopiques
de nécrose, des infiltrats hémorragiques ou mononucléés,
regroupés sous le terme de myocytolyse. Ces lésions ne sont
pas spécifiques des accidents vasculaires, et sont décrites
dans le cadre de pathologies cérébrales diverses s'accompagnant
d'hypertension intracrânienne aiguë [24, 25]. Leur délai
d'apparition serait d'environ 9 h. Au-delà de deux semaines de
survie aucun patient n'en présentait. Elles sont centrées
par des terminaisons nerveuses intracardiaques et non des capillaires,
ce qui suggère une action cytolytique directe du système
nerveux autonome. Elles peuvent du reste se voir au décours de
grands désordres du SNV comme le choc septique ou le phéochromcytome.
Autres perturbations
L'arrivée de techniques plus modernes d'analyse des tracés
de monitoring a permis de préciser l'existence de perturbations
de la régulation du rythme cardiaque et de la pression artérielle.
L'analyse temporelle et spectrale montre des altérations majeures
de la variabilité sinusale physiologique. C'est un paramètre
de mauvais pronostic, associé à la survenue d'arythmie au
décours d'un infarctus du myocarde. La perte de la variabilité
sinusale semble corrélée à l'importance du déficit
neurologique [26]. Le pic de hautes fréquences est plus particulièrement
altéré, ce qui suggère une hypoactivité du
système para-sympathique. La plus forte proportion de décès
au sein du groupe atteint de telles anomalies suggère un risque
de mortalité spécifique [27].
D'autres variations physiologiques sont également altérées.
La variabilité systolique à court terme (beat-to-beat)
est augmentée. La variabilité circadienne est également
altérée. Physiologiquement, il existe une décroissance
nocturne de 10 % du chiffre de pression artérielle moyenne. Ce
cycle est aboli chez une grande majorité de patients (89 %), et
même inversé dans 40 % des cas [11]. Enfin, les réponses
réflexes aux manuvres de Valasalva, de respiration ample
et profonde sont altérées contrairement au réponses
au Tilt-test. Ces troubles de la régulation du système nerveux
autonome traduiraient un déséquilibre entre ses deux pôles,
avec une hyperactivité sympathique. Cette hypothèse est
renforcée par la constatation de taux plasmatiques de cathécolamines
circulants élevés de façon significative à
la phase aiguë [28].
Ces constations cliniques sont en partie reproduites expérimentalement
chez le rat. L'occlusion de l'artère cérébrale moyenne
reproduit une augmentation de la pression artérielle moyenne, une
hyperactivité électrique des nerfs sympathiques rénaux
une élévation des taux de norépinephrine plasmatique.
Dans le groupe de rats les plus âgés, elle s'accompagne d'un
allongement de QT et de l'apparition de troubles du rythme fatals [6].
Rôle de l'insula
Parmi les régions cérébrales possibles (cortex
médiofrontal, insula, système limbique), l'insula est une
de celle qui a été le mieux étudiée. Elle
est un centre intégrateur d'afférences viscérosensitives.
Elle est en interrelation étroite avec le système limbique
et projette directement sur l'hypothalamus [11]. Son rôle dans l'apparition
de phénomènes cardiaques est déjà bien étayé
par plusieurs travaux expérimentaux. Les expériences de
microstimulation chez l'animal ont pu reproduire des troubles de la repolarisation,
un allongement du segment QT, des troubles de conduction intraventriculaires,
des assytolies [30]. Des résultats similaires ont été
obtenus après infarctus expérimental [6]. Des lésions
de myocytolyse superposable à celle des humains ont également
observées après atteinte insulaire chez le rat et chez le
chat. Une organisation chronotropique du cortex insulaire a été
mise en évidence par des techniques de stimulation asservies à
l'onde P, avec un effet tachycardisant de la stimulation de la partie
rostrale et bradycardisant de la région caudale de l'insula [28].
Le phénomène semblait là aussi médié
par le système sympathique puisque la tachycardie comme la bradycardie
pouvaient être annulées par l'injection d'aténolol
alors que l'atropine n'avait pas d'effet. Comme la latence de l'effet
bradycardisant est plus longue que celle de la tachycardie il était
suggéré que le cortex caudal exerce une action inhibitrice
sur le cortex rostral par des interneurones adrénergiques.
Chez l'homme, la stimulation de l'insula produit des réponses
tensionelles et des modifications du rythme cardiaque, avec des réponses
différentes suivant la latéralité [9]. Dans le cadre
des accidents vasculaires cérébraux, l'atteinte du cortex
pariéto-insulaire est plus fortement associée à une
fibrillation auriculaire. Sanders et al. ont montré que
les anomalies de régulation tensionelles intéressaient préférentiellement
les infarctus incluant l'insula (100 % contre 23 % dans les autres localisations).
La fréquence des arythmies, le taux de norépinephrine plasmatique,
l'allongement de QT sont toutes des variables statistiquement associées
à l'atteinte de l'insula [31]. L'altération de la variabilité
sinusale est apparue maximale en cas d'atteinte insulaire. Parmi les 62
patients de cette études, les sept décès concernaient
uniquement des infarctus insulaires. Actuellement il n'est pas montré
de façon prospective et sur de plus larges effectifs que l'atteinte
de l'insula est un facteur de risque de complications cardiaques ou de
décès indépendant.
Influence de la latéralité
Il existe de forts arguments en faveur d'une latéralisation de
la représentation hémisphérique du système
nerveux autonome et de son dérèglement au cours des lésions
cérébrales. Cette latéralisation du SNV périphérique
est connue. Les afférences sympathiques du myocarde sont latéralisées
et la stimulation des fibres sympathiques gauches qui se distribuent en
majorité au myocarde ventriculaire génèrent des arythmies
ventriculaires tandis qu'à droite on obtient des troubles du rythme
supraventriculaire. Le bloc à la lidocaïne du ganglion stellaire
gauche était une thérapeutique préventive efficace
des troubles du rythme ventriculaire dans le syndrome du QT long [2].
Lane et al. [32] ont comparé 19 AIC hémisphériques
droit à 19 gauche comparables. Il existait un excès significatif
de tachycardie supraventriculaire dans les AIC droit ce qui était
cohérent avec un tonus sympathique excessif dans les voies descendantes
ipsilatérales. Les petits effectifs de cette étude et les
différences entre les groupes concernant le traitement et l'existence
de lésions controlatérales en limitent l'interprétation.
Les résultats de Sander et al. [31] sont plus convaincants.
Dans leur étude de la variabilité circadienne de la PA,
ils ont pu montrer que les patients atteints à droite avait une
diminution plus marquée de la variabilité circadienne que
ceux qui avaient une atteinte gauche. Ils avaient aussi une plus grande
fréquence d'élévation tensionelle nocturne. La localisation
droite de l'AIC s'associait également à un taux plus élevé
de catécholamines circulants, une fréquence plus élevée
d'allongement de QT, et surtout une plus grande fréquence d'arythmies.
Seuls deux patients de la série ont développé un
infarctus du myocarde. Dans ces deux cas il s'agissait d'accidents droits.
Barron et al. [33] ont observé une réduction de la
variabilité sinusale plus marquée dans les lésions
ischémiques droite que dans les lésions gauche. Tokgözoglou
et al. [29] l'ont confirmé sur de plus larges effectifs
et ont montré que la différence observée était
liée aux accidents dans le territoire de la sylvienne incluant
l'insula droite. En revanche toutes les composantes spectrales de la variabilité
sinusale étaient affectées de façon homogène
sans que l'on puisse incriminer le dysfonctionnement particulier d'un
des deux pôles du SNV. Dans une étude rétrospective,
Stober et al. [34] ont également trouvé une asymétrie
des anomalies ECG chez 89 patients hospitalisés pour hémorragie
méningée. Une inversion de l'onde T et un allongement de
QT étaient significativement plus fréquents en cas de spasme
artériel du côté gauche. En l'absence de groupe témoin
et sans mention des éventuelles lésions cérébrales
associées il est difficile de tirer des conclusions de ce travail.
Les données expérimentales chez l'homme comme chez l'animal
renforcent les résultats cliniques. Oppenheimer et al. [35]
ont pratiqué 70 stimulations du cortex insulaire chez cinq patients
avant chirurgie pour épilepsie réfractaire (trois à
droite et deux à gauche). Cinquante pour cent ont produit une réponse
sur fréquence cardiaque et/ou sur la pression artérielle,
23 % sur la pression artérielle seule et 27 % n'ont produit aucune
réponse. Tachycardie et hypertension étaient significativement
plus fréquente après stimulation de l'insula droite comparativement
à la stimulation gauche et après stimulation de la partie
rostrale de l'insula comparativement à celle de sa partie caudale.
Bradycardie et baisse de la pression systolique sont significativement
plus fréquentes à gauche mais on ne retrouvait pas ce gradient
crânio-caudal. Chez le rat, Hachinski et al. [36] ont étudié
les réponses végétatives et ECG après occlusion
de l'artère sylvienne droite, gauche et fictive. Dans le groupe
ayant subi une occlusion droite, une augmentation significative de la
pression artérielle moyenne coïncidait avec une élévation
de norépinéphrine circulante par rapport au groupe témoin,
un allongement de QT et avec des décharges plus longtemps soutenues
des nerfs sympathiques enregistrés. Il n'y avait pas de différence
significative après examen histologique cardiaque, mais la durée
de l'expérience était inférieure au délai
théorique d'apparition de lésions de myocytolyse.
CONCLUSION
La constatation d'anomalies électrocardiographiques chez un patient
admis pour infarctus cérébral doit attirer l'attention.
En l'absence de cardiopathie connue, il faut se méfier de la possibilité
de troubles du rythme potentiellement graves et disposer d'une surveillance
ECG continue. Il est dommage de limiter l'exploration cardiovasculaire
à la recherche étiologique de l'infarctus et au bilan d'extension
de l'athérosclérose. Les moyens modernes d'imagerie et d'exploration
du système nerveux autonome pourront vraisemblablement permettre
d'identifier des groupes de patients à risque qui justifient une
surveillance cardiologique plus prolongée.
Note
1 Dans cette étude les auteurs ont analysé le
nombre d'heures durant lesquelles survenait un ou plusieurs épisodes
arythmiques. Ils ont considéré comme étant une arythmie
« sérieuse » l'apparition de tachycardie ventriculaire
ou de doublets ou de plus de cinq extrasystoles ventriculaires par min
ou de BAV de 2e ou 3e degré.
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