ARTICLE
La chirurgie cardiaque de revascularisation (pontage aorto-coronarien)
ou de remplacement valvulaire est très répandue à
travers le monde et concerne plus d'un million de personnes par an. Le
bénéfice cardiologique est immédiat et le taux de
mortalité faible. La morbidité est désormais devenue
un facteur important dans l'évaluation du rapport bénéfice/risque
de cette chirurgie.
Parmi les complications de la chirurgie cardiaque, les atteintes du
système nerveux sont fréquentes et potentiellement la source
d'un handicap physique ou cognitif durable, retentissant sur la qualité
de vie des opérés. Les principales sont les accidents vasculaires
cérébraux (AVC), dont la fréquence est estimée
à 2-5 % et les troubles cognitifs, qui sont observés dans
10 à 70 % des cas selon les études [1, 2]. Du fait du vieillissement
de la population et d'indications chirurgicales retenues chez des patients
de plus en plus âgés, qui présentent des facteurs
de risque de complication chirurgicale plus importants, la fréquence
des complications cérébrales de la chirurgie cardiaque a
tendance à augmenter [3].
Pour tenter de réduire les conséquences de ces atteintes
cérébrales, il est utile de définir en préopératoire
les patients à haut risque et de déterminer le mécanisme
des lésions. Ainsi, il peut être possible de mettre en uvre
des mesures de prévention.
Les complications encéphaliques
de la chirurgie cardiaque
Les travaux sur les complications cérébrales de la chirurgie
cardiaque sont nombreux et portent majoritairement sur la chirurgie avec
circulation extracorporelle (CEC) dans le cadre de pontages coronariens
(représentant environ 70 % des actes chirurgicaux avec CEC, le
remplacement valvulaire comptant pour 30 %). Proportionnellement, la transplantation
cardiaque reste une chirurgie marginale et cette technique présente
quelques particularités qui seront abordées séparément.
Si la nature des complications encéphaliques est commune dans les
différents types de chirurgie cardiaque, le risque neurologique
semble varié en fonction de l'indication et du contexte dans lequel
elle est pratiquée. Ainsi, dans une étude allemande rétrospective
portant sur 8 000 interventions cardiaques, le taux global de complications
encéphaliques était de 3,1 % pour les pontages (176/5734),
9,5 % pour le remplacement valvulaire (161/1689) et 19,8 % pour la transplantation
(78/393). Si l'intervention avait lieu dans un contexte d'urgence, le
taux passait à 10,3 % (15/146) pour les pontages et 51,3 % pour
le remplacement de valve (20/39) [4].
Les complications neurologiques sont polymorphes et peuvent être
classées selon le caractère focal de la souffrance cérébrale
(mécanisme vasculaire notamment) ou diffus (regroupées sous
le terme d'encéphalopathie). Dans ce dernier groupe, il faut distinguer
les atteintes discrètes, nécessitant des tests neuropsychologiques
poussés pour être détectées et les atteintes
très parlantes cliniquement (constituées principalement
des syndromes confusionnels et des comas).
Accidents vasculaires cérébraux
La fréquence des AVC varie de 0,8 à 3,2 % dans les études
rétrospectives et de 1,5 à 5,2 % dans les études
prospectives [2]. Il s'agit essentiellement d'infarctus cérébraux,
les hémorragies intracrâniennes étant exceptionnelles.
Le pronostic global du patient est très altéré par
la survenue d'un AVC puisque le taux de mortalité passe alors de
2-4 à 20 % [5]. Les conséquences économiques d'une
telle complication sont importantes : la durée de séjour
en unité de soins intensifs et en milieu hospitalier est allongée,
le coût hospitalier est doublé [1].
Les AVC surviennent pour 2/3 des cas dans les 48 heures postopératoires
et correspondent à des infarctus hémisphériques (70
%) ou de la fosse postérieure (14 %), ou bien à des lacunes
(16 %) [6].
Le mécanisme présumé des AVC demeure cryptogénique
dans 33 % des cas, ou correspond à une embolie d'origine aortique
(32 % des cas), à une embolie d'origine cardiaque (12 %), à
une hypoperfusion cérébrale (12 %) et à des lésions
athéromateuses cervico-crâniennes (11 %) [8, 9].
De nombreux facteurs de risque ont été identifiés.
Parmi les principaux, on note :
l'athérosclérose de l'aorte proximale, qui touche
20 % des patients de 50 ans opérés pour un pontage et jusqu'à
80 % de ceux de plus de 75 ans [1]. Elle peut être à l'origine
d'embolisation de débris de plaques lors de la canulation de l'aorte
ou lors de son clampage/déclampage ;
les antécédents de maladie cérébrovasculaire.
Le risque de survenue d'un nouvel AVC est alors multiplié par trois.
Ce risque est d'autant plus élevé que le patient a présenté
un AVC dans les 3 mois précédant la chirurgie [1, 5] ;
l'âge de 70 ans est typiquement la limite au-delà
de laquelle le risque augmente considérablement, toutefois il semble
y avoir un doublement du risque à chaque décade. Cependant,
la proportion de patients âgés de plus de 65 ans représente
actuellement 50 % des opérés dans de nombreux centres, et
la notion d'âge physiologique tend à supplanter celle d'âge
civil ;
une pathologie carotidienne concomitante. La présence
d'une sténose carotidienne supérieure à 90 % est
associée à un risque d'AVC de 6,2 %, risque qui atteint
9,4 % en cas d'occlusion complète [1, 7] ;
les antécédents de maladie pulmonaire.
D'autres études ont ajouté à la liste l'hypertension
artérielle, le diabète, la fibrillation auriculaire postopératoire,
la durée de la CEC. McKhann, à partir d'une étude
portant sur 456 patients opérés d'un pontage coronarien
et 1 298 sujets témoins a proposé un score de risque de
complications cérébrovasculaires [5]. Dans cette étude,
cinq critères étaient fortement corrélés au
risque de survenue d'un AVC (âge, hypertension artérielle,
diabète, artériopathie des membres inférieurs, antécédents
d'AVC) et permettaient de définir un sous-groupe de patients à
haut risque.
La prise en charge des AVC survenant au décours immédiat
de la chirurgie est limitée par le risque hémorragique,
mais ne présente pas de spécificité. Une intervention
chirugicale récente est considérée comme un critère
d'exclusion d'une thrombolyse. Cependant, l'équipe de Cleveland
a traité six patients par thrombolyse intra-artérielle,
sans complications majeures [10]. La chirurgie cardiaque pourrait constituer
un modèle intéressant d'étude des agents neuroprotecteurs.
En effet, s'ils n'ont pas fait la preuve de leur efficacité au
décours immédiat des infarctus cérébraux,
ils pourraient être délivrés avant et pendant l'acte
chirurgical, c'est-à-dire avant la constitution d'éventuelles
lésions neuronales ischémiques. Plusieurs études
de neuroprotection pharmacologique péri-opératoire sont
en cours.
Troubles des fonctions supérieures
L'incidence des troubles cognitifs postopératoires est très
variable selon les études (de 10 à 70 %). Cela s'explique
par le design de l'étude, le choix des batteries de tests neuropsychologiques
utilisés et leur nombre (plus ils sont nombreux et sensibles, plus
le taux de déficit détecté sera élevé).
Entrent également en jeu le degré d'expertise de l'investigateur,
le délai d'évaluation postopératoire, la réalisation
d'une évaluation préopératoire servant de référence
et la méthode statistique employée.
Les fonctions cognitives les plus affectées incluent l'attention,
la mémoire, la concentration ainsi que la rapidité des réponses
mentales et motrices. Des protocoles standardisés, prenant en compte
le caractère objectif, reproductible et discriminant des tests,
ont été établis [11, 12]. Ces protocoles incluent
typiquement une évaluation du QI, de la mémoire et de l'attention,
du raisonnement visuo-spatial, de la fonction visuelle, de la rapidité
en dextérité manuelle, des associations verbales.
Dans une étude prospective récente évaluant quatre
domaines cognitifs spécifiques et un score composite global chez
261 patients opérés pour un pontage coronarien, un déclin
cognitif (défini par la chute d'au moins un écart type sur
au moins un des scores cognitifs) était noté dans 53 % des
cas à la sortie de l'hôpital, 36 % à 6 semaines, 24
% à 6 mois et 42 % à 5 ans [11]. En analyse multivariée,
les facteurs corrélés au risque de déclin cognitif
persistant à 5 ans étaient un âge avancé, un
niveau d'éducation médiocre, une perte cognitive à
la sortie de l'hôpital et un score composite élevé
en préopératoire.
Par ailleurs, les troubles des fonctions supérieures sont d'autant
plus fréquents qu'il existe une consommation excessive d'alcool,
une fibrillation auriculaire postopératoire, une pathologie vasculaire
sous-jacente, un antécédent de pontage coronarien avec CEC,
une atrophie cérébrale [12]. D'autres facteurs de risque,
liés à la procédure chirurgicale ou aux conditions
anesthésiques, ont été rapportés : transplantation
cardiaque et remplacement valvulaire (comparativement aux pontages), nécessité
d'une réintervention précoce, technique et durée
de la CEC, hypoxie, fièvre et/ou sepsie, perturbations métaboliques,
instabilité hémodynamique [13].
Comas postopératoires
Les « absences de réveil » surviennent dans 0,2 % des
cas. Ils sont en rapport avec des lésions cérébrales
diffuses ischémiques et/ou anoxiques. Le pronostic pour ces patients
est extrêmement péjoratif : 85 % de décès et
moins de 5 % de récupération neurologique.
Syndrome confusionnel
Un syndrome confusionnel postopératoire est fréquent après
toute chirurgie majeure, particulièrement chez les sujets âgés.
Après un geste cardiaque, un tel trouble est observé dans
environ 10 % des cas [2]. Le mécanisme est multifactoriel et la
relation avec le devenir cognitif de ces patients n'a jamais été
clairement étudiée.
Dépression
Une dépression après chirurgie cardiaque est rapportée
dans environ 25 % des cas [14], mais l'état psychique préopératoire
est rarement évalué dans les études. En fait, la
dépression acquise suite à une chirurgie cardiaque est rare
et son apparition est principalement liée à l'existence
de troubles anxio-dépressifs préopératoires. McKhann
et al. n'ont pas mis en évidence d'altération des
performances cognitives chez les sujets dépressifs [5].
Crises convulsives
Les crises convulsives sont paradoxalement assez peu rapportées
dans les suites d'une chirurgie cardiaque (< 0,1 % dans l'étude
prospective de Roach et al. portant sur plus de 2 000 opérés)
[1]. Elles peuvent survenir dans un contexte de souffrance cérébrale
diffuse et/ou focale et le facteur déclenchant est variable selon
les circonstances.
Marqueurs biologiques des lésions cérébrales
La protéine S-100, normalement indétectable dans le sérum,
est augmentée lors de lésions du système nerveux
central. Son taux augmente lors d'une CEC et serait le témoin d'une
souffrance cérébrale diffuse. Le dosage de cette protéine
a été utilisé pour améliorer les techniques
de filtration artérielle de la CEC et pourrait être un marqueur
objectif de la souffrance cérébrale au cours de la CEC [2].
La NSE (neuro-specific enolase) semble aussi associée au
risque de complications cérébrales postopératoires
mais paraît moins spécifique.
Des facteurs génétiques pourraient contribuer au risque
de survenue de troubles neurocognitifs après chirurgie cardiaque.
Ainsi, dans l'étude de Tardiff et al., le risque de déclin
cognitif était plus élevé chez les patients porteurs
de l'allèle Apo E4 [15].
Mécanismes et prévention
des lésions cérébrales
La CEC est la grande pourvoyeuse des complications neurologiques postopératoires.
Il s'agit d'un dispositif permettant de maintenir artificiellement un
flux sanguin systémique. En pratique, après sternotomie,
l'oreillette droite et l'aorte proximale sont canulées. Après
une héparinisation systémique, l'aorte est occluse en amont
de la canulation par un clampage externe ou par un ballonnet interne,
et le flux sanguin systémique est alors assuré par la pompe
de la CEC.
De nombreux paramètres peropératoires liés à
la CEC et à l'anesthésie influencent le risque neurologique
: pression de perfusion, pulsatilité ou non du débit sanguin,
débit de la pompe du circuit de CEC, degré d'hypothermie,
rapidité de réchauffage, contrôle de l'homéostasie
acido-basique, degré d'anticoagulation pendant la CEC, techniques
d'inhibition de l'anticoagulation en fin de CEC, troubles hémorrhéologiques
liés à l'hémodilution et aux matériaux constituants
le circuit de CEC, particules libérées par les lignes et
filtres du circuit de CEC.
Deux principaux mécanismes sont invoqués dans la genèse
des complications cérébrales : les micro-emboles et l'hypoperfusion
cérébrale.
La nature des micro-emboles est variable et ne peut être déterminée
avec certitude. Il peut s'agir de micro-emboles d'air (provenant du système
de la CEC : chambres cardiaques, oxygénateurs, réservoirs,
pompe), de matériel athéromateux provenant de l'aorte, de
graisse, d'agrégats plaquettaires et/ou de fibrine formés
dans les cavités cardiaques gauches durant la manipulation du cur,
de particules constituant le circuit de la CEC... En fonction de la taille
des emboles, on parle de micro- ou macro-emboles. Ils sont détectables
par les ultrasons pour un diamètre supérieur à 100
microns, sous la forme d'un signal transitoire de haute intensité,
au niveau de l'artère carotide interne ou par une exploration transcrânienne
enregistrant l'artère sylvienne. Le nombre d'emboles peropératoires
est corrélé avec le risque de troubles cognitifs postopératoires
[16, 17]. Cependant, il faut noter que les patients opérés
d'un remplacement valvulaire ont un nombre de micro-emboles supérieur
à celui des opérés d'un pontage coronarien, pour
des troubles cognitifs quantitativement identiques [18]. Par ailleurs,
ces études basées sur les ultrasons ont montré que
les périodes à risque embolique étaient la phase
de manipulation du cur ou de l'aorte (60 % des emboles) et la période
suivant la levée du clampage aortique (10 %). Les 30 % restants
n'étaient pas spécifiquement associés à l'un
des temps opératoires [17].
L'analyse ultrastructurale du cerveau de patients décédés
après chirurgie cardiaque et d'animaux sacrifiés après
exposition à des conditions similaires montre de multiples petites
dilatations artériolo-capillaires (SCAD), qui seraient la conséquence
des micro-emboles diffusant dans la microvascularisation du cerveau [19].
La nature de ces emboles serait graisseuse (en l'absence de matériel
thrombotique dans la lumière des vaisseaux). La charge embolique
est directement liée à la durée de la CEC et paraît
plus importante dans la chirurgie de remplacement valvulaire que dans
les pontages coronariens [20]. Les SCAD semblent fournir une explication
séduisante aux troubles cognitifs observés en postopératoire,
et confirment la relation entre le risque de tels troubles et la fréquence
des signaux emboliques au doppler d'une part, l'importance des lésions
athéromateuses de l'aorte d'autre part.
L'hypoperfusion est liée à la technique anesthésique
elle-même, notamment à la perte du flux pulsé lors
de la CEC, et peut entraîner des lésions ischémiques
dans les territoires jonctionnels. Certaines régions cérébrales
sont particulièrement sensibles à une hypotension prolongée
: secteur de Sommer, cortex occipital, globus pallidus interne.
Étant donné le coût et le retentissement des complications
neurologiques sur la qualité de vie des opérés, plusieurs
mesures préventives ont été étudiées.
Ces mesures ont pu être appliquées au niveau de la technique
anesthésique (filtres, techniques d'oxygénation du sang
et de maintien du flux, diminution de la durée de la CEC voire
intervention sans CEC, hypothermie, etc.) comme de la procédure
chirurgicale (vidange efficace de l'air des cavités cardiaques,
technique de clampage...) [21]. Par exemple, un repérage échographique
épi-aortique peropératoire ou transsophagien du segment
proximal de l'aorte permet de définir le site le moins à
risque de mobilisation de matériel athéromateux lors de
l'implantation de la canule [21]. De même, pour les patients porteurs
d'une sténose carotidienne symptomatique accessible à la
chirurgie, il est préférable d'intervenir sur la carotide
en premier lieu, à la condition que la pathologie cardiaque sous-jacente
soit stable. Dans le cas contraire (cardiopathie instable), il est recommandé
de faire les deux gestes dans le même temps opératoire [7].
L'attitude pour les sténoses carotidiennes asymptomatiques reste
mal définie.
L'efficacité des mesures préventives proposées
peut être validée par des outils fiables et objectifs tels
que l'évaluation neuropsychologique pré- et postopératoire,
l'exploration ultrasonore peropératoire et éventuellement
des marqueurs biologiques. L'EEG et l'IRM ne semblent pas suffisamment
sensibles ni spécifiques dans ce contexte [22].
Enfin, la prévention des risques neurologiques consiste aussi
à sélectionner les patients par un examen clinique soigneux
et repérer les cas à haut risque, afin d'adapter leur prise
en charge anesthésique et chirurgicale ainsi que la surveillance
per- et postopératoire. En cas de risque élevé de
complications, le rapport bénéfice/risque de l'intervention
doit être bien pesé.
La transplantation cardiaque
Les complications cérébrovasculaires sont classées
en fonction de leur délai de survenue par rapport à la transplantation,
car les mécanismes sont différents. Les complications précoces
sont non spécifiques et identiques à celles observées
après toute chirurgie cardiaque. Les complications tardives surviennent
plus de 2 mois après la transplantation. Lors d'une étude
rétrospective, nous avions estimé la fréquence des
AVC de survenue tardive à 2,6 % à 5 ans [23]. Les facteurs
impliqués étaient, outre les facteurs de risque vasculaire
antérieurs à la transplantation et la présence d'un
thrombus intracardiaque, le traitement immunosuppresseur, le type de transplantation
et le rejet du greffon.
Pour évaluer le risque de troubles cognitifs après une
transplantation cardiaque, il est nécessaire de connaître
le retentissement sur les performances cognitives de l'insuffisance cardiaque
terminale. Plusieurs études contrôlées ont montré
une diminution significative de celles-ci, portant principalement sur
la mémoire antérograde, l'attention et le raisonnement abstrait
[24-26]. Il existe une corrélation entre ces troubles et la fraction
d'éjection ventriculaire gauche [26] ou l'augmentation de la pression
auriculaire droite [24]. Le mécanisme serait une hypoperfusion
ou un hypométabolisme cérébral, impliquant particulièrement
les lobes frontaux et les circonvolutions mésiales temporales,
comme semble le confirmer une étude du métabolisme cérébral
par spectroscopie IRM, montrant une diminution de celui-ci chez les patients
en état d'insuffisance cardiaque avancée, améliorée
après la transplantation [27].
Dans une étude prospective portant sur 25 patients en insuffisance
cardiaque terminale et transplantés, nous avions observé
une altération des performances cognitives dans tous les cas en
prétransplantation, portant essentiellement sur la mémoire
et l'attention [28]. À 2 mois postopératoires, un tiers
des patients présentaient un déclin de leur performance,
alors qu'à un an, 84 % des patients avaient regagné un niveau
supérieur à leur état préopératoire.
Cette étude confirme le bénéfice global de la transplantation
sur les fonctions cognitives, malgré une aggravation postopératoire
fréquente [24, 25].
Les autres complications
Des atteintes du système nerveux périphérique après
chirurgie cardiaque sont rapportées dans 2,6 à 13 % des
cas (plexopathies brachiales, atteintes bilatérales des nerfs saphènes
et péroniers, du nerf ulnaire, du nerf phrénique, du nerf
récurrent laryngé, du nerf radial sensitif, du nerf facial).
La plupart de ces déficits sont transitoires, corrélés
avec le degré d'hypothermie. Les atteintes du plexus brachial sont
secondaires à un traumatisme lors de la cannulation de la veine
jugulaire ou lors d'un étirement, surtout lors de la dissection
de l'artère mammaire interne qui nécessite une rétraction
importante de la cage thoracique. Les nerfs ulnaires et péroniers
sont comprimés dans leur trajet sous-cutané, le nerf saphène
est atteint lors de l'ablation de la veine du même nom. Des neuropathies
optiques et des surdités brusques ont aussi été rapportées.
Certaines complications sont plus spécifiques à la transplantation.
Les crises comitiales sont fréquentes et touchent 15 % des patients
en postopératoire. Elles peuvent témoigner de la survenue
d'un infarctus cérébral, d'une encéphalopathie (anoxique
ou ischémique), d'un état d'hyperperfusion cérébral,
de perturbations métaboliques (hypomagnésémie secondaire
à l'utilisation de la cyclosporine) ou d'un surdosage en cyclosporine.
Il s'agit en général d'un épisode isolé, ne
nécessitant pas la mise en route d'un traitement antiépiléptique
au long cours. À distance, elles peuvent révéler
une infection opportuniste intracrânienne. La fréquence de
cette dernière a diminué pour passer de 14 à 5 %
avec l'utilisation de la cyclosporine en association avec l'azathioprine
et les corticostéroïdes. Le risque infectieux est majeur au
cours du premier semestre et couvre le champ des infections du sujet immunodéprimé.
Les néoplasies (et particulièrement les lymphomes primitifs
du système nerveux central) surviennent chez 2 % des patients transplantés,
en rapport avec le traitement immunosuppresseur. Par ailleurs, ces thérapeutiques
sont en elles-mêmes à l'origine d'une pathologie iatrogène
riche, concernant fréquemment le système nerveux : fracture-tassements
vertébraux d'origine ostéoporotique, myopathie des ceintures,
troubles de l'humeur, lipomatose épidurale, hypertension intracrânienne
avec les corticoïdes ; encéphalopathies, crises comitiales,
tremblement postural des extrémités (20 % des patients),
acroparesthésies, ataxie cérébelleuse et myélopathie
avec la cyclosporine.
CONCLUSION La
chirurgie cardiaque et surtout la chirurgie coronarienne intéresse
un nombre élevé de patients. Les progrès des techniques
chirurgicales et anesthésiques permettent d'intervenir chez des patients
de plus en plus âgés, présentant cependant des comorbidités
qui sont autant de facteurs de risques de complications neurologiques. La
fréquence de ces complications et le handicap qu'elles peuvent entraîner
conduisent à perfectionner les procédures et aussi à
sélectionner les patients. L'utilisation de marqueurs des lésions
infligées au système nerveux lors de la chirurgie, marqueurs
de nature neuropsychologique, ultrasonore et biologique, permettra de valider
objectivement des modifications de procédures peropératoires
et l'utilisation de traitements neuroprotecteurs. REFERENCES
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