ARTICLE
Le syndrome de Williams-Beuren est une des trois formes de sténoses
supravasculaires aortiques qui sont soit sporadiques (50 % des cas), soit
familiales (20 %), soit syndromiques (28 à 50 %). Ce syndrome,
décrit pour la première fois par Williams en 1961 [1], est
une maladie du développement, de transmission autosomique dominante,
touchant le tissu conjonctif et le système nerveux central. Sa
fréquence est de 1/50 000 à 1/20 000 naissances vivantes
et touche à égalité les deux sexes, sans dominante
ethnique. Il est dû à une microdélétion du
bras long du chromosome 7 incluant le gène de l'élastine
[2], mais sa physiopathologie reste méconnue. L'entité décrite
par Williams et Beuren associe principalement des anomalies cardiovasculaires,
une dysmorphie craniofaciale et des troubles cognitifs mais les symptômes
peuvent être très divers. La prise en charge des patients
est complexe, multidisciplinaire.
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L'essentiel de
la maladie
Le syndrome de Williams-Beuren, décrit
pour la première fois par Williams en 1961, est une maladie
du développement due à une microdélétion
du bras long du chromosome 7 (7 q11-23) incluant le gène
de l'élastine. Il associe principalement des anomalies cardiovasculaires
(sténose aortique supravasculaire), une dysmorphie craniofaciale
et des troubles cognitifs, mais les symptômes peuvent être
très divers. Son diagnostic repose sur la mise en évidence
de la microdélétion et sa prise en charge thérapeutique
est multidisciplinaire.
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Manifestations cliniques
Le syndrome de Williams-Beuren associe des manifestations cardiovasculaires
à d'autres anomalies développementales [3] (tableau
I).
Anomalies craniofaciales
Le faciès dysmorphique est un des éléments du diagnostic
après l'âge de deux ans. Les anomalies faciales les plus
fréquentes sont un front large et bombant, un tissu péri-orbitaire
« bouffi », un épicanthus, un nez enseillé et
retroussé, un philtrum long, une large bouche et un menton pointu.
Ces traits résulteraient d'une hypoplasie malaire secondaire à
un défaut précoce de la morphogenèse de l'étage
moyen de la face [4]. On observe également au cours du syndrome
de Williams-Beuren une raucité de la voix, des anomalies dentaires
(écartement interdentaire, microdentrie) dont le traitement précoce
évite l'apparition d'une malocclusion dentaire. S'y associent un
blanchiment des cheveux et un vieillissement cutané précoce
chez l'adulte jeune.
Anomalies oculaires
L'existence d'anomalies oculaires justifie la pratique systématique
d'un examen ophtalmologique : iris étoilé (anomalies de
structure de l'iris antérieure retrouvée chez 74 % environ
des patients), strabisme (29 à 74 %), tortuosité des vaisseaux
rétiniens, hypermétropie [5].
Croissance
Une petite taille est observée chez environ 50 % des patients
[6]. Le retard de croissance intra-utérin et postnatal est constant
jusqu'à l'âge de 4 ans avec une normalisation progressive
ensuite ; le retard statural est modéré mais peut être
aggravé par une puberté précoce, une cyphoscoliose
ou des limitations articulaires.
Retard de développement psychomoteur
Un retard de développement psychomoteur est présent chez
tous les patients [7, 8] ; le langage, l'adaptabilité et les réactions
sociales sont mieux développés que la motricité.
À l'adolescence, on observe un déficit moteur persistant
mais modéré avec notamment des anomalies du tonus musculo-tendineux
et une limitation de la mobilité articulaire. Le retard mental
observé oblige à une scolarisation en milieu adapté
; la stimulation psychomotrice, la kinésithérapie et l'ergothérapie
sont d'une aide précieuse, surtout chez le petit enfant. Certains
traits de personnalité sont souvent retrouvés. En effet,
les patients atteints du syndrome de Williams-Beuren sont généralement
sociables, loquaces, irritables et anxieux ; certains présentent
des troubles du comportement et un syndrome d'hyperkinésie.
Anomalies de l'arbre urinaire
Les atteintes malformatives ou fonctionnelles sont fréquentes
au cours du syndrome de Williams-Beuren [9]. Les anomalies malformatives
rénales incluent l'aplasie, l'hypoplasie, la duplication, le rein
de fer à cheval et des multikystoses ; la diverticulose vésicale
est fréquente et responsable d'énurésie. Les anomalies
fonctionnelles retrouvées sont la néphrocalcinose, l'insuffisance
rénale et le reflux vésico-urétéral. La sténose
artérielle est fréquente, observée dans 40 à
50 % des cas, notamment chez les patients les plus âgés et
ceux ayant une cardiopathie sévère [10].
Hypercalcémie
L'hypercalcémie et une toxicité ou hypersensibilité
à la vitamine D ont été évoqués dans
la genèse des anomalies vasculaires, craniofaciales et dentaires.
Cependant, l'hypercalcémie est inconstante et transitoire, et les
différents travaux en cours s'orientent plus vers un déficit
en sécrétion de calcitonine [11].
Manifestations vasculaires
(tableau II)
Les manifestations cardiovasculaires du syndrome de Williams-Beuren
sont présentes chez environ trois quart des patients et associent
en général au moins deux anomalies (association la plus
fréquente : sténose aortique supravalvulaire et sténose
artérielle pulmonaire) [12]. Leur diagnostic est fait dans la plupart
des cas dans la petite enfance (pour les formes sévères
avant 10 ans) mais peut être retardé ou fortuit, l'atteinte
cardiaque étant souvent bien tolérée et le souffle
parfois considéré comme fonctionnel.
Sténose aortique supravalvulaire
Les particularités cliniques de la sténose aortique supravalvulaire
sont l'absence de clic, le thrill sus-sternal ou carotidien et la palpation
d'un pouls plus intense à droite qu'à gauche au niveau des
membres supérieurs (effet coanda). La radiographie de thorax est
normale dans plus de la moitié des cas et les anomalies électrocardiographiques
ne sont pas spécifiques.
L'échocardiographie avec doppler mais surtout l'échocardiographie
transsophagienne permettent le diagnostic et l'évaluation
des gradients de pression au niveau des sténoses supravalvulaires
aortiques et artérielles pulmonaires proximales [13]. À
l'angiographie, le rétrécissement supravalvulaire aortique
siège au-dessus des sinus de Valsalva. La forme la plus fréquente,
dite « en sablier », est retrouvée dans deux tiers des
cas et peut évoluer vers une aggravation de la sténose dans
un tiers des cas. L'hypoplasie diffuse de l'aorte ascendante est observée
dans un tiers des cas.
Lésions vasculaires sténosantes
extra-aortiques
Les lésions vasculaires sténosantes extra-aortiques apparaissent
préférentiellement à la bifurcation des axes principaux
des circulations systémiques et pulmonaires. Elles peuvent toucher
toutes branches de l'aorte et doivent être recherchées systématiquement
à l'angiographie. Les sténoses distales des branches de
l'artère pulmonaire ne sont pas toujours accessibles à l'examen
échocardiographique et ce diagnostic devra être suspecté
devant l'existence d'un souffle axillaire. Leur évolution spontanée
est imprévisible, mais leur sévérité semble
diminuer durant l'enfance et l'adolescence [14].
Anomalies valvulaires aortiques
Des anomalies valvulaires aortiques telles que l'épaississement
ou l'adhérence partielle des sigmoïdes au tissu sténotique
supravalvulaire ont été rapportés. Les artères
coronaires, sous l'effet d'une pression élevée, peuvent
être dilatées ou tortueuses ou sténosées. Ces
anomalies, également retrouvées dans les sténoses
supravalvulaires non syndromiques, semblent cependant faire partie d'un
phénomène dysplasique plus complexe dans le syndrome de
Williams-Beuren et peuvent expliquer certains cas de mort subite par infarctus
du myocarde. Ce processus ischémique est majoré par une
réduction du flux coronaire en diastole consécutive à
la sténose située au-dessus du sinus de Valsalva.
Hypertension artérielle
L'hypertension artérielle systémique est une complication
fréquemment retrouvée (40 %) chez les patients, notamment
les plus âgés [15]. Elle peut être secondaire à
l'insuffisance rénale sur néphrocalcinose, à une
sténose des artères rénales (figure 1), à
une hypoplasie ou à une coarctation étendue de l'aorte.
La différence de pression artérielle au niveau des membres
supérieurs est spécifique des sténoses supravalvulaires
aortiques et traduit un débit préférentiel du jet
aortique post-sténotique vers le tronc brachio-céphalique
(effet coanda) sans qu'il y ait de sténose au niveau des gros troncs
de la base.
Les patients atteints de Williams-Beuren ont un risque élevé
d'ischémie myocardique, d'insuffisance cardiaque, d'accidents vasculaires
cérébraux et de mort subite.
Étiopathogénie
En 1993, l'équipe de Keating a démontré que le
syndrome de Williams-Beuren est dû à une microdélétion
dans la région q11-23 du chromosome 7, responsable d'une haplo-insuffisance
pour plusieurs gènes contigus [16]. Cette délétion
est une délétion de novo dans la grande majorité
des cas et est identique pour la majorité des patients. Elle est
due à une duplication génomique qui prédispose à
la survenue d'événements de recombinaison inégale.
Le marquage par immunofluorescence de la région 7 q 11-23 (FISH)
permet de faire le diagnostic dans plus de 90 % des cas. La délétion
du gène de l'élastine dans cette région est responsable
des manifestations cardiovasculaires observées chez les patients
atteints [17] ; le rôle des gènes contigus dans le phénotype
du syndrome de Williams-Beuren reste à démontrer.
L'élastine est une protéine de la matrice extracellulaire
qui, associée à d'autres macromolécules du tissu
conjonctif telles que les collagènes, confère au tissu conjonctif
son élasticité [18]. La teneur en élastine varie
selon les tissus et est importante au niveau des gros vaisseaux (33 %
de l'aorte thoracique humaine). Au niveau vasculaire, la majeure partie
de l'élastine est synthétisée par les cellules musculaires
lisses mais aussi par les cellules endothéliales de l'intima. La
séquence primaire de l'élastine a été élucidée
en totalité par le séquençage du gène ELN
qui comprend 36 exons (environ 45 kb). Il existe une fréquence
de séquence Alu quatre fois plus élevée que celle
existant en moyenne dans le génome humain au locus du gène
ELN, localisé en 7q21-23. Cette caractéristique pourrait
favoriser la survenue de recombinaison entre ces séquences répétitives.
La délétion du gène ELN par recombinaison
homologue est létale pour les souris ELN/
quelques jours après leur naissance car elle entraîne une
obstruction aortique secondaire à une hypoplasie et à une
prolifération de cellules musculaires lisses aortique débutant
après le 17e jour de gestation. Cette expérience
confirme le rôle déterminant de l'élastine dans la
morphogenèse artérielle en stabilisant la structure artérielle,
en régulant la prolifération et l'organisation des cellules
musculaires lisses vasculaires. Les lésions vasculaires primaires
au cours du syndrome de Williams-Beuren semblent être une dysplasie
régionale avec désorganisation des composants histologiques
et hypertrophie de la media, associées à une fibrose de
l'intima.
Facteurs de gravité
La taille de la microdélétion chromosomique ne prédit
pas la sévérité des atteintes cardiovasculaires au
cours du syndrome de Williams-Beuren. Le pronostic est lié à
l'importance des atteintes cardiovasculaires développées
avant l'âge de 10 ans.
Prise en charge thérapeutique
Elle est multidisciplinaire. La surveillance des atteintes cardiovasculaires
(examen clinique, pression artérielle, électrocardiogramme,
échocardiographie) doit être annuelle durant les dix premières
années de vie. En effet, la prise en charge chirurgicale précoce
des sténoses aortiques supravalvulaires sévères (gradient
de pression > 75 mmHg ou augmentation de plus de 30 mmHg), avant l'apparition
d'une insuffisance cardiaque irréversible, est de bon pronostic
[19]. Les séquelles chirurgicales possibles sont une insuffisance
aortique ou une sténose valvulaire aortique résiduelle.
L'angioplastie endoluminale des sténoses aortiques, artérielles
ou pulmonaires symptomatiques semble peu efficace du fait du caractère
épais et fibreux des parois vasculaires mais cet abord thérapeutique
reste en cours d'évaluation. La prise en charge médicale
associe le traitement de l'hypertension artérielle à celui
de l'insuffisance cardiaque.
CONCLUSION Le
syndrome de Williams-Beuren est une maladie du développement dont
le diagnostic est fait durant la petite enfance et est confirmé par
la recherche de microdélétions en 7 q11-23. Seul un diagnostic
précoce permet un suivi et une prise en charge adaptés, notamment
des atteintes cardiovasculaires. REFERENCES
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