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Dans de nombreuses spécialités, la vidéochirurgie
a vu ses indications augmenter du fait du bénéfice fonctionnel
qu'elle apporte. Ainsi, en chirurgie digestive, alors que la technique
de cholécystectomie par clioscopie n'a été
introduite qu'en 1987 par Mouret et Dubois [1], près de 90 % des
cholécystectomies étaient réalisées par cette
voie d'abord, en 1990, aux États-Unis [2]. En chirurgie thoracique
et cardiovasculaire, son développement est beaucoup plus récent
bien que, paradoxalement, les premières expériences de thoracoscopie
remontent aux années 20 [3]. Le promoteur de la méthode,
Jacobaeus, un professeur de médecine interne suédois, développa
ses indications pour le diagnostic et le traitement de la tuberculose
pulmonaire. L'avènement de l'antibiothérapie antituberculeuse
avait quelque peu effacé l'intérêt de cette technique
et il fallut attendre les années 90
pour voir apparaître de nouvelles applications chirurgicales de
la thoracoscopie. Les premières interventions ont essentiellement
eu des indications pneumologiques, comme la chirurgie du pneumothorax
et des biopsies ou exérèses pulmonaires ou médiastinales.
Si, en cardiologie pédiatrique, l'intérêt de la technique
a été confirmé par l'expérience de Laborde
sur la ligature vidéoscopique du canal artériel [4], les
indications de la thoracoscopie en cardiologie adulte ne sont apparues
que très récemment. L'utilisation de la vidéochirurgie
dans le diagnostic et le traitement des épanchements péricardiques
fait actuellement ses preuves. D'autres applications sont au stade d'évaluation
comme les sympathectomies thoraciques, dans le traitement de l'angor rebelle
au traitement médical et non revascularisable, et la mise en place
d'électrodes épicardiques de pacemaker ou de défibrillateurs.
Surtout, depuis environ un an, l'intérêt expérimental
et clinique en chirurgie coronaire peu vulnérante va croissant.
Pontages coronaires
vidéo-assistés
Le développement des pontages mammaires internes est le progrès
le plus remarquable réalisé ces deux dernières décennies
en chirurgie coronaire. L'utilisation de l'artère mammaire interne
pour revasculariser l'artère interventriculaire antérieure
a largement montré d'excellents résultats associant une
mortalité opératoire faible (< 1 %) et des taux de perméabilité
de 85 à 95 % à 10 ans [5]. Cameron et al. [6], s'aidant
du registre du CASS, ont récemment rapporté les résultats
comparés à 15 ans des revascularisations myocardiques par
greffon mammaire (n = 749) ou greffon veineux (n = 4 888) effectuées
dans quinze centres aux États-Unis et au Canada. L'utilisation
de l'artère mammaire interne est un facteur prédictif indépendant
d'amélioration de la survie. Ce bénéfice sur la survie
a été observé dans tous les sous-groupes, indépendamment
du sexe, de l'âge, de la fonction ventriculaire, de l'existence
ou non d'une lésion du tronc commun de l'artère coronaire
gauche.
La revascularisation coronaire avec ce greffon permet donc l'obtention
de taux de perméabilité à distance excellents, un
bénéfice certain sur la survie, une préservation
adéquate de la fonction de la paroi antérieure du ventricule
gauche, une diminution du nombre d'événements cardiaques
intercurrents et une supériorité nette sur les greffons
saphènes. Malgré ces bénéfices conséquents,
la réalisation d'une intervention par sternotomie sous circulation
extracorporelle rend prohibitive une telle revascularisation chez un malade
monotronculaire, et la tendance actuelle va vers les procédés
de cardiologie interventionnelle, malgré des taux de resténose
pouvant dépasser 30 % à 6 mois [7].
La possibilité de réaliser un pontage avec l'artère
mammaire interne de façon peu agressive est séduisante.
Les techniques de chirurgie peu vulnérante, s'accompagnant d'une
ouverture thoracique minimale, devraient permettre d'offrir une option
thérapeutique supplémentaire dans le traitement de la maladie
coronaire et de procurer, à une certaine catégorie de patients,
les bénéfices d'un pontage mammaire associés à
une hospitalisation courte et une récupération fonctionnelle
rapide pour un coût faible [8]. Dans ce contexte, l'intérêt
de l'utilisation de la circulation extracorporelle, qui doit être
réalisée, dans ces conditions, par voie fémoro-fémorale,
peut être discuté. Les pontages sans circulation extracorporelle
ont en effet été décrits depuis de nombreuses années.
Kolessov (1967), en Russie, puis Favaloro (1968) et Garrett (1973), aux
États-Unis, ont été les premiers à rapporter
la technique [9-11]. L'avènement de la circulation extracorporelle
et de la cardioplégie a occulté cette technique qui fut
pratiquement abandonnée par la plupart des équipes. Le regain
d'intérêt pour la chirurgie moins vulnérante a remis
à l'ordre du jour ces techniques de pontages à cur
battant. Les résultats les plus récents sont ceux de l'équipe
brésilienne de Sao Paulo [12] qui rapporte, sur une série
de 8 756 patients pontés entre 1981 et 1994, 1 274 patients opérés
sans circulation extracorporelle. La mortalité opératoire
dans ce dernier groupe était de 2,5 % avec une incidence des arythmies
et des complications pulmonaires et neurologiques significativement plus
basse que dans le groupe de patients opérés avec circulation
extracorporelle. Pour une équipe expérimentée avec
cette technique, le taux de perméabilité des anastomoses
mammaires (93,4 %) était identique à celui obtenu lors des
pontages sur cur arrêté.
Concernant la voie d'abord utilisée pour la réalisation
du geste chirurgical, les possibilités sont multiples. Les modalités
techniques des pontages peu vulnérants varient largement entre
la chirurgie à thorax complètement fermé, utilisant
de façon exclusive le matériel de thoracoscopie, et les
techniques de minithoracotomie, permettant de réaliser en vision
directe le geste de revascularisation myocardique [13-17].
L'abord totalement endoscopique, sous circulation extracorporelle périphérique,
a été employé expérimentalement par l'équipe
américaine de Standford [18]. La technique consiste en un prélèvement
thoracoscopique de l'artère mammaire interne et la confection endoscopique
par plusieurs (4 à 8) orifices d'environ 1 cm de l'anastomose artère
interventriculaire antérieure artère mammaire. Une
circulation extracorporelle fémoro-fémorale est établie
et l'arrêt cardioplégique est obtenu après clampage
endo-aortique par un ballon occlusif. Cette approche est certainement
prometteuse dans un but de revascularisation myocardique complète
mais paraît excessive, par sa lourdeur technique, pour une revascularisation
isolée de l'artère interventriculaire antérieure.
L'équipe de Standford aurait abandonné le principe de l'anastomose
par voie endoscopique pour se diriger vers une technique de pontage coronaire
avec vision directe du site anastomotique par minithoracotomie.
D'autres techniques n'utilisant pas l'approche vidéo-thoracoscopique
sont également proposées [19-20]. La dissection de l'artère
mammaire interne est effectuée après médiastinotomie
antérieure par une incision parasternale et résection de
un à trois cartilages costaux. Dans ce cas, le prélèvement
de l'artère mammaire interne est partiel, ne s'étendant
que de part et d'autre de la zone de résection costale. L'anastomose
coronaire est réalisée, selon les équipes, sous circulation
extracorporelle périphérique et fibrillation ventriculaire
ou à cur battant. Dans ces cas, la longueur de l'artère
mammaire interne peut être insuffisante pour accéder à
l'artère interventriculaire antérieure. Des cas de coudures
ont été décrits du fait de greffon trop court. Certains
auteurs utilisent dans ces cas des artifices techniques pour rallonger
le conduit, tels que l'implantation termino-terminale d'un greffon épigastrique
sur l'artère mammaire interne [21]. Il serait étonnant que
ces procédés puissent avoir des résultats similaires
aux résultats obtenus avec les pontages avec l'artère mammaire
interne gauche.
La technique élaborée à l'hôpital de la Pitié
[22] va dans le sens d'une réduction plus importante du traumatisme
opératoire par la dissection complète de l'artère
mammaire interne, par vidéochirurgie exclusive, et par la réalisation
de l'anastomose coronaire à cur battant, par une minithoracotomie
d'environ 4 cm de long évitant toute résection costale.
L'intervention est menée sous anesthésie générale
et exclusion pulmonaire par intubation sélective. Le malade est
placé en position de thoracotomie antérieure, légèrement
incliné sur le côté par un billot latéral.
Le premier temps consiste en un prélèvement par vidéochirurgie
de l'artère mammaire interne. Les trocarts sont introduits par
trois incisions d'environ 1 cm au niveau des 4e et 7e
espaces intercostaux, le long de la ligne axillaire moyenne et antérieure
(figure 1). Ils permettent
le passage de la caméra endoscopique par l'intermédiaire
d'une optique rigide de 0° et/ou 30° et les instruments de thoracoscopie.
L'exploration de la cavité thoracique et le repérage de
l'artère mammaire interne sont d'abord réalisés.
L'artère n'est souvent identifiée qu'à son origine,
au niveau de l'artère sous-clavière, où elle n'est
recouverte que par une fine couche de plèvre pariétale.
À d'autres endroits, l'artère est parfois masquée
par de la graisse et non repérable. En débutant le prélèvement
à son origine, il est possible de suivre par dissection de proche
en proche le trajet exact de l'artère. L'artère mammaire
interne est prélevée à l'aide d'un bistouri électrique
muni d'une fine spatule et d'un système d'irrigation et d'aspiration
(Surgiwand II modifié. USSC®). Une pince à
disséquer endoscopique (Endo-dissect. USSC®) permet
la traction du pédicule lors de la dissection.
Cette technique permet un prélèvement complet de l'artère
mammaire interne de 2 à 3 cm après l'artère sous-clavière
au 5e espace intercostal. La section de l'extrémité
distale de l'artère mammaire interne avec mise en place de clip
est ensuite réalisée après héparinisation
générale (figure
2).
Une thoracotomie antéro-latérale de 4 cm au niveau du
4e espace intercostal est ensuite réalisée pour
l'exposition de l'artère interventriculaire antérieure.
La résection d'une côte n'est pas nécessaire ; il
peut être, en revanche, utile de désarticuler la 4e
côte pour obtenir une exposition optimale. Un écarteur costal
de type pédiatrique est placé dans l'incision et permet
l'exposition du péricarde.
L'artère interventriculaire antérieure est abordée.
L'artériotomie est réalisée de façon habituelle.
Les tirettes sont alors serrées pour occlure l'artère coronaire.
Un shunt intracoronaire constitué d'un cathéter pédiatrique
introduit dans l'artère interventriculaire antérieure peut
être mis en place. L'anastomose artère interventriculaire
antérieure-artère mammaire peut alors être réalisée
à cur battant sans circulation extracorporelle (figures
3, 4 et 5).
La dissection thoracoscopique de l'artère mammaire interne évite
l'excision des cartilages costaux comme lors des techniques préalablement
décrites, réduisant ainsi les douleurs postopératoires.
Elle offre également une artère mammaire interne, pouvant
être disséquée jusqu'à son origine, sans branches
collatérales pariétales, et donc suffisamment longue pour
éviter tout risque de coudure. Par ailleurs, l'absence de branches
collatérales pariétales a l'intérêt théorique
d'éviter les phénomènes de vol coronaire.
La travail expérimental débuté, il y a environ
un an, a permis la réalisation clinique de cette technique pour
la première fois en septembre 1995. Depuis, quinze autres patients
ont été opérés. Les contrôles angiocoronarographiques
réalisés chez dix de ces patients montraient une perméabilité
des greffons dans tous les cas. Chez un malade, il existait une occlusion
de la partie distale de l'artère interventriculaire antérieure
avec reprise rétrograde de la partie proximale de l'artère
et des branches septales. Ce défect, correspondant à un
des premiers malades de notre série, est probablement lié
à une implantation trop distale de l'artère mammaire interne
sur l'artère interventriculaire antérieure du fait d'une
thoracotomie trop basse. Le séjour dans le service de chirurgie
cardiaque variait entre trente-six heures et treize jours pour une durée
moyenne de cinq jours.
L'intérêt pour le patient peut être apprécié
à plusieurs niveaux : diminution du risque hémorragique
lié à l'absence de circulation extracorporelle et d'anticoagulation,
réduction du risque infectieux et du temps de soins postopératoires
liée à une cicatrisation plus rapide que pour une sternotomie,
moindre risque transfusionnel, récupération fonctionnelle
plus rapide. La technique de pontage coronaire vidéo-assisté
aurait donc l'avantage de simplifier les suites opératoires, améliorant
le confort du malade et pouvant réduire la durée d'hospitalisation.
Actuellement, cette intervention s'adresse surtout aux patients ayant
une artère interventriculaire antérieure occluse, réinjectée
à la coronarographie, et chez lesquels l'angioplastie est impossible.
Elle peut s'adresser aux sténoses dilatées de façon
itérative avec resténoses. Cette technique devrait permettre
de retarder de quelques années l'heure de la chirurgie classique
chez les patients jeunes.
Les contre-indications ou restrictions de la technique concernent essentiellement
les patients insuffisants respiratoires chroniques. La technique nécessite
effectivement une exclusion ventilatoire du côté de la thoracotomie
pendant deux à trois heures, source de risque infectieux pulmonaire
chez des malades fragilisés. Par ailleurs, l'existence d'une symphyse
pleurale peut rendre impossible la dissection vidéochirurgicale
de l'artère mammaire interne.
Si les résultats à long terme des pontages mammaires internes
sur l'artère interventriculaire antérieure, obtenus avec
des techniques peu vulnérantes, sont satisfaisants, une nouvelle
option chirurgicale pour le traitement de la maladie coronaire pourrait
alors être envisagée.
L'avenir ira probablement vers une revascularisation la plus complète
possible, soit par abord d'autres artères par vidéochirurgie
et dissection d'autres greffons, comme l'artère gastro-épiploïque
par clio-chirurgie, soit en couplant les techniques de vidéochirurgie
et d'angioplastie coronaire.
Chirurgie
du péricarde
Les étiologies multiples et le caractère évolutif
variable des épanchements péricardiques volumineux et mal
tolérés expliquent la diversité des moyens proposés
pour leur prise en charge. L'échec du contrôle médical
d'un épanchement ou la nécessité d'un diagnostic
spécifique peuvent conduire à proposer un drainage chirurgical
associé à une résection péricardique à
visée histologique, bactériologique, voire thérapeutique.
Depuis les premières interventions par voies sous-xiphoïdienne
et thoracique antérieure proposées en 1829 par Larrey [23],
les modalités chirurgicales ont peu changé (figure
6). La voie d'abord sous-xiphoïdienne, s'accompagnant d'un
taux de récidive de 3 à 18 % selon les étiologies,
est une technique simple permettant un traitement d'urgence des épanchements
responsables de tamponnades [24-29]. La visibilité est très
réduite, obligeant à une résection péricardique
limitée. En cas d'épanchement péricardique chronique,
récidivant ou susceptible de récidiver, une péricardectomie
partielle par thoracotomie antéro-latérale, voire par sternotomie
médiane [28-30], peut être proposée de façon
alternative. La pratique d'une thoracotomie est cependant responsable
de complications pulmonaires plus fréquentes et d'une durée
d'hospitalisation plus longue [29]. La vidéochirurgie combine les
avantages des deux techniques précédentes. Elle permet,
en évitant les inconvénients de la thoracotomie par son
caractère peu agressif, d'explorer la cavité thoracique
et d'effectuer une péricardectomie suffisamment large avec confection
d'une fenêtre pleuro-péricardique et, si besoin, de réaliser,
outre les prélèvements péricardiques, des gestes
complémentaires comme une biopsie pulmonaire, pleurale ou ganglionnaire
[31-34].
La technique consiste à introduire, par trois orifices de 1 cm
sur la paroi thoracique, une caméra de vidéochirurgie et
les instruments de thoracoscopie pour la réalisation du geste chirurgical
(figure 7). L'opérateur
oriente ses gestes par visualisation de l'anatomie de la cavité
thoracique sur un moniteur de télévision. L'intervention
est réalisée sous anesthésie générale
avec exclusion pulmonaire du côté opéré. Le
patient est en décubitus postéro-latéral. L'exploration
commence par l'inspection de la cavité pleurale et du poumon. En
cas d'épanchement pleural associé, un prélèvement
pour examen cytologique et bactériologique est effectué.
De même, un aspect nodulaire de la plèvre pariétale,
la présence de ganglions médiastinaux ou une pathologie
pulmonaire peuvent faire pratiquer des biopsies. Le péricarde est
abordé après repérage du nerf phrénique. Son
aspect inflammatoire, épaissi, nodulaire ou normal est noté.
Une résection partielle permet un prélèvement orienté
pour examen anatomopathologique et bactériologique, ainsi que la
confection d'une large fenêtre pleuro-péricardique. Le liquide
péricardique est également évacué et prélevé.
Un drainage pleural et péricardique est mis en place par les incisions
ayant servi à l'introduction des trocarts. La possibilité
de réalisation de cette méthode dépend surtout de
l'état cardiorespiratoire du malade. La nécessité
d'une intubation sélective et d'un décubitus latéral
peut empêcher le choix de ce procédé en cas de tamponnade
ou de fonction ventilatoire altérée. Bien que certains auteurs
aient proposé une ponction évacuatrice avant thoracoscopie
en cas de tamponnade [35], il nous semble que, dans ces circonstances,
la boutonnière sous-xiphoïdienne est préférable,
car plus simple et plus rapide pour une décompression péricardique.
Elle doit donc être utilisée en priorité pour les
malades à l'hémodynamique instable. Dans ce cas, après
évacuation de l'épanchement compressif, une péricardoscopie
peut être réalisée par introduction de la caméra
de vidéochirurgie ou d'un médiastinoscope par la boutonnière
sous-xiphoïdienne [36]. Cette technique de péricardoscopie
a l'avantage d'une vision de la cavité péricardique plus
étendue que celle offerte par la voie sous-xiphoïdienne seule.
Elle permet ainsi de diriger les biopsies péricardiques. L'intérêt
d'une exérèse péricardique étendue, afin d'éviter
la récidive de l'épanchement et le risque de constriction
tardive, a été souligné [28, 37]. Dean rapporte 33
% d'échecs tardifs avec récidive d'épanchement ou
de constriction chez les malades ayant une résection péricardique
minimale lors du drainage [37]. Dans notre série de 84 malades
opérés pour péricardite chronique constrictive, 8
% avaient un antécédent de drainage avec péricardectomie
limitée [38]. Piehler a montré une relation directe entre
l'extension de la résection et la fréquence de récidive
ou de constriction [28]. Les données d'autres études montrent
que les épanchements récidivants ou les constrictions surviennent
dans l'année qui suit l'intervention [26, 39, 40].
Une péricardectomie pariétale étendue avec création
d'une fenêtre pleuro-péricardique par thoracotomie antéro-latérale
par le 4e ou le 5e espace intercostal a été
proposée [28-30]. Ces gestes s'accompagnent cependant de complications
pulmonaires plus fréquentes (35 contre 11 %) et d'une durée
d'hospitalisation plus longue qu'avec un abord sous-xiphoïdien [29].
La création d'une fenêtre pleuro-péricardique par
vidéochirurgie peut être réalisée de la même
façon que par thoracotomie. La mise en place d'un drain péricardique
après confection de la fenêtre permet, comme la voie sous-xiphoïdienne,
une évacuation liquidienne complète puis une fusion étroite
entre l'épicarde et le péricarde pariétal [27]. Le
drainage maintenu par le tube évite une possible obstruction précoce
de la fenêtre pleuro-péricardique par adhésion du
poumon sur cette fenêtre. L'oblitération de l'espace péricardique
nécessite un drainage prolongé jusqu'à ce que l'épanchement
soit minime. Le choix de la voie d'abord et l'importance de l'exérèse
péricardique dépendent également de la condition
générale et du pronostic spécifique en fonction de
l'étiologie responsable de l'atteinte péricardique. Les
décisions concernant la prise en charge des malades avec des épanchements
néoplasiques sont extrêmement difficiles. Le développement
d'un épanchement péricardique est souvent prédictif
d'une faible espérance de survie. Le bénéfice du
drainage chirurgical semble minime en cas de non-réponse au traitement
oncologique. La ponction péricardique et l'instillation d'agent
sclérosant ont été utilisées pour ces épanchements
malins [41]. Le drainage chirurgical peut être indiqué en
cas de tamponnade menaçante, d'épanchements récidivants
malgré les moyens médicamenteux ou radiothérapiques
et par le besoin d'une histologie. Le choix du procédé chirurgical
est certainement une décision à prendre en fonction de l'état
général préopératoire, du taux de croissance
de la tumeur et de la réponse tumorale au traitement [28]. En cas
de tamponnade ou chez un malade à l'état général
altéré et à faible espérance de survie, la
boutonnière sous-xiphoïdienne est l'attitude recommandée.
Pour les patients en bon état général, pour lesquels
la progression du cancer est lente ou répond à la chimiothérapie,
les complications liées au péricarde restant doivent être
prises en compte. DeValéria et al. [42] ont noté
que 15 % des 60 malades de leur série ayant bénéficié
d'une péricardectomie totale avaient des antécédents
de drainage simple ou de péricardectomie partielle. Il semble qu'une
résection large du péricarde en cas de survie théorique
de plusieurs mois soit préférable. L'abord thoracoscopique,
peu traumatique, peut alors être particulièrement intéressant
chez ces malades.
Les épanchements péricardiques localisés après
chirurgie cardiaque peuvent constituer une indication élective
de la vidéochirurgie. Lorsque les épanchements sont cloisonnés,
cette voie éviterait les adhérences péricardiques
sous-xiphoïdiennes, fréquentes après sternotomie, et
permettrait de laver la cavité des dépôts de fibrine
sans reprendre la cicatrice initiale. Cinq patients de notre série
ont eu un geste thoracoscopique pour épanchement péricardique
secondaire à la chirurgie cardiaque sans complication postopératoire.
L'intérêt diagnostique de cette technique doit être
souligné. Par l'accès large à la cavité thoracique
qu'elle procure, elle donne une excellente vision de la cavité
thoracique et du péricarde et permet de pratiquer des biopsies
de toutes les zones suspectes. Ainsi, l'association de biopsies de nodules
pulmonaires et pleuraux aux biopsies péricardiques et à
l'examen cytologique du péricarde a permis un diagnostic spécifique
dans 30 % des cas de notre série préliminaire de 22 patients
[43].
Bien que peu d'études soient encore disponibles sur la tolérance
de la vidéochirurgie, elle serait responsable d'une morbidité
inférieure ou égale à la voie sous-xiphoïdienne
et plus faible qu'une voie thoracique antérieure. Sur 45 cas, Mack
n'a rapporté aucune complication liée à la méthode
[32]. Par ailleurs, l'expérience de la thoracoscopie en chirurgie
pulmonaire a établi le bénéfice de cette technique
concernant les douleurs postopératoires [35].
En conclusion, la vidéochirurgie est une technique efficace et
peu vulnérante de drainage et de biopsie péricardique. Outre
son intérêt diagnostique par l'exploration de la cavité
thoracique, elle permet la confection d'une fenêtre pleuro-péricardique
en évitant les inconvénients des abords chirurgicaux classiques.
En l'absence de contexte d'urgence, circonstance où un drainage
par voie sous-xiphoïdienne, associé ou non à une péricardoscopie,
doit être réalisé, la vidéochirurgie est probablement
une méthode de choix dans le traitement des épanchements
péricardiques. Un suivi plus important est cependant nécessaire
pour confirmer le bénéfice à distance de la technique.
Une autre application de la vidéo-chirurgie concerne le diagnostic,
voire le traitement, de certaines péricardites constrictives. Plus
de trois siècles après leur première description
clinique par Lower, les péricardites chroniques constrictives posent
encore parfois des problèmes diagnostiques et thérapeutiques.
L'absence de spécificité des symptômes cliniques explique
les délais souvent prolongés entre l'apparition des symptômes
et le diagnostic de péricardite. Ce délai était de
vingt mois dans notre série de 84 malades opérés
à l'hôpital de la Pitié [16]. Les techniques d'imagerie
comme la radiographie du thorax et l'échocardiographie peuvent
être une aide au diagnostic mais leur rendement est faible. Le cathétérisme
droit a, dans 24 % des cas, donné des résultats faussement
négatifs. Malgré l'intérêt de la tomodensitométrie
et de l'imagerie par résonance magnétique, l'évolution
peut être prolongée rendant le diagnostic de constriction
difficile. La vidéochirurgie, utilisant la même technique
opératoire que pour les épanchements péricardiques,
peut être envisagée dans quelques cas privilégiés.
En objectivant l'épaississement péricardique, voire la constriction
après dissection endoscopique d'une partie du péricarde
pour examen anatomo-pathologique, elle permettrait d'établir le
diagnostic. La levée de la constriction par cette voie, qui serait
ainsi équivalente à une décortication par thoracotomie
antéro-latérale gauche, serait à comparer aux excellents
résultats des péricardectomies subtotales par sternotomie
médiane.
Sympathectomies thoraciques
Chez le patient coronarien non revascularisable ayant un angor rebelle
malgré un traitement médical optimal, la sympathectomie
thoracique bilatérale sur trois ou quatre espaces intercostaux
peut être discutée. Le système nerveux sympathique
joue effectivement un rôle important dans la perception de la douleur
angineuse. Il est possible, selon différents travaux expérimentaux
et cliniques, que la sympathectomie thoracique ait un effet anti-angineux.
L'utilisation d'un abord thoracoscopique peu vulnérant rend intéressante
l'évaluation d'un tel procédé chez les patients ayant
un angor réfractaire au traitement médical et chez lesquels
un geste de revascularisation est jugé non réalisable [44].
L'expérience d'une équipe suédoise [45], portant
sur 24 patients souffrant d'un angor sévère inopérable,
semble confirmer l'effet bénéfique de la sympathectomie
thoracique. Sans qu'aucune complication opératoire majeure ne soit
survenue, le nombre de crises d'angine de poitrine et la consommation
de trinitrine ont été réduits de façon significative.
De plus, 42 % des malades n'ont plus souffert d'angor. La fréquence
cardiaque était réduite de façon significative au
repos avec une pression artérielle systolique restant inchangée.
Au maximum de l'effort, il était noté une diminution de
la fréquence cardiaque et de la pression artérielle systolique.
La capacité maximale à l'effort augmentait de façon
significative et la dénivellation du segment ST était significativement
réduite. La destruction des fibres sympathiques thoraciques a donc
pour résultat d'estomper les douleurs thoraciques. Cette action
de la sympathectomie ne semble cependant pas se résumer à
cet effet antalgique, qui aurait pour inconvénient de supprimer
un signal d'alerte de l'apparition d'une ischémie myocardique.
L'intervention semble avoir également un effet direct sur l'ischémie
coronaire, comme l'indique la diminution du sous-décalage de ST
durant l'épreuve d'effort. Cette action anti-ischémique
pourrait être due à la dilatation des segments sténosés,
liée à la suppression de l'effet vasoconstricteur sympathique
s'exerçant par l'intermédiaire des récepteurs alpha-sympathiques.
La diminution des besoins du myocarde en oxygène pourrait également
y concourir, puisque la sympathectomie abaisse la fréquence cardiaque
et la pression artérielle durant l'effort.
Les résultats encourageants de ces travaux doivent être
confirmés par des études multicentriques visant à
déterminer si les résultats de la sympathectomie se limitent
à une amélioration du confort des patients ou s'ils se traduisent
également par une diminution du risque d'infarctus et un allongement
du taux de survie.
Vidéochirurgie et stimulation
cardiaque
L'utilisation de la vidéochirurgie pour l'implantation des défibrillateurs
implantables et la mise en place de stimulateurs séquentiels (stimulation
multifocale) a également été proposée. L'expérience
générale avec les électrodes transveineuses montre
que le placement des électrodes épicardiques n'est pas nécessaire
en routine. Les électrodes épicardiques peuvent cependant
être, en cas de besoin, placées facilement par les techniques
de vidéochirurgie. L'intérêt de la technique reste
limité aux rares cas d'échecs des placements endovasculaires,
le plus fréquemment en cas de ventricule dilaté avec peu
de myocarde viable.
Les défibrillateurs implantables ont été proposés
chez l'homme en 1980, pour les malades à risque de mort subite
par fibrillation ventriculaire et tachycardies ventriculaires. L'abord
endoluminal exclusif, lorsqu'il est possible, est la solution idéale
et probablement celle qui finira par s'imposer avec les progrès
des matériels dont la simplicité d'implantation se rapproche
aujourd'hui de celle des pacemakers. Lorsque les seuils de défibrillation
sont trop élevés par voie endoluminale pure, la solution
habituellement retenue est la mise en place d'un patch sous-cutané.
Toutefois, malgré la présence d'un patch sous-cutané,
les seuils peuvent parfois rester limites et la position du patch, notamment
chez les sujets maigres, peut être fragile avec menace cutanée.
La mise en place du patch au contact du péricarde permet une meilleure
efficacité de la défibrillation dans une implantation profonde,
à distance des problèmes cicatriciels et de leur complication
septique. Ce patch péricardique peut être mis en place sous
vidéoscopie [46-49]. L'expérience chirurgicale de l'implantation
de patchs épicardiques était auparavant réalisée
par thoracotomie antérieure ou par d'autres approches, telles que
la sternotomie médiane, approche sous-xiphoïdienne ou sous-costale,
les patchs pouvant être placés en intra ou extrapéricardique.
Des implantations de défibrillateurs sous vidéochirurgie
ont déjà été décrites par des techniques
différentes. Les auteurs ont toujours souligné l'innocuité
de la méthode et l'excellente tolérance par les malades.
La position extrapéricardique est particulièrement intéressante
chez les malades ayant eu, antérieurement, une chirurgie cardiaque
ou chez ceux qui seront opérés secondairement (transplantation).
CONCLUSION La
chirurgie cardiaque par vidéo-thoracoscopie est une approche en pleine
évolution du traitement de certaines pathologies cardiaques. Comme
toute technique nouvelle, une évaluation particulièrement
rigoureuse devra être effectuée pour la valider. L'expérience
clinique et la poursuite des travaux de recherche expérimentale devraient
permettre d'offrir d'autres applications à cette méthode.
La possibilité d'une revascularisation myocardique complète
par vidéochirurgie exclusive est envisageable. La cure chirurgicale
de valvulopathies mitrales par remplacement valvulaire et de communication
interauriculaire est déjà entreprise au laboratoire par plusieurs
équipes. Le perfectionnement de techniques de circulation extracorporelle
périphériques fémoro-fémorales percutanées
devrait élargir le champ d'application de la vidéochirurgie
en cardiologie.REFERENCES
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