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La relation entre hyperlipidémie et accidents vasculaires cérébraux
a longtemps fait l'objet de peu d'attention. Le rôle prépondérant
de l'hypertension artérielle comme facteur de risque et le bénéfice
indiscutable des hypotenseurs en termes d'accidents évités
peuvent expliquer ce fait. Par ailleurs, la forte relation qui existe
entre hyperlipidémies et coronaropathies ischémiques, dont
la fréquence est plus importante, a occupé le devant de
la scène. Enfin, les expérimentations animales montraient
que le régime riche en lipides avait un effet rapide et important
au niveau coronaire mais entraînait peu de lésions sur les
artères intracrâniennes, sauf chez l'animal hypertendu. Les
patients présentant une hypercholestérolémie familiale
pure meurent, pour la quasi-totalité, d'accidents cardiaques ;
les accidents vasculaires cérébraux qui surviennent chez
eux sont dus plutôt aux complications thromboemboliques de l'infarctus
qu'à une athérosclérose importante des artères
cérébrales. Enfin, la fréquence globale des coronaropathies
est plus grande, si bien que le bénéfice des hypolipidémiants
en termes d'infarctus évités est beaucoup plus important
que le bénéfice en termes d'accidents vasculaires cérébraux
évités. Par exemple, dans le Coronary drug project, il y
a eu six accidents vasculaires cérébraux et 238 accidents
d'origine coronaire dans le groupe acide nicotinique [1].
Des données plus récentes permettent de mieux connaître
le rôle des lipides dans les accidents vasculaires cérébraux.
En effet, les études différencient plus facilement les causes
d'accidents vasculaires cérébraux, grâce aux progrès
de l'imagerie, et montrent un bénéfice possible des hypolipidémiants.
Cet effet est potentiellement intéressant car la fréquence
de ces accidents reste importante, avec une prévalence estimée
entre 500 000 et 600 000 cas et une incidence de 100 000 à 200
000 par an. La mortalité de ces accidents est élevée
et les conséquences pour l'individu et la société
sont importantes du fait du handicap secondaire. Il est donc urgent de
programmer une étude afin de confirmer l'intérêt des
hypolipidémiants chez les sujets à haut risque d'accidents
vasculaires cérébraux.
Enfin, alors que les relations entre accidents vasculaires cérébraux
et lipides sont moins nettes que celles entre lipides et accidents coronaires,
il existe en revanche une forte association entre athérome carotidien
et divers paramètres lipidiques. De plus, les fortes relations
entre état carotidien et risque cardiaque font de l'échographie
carotidienne une technique potentiellement importante pour sélectionner
les sujets hyperlipidémiques à haut risque vasculaire.
Relation entre lipides
et athérome des axes à destinée cervico-encéphalique
Les axes vasculaires susceptibles d'être en cause dans les accidents
vasculaires cérébraux sont la crosse de l'aorte, comme l'ont
montré Amarenco et al. [2], les carotides, les vertébrales
extracrâniennes et les artères intracérébrales
de gros et plus petit calibre. Les facteurs de risque de lésions
de ces artères diffèrent. Il existe une forte relation entre
lipides et athérome carotidien, tant dans les études cliniques
avec exploration ultrasonore [3-5] que dans les études autopsiques
[6, 7]. Au contraire, la relation entre lipides et athérome, ou
lésion des artères intracrâniennes, est beaucoup plus
faible. Dans l'hypercholestérolémie homozygote, caractérisée
par une coronaropathie ischémique avant l'âge de 20 ans et
des lésions athéroscléreuses véritablement
envahissantes de la racine de l'aorte et des coronaires, il a été
montré que les artères du cercle de Willis étaient
indemnes de lésions [8]. Nous avons retrouvé une forte relation
entre athérosclérose carotidienne et cholestérolémie
dans une population de sujets dyslipidémiques (tableau
I) [3] et des résultats identiques ont été
retrouvés en France par d'autres équipes (tableaux
II et III) [4].
Le rôle des triglycérides est complexe à analyser,
tant au niveau coronaire que cérébral. En effet, les études
restent contradictoires. On peut actuellement penser que les triglycérides
ont un rôle direct assez faible mais qu'ils représentent
un important marqueur du risque d'accident vasculaire cérébral
puisqu'ils sont associés à une hypertension artérielle,
une obésité androïde et des troubles de l'hémostase.
Il a été aussi montré que l'hypertriglycéridémie
postprandiale est associée à l'athérosclérose
carotidienne [9]. L'augmentation du taux de Lp(a) est associée
à la présence, voire à la progression, des plaques
d'athérome au niveau des carotides, y compris chez des patients
dyslipidémiques asymptomatiques.
Relation entre lipides et
accidents vasculaires cérébraux
Une différence importante entre accidents vasculaires cérébraux
et coronaropathies est que les accidents vasculaires cérébraux
ont des causes multiples. Il faut différencier les accidents vasculaires
cérébraux ischémiques et hémorragiques. De
plus, pour les accidents vasculaires cérébraux ischémiques,
il existe de nombreuses causes : les accidents liés à l'athérosclérose
des artères cérébrales représentent 30 à
40 % des cas, les embolies d'origine cardiaque 20 à 30 %, l'artériolopathie
causant les petits infarctus lacunaires 20 % des cas, et une cause inconnue
concerne 30 % des cas ; alors que les étiologies rares, incluant
les artérites inflammatoires, infectieuses ou des maladies génétiques
(homocystinurie, maladie du tissu conjonctif, maladie de Fabry, cytopathies
mitochondriales...), dans lesquelles les lipides ne jouent pas de rôle
connu, représentent moins de 1 % des accidents.
Les études épidémiologiques prospectives prenant
en compte le risque global d'accidents vasculaires cérébraux
ischémiques ont un peu de chance de mettre en évidence le
rôle du cholestérol du fait de la fréquence plus faible
des accidents vasculaires cérébraux, en raison du décès
précoce par coronaropathie et parce que nombre d'entre elles ne
prennent pas en compte les différentes étiologies d'accidents
vasculaires cérébraux. Cette prise en compte est faite dans
des études cas-témoins et aboutit à des résultats
variables, probablement du fait du petit nombre de cas étudiés.
Dans l'étude de Pedro-Botet, il existe une élévation
des concentrations de cholestérol, de cholestérol lié
aux lipoprotéines de basse densité, de Lp(a) et des lipoprotéines
de densité intermédiaire, alors que le cholestérol
lié aux lipoprotéines de haute densité est plus bas
dans le groupe accidents vasculaires cérébraux ischémiques
par rapport à une population témoin [10]. La seule différence
trouvée entre accidents vasculaires cérébraux lacunaires,
où le rôle de l'hypertension semble bien identifié,
et accidents vasculaires cérébraux athérothrombotiques
est une concentration de lipoprotéines de basse densité
et de cholestérol total plus élevée dans ce dernier
groupe. Dans l'étude prospective faite à Oslo avec un suivi
de douze ans, la cholestérolémie est un facteur de risque
significatif pour la mortalité et de signification limite (p =
0,08) pour la morbidité par accidents vasculaires cérébraux
[11]. Les résultats de l'étude faite à Framingham
montrent aussi une relation entre cholestérolémie (supérieure
à 2,4 g/l) et accidents vasculaires cérébraux ischémiques
chez l'homme de 50 à 59 ans. Une revue de dix études prospectives
montre une augmentation du risque pour les individus dont la cholestérolémie
est supérieure à 2,2 g/l [12]. Dans l'étude de Copenhague,
il existe une relation entre triglycérides et accidents vasculaires
cérébraux ischémiques [13]. Le rôle du cholestérol
lié aux lipoprotéines de haute densité est bien identifié
dans les coronaropathies. Il semble aussi important dans les accidents
vasculaires cérébraux. Une étude comparant le cholestérol
lié aux lipoprotéines de haute densité en fonction
du premier territoire touché montre que la concentration des lipoprotéines
de haute densité est la plus basse pour les patients avec artérite
des membres inférieurs (39,7 ± 12,9), puis pour ceux avec
accidents vasculaires cérébraux (41,2 ± 8,9), puis
pour ceux avec coronaropathie (54,2 ± 11,8). Il reste toutefois à
montrer que cette différence n'est pas due à un facteur
de confusion, comme le tabac pour l'artérite de membres inférieurs
(puisque le tabac, abaissant les lipoprotéines de haute densité,
est un facteur de risque majeur pour l'artérite). De même,
l'obésité et l'hypertension, associées à la
baisse des lipoprotéines de haute densité pourraient s'accompagner
d'un cholestérol lié aux lipoprotéines de haute densité
plus bas chez les patients avec accidents vasculaires cérébraux.
La comparaison des paramètres lipidiques chez 86 patients séparés
en deux groupes (48 accidents vasculaires cérébraux corticaux
et 38 lacunaires) montre comme seule différence significative un
cholestérol lié aux lipoprotéines de haute densité
plus bas dans le groupe avec accidents vasculaires cérébraux
corticaux (38 ± 2,1 contre 47 ± 3,7 mg/dl, p < 0,05).
En ce qui concerne la pathologie vasculaire cérébrale,
plusieurs études montrent une augmentation du taux de la Lp(a)
chez les patients atteints d'accidents vasculaires cérébraux
(tableau IV). L'augmentation
du taux de Lp(a) est surtout mise en évidence chez des patients
ayant présenté un infarctus cérébral suite
à l'occlusion d'une grosse artère ou une démence
vasculaire alors que les sujets lacunaires (obstruction non athéroscléreuse
d'une artère de petit calibre) n'ont pas d'augmentation de ce paramètre.
Deux types de mécanismes sont suggérés pour le rôle
de la Lp(a) dans les coronaropathies. En raison de l'homologie de structure
avec le plasminogène, la Lp(a) pourrait interférer avec
les phénomènes de fibrinolyse et favoriser les phénomènes
de thrombose. L'autre mécanisme ferait plutôt intervenir
la Lp(a) dans l'athérome, l'augmentation de la Lp(a) étant
mise en évidence dans des lésions artérielles athéromateuses.
Ces deux mécanismes pourraient être complémentaires
pour la Lp(a), car les accidents cliniques coronariens sont le résultat
de l'association de l'athérosclérose et de la thrombose.
Une autre étude a comparé les paramètres lipidiques
chez 75 patients avec occlusion de la carotide interne, 47 avec occlusion
de la cérébrale moyenne et 32 avec occlusion de l'artère
basilaire. La cholestérolémie était dans ces trois
groupes respectivement de 227,2 ± 4,5, 192,8 ± 6,3 et 235,6
± 8,3 et différente du groupe contrôle (194,3 ±
2,6) pour le premier et le dernier sous groupe [14].
Le cholestérol bas s'accompagne
d'une augmentation du risque d'accidents vasculaires cérébraux
par hémorragie
Dans l'étude MRFIT, ayant permis un suivi d'une cohorte importante
d'hommes de 35 à 57 ans, il existe une augmentation du risque hémorragique
quand le cholestérol est inférieur à 160 mg/dl et
les sujets avec hémorragie ont en moyenne une cholestérolémie
plus basse (tableau V).
Cette relation est plus nette dans le groupe dont la pression artérielle
diastolique est supérieure à 90 mmHg. Des résultats
identiques sont retrouvés dans l'étude d'Honolulu et l'analyse
des deux études combinées montre que le risque relatif d'avoir
un accident hémorragique quand le cholestérol est très
bas est de 1,86 (p < 0,001). La physiopathologie n'est pas connue mais
la possibilité d'un facteur de confusion (alcool), d'une fragilisation
de l'endothélium, du rôle de l'albumine plus basse ou d'anomalie
de la coagulation a été avancée. Les études
thérapeutiques n'ont pas montré d'augmentation du risque
d'accidents vasculaires cérébraux hémorragiques sous
hypolipidémiants mais peu de patients avaient une cholestérolémie
inférieure à 160 mg/dl. Cette relation doit être connue
avant de proposer des diminutions drastiques du cholestérol, même
chez le sujet normocholestérolémique.
Effets des hypolipidémiants
sur la fréquence des accidents vasculaires
cérébraux
Les études de prévention primaire
réalisées jusqu'à présent ne montrent pas
de bénéfice sur la fréquence des accidents vasculaires
cérébraux
L'étude de Los Angeles (Los Angeles veterans administration study)
(revue des études diététiques [15]) est une étude
de prévention menée en double aveugle comparant deux types
de régime : d'une part, 40 % de calories provenant des graisses,
650 mg de cholestérol et un rapport acide gras polyinsaturé/saturé
(P/S) de 0,3-0,4 et, d'autre part, 365 mg de cholestérol et un
rapport P/S
de 1,7. Dans le groupe témoin (422 hommes), neuf ont eu un accident
vasculaire cérébral et trois seulement dans le groupe traité.
L'étude de la LRCPPT (Lipid research clinic primary prevention
trial) [16] a comparé pendant sept ans un groupe de 1 900 hommes
sous placebo et 1 906 sous cholestyramine (Questran®).
Dans le groupe traité, il y a eu réduction de l'incidence
des infarctus du myocarde de 19 %, malgré la mauvaise observance
du traitement. Le tableau VI
montre les résultats sur l'incidence des accidents vasculaires
cérébraux.
L'étude d'Helsinki (Helsinki heart study) [17] est une étude
prospective sur cinq ans, randomisée et en double aveugle, comparant
l'efficacité du gemfibrozil 1 200 mg (2 051 hommes) et d'un placebo
(2 030 hommes). Sur un plan cardiovasculaire, le total des cardiopathies
ischémiques a été de 56 sous gemfibrozil et 84 sous
placebo, c'est-à-dire une réduction significative (p <
0,02) de 34 %. Dans cette étude, il y a eu trois accidents vasculaires
cérébraux sous placebo et un dans le groupe traité,
contre cinq accidents vasculaires cérébraux hémorragiques
dans le groupe traité et un dans le groupe placebo. L'étude
OMS a permis de comparer l'évolution de la mortalité et
de la morbidité dans un groupe sous placebo et un groupe traité
par clofibrate (1,6 g par jour). Les hommes âgés de 30 à
59 ans, indemnes de coronaropathie et ayant une cholestérolémie
dans le tertile supérieur de la distribution, ont été
inclus. Les résultats importants de cette étude sont, d'une
part, la confirmation de la baisse de la morbidité coronarienne
dans le groupe traité par clofibrate mais, d'autre part, un effet
négatif sur la mortalité totale. Cet effet négatif
est lié surtout à un excès de mortalité due
aux maladies du foie, de la vésicule biliaire et des intestins.
Par ailleurs, il existe une surmortalité par accidents vasculaires
cérébraux (47 sous placebo et 62 dans le groupe clofibrate).
Les résultats de l'étude de prévention primaire
(étude WOSCOPS), réalisée en Écosse avec la
pravastatine, sont une avancée majeure dans le domaine du traitement
de l'hypercholestérolémie [18]. Cette étude a été
réalisée en double insu (placebo contre 40 mg de pravastatine)
chez 6 595 hommes indemnes d'infarctus du myocarde. Le suivi est de 4,9
ans. La diminution de 20 % du cholestérol lié aux lipoprotéines
de basse densité s'est accompagnée d'une diminution très
significative des décès coronaires et infarctus non mortels
combinés (174 contre 248 soit une baisse de 31 %, p = 0,0001),
de la mortalité cardiovasculaire (50 contre 73 soit une baisse
de 32 %, p = 0,033) et d'une réduction de 22 % de la mortalité
totale (106 contre 135, p = 0,051 et 0,039 avec ajustement sur les facteurs
de risque à l'entrée dans l'étude). La baisse des
accidents vasculaires cérébraux est de 11 % (p = 0,57) (51
accidents vasculaires cérébraux dans le groupe placebo et
46 dans le groupe traité), mais il faut noter le jeune âge
des patients (45 à 64 ans) comparé à l'âge
moyen de l'infarctus cérébral (70 ans), si bien que l'on
devait s'attendre à un faible nombre d'événements
cérébraux.
Les grands essais en prévention secondaire
en dehors de ceux réalisés avec des statines sont aussi
dans leur ensemble négatifs
Le Coronary drug project est un projet de prévention secondaire
dont les objectifs initiaux étaient d'évaluer la baisse
des événements cardiovasculaires et de la mortalité
sous deux doses d'strogènes, D-thyroxine, acide nicotinique
et clofibrate par rapport à un groupe placebo dont la taille était
2,5 fois plus grande que les groupes traités [1]. L'essai a été
prématurément interrompu pour les deux premiers groupes
en raison d'une surmortalité (cancers et accidents thromboemboliques)
dans le groupe strogènes et d'une augmentation de la fréquence
des accidents coronaires et d'extrasystolie sous D-thyroxine. Cette étude
ne montre pas de baisse significative des accidents vasculaires cérébraux.
L'étude de Carlson est caractérisée par le fort pourcentage
de sujets hypertriglycéridémiques [19]. Au total, 555 survivants
d'infarctus du myocarde, âgés de moins de 70 ans ont été
suivis pendant cinq ans. Deux groupes déterminés au hasard
ont reçu chacun des conseils diététiques et des traitements
pour réduire leur niveau de facteur de risque. Le premier groupe
a reçu en plus un traitement hypolipidémiant associant 2
g de clofibrate et 3 g d'acide nicotinique. Les patients du groupe traité
ont eu une baisse de 36 % de la mortalité par coronaropathie (p
< 0,01) et il y a eu quatre accidents vasculaires cérébraux
dans le groupe contrôle et un dans le groupe traité (différence
non significative). Enfin, dans l'étude CHAOS faite aussi en prévention
secondaire, il y a eu un accident vasculaire cérébral dans
chaque groupe (2 002 patients avec un suivi moyen de 510 jours traités
par vitamine E ou sous placebo) [20].
Comme en prévention primaire, les résultats de ces grands
essais sont globalement négatifs. Ils montrent aussi que la fréquence
des accidents vasculaires cérébraux est très faible
du fait des critères de sélection de la population. Ces
résultats sont cohérents avec une méta-analyse de
treize essais où, globalement, aucune baisse du nombre des accidents
cérébraux n'a pu être mise en évidence.
Deux études plus récentes faites avec des statines sur
des effectifs de patients importants vont dans un sens différent.
Dans l'étude 4 S réalisée en prévention secondaire
de coronaropathie, il y a eu baisse de 30 % des accidents cérébraux
mortels et non mortels combinés. Dans cette même étude,
aucun cas d'accident hémorragique n'est rapporté. Dans l'étude
CARE dont l'objectif était d'analyser les résultats de la
baisse du cholestérol chez des sujets ayant eu un infarctus du
myocarde, mais avec un cholestérol normal ou peu élevé,
il y a eu une baisse de presque 30 % (p = 0,07) des accidents vasculaires
cérébraux dans le groupe traité par rapport au groupe
placebo. L'essai a duré cinq ans et a inclus 4 159 sujets ayant
eu un infarctus du myocarde et âgés de 21 à 75 ans.
Les résultats des méta-analyses des
essais thérapeutiques avec les statines
Récemment, deux communications présentées lors
de la 69e session du congrès de l'American heart association
montrent que les statines entraînent une diminution significative
des accidents vasculaires cérébraux (abstracts 4351 et 3158,
Circulation 94 : I-540 et I-744). Ces analyses combinées,
en augmentant le nombre de sujets, entraînent une augmentation de
la puissance statistique. Dans la première analyse, treize essais
dont neuf avec la pravastatine ont été analysés.
Au total 104 et 304 accidents ont été recensés respectivement
dans les études de prévention primaire et secondaire. La
réduction des événements est de 14,5 % en prévention
primaire (non significative) et de 30,3 % en prévention secondaire
(p = 0,002). Dans la deuxième méta-analyse, quatorze essais
incluant 24 000 sujets suivis en moyenne 3,1 ans ont été
inclus. La réduction moyenne du cholestérol lié aux
lipoprotéines de basse densité est de 31 %. Au total, il
y a eu 279 accidents vasculaires cérébraux. La réduction
du nombre d'accidents est de 28 % (intervalle de confiance 17-38 %). Le
mécanisme de la réduction n'est pas connu et peut inclure
:
- une réduction des accidents emboliques
secondaires aux infarctus, mais il existe aussi une réduction des
accidents athérothrombotiques ;
- une diminution de l'athérosclérose
carotidienne et/ou une stabilisation des plaques ;
- un effet direct ou indirect par le biais de la
baisse du cholestérol sur la fonction endothéliale ou le
risque de thrombose.
Les études avec pour objectif l'analyse de
l'effet des régimes et médicaments sur la plaque d'athérosclérose
carotidienne
Il existe encore peu d'études sur l'effet des traitements hypolipidémiants
sur l'athérome carotidien constitué. Chez des patients ayant
une hypercholestérolémie familiale sévère,
l'évolution des plaques a été suivie par des échographies
itératives. Les auteurs ont suivi sept patients (et dix-sept plaques
d'athérome carotidien) pendant 17 mois au cours d'un traitement
par aphérèse des lipoprotéines de basse densité.
Il a été observé une regression des lésions
chez tous les patients [21].
Des essais comprenant des populations de patients peu importantes (au
maximum quelques centaines) ont eu pour objectif d'évaluer l'effet
d'un traitement hypolipidémiant sur la progression et la régression
des plaques [22-25]. La plupart de ces essais étaient destinés
à analyser l'effet sur les plaques coronaires, mais certains avaient
comme analyse auxiliaire celle des plaques carotides et d'autres avaient
cette analyse comme objectif principal (en particulier l'étude
ACAPS). L'étude CLAS [22] (Cholesterol lowering atherosclerosis
study) (tableaux VII et VIII)
est une étude randomisée avec groupe placebo, réalisée
chez 162 sujets masculins âgés de 40 à 59 ans ayant
subi un pontage aorto-coronarien. La moitié des sujets étaient
traités par une diététique hypolipidémiante
et l'association de deux hypolipidémiants puissants : une résine,
le colestipol, et l'acide nicotinique. L'autre moitié des sujets
étaient traités par le placebo de ces médicaments.
Une angiographie coronarienne fut pratiquée avant traitement et
deux ans après le début du traitement, 106 sujets ayant
poursuivi l'étude pendant quatre ans et ayant eu de nouveau une
coronarographie. Les modifications lipidiques ont permis la modification
favorable des lésions athéroscléreuses coronaires.
Un groupe plus restreint de sujets a eu une étude des carotides
et les résultats montrent la diminution de l'épaisseur du
mur postérieur au bout de quatre ans. L'évolution de l'athérome
était corrélée à celle des principaux facteurs
de risque lipidiques.
D'autres études portant sur des effectifs plus importants ont
montré une tendance à la baisse des accidents vasculaires
cérébraux. L'étude dite 118 montre que le traitement
hypolipidémiant peut avoir un effet précoce sur les événements
coronaires [24]. Au total, le nombre d'événements cardiovasculaires
a été de treize dans le groupe placebo et de un dans le
groupe traité (p < 0,001). La précocité des résultats
cliniques suggère qu'un autre mécanisme, différent
de celui qui agit sur la taille des plaques coronaires pourrait être
en cause. Isolément, les études avec la pravastatine ne
montrent pas de diminution du nombre des accidents vasculaires cérébraux,
mais compte tenu des effectifs, un tel résultat était attendu.
En revanche, l'analyse conjointe prévue dans l'élaboration
des protocoles initiaux montre une diminution plus conséquente.
Cette analyse comprend quatre études et totalise 1 891 patients
à haut risque de maladies cardiovasculaires. Il a été
observé une diminution de 62 % des accidents vasculaires cérébraux
(p = 0,054, ce qui correspond à treize accidents contre cinq).
Il est à noter que la fréquence des accidents cérébraux
est 3,5 fois plus importante que celle des accidents coronaires dans le
groupe placebo.
L'étude ACAPS [25] (tableau
IX) est une étude randomisée faite en double aveugle
avec un groupe placebo et un suivi de 34,1 mois, impliquant 919 hommes
et femmes de 40 à 79 ans (230 patients dans le groupe placebo,
231 patients dans le groupe lovastatine, 229 patients dans le groupe warfarine,
229 patients dans le groupe lovastatine et warfarine). Les résultats
montrent une diminution de la progression des lésions carotidiennes.
Cette diminution est statistiquement significative mais, comme au niveau
coronaire, reste très faible. Le bénéfice d'une telle
diminution au niveau coronaire a même été discuté,
mais les résultats les plus récents ont montré qu'ils
étaient patents et que la diminution faible des lésions
s'accompagnait d'une diminution majeure des événements.
La possibilité d'une stabilisation de la plaque a été
avancée. Dans cette étude, il y a eu cinq accidents vasculaires
cérébraux dans le groupe placebo et aucun dans le groupe
lovastatine (différence non significative).
Ces résultats, ainsi que ceux de l'étude CARE et de l'étude
4S sur une population dont le risque d'accidents vasculaires cérébraux
est faible, sont suffisamment encourageants pour justifier la mise en
route d'une étude spécifique sur les accidents vasculaires
cérébraux.
Effets des traitements selon
les caractéristiques échographiques des plaques
Les plaques d'athérome carotidien ont des caractéristiques
échographiques qui peuvent être hétérogènes
et des plaques fibreuses sont décrites commes riches en échos
alors que d'autres, plus riches en lipides et probablement plus jeunes,
sont décrites comme étant moins échogènes.
Dans une étude, les plaques ont été séparées
en quatre plaques denses et dix-sept plaques plus faiblement échogènes.
Le faible nombre des analyses ne permet pas de faire de différence
entre les deux types de plaques.
La structure et l'aspect de la plaque semblent importants au niveau
coronaire. Dans la même logique nous avons cherché à
tester, dans un essai pilote, l'effet d'un traitement hypolipidémiant
sur des plaques sélectionnées par échographie sur
leur caractère « jeune », c'est-à-dire riche en
lipides et peu échogène. En tenant compte du fait que la
tendance évolutive naturelle des plaques carotidiennes est stable
dans deux tiers des cas environ, qu'elle progresse dans un tiers des cas
et que la régression spontanée est encore contestée,
il était particulièrement intéressant d'évaluer
les thérapeutiques hypolipidémiantes sur l'athérome
carotidien, d'autant que l'action bénéfique de ces drogues
sur l'évolution de l'athérosclérose coronaire a été
démontrée. Le but de cet essai pilote était donc
d'évaluer l'évolution de plaques carotides « jeunes
», asymptomatiques, suivies trois ans par échotomographie
à haute résolution chez des patients hyperlipidémiques
traités par le régime et/ou le bézafibrate. Nos résultats
montrent clairement que l'évolution de vingt-sept plaques «
jeunes » peut être obtenue par une diminution relative de la
cholestérolémie [26]. Ils sont toutefois insuffisants pour
justifier l'utilisation d'un hypolipidémiant dans cette indication
et ne permettent pas d'affirmer que des plaques plus fibreuses n'auraient
pas diminué.
Intérêt de l'analyse
de l'athérosclérose carotidienne pour prédire le
risque vasculaire
La carotide est une artère particulièrement intéressante
pour évaluer l'athérosclérose d'un individu. Cette
analyse est potentiellement importante pour sélectionner les individus
à risque, c'est-à-dire ceux qui vont le plus bénéficier
de mesures de prévention primaire (par exemple dans le traitement
des hyperlipidémies). Quatre raisons principales expliquent cet
intérêt.
* Les dyslipidémies favorisent
le développement de l'athérosclérose carotidienne.
En effet, l'athérosclérose carotide est fortement corrélée
au cholestérol lié aux lipoprotéines de basse densité
et à la Lp(a) et, plus généralement, aux principaux
facteurs de risque classiques.
* Les lésions sont fréquentes.
Dans notre population masculine de 30 à 70 ans présentant
une hypercholestérolémie modérée moyenne de
2,7 g/l, un patient sur deux a des artères anormales.
* La démonstration d'une forte association
entre athérome carotidien et atteinte coronaire. Nous avons
montré que le risque d'avoir un électrocardiogramme d'effort
positif était multiplié par sept quand il y a des sténoses
carotides. Il existe par ailleurs une forte relation entre athérome
carotidien et lésions coronaires. Plusieurs auteurs ont montré
que les lésions carotides étaient prédictives du
risque de développer un accident cardiaque et même du risque
de décès. Par conséquent, ces données montrent
clairement que les résultats d'une bonne échographie carotide
fournissent un très bon indice de l'état coronaire. Il est
possible que cette relation soit encore plus forte dans une population
de sujets hyperlipidémiques et, au contraire, moins nette chez
des sujets jeunes qui auraient comme seul facteur de risque un tabagisme.
Il existe une bonne corrélation entre les lésions artérielles
histologiques et les lésions mises en évidence par l'échographie
; la corrélation entre l'étude par ultrasons et l'anatomopathologie
est meilleure que celle obtenue entre les ultrasons et l'angiographie.
* La relation entre athérome carotidien
et risque d'événement coronaire. La présence
de plaques athéromateuses chez des patients asymptomatiques est
reliée à la survenue d'accident clinique ultérieur
[27-29]. Les lésions d'athérome sont plus fréquentes
au niveau fémoral qu'au niveau carotidien mais, à la différence
de la carotide, il n'existe pas d'étude prospective échographique
qui permette de confirmer que la présence de plaque fémorale
serait un meilleur marqueur de la survenue ultérieure d'un événement
coronaire.
* L'échographie est devenue une technique
fiable et représente un grand progrès par rapport à
l'auscultation des troncs artériels. La présence
d'une plaque artérielle sans souffle est plus fréquente
que les anomalies auscultatoires et permet donc un diagnostic plus précoce
d'athérosclérose. L'image obtenue de la plaque athéromateuse
permet de quantifier précisément ses dimensions, sa surface
et son échostructure. Certains travaux ont mis en évidence
l'augmentation de l'épaisseur de paroi de la carotide primitive
associée à l'hypercholestérolémie ; toutefois,
il existe peu de données sur le rôle que l'échostructure
peut jouer dans la progression des lésions. Actuellement, la mesure
de l'épaisseur de l'intima-média permet d'évaluer
la phase précoce du développement de l'athérosclérose
[30-34]. L'épaisseur de l'intima-média est une variable
quantitative dont la mesure nécessite une méthodologie rigoureuse
et plusieurs études en précisent la validité et la
reproductibilité. Néanmoins, l'épaisseur de l'intima-média
des artères ne peut être mesurée que sur une portion
d'artère rectiligne et indemne de lésion athéroscléreuse
constituée alors que les plaques carotidiennes se développent
à la bifurcation et, plus particulièrement, au niveau du
sinus.
CONCLUSION
Les lipides favorisent l'athérosclérose carotidienne et
sont un facteur de risque d'infarctus cérébraux. La présence
d'une athérosclérose carotidienne est un marqueur intéressant
du risque cardiaque.
Il n'est pas possible de conclure aujourd'hui que le traitement par
hypolipidémiants est responsable d'un bénéfice majeur
en termes d'infarctus cérébraux mais les résultats
obtenus suggèrent un bénéfice potentiel. Dans les
méta-analyses des essais avec les statines, la réduction
des accidents vasculaires cérébraux est de 30 % et donc
proche de la réduction obtenue pour les accidents coronaires mais,
du fait de la plus faible fréquence de ces accidents, le bénéfice
en termes d'accidents évités est cinq fois moindre. Les
études faites dans leur ensemble ont sélectionné
des sujets à haut risque coronaire et le critère d'évaluation
était coronaire. Les données épidémiologiques
et thérapeutiques actuellement disponibles sont toutefois suffisantes
pour justifier de programmer des études avec hypolipidémiants
en sélectionnant spécifiquement des sujets hyperlipidémiques
à haut risque d'infarctus cérébraux. De même,
il serait intéressant d'étudier spécifiquement les
statines chez les patients ayant des lésions athéroscléreuses
sévères de la carotide et/ou de la crosse aortique en raison
de leur haut risque d'avoir un accident clinique.
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