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Calcifications coronaires et risque cardiovasculaire


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 9, Numéro 2, 75-7, Février 1997, Editorial


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Alain Simon, Centre de médecine préventive cardiovasculaire, hôpital Broussais, 96, rue Didot, 75674 Paris Cedex 14..

Résumé : La prévention de la maladie coronaire, cause majeure de morbi-mortalité [1], repose traditionnellement sur le dépistage et le traitement des facteurs de risque, comme l’hypertension artérielle et l’hypercholestérolémie [1]. Cependant, ces facteurs de risque n’indiquent qu’une probabilité statistique de complication qu’il est difficile d’extrapoler à chaque individu. C’est pourquoi il est nécessaire de rechercher de nouveaux paramètres liés plus directement à la maladie artérielle [2] et permettant de mieux individualiser la prédiction et la prévention du risque. L’athérosclérose silencieuse, qui se développe des années avant l’apparition des complications cliniques, répond à ces critères. Sa localisation coronaire est restée longtemps difficile à dépister par des méthodes non vulnérantes. La possibilité récemment acquise de détecter et de quantifier les dépôts de calcium dans les artères coronaires à l’aide de nouvelles techniques d’imagerie radiographiques, non vulnérantes a fait naître un grand intérêt. Une telle détection pourrait avoir d’importantes applications cliniques, notamment pour la prise en charge des sujets à haut risque cardiovasculaire mais encore indemnes de maladie coronaire clinique [3].

Mots-clés : athérosclérose, coronaires, calcifications artérielles.

ARTICLE

La prévention de la maladie coronaire, cause majeure de morbi-mortalité [1], repose traditionnellement sur le dépistage et le traitement des facteurs de risque, comme l'hypertension artérielle et l'hypercholestérolémie [1]. Cependant, ces facteurs de risque n'indiquent qu'une probabilité statistique de complication qu'il est difficile d'extrapoler à chaque individu. C'est pourquoi il est nécessaire de rechercher de nouveaux paramètres liés plus directement à la maladie artérielle [2] et permettant de mieux individualiser la prédiction et la prévention du risque. L'athérosclérose silencieuse, qui se développe des années avant l'apparition des complications cliniques, répond à ces critères. Sa localisation coronaire est restée longtemps difficile à dépister par des méthodes non vulnérantes. La possibilité récemment acquise de détecter et de quantifier les dépôts de calcium dans les artères coronaires à l'aide de nouvelles techniques d'imagerie radiographiques, non vulnérantes a fait naître un grand intérêt. Une telle détection pourrait avoir d'importantes applications cliniques, notamment pour la prise en charge des sujets à haut risque cardiovasculaire mais encore indemnes de maladie coronaire clinique [3].

Diagnostic radiologique des calcifications coronaires

Les calcifications coronaires sont détectables de façon non vulnérante grâce aux rayons X [3]. Leur diagnostic radiographique repose sur le repérage très précis des trajets coronaires épicardiques afin d'éviter de confondre des calcifications coronaires avec des calcifications extracoronaires fréquentes. Plusieurs techniques radiographiques sont actuellement utilisables pour porter le diagnostic de calcification coronaire : la fluoroscopie, le scanner ultrarapide et le scanner hélicoïdal. Le scanner ultrarapide visualise avec une grande précision les calcifications des artères coronaires proximales épicardiques [4]. Son système de coupes rapides synchronisées avec l'électrocardiogramme permet de reconstruire avec netteté l'image cardiaque et les trajets coronariens. Les calcifications apparaissent comme une zone brillante de haute densité [4]. Un système d'analyse d'image assisté par ordinateur permet en outre de calculer la surface et l'intensité des calcifications et d'en déduire un score quantitatif de calcium coronaire global [4].

Calcifications coronaires et athérosclérose

Les calcifications coronaires sont un marqueur anatomique d'athérome coronaire, car elles se déposent toujours dans l'intima coronaire [5]. En revanche, les calcifications coronaires, même étendues, ne sont pas synonymes de sténose coronaire. Vis-à-vis du diagnostic angiographique de sténose coronaire significative (supérieure ou égale à 50 %), les calcifications coronaires détectées par scanner ultrarapide ont une sensibilité qui varie de 85 à 100 % selon les études, alors que leur spécificité varie de 41 à 76 % et que leur valeur prédictive positive varie de 55 à 84 % [3]. Cependant, la présence de calcification coronaire sensibilise beaucoup la valeur prévisionnelle d'un électrocardiogramme d'effort positif chez un sujet à risque asymptomatique ; le couplage de ces deux examens, lorsqu'ils sont positifs, permet de porter le diagnostic de maladie coronaire sténosante avec une très bonne fiabilité [6]. À l'inverse, l'absence de calcifications coronaires n'élimine pas la présence d'athérome coronaire non calcifié, mais permet pratiquement d'exclure la présence de sténose coronaire. En effet, la valeur prédictive négative des calcifications coronaires, vis-à-vis de sténose coronaire angiographique significative, varie de 70 à 100 % selon les études [3]. Les calcifications coronaires sont également associées à l'athérosclérose extracoronaire. Une telle association a été rapportée chez des sujets hypercholestérolémiques asymptomatiques avec la présence de calcium coronaire détecté par scanner ultrarapide et l'existence de plaques échographiques périphériques [7]. La présence de telles plaques dans deux ou trois artères périphériques (carotides, aorte abdominale, fémorales) a une valeur prédictive de 80 % vis-à-vis de la présence de calcifications coronaires [7]. Ceci suggère que l'échographie extracoronaire est un assez bon test diagnostique de calcifications coronaires et qu'elle pourrait être substituée en routine au scanner ultrarapide pour dépister l'athérosclérose coronaire silencieuse [7].

Calcifications coronaires et facteurs de risque

L'âge et le sexe sont les deux plus importants facteurs de risque de calcifications coronaires. La prévalence des calcifications coronaires est en moyenne de 14 % pour l'homme et la femme de moins de 40 ans, alors qu'elle se situe entre 93 et 100 % pour l'homme de plus de 70 ans et entre 77 et 100 % pour la femme de plus de 70 ans [3]. D'autres facteurs de risque, comme l'élévation du cholestérol sanguin total, la diminution du cholestérol lié aux lipoprotéines de haute densité, la consommation régulière de tabac, l'élévation de la pression artérielle, l'obésité, le diabète et, même, l'élévation des triglycérides ont été trouvés associés à la présence de calcifications coronaires chez des sujets asymptomatiques [3]. Une étude récente a rapporté que l'hypertension artérielle était associée avec un risque deux fois plus grand de calcifications coronaires (quelle qu'en soit la quantité) et avec un risque cinq fois plus grand de dépôt calcique coronaire très important (score supérieur ou égal à 100 au scanner ultrarapide) [8]. Ce dernier résultat a une grande importance clinique car des études autopsiques ont suggéré qu'une grande quantité de calcium coronaire pourrait être un prédicteur de mort subite [8].

Enfin, dans une population de sujets asymptomatiques à haut risque cardiovasculaire, il a été montré que le risque coronaire multivarié estimé par le modèle de Framingham augmentait de façon parallèle à la quantité de calcium coronaire détecté par scanner ultrarapide [9]. Le risque était environ deux fois plus grand chez les sujets porteurs d'une grande quantité de calcifications coronaires que chez ceux indemnes de calcifications [9]. Ce résultat démontre que les calcifications coronaires sont le reflet des effets intégrés des multiples facteurs de risque traditionnels au cours du temps. Les mécanismes par lesquels les facteurs de risque favorisent le dépôt de calcium dans les artères coronaires ne sont pas bien élucidés. La calcification de l'athérome coronarien est un processus actif dans lequel des protéines de minéralisation, comme l'ostéopontine, et leur expression génétique sont fortement impliquées [3].

Calcifications coronaires et complications cliniques

La relation entre calcification coronaire et incidence d'un événement clinique est très importante à préciser pour déterminer la valeur pronostique du calcium coronaire. Chez les coronariens, la présence de calcification coronaire est associée à un excès de mortalité à cinq ans, et la probabilité de complication cardiovasculaire est très élevée lorsque le dépôt de calcium coronaire estimé par scanner ultrarapide est très important [3]. Chez les patients asymptomatiques à haut risque, la présence de calcification coronaire diagnostiquée par fluoroscopie multiplie environ par trois le risque à un an de complication coronaire (angor, infarctus, revascularisation, décès), et la présence de dépôt important de calcium coronaire estimée par scanner ultrarapide (score supérieur ou égal à 100) multiplie par 26 le risque à un an de complication cardiovasculaire aiguë (décès, infarctus, accident vasculaire cérébral) [3]. Ces études s'accordent à montrer que les patients, symptomatiques ou non, atteints de calcifications coronaires, surtout si elles sont en quantité importante, ont beaucoup plus de risque de constituer une complication cardiovasculaire que les sujets indemnes de calcifications ou porteurs de calcifications peu étendues. Cependant, l'insuffisance de résultats actuellement disponibles, particulièrement chez les sujets asymptomatiques, rend nécessaires de nouvelles études prospectives pour obtenir une conclusion définitive sur la valeur prédictive des calcifications coronaires à l'égard de la maladie coronaire.

Calcifications coronaires et progression de l'athérosclérose coronaire

La quantification des calcifications coronaires par scanner ultrarapide ou scanner hélicoïdal devrait permettre de suivre l'évolution de l'athérosclérose coronaire de manière non vulnérante, notamment sous certains traitements médicamenteux préventifs hypolipidémiants ou antihypertenseurs. Cependant, pour être fiables, ces études doivent exiger que les mesures de calcium coronaire soient reproductibles à court terme et que les modifications de calcium observées au cours du temps ne puissent pas être attribuées à des erreurs de mesures. Malheureusement les études de reproductibilité de la quantité de calcium coronaire globale estimée par scanner ultrarapide donnent des résultats encore insuffisants. La reproductibilité du score global de calcium coronaire lu par deux observateurs sur une même image varie entre 80 et 86 %, alors que la reproductibilité entre deux examens d'un même patient effectués le même jour n'atteint que 77 % [9]. Une autre limitation à l'étude de la progression de l'athérosclérose tient à ce que la mesure concerne la surface, et non pas le volume, des calcifications coronaires. C'est pourquoi, dans l'état actuel du développement technologique, la quantification des calcifications coronaires ne peut pas être recommandée pour suivre la progression de l'athérosclérose coronaire, notamment sous traitement médicamenteux.

Calcifications coronaires et prise en charge clinique des sujets à haut risque cardiovasculaire

La détection des calcifications coronaires devrait permettre de mieux évaluer le risque coronarien et, ainsi, participer à la décision de traiter. La décision de traiter un sujet à risque asymptomatique avec un médicament (notamment hypolipémiant) est fondée sur le niveau de risque coronarien global de ce sujet apprécié à l'aide de modèles épidémiologiques intégrant l'ensemble des facteurs de risque traditionnels [9]. La détection des calcifications coronaires pourrait améliorer l'évaluation individuelle du risque coronarien global et devrait aider à mieux justifier la décision thérapeutique. L'absence de calcification coronaire, surtout liée à l'absence de plaques athéromateuses échographiques extracoronaires, n'incite pas à un traitement médicamenteux immédiat [2]. Bien que l'absence de calcification coronaire, confirmée de manière sûre par une technique comme le scanner ultrarapide, n'élimine absolument pas la présence de plaque d'athérome, y compris de plaque instable, elle rend hautement improbable la présence de sténose coronaire significative et peut être considérée comme le témoin d'un faible risque de complication cardiovasculaire dans les prochains deux à cinq ans [3]. En revanche, la présence de calcifications coronaires confirme l'existence d'une athérosclérose coronaire et, plus le dépôt de calcium coronaire est important, plus grande est la probabilité de maladie coronaire sténosante. De plus, un score élevé de calcium coronaire peut être considéré comme le témoin d'un risque cardiovasculaire modéré à élevé dans les prochains deux à cinq ans [3]. C'est pourquoi la découverte de calcifications coronaires chez un sujet asymptomatique, surtout si leur quantité est très importante, représente une justification importante pour entreprendre un traitement médicamenteux préventif approprié à ses facteurs de risque et pour instaurer un suivi régulier de ces calcification.

REFERENCES

1. Oliver MF. Prevention of coronary heart disease-propaganda, promises, problems, and prospects. Circulation 1986 ; 73 : 1-9.

2. Simon A, Levenson J. Could the identification of subclinical atherosclerosis offer an alternative to the mass drug treatment of hypercholesterole-mia ? Atherosclerosis 1994 ; 105 : 245-9.

3. Wexler L, Brundage B, Crousse J, et al. Coronary artery calcification : pathophysiology, epidermiology, imag-
ing methods and clinical implications. A statement for health professional from the American Heart Association. Circulation 1996 ; 94 : 1175-92.

4. Agaston A, Janowitz W, Hildner F, Zusmer N, Viamonte M, Detrano R. Quantification of coronary artery calcium using ultrafast computer tomography. J Am Coll Cardiol 1990 ; 15 : 827-32.

5. Ultrafast CT for coronary calcificat-ion. Lancet 1991 ; 337 : 1449-50.

6. Diamond GA, Forrester JS. Analysis of probability as an aid in the clinical diagnosis of coronary artery disease. N Engl J Med 1979 ; 300 : 1350-8.

7. Mégnien JL, Séné V, Jeannin S, et al. Coronary calcification and its relation to extracoronary atherosclerosis in asymptomatic men. Circulation 1992 ; 85 : 1799-807.

8. Mégnien JL, Simon A, Lemariey M, Plainfossé MC, Levenson J. Hypertension promotes coronary calcium deposit in asymptomatic men. Hypertension 1996 ; 27 : 949-54.

9. Simon A, Giral P, Levenson J. Extracoronary atherosclerotic plaque at multiple sites and total coronary calcification deposit in asymptomatic men. Association with coronary risk profile. Circulation 1995 ; 92 : 1414-21.


 

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