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Nouvelles molécules et diabète de type 2


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 13, Numéro 2, 89-95, Février 2001, Mini-revues


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Jean-Frédéric Blicklé, service de médecine interne, clinique médicale, hôpitaux universitaires de Strasbourg, 1, place de l’Hôpital, 67091 Strasbourg cedex..

Résumé : La mise au point de médications nouvelles, susceptibles d'exercer moins d'effets indésirables que les sulfamides hypoglycémiants et la metformine et d'en retarder les échecs thérapeutiques représente un enjeu majeur dans le contexte d'augmentation de la prévalence du diabète de type 2, en particulier dans la population âgée. Grâce à leur effet insulinosécréteur rapide et bref, les glinides offrent une parfaite souplesse d'utilisation et permettent de contrôler la glycémie post-prandiale tout en limitant le risque d'hypoglycémies à distance des repas. D'autres agents insulinosécréteurs sont à l'étude, en particulier certaines analogues du GLP-1 qui stimulent la synthèse de l'insuline et sa libération en présence d'une hyperglycémie seulement et qui, d'autre part, inhibent la sécrétion de glucagon et ralentissent la vidange gastrique. En attendant ces nouveaux agents, les analogues rapides et lents de l'insuline pourraient trouver une place dans les situations d'échecs des antidiabétiques oraux. Dans la catégorie des insulinosensibilisateurs, les thiazolidinediones ou glitazones, déjà commercialisées outre-Atlantique, exercent un effet hypoglycémiant intéressant en monothérapie et en association avec les sulfamides hypoglycémiants et la metformine. D'autres agonistes des récepteurs nucléaires PPAR-gamma et RXR paraissent également prometteurs et permettront peut-être, dans un avenir plus lointain, d'éviter un certain nombre d'effets indésirables des glitazones. Enfin, les traitements pharmacologiques de l'obésité pourraient également apporter une contribution au traitement de diabète du type 2. Grâce à leur effet insulinosécréteur rapide et bref, les glinides offrent une parfaite souplesse d'utilisation et permettent de contrôler la glycémie post-prandiale tout en limitant le risque d'hypoglycémies à distance des repas. D'autres agents insulinosécréteurs sont à l'étude, en particulier certaines analogues du GLP-1 qui stimulent la synthèse de l'insuline et sa libération en présence d'une hyperglycémie seulement et qui, d'autre part, inhibent la sécrétion de glucagon et ralentissent la vidange gastrique. En attendant ces nouveaux agents, les analogues rapides et lents de l'insuline pourraient trouver une place dans les situations d'échecs des antidiabétiques oraux. Dans la catégorie des insulinosensibilisateurs, les thiazolidinediones ou glitazones, déjà commercialisées outre-Atlantique, exercent un effet hypoglycémiant intéressant en monothérapie et en association avec les sulfamides hypoglycémiants et la metformine. D'autres agonistes des récepteurs nucléaires PPAR-gamma et RXR paraissent également prometteurs et permettront peut-être, dans un avenir plus lointain, d'éviter un certain nombre d'effets indésirables des glitazones. Enfin, les traitements pharmacologiques de l'obésité pourraient également apporter une contribution au traitement de diabète du type 2.

Mots-clés : diabète de type 2, glinides, analogues du GLP-1, thiazolidinediones, agonistes PPAR-g, agonistes RXR.

Illustrations

ARTICLE

Pendant près d'un demi- siècle, deux classes pharmacologiques, les sulfamides hypoglycémiants et les biguanides ont représenté les piliers du traitement du diabète de type 2 (non insulinodépendant) lorsque les moyens hygiéno-diététiques ne parvenaient plus à contrôler la glycémie [1].

L'efficacité de ces deux familles thérapeutiques en termes de réduction de la glycémie et de l'HbA1c est bien reconnue et leur effet favorable au long cours sur la survenue des complications liées au diabète a été montré par l'étude prospective britannique (UKPDS) [2, 3].

En revanche, l'utilisation de ces agents connaît des limites liées aux effets indésirables qu'ils sont susceptibles d'induire, rendant leur maniement délicat chez le sujet âgé, et lorsqu'il existe une altération de la fonction rénale ou une insuffisance hépatique. S'ils parviennent souvent à corriger l'hyperglycémie basale, ils sont en revanche moins performants sur le contrôle de la glycémie post-prandiale. Enfin ils connaissent des échecs à long terme car ils n'empêchent pas la dégradation inexorable de la fonction beta cellulaire caractéristique de l'évolution naturelle du diabète de type 2. Dans ce cas, une insulinothérapie doit être mise en place. En France, il est habituel d'y recourir trop tardivement après de nombreuses années d'échec d'associations de thérapeutiques orales. Dans d'autres pays, surtout ceux où la metformine n'a été introduite que récemment, la tradition de l'insulinothérapie dans le diabète de type 2 est plus forte, et est parfois même envisagée de première intention. Un tel excès ne paraît toutefois pas justifié au regard des résultats de l'UKPDS dans laquelle l'atteinte des objectifs thérapeutiques semble primer sur les moyens mis en œuvre.

Dans cette panoplie thérapeutique limitée, les inhibiteurs des alpha-glucosidases dont le premier représentant, l'acarbose a été commercialisé en France en 1994, ont apporté un renouveau attendu à la fois en raison de leur mécanisme d'action original, autorisant leur association à toutes les autres classes d'antidiabétiques oraux et de leur effet prédominant sur la glycémie post-prandiale [4]. Malheureusement, leur efficacité apparaît globalement plus modeste que celle des sulfamides et de la metformine, et les effets indésirables digestifs, qu'ils provoquent fréquemment, en limitent l'observance thérapeutique à long terme.

Que peut-on attendre des nouveaux traitements du diabète de type 2 ?

- Réduction du risque iatrogène (hypoglycémie +++, acidose lactique) permettant une prise en charge un peu plus ambitieuse de l'hyperglycémie chez le sujet âgé.

- Amélioration des performances du traitement, en particulier sur la glycémie post-prandiale.

- Réduction des échecs secondaires du traitement oral par la multiplication des cibles thérapeutiques.

- Ralentissement du processus de destruction des cellules beta du pancréas.

- Mise à disposition du clinicien d'alternatives à la classique association sulfamide-metformine qui semble à l'origine d'une surmortalité encore mal expliquée dans l'UKPDS [3] et dans une étude rétrospective de cohorte [5].

Agents insulinosécréteurs

L'effet thérapeutique des sulfamides hypoglycémiants passe principalement par la stimulation de l'insulinosécrétion [6]. Très schématiquement, ces agents se lient à une protéine-récepteur (SUR-1) couplée au canal potassique de la cellule beta, fermant ce dernier. Ceci conduit à une dépolarisation membranaire et à l'ouverture des canaux calciques voltage dépendants. L'entrée du calcium dans la cellule provoque l'exocytose des granules d'insuline. Cet effet insulinosécrétoire ne s'accompagne pas d'une majoration de la synthèse de l'hormone et correspond à un déplacement vers la gauche de la courbe glycémie-insulinémie plutôt qu'à une augmentation de sa pente, d'où une stimulation de l'insulinosécrétion même à glycémie basse et le risque d'hypoglycémie bien connu avec cette classe thérapeutique.

Par rapport à ce schéma, la seule originalité du glimépiride (Amarel®) commercialisé en 1997 semble résider dans ses effets extrapancréatiques proportionnellement plus importants que ceux des autres sulfamides hypoglycémiants et à son effet insulinosécréteur moindre, s'expliquant par ses caractéristiques de cinétique d'association et de dissociation avec le récepteur [6]. Les bénéfices en termes de réduction de la fréquence et de la gravité des hypoglycémies suggérés par certaines études menées sur de petits groupes de patients, devront être confirmés, en particulier chez le sujet âgé.

En revanche, l'utilisation en monoprise quotidienne liée à sa durée d'action prolongée pourrait améliorer l'observance thérapeutique. Les interactions médicamenteuses et précautions d'emploi classiques des sulfamides hypoglycémiants se retrouvent pour le glimépiride mais son utilisation reste possible, sous réserve d'une adaptation posologique, en cas d'insuffisance rénale modérée (clairance de la créatinine >= 30 ml/min).

La simplification thérapeutique grâce à la monoprise quotidienne est également l'objectif recherché avec le gliclazide à libération modifiée (Diamicron MR®). L'amélioration de la biodisponibilité grâce à cette forme galénique se traduit par une réduction de la dose utile (entre 30 et 120 mg). L'absence d'effet prononcé sur la phase tardive de l'insulinosécrétion devrait éviter une majoration du risque d'hypoglycémies, ce qui n'avait pas été le cas pour la forme à libération prolongée du glipizide (Ozidia®).

Le concept des glinides s'oppose radicalement à celui du glimépiride et des sulfamides d'action prolongée. Ces médicaments ne contiennent pas le groupement SO2-NH-CO-NH caractéristique des sulfamides hypoglycémiants mais dérivent de l'acide benzoïque (repaglinide) ou de la phénylalaline (natéglinide).

La repaglinide (NovoNorm®) est le seul représentant de la classe actuellement commercialisé (depuis mars 2000). Le natéglinide et d'autres dérivés du méglitinide dont le développement est actuellement moins avancé devraient voir le jour dans les années à venir. Tous ces agents agissent en diminuant la perméabilité membranaire de la cellule beta au potassium mais semblent se lier à un site protéique différent de celui des sulfamides [7]. Cet effet est indépendant d'une modification de la concentration cellulaire d'ATP et semble davantage dépendant de la concentration en glucose que celui du glibenclamide.

Sur le plan thérapeutique, la propriété intéressante de ces molécules est la rapidité et la brièveté de leur effet insulinosécréteur. Après administration d'une dose orale unique de repaglinide chez des volontaires sains, le pic de concentration plasmatique du produit a été obtenu après 37,5 min et la demi-vie d'élimination a été de 37 min [7]. Ainsi l'insulinémie augmente dès la 15e minute, atteint son pic à la 60e minute et revient à son niveau basal avant la 4e h. Parallèlement, la glycémie s'abaisse au bout de 30 min pour atteindre son nadir après 60 min et revenir à son niveau initial après 4 h. Pour des doses répétées de 2 mg, le temps pour atteindre le pic de concentration (Tmax) est un peu plus long, mais la demi-vie plasmatique reste identique. Cette cinétique n'est que peu influencée par l'alimentation, qui retarde légèrement le Tmax et l'élimination du produit.

La rapidité et la brièveté d'action du natéglinide semblent plus grandes encore que celles du repaglinide [8].

Le repaglinide est fortement lié aux protéines plasmatiques (> 98 %). Il est quasi totalement métabolisé dans le foie par oxydation et conjugaison donnant naissance à deux glucuronides inactifs éliminés pour l'essentiel par voie biliaire et pour 8 % par voie rénale. Cette métabolisation fait intervenir le cytochrome P3A4 [9]. Ces caractéristiques expliquent les précautions en cas d'insuffisance hépatique ou rénale. En revanche, le risque d'interaction médicamenteuse apparaît faible, même si la prudence reste de règle. Chez le diabétique de type 2, le repaglinide exerce un effet insulinosécréteur dose-dépendant entre 0,5 et 4 mg par prise. Son efficacité est optimale s'il est administré avant chaque repas.

Par comparaison à un placebo, le repaglinide a permis de réduire la glycémie à jeun de 0,70 g/l et la glycémie post-prandiale de 1,12 g/l sans modification de l'insulinémie à jeun. Cette amélioration glycémique s'est accompagnée d'une baisse de 30 % de l'HbA1c en valeur relative [7, 9, 10].

L'efficacité du repaglinide paraît comparable à celle du glibenclamide avec toutefois un meilleur effet sur les glycémies post-prandiales.

L'efficacité en monothérapie paraît également équivalente à celle de la metformine mais la combinaison des deux agents exerce un effet additif. Le repaglinide a également été testé en association avec une dose d'insuline administrée au moment du coucher. En revanche, en raison de son mécanisme d'action, l'association avec les sulfamides hypoglycémiants est illogique.

Les bénéfices potentiels découlant de cette action extrêmement rapide et brève sont la souplesse d'utilisation en cas de variabilité de l'horaire ou du nombre des repas. Il est enfin possible que l'absence d'hyperinsulinisation basale limite à long terme la prise de poids. Seule l'utilisation prolongée du produit sur un grand nombre de sujets permettra toutefois de confirmer la réalité de ces avantages théoriques.

Le natéglinide exerce lui aussi un effet hypoglycémiant dose-dépendant (entre 30 et 180 mg par prise) sur le contrôle glycémique des diabétiques de type 2 [11] et permet d'améliorer les glycémies post-prandiales de patients insuffisamment équilibrés par la metformine seule [12]. L'effet insulinosécréteur apparaît dépendant de la concentration en glucose ce qui pourrait réduire le risque d'hypoglycémie [13].

Les dérivés du GLP-1 (glucagon like peptide-1) font actuellement l'objet de recherches actives mais les perspectives d'une utilisation thérapeutique sont encore relativement lointaines.

Le GLP-1 est sécrété physiologiquement par les cellules L du tractus digestif inférieur sous l'effet des repas mixtes. Il exerce un puissant effet amplificateur de l'insulinosécrétion (effet incrétine), inhibe la sécrétion de glucagon et ralentit la vidange gastrique [6]. Il provoque, probablement par un effet central, une réduction de la prise alimentaire. L'ensemble de ces propriétés font du GLP-1 un bon candidat au traitement du diabète de type 2 d'autant que son effet insulinosécréteur, qui passe par la voie de la protéine kinase A, s'accompagne également d'une augmentation de la transcription du gène de la pro-insuline, d'une meilleure transformation de la pro-insuline en insuline [14], et que cet effet ne s'exerce qu'en cas d'hyperglycémie. Un certain nombre de travaux préliminaires ont confirmé ce potentiel thérapeutique [6] même chez des patients en situation d'échec des sulfamides hypoglycémiants. Malheureusement le GLP-1 circulant [GLP-1 (7-36) amide et GLP-1 (7-37)] est très rapidement dégradé en GLP-1 (9-36) amide sous l'action de la dipeptidyl peptidase IV.

Des analogues résistants à l'action de cette enzyme comme le NN 2211, le LY307161, le BIM 51077 ou 51079 ont été développés. Il semble qu'ils conservent l'essentiel des propriétés du GLP-1, stimulant la sécrétion d'insuline proportionnellement à la glycémie sans risque d'hypoglycémie. Ils réduisent également la prise alimentaire chez des rats rendus obèses par des lésions du noyau arqué.

Enfin, le GLP-1 et son agoniste l'exendine-4 (un peptide extrait de la salive animale) exercent un effet trophique sur les îlots de Langerhans dans divers modèles animaux de pancréatite chronique induite par des perfusions d'acide oléique, de diabète par pancréatectomie partielle ou induits par la streptozotocine [14]. L'intérêt thérapeutique de cette propriété pourrait être considérable.

Les antagonistes des récepteurs alpha2 adrénergiques possédant un cycle imidazoline comme le BL 11778 exercent également un effet insulinosécréteur glucose-dépendant et corrigent l'hyperglycémie du rat ZDF. Dans ce modèle, les études histologiques suggèrent également un effet cytoprotecteur beta [16].

Insulinosensibilisateurs

L'insulinorésistance représente l'une des composantes majeures de la physiopathologie du diabète de type 2 et jusqu'ici seuls la metformine (Glucophage®, Stagid®, Glucinan®, Metformine®) et accessoirement le benfluorex (Mediator®), en attente d'une AMM précise, exercent un effet d'augmentation de l'utilisation périphérique du glucose et de freinage de sa production hépatique ne passant pas par une stimulation de l'insulinosécrétion [1]. La tolérance digestive de ces deux médicaments n'est toutefois pas toujours bonne et les précautions d'emploi de la metformine liées au risque d'acidose lactique en limitent également l'utilisation.

On comprend dès lors l'intérêt porté à une nouvelle classe d'insulinosensibilisateurs, les thiazolidinediones ou glitazones, développés à partir des années 1980 [18]. Son premier représentant, la troglitazone, mise sur le marché au Japon en janvier 1997 et aux États-Unis en avril 1997 a toutefois été retirée depuis le début de l'année 2000 après avoir connu en Europe une carrière plus brève encore (d'octobre à décembre 1997 au Royaume-Uni). La raison de ce retrait était une hépatotoxicité, avec des accidents parfois mortels.

Actuellement, deux représentants de cette classe thérapeutique, la rosiglitazone et la pioglitazone, sont commercialisés aux États-Unis et ont obtenu une AMM européenne, restrictive toutefois, puisqu'elle se limite au traitement de seconde intention par des praticiens expérimentés dans la prise en charge du diabète de type 2.

On pourra ainsi proposer la rosiglitazone ou la pioglitazone chez le diabétique obèse insuffisamment contrôlé par la metformine à la posologie maximale tolérée ou chez les patients mal contrôlés par les sulfamides hypoglycémiants et présentant une contre-indication ou une intolérance à la metformine.

Pour la rosiglitazone (Avandia®) qui sera commercialisée sous forme de comprimés dosés à 2 et 4 mg, la posologie maximum recommandée est de 8 mg en une ou deux prises en association avec la metformine et 4 mg en association aux sulfamides hypoglycémiants.

Pour la pioglitazone (Actos®) la posologie optimale semble être de 30 mg/j [19].

Le mécanisme d'action des thiazolidinediones passe par la stimulation de récepteurs nucléaires activant la prolifération des peroxysomes (PPAR-gamma) fortement exprimés dans les tissus adipeux blanc et brun [18, 19]. À noter que le récepteur de l'acide rétinoïque (RXR) est le partenaire du PPAR-gamma avec lequel il forme un hétérodimère.

La liaison de cet hétérodimère à une séquence spécifique d'ADN nucléaire entraîne la différenciation adipocytaire et la stimulation de l'expression de gènes impliqués dans le métabolisme intermédiaire en particulier insulinodépendant. Ce mécanisme est probablement responsable d'une partie des effets des glitazones sur la glycémie et les lipides circulants. L'effet d'amélioration de la sensibilité à l'insuline pourrait résulter de la diminution de la libération d'acides gras par le tissu adipeux et la réduction des triglycérides circulants mais également peut-être par une diminution de la production de TNF-alpha et un effet anti-TNF-alpha [17]. Les glitazones ne se lient pas au récepteur de l'insuline mais semblent capables d'augmenter la translocation des transporteurs du glucose GLUT 4 dans la membrane par une activation de la phosphatidylinositol-3 kinase.

Nous ne reviendrons pas sur les nombreux travaux expérimentaux et cliniques concernant la troglitazone que le lecteur trouvera dans la revue de Fredenrich [20] ou celle de Day [18] et donnerons quelques indications synthétiques sur les glitazones en voie de commercialisation.

Aux posologies de 4 et 8 mg en prise unique quotidienne, la rosiglitazone réduit la glycémie à jeun de 0,8 et 1,7 mmol/l respectivement, et l'HbA1c de 0,8 % et 1,1 % sans bénéfice supplémentaire pour des doses supérieures. Cet effet ne passe que par une stimulation de l'insulinosécrétion. L'effet de la rosiglitazone ne semble pas influencé par l'âge. À la dose de 2 x 4 mg/j, l'efficacité de la rosiglitazone sur la glycémie à jeun apparaît supérieure à celle du glibenclamide mais l'effet sur l'HbA1c n'est pas significativement différent et paraît plutôt légèrement inférieur [21].

La rosiglitazone aux doses de 2 et 4 mg/j en deux prises améliore le contrôle glycémique de patients insuffisamment équilibrés par les sulfamides hypoglycémiants (gliclazide, glibenclamide, glipizide) [22]. Elle a été également donnée avec succès aux doses de 4 et 8 mg en prise unique quotidienne à des patients insuffisamment contrôlés par la metformine [23] et à des doses de 2 et 4 mg/j en deux prises chez des diabétiques de type 2 traités par deux injections quotidiennes d'insuline. De même, la pioglitazone (15-30 mg/j) a été utilisée avec succès en association aux sulfamides hypoglycémiants [24], à la metformine [25] et à l'insuline [26].

La troglitazone diminue les concentrations plasmatiques d'acides gras libres et de triglycérides mais augmente légèrement celles de LDL-cholestérol et de HDL-cholestérol. Cette élévation des deux fractions du cholestérol a également été observée avec la rosiglitazone [21] et la pioglitazone [19].

L'hépatotoxicité de la troglitazone ne semble pas partagée par la rosiglitazone, la pioglitazone et la darglitazone du fait d'un métabolisme différent. En revanche, d'autres effets indésirables comme les œdèmes et les anémies par hémodilution semblent communs à la classe.

L'hypertrophie cardiaque, observée chez les rongeurs traités par glitazones, n'a pas été documentée chez l'homme [21]. Cependant, des incertitudes subsistent sur certains effets à long terme comme le développement de la masse grasse, même si celle-ci semble concerner uniquement le tissu adipeux sous-cutané et la possibilité d'un effet carcinogène colique.

Inversement, certaines arguments expérimentaux plaident en faveur d'un effet cytoprotecteur beta des glitazones qui semble se rapporter à l'amélioration des phénomènes de lipotoxicité. En effet, le traitement par rosiglitazone s'accompagne chez la souris db/db d'une augmentation de taille des îlots et de leur contenu en insuline [27]. Chez le rat ZDF, la rosiglitazone administrée à partir de la 6e semaine de vie réduit la perte de masse cellulaire beta et prévient l'apparition du diabète [28]. Enfin, certaines données cliniques indiquent que l'abaissement de la glycémie obtenu sous glitazone pourrait être plus tardif mais prolongé dans le temps que celui engendré par le glibenclamide [21].

D'autres agonistes PPAR-gamma n'appartenant pas à la famille des thiazolidinediones, comme le GI 262570, un dérivé de la tyrosine ont une efficacité paraissant meilleure encore sur la glycémie, les acides gras libres, les triglycérides et l'insulinémie dans divers modèles animaux de diabète et connaissent un début de développement clinique [29].

Enfin, certains agonistes RXR comme le LG 1069 et le LG 100268 exercent des effets similaires aux agonistes PPAR-gamma sur la glycémie, les triglycérides et l'insulinémie d'animaux diabétiques. Il se pourrait que les agonistes PPAR-gamma soient plus performants sur le métabolisme lipidique et que les agonistes RXR soient plus actifs sur le métabolisme hépatique, sur le poids et que les deux types d'agents pharmacologiques puissent être associés [30].

Parmi les autres approches thérapeutiques de l'insulinorésistance, les inhibiteurs de la lipolyse ont pour l'instant donné des résultats décevants et les inhibiteurs de l'oxydation des acides gras se heurtent à des problèmes de toxicité. Restent les traitements pharmacologiques de l'obésité représentés actuellement par l'orlistat (Xenical®), un inhibiteur des lipases pancréatiques et la sibutramine, un inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, agissant sur la prise alimentaire. Le premier a fait la preuve d'une efficacité réelle quoique modérée sur le contrôle glycémique de patients diabétiques obèses. D'autres approches ayant pour cible les récepteurs beta3 adrénergiques, les récepteurs de la leptine, la protéine découplante sont à l'étude.

Dans le contexte actuel d'augmentation quasi épidémique de la prévalence du diabète de type 2 dans toutes les régions du globe, et compte tenu de l'espérance de vie croissante de la population diabétique, le développement d'armes thérapeutiques nouvelles visant à améliorer le contrôle glycémique et à retarder les échecs du traitement et la survenue des complications de la maladie représente un enjeu majeur de santé publique. De nombreuses molécules, de mécanisme d'action souvent complémentaire sont en cours de développement. Certaines d'entre elles sont déjà commercialisées dans d'autres pays. Il restera à en préciser les éventuels avantages à long terme sur les médications classiques et à définir les stratégies thérapeutiques optimales en fonction du profil de chaque patient.

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