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Insuffisance veineuse et fractionnement dynamique de la colonne de pression hydrostatique


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 13, Numéro 5, 307-10, Mai 2001, Lexique


Résumé  

Auteur(s) : Claude Franceschi, pôle cardiovasculaire, hôpital Saint-Joseph, 185, rue Raymond-Losserand, 75674 Paris cedex 14..

Résumé : Une meilleure connaissance de la physiopathologie hémodynamique du système veineux est nécessaire non seulement au diagnostic mais aussi à l'amélioration du traitement de l'insuffisance veineuse. Les manifestations cliniques et paracliniques de l'insuffisance veineuse sont la conséquence d'un désordre hémodynamique. Ce désordre peut être défini comme l'incapacité du système à assurer un flux veineux cardiopète unidirectionnel à débits et pressions adaptés aux besoins de drainage des tissus, de thermorégulation et de remplissage du cœur quelles que soient les conditions de posture et d'activité musculaire. Étant donné que les symptômes se réduisent en clinostatisme et s'aggravent en orthostatisme, il est évident que les conditions de posture et donc de la pression hydrostatique déterminent l'apparition comme la régression des symptômes de la maladie. Tout ceci conformément aux lois de la gravité selon lesquelles la pression hydrostatique est quasi nulle en clinostatisme et maximale en orthostatisme. La pression veineuse à la cheville varie également en position couchée et debout immobile chez le sujet sain comme chez le sujet insuffisant veineux. Mais à la marche, elle diminue beaucoup moins chez l'insuffisant veineux que chez le sujet sain. Cela montre qu'il existe un mode de régulation de la pression hydrostatique, inactif au repos mais actif pendant la marche et d'efficacité moindre chez l'insuffisant veineux que chez le sujet sain. Ce phénomène ne peut être lié qu'à l'action de la pompe valvulo-musculaire qui fractionnerait la colonne de pression hydrostatique lors de l'activité musculaire des membres inférieurs. La perturbation hémodynamique la plus fréquente, responsable de l'insuffisance veineuse, serait donc la conséquence d'un défaut de ce que nous appelons le fractionnement dynamique de la colonne de pression hydrostatique (FDPH).

Mots-clés : pression hydrostatique, insuffisance veineuse, physiopathologie hémodynamique.

Illustrations

ARTICLE

Une meilleure connaissance de la physiopathologie hémodynamique du système veineux est nécessaire non seulement au diagnostic mais aussi à l'amélioration du traitement de l'insuffisance veineuse.

Les manifestations cliniques et paracliniques de l'insuffisance veineuse sont la conséquence d'un désordre hémodynamique. Ce désordre peut être défini comme l'incapacité du système à assurer un flux veineux cardiopète unidirectionnel à débits et pressions adaptés aux besoins de drainage des tissus, de thermorégulation et de remplissage du cœur quelles que soient les conditions de posture et d'activité musculaire. Étant donné que les symptômes se réduisent en clinostatisme et s'aggravent en orthostatisme, il est évident que les conditions de posture et donc de la pression hydrostatique déterminent l'apparition comme la régression des symptômes de la maladie. Tout ceci conformément aux lois de la gravité selon lesquelles la pression hydrostatique est quasi nulle en clinostatisme et maximale en orthostatisme. La pression veineuse à la cheville varie également en position couchée et debout immobile chez le sujet sain comme chez le sujet insuffisant veineux. Mais à la marche, elle diminue beaucoup moins chez l'insuffisant veineux que chez le sujet sain. Cela montre qu'il existe un mode de régulation de la pression hydrostatique, inactif au repos mais actif pendant la marche et d'efficacité moindre chez l'insuffisant veineux que chez le sujet sain. Ce phénomène ne peut être lié qu'à l'action de la pompe valvulo-musculaire qui fractionnerait la colonne de pression hydrostatique lors de l'activité musculaire des membres inférieurs. La perturbation hémodynamique la plus fréquente, responsable de l'insuffisance veineuse, serait donc la conséquence d'un défaut de ce que nous appelons le fractionnement dynamique de la colonne de pression hydrostatique (FDPH).

1. Définition de l'insuffisance veineuse proposée

Incapacité du système à assurer un flux veineux cardiopète unidirectionnel à débits et pressions adaptés aux besoins de drainage des tissus, de thermorégulation et de remplissage du cœur quelles que soient les conditions de posture et d'activité musculaire.

2. Notions de pression hydrostatique

La pression hydrostatique (PHS) (figure 1) est celle qui règne dans un liquide de masse rhô soumis à la gravité terrestre g. Elle est proportionnelle à la hauteur verticale h de la colonne de liquide sus-jacente. Elle est égale à rhôgh. Ainsi, la pression mesurée à une extrémité inférieure d'un tube plein d'eau sera maximale quand le tube est vertical, diminuera d'autant plus que l'on inclinera le tube jusqu'à atteindre une valeur quasi nulle quand il sera horizontal. La pression au niveau de l'extrémité supérieure est nulle si le tube ne communique pas avec la pression atmosphérique, et négative si elle ne communique pas avec elle. La réduction de la PHS peut aussi être obtenue par cloisonnements étagés du tube, autrement dit par fractionnement de la colonne de PHS (FDPH).

3. Pression veineuse à la cheville

Les classiques mesures sanglantes de la pression veineuse à la cheville (figure 2) ont montré que cette question variait selon la posture et selon la marche.

Selon la posture, la pression mesurée suit les valeurs de la PHS. Elle est donc maximale en orthostatisme immobile, diminue pendant le passage au clinostatisme pour être quasi nulle en position couchée à l'horizontale.

Quand le sujet debout immobile se met en marche, la pression décroît alors que le sujet est resté debout et que la hauteur apparente de la colonne de pression hydrostatique n'a pas varié. Tout se passe comme si un processus de fractionnement dynamique de la colonne de PHS (FDPH) s'était manifesté.

4. Mécanismes de fractionnement dynamique de la colonne de PHS et pompe valvulo-musculaire

Nous venons de voir pourquoi les variations de posture au repos immobile modifiaient logiquement la pression hydrostatique distale des membres inférieurs. Reste à expliquer le FDPH. Lors de la marche, les muscles des membres inférieurs se contractent et impriment une contrainte sur les veines qui les traversent et/ou les côtoient, chassant le sang qui les contient (systole). Cette chasse est dirigée vers le cœur par le jeux des valvules veineuses qui se ferment en distalité (valvules d'amont) des muscles et s'ouvrent au niveau proximal (valvules d'aval). Lors du relâchement musculaire les veines se rouvrent, aspirant le sang (diastole) toujours en direction du cœur par la fermeture des valvules d'aval et l'ouverture des valvules d'amont. Cette entité est appelée la pompe valvulo-musculaire (PVM) (figure 3). Les fermetures valvulaires systolo-diastoliques alternées entre l'amont et l'aval entraînent, surtout en diastole, une solution de continuité dans la colonne de sang et donc de PHS qu'elles fragmentent ainsi dynamiquement pendant la marche, expliquant les valeurs de pression réduites à la cheville lors de la déambulation du sujet sain.

La PVM est de structure fonctionnelle voisine de celle du cœur en ce qu'elle est constituée d'une chambre de chasse veineuse animée par des muscles et d'un écoulement orienté par des valvules d'entrée en amont et de sortie en aval. Elle s'en écarte par la présence de voies parallèles profondes (collatérales) et surtout superficielles (saphènes) qui communiquent avec les voies profondes principales par des communicantes, crosses et perforantes en amont et en aval de la PVM. En l'absence même d'anomalie des valvules profondes d'entrée ou de sortie, ces voies parallèles peuvent, quand elles sont incontinentes, créer des phénomènes de shunt fermé (SF) ou bien ouvert (SO).

5. Défauts de fractionnement de la PHS (figures 2 et 3)

Le plus souvent, les mesures sanglantes de la pression veineuse à la cheville varient avec des valeurs pratiquement identiques chez l'insuffisant veineux comme chez le sujet normal, quand on modifie les postures immobiles. En revanche, l'insuffisant veineux voit sa pression à la marche diminuer moins vite et moins profondément que chez le sujet normal. Cela se vérifie quand l'insuffisant veineux est atteint d'incontinence valvulaire veineuse et/ou d'atteinte musculaire, c'est-à-dire quand il existe une anomalie de la PVM

6. Anomalies de la pompe valvulo-musculaire

Les causes peuvent être musculaires. Il va de soi qu'une paralysie des muscles de membres inférieurs ne permettra pas d'activer la PVM et empêchera donc le FDPH. L'inaction volontaire rend compte des signes cliniques d'insuffisance veineuse « physiologique » chez le sujet normal soumis à des stations debout immobile longues et répétées.

Les causes peuvent surtout être veineuses. L'incontinence des valvules profondes d'entrée interdisent le FDPH en systole et l'incontinence des valvules profondes de sortie interdisent le FDPH en diastole. Un shunt ouvert (SO) est une collatérale profonde ou superficielle qui évacue en systole tout ou partie le flux cardiopète profond en raison d'une incontinence des communicantes en amont de la PVM. Le shunt fermé (SF) est une collatérale profonde ou superficielle qui, en diastole, réinjecte en amont de la pompe, tout ou partie du flux éjecté en systole, en raison d'une incontinence des communicantes d'aval. En maintenant une continuité de la colonne de pression malgré la continence des valvules profondes d'entrée comme de sortie, les shunts, profonds ou superficiels peuvent à eux seuls altérer le bon fonctionnement de la PVM et perturber le FDPH (figure 3).

7. Conséquences diagnostiques

À l'évidence, l'analyse précise, c'est-à-dire dynamique du fonctionnement normal et pathologique de la PVM doit faire partie de l'investigation courante de l'insuffisance veineuse des membres inférieurs. Les manœuvres mettant en jeu l'activité réelle de la PVM, cliniques (Trendelenburg et Perthes) et surtout para-cliniques (manœuvre de Paranà) peuvent seules aboutir à un diagnostique hémodynamique précis.

8. Conséquences thérapeutiques

Le contrôle passif de la PHS s'obtient par les modifications posturales. Les effets bénéfiques de la surélévation des membres est simple et n'est plus à montrer. En revanche, la notion de restauration de la PVM était plus obscure. À la lumière de la notion de FDPH, la restauration valvulaire veineuse et/ou déconnexion des SF (CHIVA) apparaît le moyen le plus logique de traitement des anomalies de PVM. À condition de reposer sur une stratégie hémodynamique cohérente appliquée cas par cas selon un diagnostic anatomo-fonctionnel précis.


 

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