ARTICLE
Nous présentons, dans ce lexique, l'intérêt potentiel
de l'étude du tissu adipeux en clinique humaine et différentes
techniques de prélèvement.
Intérêt de l'étude
du tissu adipeux en recherche
Le tissu adipeux a longtemps été considéré
comme un tissu de réserve, capable de restituer de l'énergie
en fonction des besoins de l'organisme. De par ses fonctions métaboliques,
le tissu adipeux est un des principaux tissus cibles pour l'insuline et
les catécholamines et, dans l'obésité et le diabète
non insulinodépendant, il devient résistant à l'action
de l'insuline [1]. Il constitue, par ailleurs, la réserve principale
en antioxydants de l'organisme, ce qui souligne le rôle protecteur
potentiel qu'il pourrait jouer vis-à-vis des mécanismes
de peroxydation des lipides. Mais des données récentes montrent
que l'adipocyte doit aussi être envisagé comme une cellule
assurant la sécrétion de nombreux facteurs immunologiques,
métaboliques ou hormonaux comme l'adipsine, la fraction C3 du complément,
la lipoprotéine lipase, la protéine de transfert des esters
de cholestérol, la protéine de liaison du rétinol,
l'angiotensinogène, le tumor necrosis factor a, et de nombreuses
prostaglandines. L'ensemble de ces propriétés souligne l'intérêt
des nombreux travaux réalisés sur le métabolisme
de la cellule adipeuse.
Le tissu adipeux sous-cutané est relativement facile d'accès,
surtout si on utilise une technique de prélèvement comme
la biopsie à l'aiguille [2]. Cependant, celle-ci ne permet l'obtention
que de faibles quantités de tissu (700 mg en moyenne). La quantité
de prélèvement est suffisante pour mesurer la taille cellulaire
des adipocytes, le contenu en antioxydants du tissu adipeux [3] ou encore
sa composition qualitative et quantitative en acides gras [4]. En revanche,
une exploration plus globale du métabolisme cellulaire (quantification
de nombreux récepteurs : insuline, catécholamines, adénosine,
etc., mesure des capacités de transport du glucose ou d'acides
gras à travers la membrane plasmique, étude de la lipolyse,
analyse des protéines membranaires après fractionnement
subcellulaire, mesure de l'activité enzymatique des différentes
enzymes clés du métabolisme glucido-lipidique, analyse de
l'expression des gènes : quantification des ARN messagers, mesure
d'activité transcriptionnelle, etc.), nécessite une quantité
de tissu plus importante [5].
Intérêt de l'étude
du tissu adipeux en clinique
Actuellement, son intérêt est relativement faible, en dehors
du diagnostic d'amylose [6]. En effet, la mise en évidence de substance
amyloïde dans le tissu adipeux va permettre de poser le diagnostic
d'amylose et d'éviter le recours à des prélèvements
plus vulnérants comme la biopsie rectale. Cependant, d'autres applications
dans le domaine du suivi thérapeutique peuvent être envisagées.
La relation acides gras alimentaires et risques cardiovasculaires est
bien établie mais il est difficile, lors du suivi nutritionnel,
d'évaluer avec précision les apports, tant sur le plan qualitatif
que quantitatif. L'analyse de la composition en acides gras du tissu adipeux,
bon reflet des habitudes alimentaires au long cours [7], pourrait alors
constituer un index fiable de l'observance des régimes prescrits.
Les différentes techniques
de prélèvement du tissu adipeux
sous-cutané abdominal
La biopsie (ou aspiration) de tissu adipeux à l'aiguille
Méthode simple et très peu traumatique, elle est parfaitement
adaptée pour effectuer le diagnostic d'amylose [6], pour mesurer
la composition en acides gras et antioxydants du tissu adipeux [3, 4,
7], ou pour étudier un paramètre particulier. Néanmoins,
la quantité de tissu rapportée est un facteur limitant l'étendue
des études.
La biopsie chirurgicale de tissu adipeux
Elle permet l'obtention de grandes quantités de tissu, mais elle
est plus traumatique que l'aspiration à l'aiguille, difficile à
réaliser en ambulatoire, et ne peut être pratiquée
que par un chirurgien.
La mini-lipoaspiration de tissu adipeux
Pour éviter le recours à la biopsie chirurgicale dans
les études de recherche clinique, nous avons mis au point une méthode
de prélèvement [8] en miniaturisant la technique de lipoaspiration
chirurgicale [9], afin d'obtenir des quantités de tissu suffisantes
pour un moindre traumatisme.
Brièvement, après un lavage antiseptique, la peau est
anesthésiée avec de la xylocaïne à 1 % non adrénalinée
en évitant d'infiltrer les tissus sous-cutanés. On pratique
une incision cutanée d'environ 7 mm de long et on y introduit une
aiguille stérile à usage unique (4 cm/2 mm) (Sherwood Medical,
Saint-Louis, États-Unis), reliée à une seringue de
5 ml. Ceci permet d'effectuer un chenal dans lequel on va introduire une
minicanule de lipoaspiration (10 cm/3 mm) (Établissement Pouret,
Paris, figure 1), reliée à une seringue stérile
de 20 ml munie d'un bloqueur de seringue (Laboratoire Sebbin, Pontoise),
le bloqueur permettant de maintenir le vide dans la seringue. Grâce
à un mouvement de va-et-vient exercé avec la minicanule,
des petits fragments de tissu se détachent et sont directement
aspirés dans la seringue. La quantité de tissu obtenue varie
de 3 à 15 grammes après deux à trois aspirations.
À la fin du prélèvement, l'incision est fermée
par un point de suture.
Grâce à l'utilisation de la mini-lipoaspiration percutanée,
nous obtenons des quantités de tissu adipeux de 6 à 7 grammes
en moyenne chez des sujets obèses [8]. Dans notre expérience
chez plus de trente patients, cette technique est bien acceptée
et peut être pratiquée en ambulatoire. Les adipocytes isolés
obtenus à partir du tissu adipeux sont fonctionnellement normaux
avec maintien des capacités de transport du glucose [8, 10] et
de lipolyse [10].
CONCLUSION Plusieurs
techniques de prélèvement de tissu adipeux sont disponibles.
L'aspiration à l'aiguille est actuellement utilisée en clinique
pour effectuer le diagnostic d'amylose mais, désormais, se profilent
de nouvelles applications possibles. La mini-lipoaspiration quant à
elle est une technique adaptée aux travaux de recherche clinique.
Elle va permettre, dans la plupart des cas, d'éviter le recours à
la biopsie chirurgicale, notamment lorsque l'étude du tissu adipeux
est nécessaire avant et après un traitement, qu'il soit d'origine
médicamenteuse ou diététique.REFERENCES
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3. Handelman GJ, Epstein WL, Machlin LJ, Van Kuijk FJGM, Dratz EA. Biopsy
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