ARTICLE
Les ultrasons sont utilisés
en médecine pour le diagnostic et la thérapeutique. Il n'a
jamais été rapporté de façon probante un effet
délétère biologique lors de l'utilisation diagnostique
des ultrasons en médecine humaine. Pourtant des effets biologiques
ont été mis en évidence à l'échelle
moléculaire, cellulaire et chez certains animaux. Il paraît
utile de faire ici une brève revue de ces effets. Les ultrasons
à haute énergie sont utilisés chez l'homme pour le
traitement des calculs des voies urinaires (lithotritie) mais aussi comme
bistouri. L'effet principal des ultrasons pour ces deux techniques est
la cavitation. Au cours de la lithotritie, il s'agit de la propagation
d'une onde de choc qui vise à casser les calculs urinaires. Les
ultrasons ont aussi été utilisés pour fragmenter
les calcifications valvulaires lors de la chirurgie du rétrécissement
aortique, avec une efficacité certaine, même si les résultats
cliniques ont été plutôt décevants [1-6]. Dans
d'autres circonstances, c'est l'effet thermique qui a été
recherché, telles la diathermie ou la thérapie thermique
comme traitement de certaines tumeurs. Les effets thermiques relèvent
plutôt de la durée de l'exposition au faisceau ultrasonore,
tandis que la cavitation est plus en rapport avec les pics positifs ou
négatifs de pression acoustique.
Effets physiques des ultrasons
Les ondes ultrasonores se propagent dans les tissus biologiques provoquant
des effets mécaniques (modifications de pression, tension, contraintes
de cisaillement, expansion, compression, vélocité et accélération
dans les milieux traversés). Dans un milieu absorbant, l'énergie
mécanique est convertie en chaleur, engendrant des effets thermiques.
Dans un milieu aqueux, les ultrasons peuvent provoquer le phénomène
de cavitation et l'apparition de microcourants locaux.
Effets thermiques
L'effet thermique est dû à la formation de gradients de
vitesse et peut être estimé comme le produit de la viscosité
du milieu et du carré du gradient de vitesse de l'onde ultrasonore.
Les pertes d'énergie lors de la transmission sont d'autant plus
perceptibles que la fréquence et la puissance d'émission
sont élevées. Chaque tissu biologique a un coefficient d'absorption
qui détermine la quantité de chaleur produite par l'onde
ultrasonore. Une variation de 1,5 °C apparaît comme un écart
maximum admissible, d'amplitude égale aux variations nycthémérales
de température corporelle [7]. Dans les applications thérapeutiques,
des élévations de température beaucoup plus fortes
ont été enregistrées dans des conditions expérimentales
[8] : ainsi en angioplastie ultrasonore, une élévation de
température de l'ordre de 16 °C a été rapportée
à la surface de l'extrémité sphérique, de
rayon de 1 mm, d'un guide métallique transportant une onde ultrasonore
de 20 kHz.
Cavitation
Les phénomènes de cavitation concernent l'interaction
du faisceau ultrasonore avec le milieu liquide. Cette interaction conduit
à une séparation des phases du milieu, à l'apparition
d'ondes de pressions et à des élévations de température.
Dans un milieu biologique comme le sang, il peut y avoir formation de
radicaux libres entraînant des modifications chimiques [9, 10].
Les interactions entre bulles gazeuses et ondes ultrasonores sont différentes
selon l'amplitude de la variation de pression :
pour de faibles amplitudes de variation de pression, le diamètre
de la bulle de gaz varie de façon sinusoïdale en phase avec
et proportionnellement à la pression (règne linéaire)
[11]. Il existe une fréquence de résonance pour laquelle
l'amplitude des vibrations de la bulle est maximale et qui, en l'absence
de tension de surface, est inversement proportionnelle au rayon de la
bulle. Ce phénomène est appelé cavitation stable
: les bulles oscillent et peuvent entrer en résonance avec l'onde
ultrasonore ;
à forte amplitude de variation de pression, la réponse
de la bulle gazeuse devient non linéaire : c'est le phénomène
de la cavitation transitoire [12]. Les bulles se contractent à
grande vitesse en un petit volume avec survenue de collapsus brutaux après
une expansion rapide. Le type des bulles dépend du milieu liquidien
soumis aux variations de pressions. C'est lors de la phase de dépression
au sein du liquide que la force de cohésion du liquide peut devenir
insuffisante, avec déchirement du réseau liquide et formation
de cavités dites bulles :
bulles vides si le milieu a été dégazé
avant l'irradiation ultrasonore ;
bulles gazeuses, remplies d'un gaz dissous dans le milieu ;
bulles constituant la vapeur du liquide du milieu.
L'apparition de la cavitation dans un milieu dépend d'un grand
nombre de paramètres : puissance et fréquence des ultrasons,
température, présence d'impuretés, de gaz dissous,
viscosité du milieu et pression qui y règne. La durée
de vie des cavités est courte et uniquement déterminée
par la fréquence ultrasonore. La cavitation diminue lorsque la
fréquence augmente, et nécessitera pour apparaître
une puissance d'autant plus grande que la fréquence est plus élevée.
Plusieurs phénomènes locaux peuvent être associés
à la cavitation, tels les microcourants provoquées par les
bulles oscillantes, l'effondrement des parois des bulles avec production
de très fortes ondes de choc, et des élévations locales
de température. D'autres phénomènes peuvent être
présents, telles la résonance volumique des bulles de gaz,
les forces de radiation associées aux bulles qui les font s'attirer
par paires, provoquant leur coalescence. Les bulles oscillantes ont aussi
un effet d'attraction sur d'autres particules et cellules, de telle sorte
qu'elles sont attirées dans une région où elles peuvent
être endommagées par les fortes contraintes de cisaillement
[13, 14]. En outre, les bulles soumises à des pulsations peuvent
engendrer des ondes de surface. Lorsque les amplitudes deviennent fortes,
elles subissent des distorsions : elles deviennent asymétriques,
des jets de liquides sont projetés dans la bulle et des microbulles
d'air se forment dans le liquide. Les fortes températures engendrées
peuvent provoquer la dissociation de l'eau en radicaux H* et *OH qui initient
d'autres phénomènes physiques. La production de lumière,
la formation d'ondes de choc et de microjets à grande vitesse peuvent
aussi se produire.
Microcourants
On appelle pression de radiation l'augmentation de la pression stationnaire
(moyenne dans le temps) produite par l'onde ultrasonore. Elle se définit
aussi comme la valeur moyenne de la surpression qui s'exerce sur une tranche
du milieu traversé. Dans un champ non uniforme, la pression de
radiation crée des gradients de pression qui peuvent provoquer
l'apparition de courants de fluides. En angioplastie ultrasonore, ces
courants peuvent créer des forces élevées de cisaillement
sur les éléments attirés à proximité
de l'extrémité du guide entraînant leur lyse. Ainsi,
dans un modèle expérimental, Hugues et Nyborg [15] ont montré
qu'une émission de 85 kHz générée par un guide
pouvait entraîner une hémolyse des érythrocytes.
Définitions de l'intensité
selon les standards de l'AIUM 92
L'American institute of ultrasound in medicine [16-18] a défini
des paramètres pour mesurer intensité de l'exposition au
faisceau ultrasonore dans l'espace et dans le temps. L'AIUM a précisé
trois types d'intensité :
l'intensité Ispta est l'intensité de l'impulsion
au point de focalisation du faiseau ultrasonore moyennée sur la
durée d'une période (W/cm2) ;
l'intensité Isata représente l'énergie moyennée
dans le temps (1 période) et sur toute la section du faisceau (watts)
;
l'intensité Isppa est l'intensité moyennée
seulement sur la durée de l'impulsion (W/cm2).
Un indice mécanique a été formulé pour évaluer
le seuil de cavitation et un indice thermique pour évaluer le risque
d'une élévation de température. Ces indices peuvent
être différents pour un même appareil selon les milieux
biologiques :
l'indice (ou index) mécanique MI a été défini
comme la pression de raréfaction maximum corrigée divisée
par la racine carrée de la fréquence. Bien que l'environnement
tissulaire ne soit pas pris en compte dans cette formulation, le MI peut
être considéré comme un indice prédictif des
effets de cavitation causés dans les tissus par les bulles ;
l'indice (ou index) thermique TI est le rapport de l'énergie
acoustique moyenne dans le temps de la source et de l'énergie acoustique
nécessaire pour élever la température du milieu de
1 °C, qui dépend de la fréquence et du degré
d'absorption du milieu traversé. Différents calculs sont
utilisés pour estimer la valeur de cet indice au niveau des tissus
mous ou de l'os.
La norme 510 K de la FDA limite l'intensité Ispta aux valeurs
suivantes en mW/cm2 [19] :
en doppler pulsé : 100 pour l'exploration du ftus,
450 pour l'examen du cur et des vaisseaux périphériques
(720 pour le doppler continu), 800 pour le doppler transcrânien
en transosseux avec réduction de 90 % en transorbitaire et en transfontanellaire
;
en imagerie (mode B) : 50, diminuée à 30 lors d'un
examen transvaginal.
À ces normes devraient s'ajouter les conseils suivants : choix
de l'intensité minimale nécessaire, limitation du temps
d'exposition, contrôle technique des appareils et meilleure formation
des utilisateurs.
Effets biologiques
Effets sur l'ADN [20]
Les ultrasons fragmentent mécaniquement l'ADN
en solution. Ce phénomène augmente avec le poids moléculaire.
Les deux mécanismes responsables sont la cavitation avec libération
de radicaux libres de l'oxygène et l'effet de la contrainte mécanique
de cisaillement qui pourrait fragmenter la molécule et entraîner
une dépolymérisation. Les effets des ultrasons sur l'ADN
ont été observés sur des préparations d'ADN
en solution, et ils ne l'ont jamais été sur l'ADN au sein
de cellules viables. L'explication serait que les protéines de
structure de la cellule protègent mécaniquement le noyau
des forces mécaniques, tandis que les radicaux libres ont une durée
de vie trop brève pour migrer vers l'espace intracellulaire.
Effets sur les ponts d'actine-myosine
Les ultrasons pourraient agir sur le polymère d'actine, plus
fragile que la myosine dans le complexe d'actine-myosine de l'appareil
contractile. Une émission ultrasonore de 20 kHz est une technique
de laboratoire pour fragmenter de façon réversible les filaments
d'actine. Cette technique de « sonification » est utilisée
par des biologistes cellulaires ; l'énergie nécessaire pour
rompre les liaisons d'actine-actine est plus faible que celle qui est
nécessaire pour altérer les membranes cellulaires. En outre,
les filaments d'actine brisés par sonification peuvent se recomposer
en filaments fonctionnels, après une brève période
de récupération. En revanche, les liaisons d'actine-myosine
sont beaucoup plus solides et difficiles à défaire.
Autres effets cellulaires et possibles effets génétiques
La cavitation acoustique peut entraîner des lyses cellulaires.
De plus, il a été montré la possibilité de
lésions au niveau des organelles intracellulaires, avec altération
des mitochondries, des lysosomes, de la membrane nucléaire. Ces
lésions ont été recherchées au niveau d'organes
particuliers dans le but de savoir si les ultrasons utilisés pour
le diagnostic chez l'embryon humain lors des examens échographiques
au cours de la grossesse pouvaient représenter un danger. Les études
ont été faites sur des vertébrés, essentiellement
des souris gestantes ou sur des insectes. On a étudié le
système nerveux, la membrane péritonéale, le foie
et les yeux, les gonades, l'os, le sang, avec des préparations
comportant des densités cellulaires relativement faibles par rapport
aux conditions in vivo. Or, l'augmentation de la densité
cellulaire a un effet protecteur contre les effets délétères
des ultrasons. Il n'a pas été mis en évidence d'effets
biologiques dans les systèmes mammifères à des niveaux
d'intensité Ispta inférieurs à 100 mW/cm2.
Enfin, aucune aberration chromosomique n'a été induite par
les ultrasons [21].
Effets sur les éléments figurés
du sang et sur les poumons
La cavitation et ses effets dérivés peuvent être
responsables d'effets biologiques hématologiques in vitro
: il faut des intensités ultrasonores élevées pour
altérer la structure et la fonction des érythrocytes et
des leucocytes. On a pu observer des dégranulations et des agrégations
plaquettaires mais, là encore, les densités cellulaires
expérimentales étaient faibles et la signification clinique
des observations publiées reste incertaine. Des hémorragies
pulmonaires après sonification de poumons de souris ont été
rapportées en 1990 par Child et Cartensen [22]. Les mesures de
température au niveau de la plèvre n'ont pas montré
de particularité par rapport aux autres tissus, les poumons ayant
la capacité de dissiper la température. En revanche, il
existait une corrélation entre les pics de pression acoustique
et la survenue des hémorragies pulmonaires, suggérant que
la cavitation était le mécanisme responsable de cet effet
des ultrasons. Des hémorragies pulmonaires ont été
provoquées avec des sonifications pulmonaires de fréquence
30 kHz chez la souris et le lapin. À cette fréquence, d'intérêt
majeure puisque proche de celle de l'angioplastie ultrasonore, des hémorragies
pulmonaires mineures ont pu être observées chez le singe.
Les différences de réaction sont importantes dans les diverses
races animales, la souris et le singe étant très sensibles
à l'émission ultrasonore, au contraire du porc. Même
si nous savons que le poumon humain se rapproche plutôt du poumon
de porc, ces observations justifient une certaine prudence pour certaines
applications potentielles de l'angioplastie ultrasonore, en particulier
lors des embolies pulmonaires.
Effets sur la vasomotricité vasculaire [23]
Une étude expérimentale sur l'aorte thoracique de lapin
a montré que l'énergie ultrasonore entraînait une
vasodilatation par relaxation des cellules musculaires lisses indépendante
de l'état de l'endothélium et du mécanisme de la
vasoconstriction, qui était provoquée par l'administration
soit de phényléphrine (médiée par un récepteur)
soit de KCl à 60 mmol (vasoconstriction voltagedépendante).
Cet effet de vasorelaxation a également été observé
in vivo chez le chien et lors des applications cliniques de l'angioplastie
ultrasonore.
Sonochimie
Il est intéressant de signaler qu'à côté
des applications industrielles des ultrasons (usinage, nettoyage), les
chimistes utilisent également les ultrasons avec des émissions
de fréquence de 20 à 100 kHz pour modifier les réactions
chimiques [24]. Dans un milieu homogène, la cavitation génère
des forces de cisaillement élevées, qui entraînent
la dégradation des polymères et la fission temporaire des
forces intermoléculaires. Les pressions développées
peuvent aussi induire la cristallisation de solutions saturées
et de métaux en voie de solidification. La fission des liaisons
chimiques peut entraîner la formation de radicaux peroxyde de l'oxygène,
entraîner également une diminution temporaire du liquide
exposé aux ultrasons, ou détruire la structure du solvant
dans une solution (réaction de solvolyse). Les ultrasons sont utilisés
pour accélérer l'hydrolyse acide lors du processus de fermentation
des polysaccharides permettant la dégradation des polymères
pour obtenir la réduction de la masse molaire du dextran à
usage médical. Dans des milieux hétérogènes,
les ultrasons sont utilisés pour initier et accélérer
les réactions organo-métalliques, pour augmenter l'activité
catalysatrice de certains métaux ou pour générer
des émulsions au niveau d'interfaces interliquidiennes.
Effets sur les caillots
sanguins lors des applications thérapeutiques
Thrombolyse percutanée (angioplastie ultrasonore)
Il a été montré dès 1975 que l'énergie
ultrasonore pouvait dissoudre des thrombus artériels et veineux
[25]. Depuis, des systèmes d'angioplastie ultrasonore ont été
développés consistant en un générateur ultrasonore,
un convertisseur piézo-électrique et une sonotrode à
laquelle est connecté un guide généralement en titane.
Ce système électro-acoustique constitue une ligne sonore
accordée dont l'émission ultrasonore peut être continue
ou pulsée, fixe ou accordée. Les données expérimentales
montrent que la cavitation est le mécanisme principal expliquant
les effets de l'angioplastie ultrasonore : en particuler, on a pu montrer
l'apparition de microbulles correspondant au phénomène de
cavitation en activant une émission ultrasonore au niveau d'un
guide plongé dans un milieu liquide examiné par imagerie
ultrasonore [26]. Enfin, des lésions thermiques n'ont jamais été
montrées histologiquement après angioplastie ultrasonore
expérimentale. Des études comparatives des effets des ultrasons
émis à 20 kHz sur les caillots in vitro traités
ou non par la streptokinase ont montré que l'effet des ultrasons
ne passait pas par la mise en jeu du système fibrino-lytique :
les temps de dissolution des caillots traités ou non traités
par la streptokinase étaient similaires, montrant que la dissolution
ultrasonore in vitro n'est pas accélérée par
l'association à une thérapeutique fibrinolytique [27].
L'angioplastie ultrasonore a permis, lors d'études de faisabilité,
une recanalisation des occlusions complètes et une réduction
des sténoses sévères au niveau fémoro-poplité,
avec une sténose résiduelle ayant le diamètre de
l'extrémité distale du cathéter transportant l'énergie
ultrasonore, et nécessitant donc une angioplastie complémentaire
par ballonnet, ce qui explique le faible développement de cette
technique [28]. L'angioplastie ultrasonore a également été
utilisée au niveau coronaire [29] ; elle apparaît particulièrement
indiquée pour désobstruer l'occlusion coronaire à
la phase aiguë de l'infarctus du myocarde, circonstance où
la thrombose est le mécanisme principal, secondaire à une
fissure ou une érosion de plaque. Dans un travail mexicain, la
recanalisation a été obtenue pour 3 patients sur 4 en une
dizaine de secondes [30]. Deux études multicentriques ont été
conduites en Europe dans les sténoses athéromateuses (étude
CRUSADE) et les occlusions coronaires de l'infarctus myocardique aigu
(étude ACUTE, 15 patients, 13 succès) [31-33]. Le développement
des endoprothèses coronaires et l'utilisation des nouveaux médicaments
antiplaquettaires anti GPIIbIIIa ont résolu à leur façon
le problème du thrombus coronaire, et d'une certaine façon
ont rendu obsolète l'angioplastie ultrasonore avant qu'elle ait
pu faire ses preuves. En revanche, l'utilisation des ultrasons par voie
transcutanée, en particulier en association avec les agents de
contraste ultrasonore, va peut-être se développer comme traitement
des tromboses de vaisseaux périphériques superficiels. Les
données actuelles sont uniquement expérimentales.
Thrombolyse ultrasonore percutanée
Les ultrasons sont obtenus à partir de systèmes utilisés
en physiothérapie, avec des fréquences d'émission
variant entre 1 000 et 26 kHz. La cible est située à une
profondeur variable, de 1,2 à 6 cm.
Des essais in vivo ont aussi été réalisés
sur le lapin (modèle de thrombose veineuse jugulaire ou modèle
de thrombose artérielle fémorale) [34, 35]. Les résultats
sont toujours similaires : les ultrasons seuls sont inefficaces, les thrombolytiques
(streptokinase, urokinase, rt-PA) ont leurs effets potentialisés
par l'émission ultrasonore, de telle façon que la fibrinolyse
est plus rapide et nécessite des doses moins élevées
de médicaments, ce qui pourrait permettre de minimiser le risque
hémorragique de ces médicaments. Dans le modèle artériel
de Luo, l'effet des ultrasons à 26 kHz et 18 W/m2 associés
à une thrombolyse par streptokinase est apprécié
par le grade de reperfusion après occlusion totale, l'artère
ilio-fémorale contro-latérale également occluse servant
de contrôle : une reperméation était obtenue dans
7 % des artères exposées uniquement aux ultrasons, 6 % des
artères traitées uniquement par thrombolyse chimique et
59 % des artères traitées à la fois par ultrasons
et streptokinase [35].
Parmi les nombreux mécanismes d'action des ultrasons, on peut discuter
dans ces expériences les effets de l'élévation de
chaleur, des microcourants et de la cavitation. L'élévation
de température apparaît comme un mécanisme marginal,
responsable d'une augmentation de 1,1 % de la fibrinolyse par rt-PA
pour 1 °C. Dans l'étude de Harpaz, l'élévation
de température est de 4,5 °C, et ne pourrait rendre compte
que d'un accroissement de la fibrinolyse de 5 % au lieu des 250 %
observés [36]. Il est probable que, pour une émission à
relativement haute fréquence (1 MHz) et faible intensité,
la formation de microcourants joue un rôle important en facilitant
la disponibilité du médicament au niveau de zones de gradients
de vitesse à la surface des thrombus. Pour des intensités
plus élevées, la cavitation peut apparaître, permettant
la rupture des ponts de fibrine, la fragmentation des thrombus et la meilleure
circulation des médicaments dans le thrombus.
Le seuil de cavitation peut être abaissé par l'utilisation
de contraste ultrasonore, comme dans l'expérience in vitro
de Tachibana où l'administration d'albumine humaine « insonisée
» à une émission ultrasonore de 170 kHz à 0,5
W/m2 et à de l'urokinase augmente la lyse du thrombus
qui passe de 58,4 % (contrôle = ultrasons + urokinase + albumine)
à 71,5 % lorsque l'albumine est remplacée par de l'albumine
humaine « insonisée » (microsphères d'albumine
servant d'agent de contraste ultrasonore) [37]. L'intérêt
des agents de contraste a été montré in vivo
dans un travail de Birbaum [38]. Chez 10 lapins, une occlusion fémorale
bilatérale a été réalisée et des microsphères
d'albumine ont été administrées par voie veineuse.
Chez chaque lapin, une des deux artères fémorales occluses
a été soumise à une émission ultrasonore pulsée
de 37 kHz à travers la peau. L'autre artère fémorale
servait de témoin des effets de l'administration intraveineuse
de microsphères d'albumine. Enfin 5 artères fémorales
occluses chez 3 autres lapins étaient uniquement soumises à
l'émission d'ultrasons. Toutes les artères traitées
par ultrasons et microsphères d'albumine furent recanalisées
dans un délai inférieur à 60 minutes, alors qu'il
n'y a eu aucune recanalisation des autres vaisseaux soumis aux microsphères
d'albumine seules ou aux ultrasons seuls dans ce délai de 60 minutes.
Dans le groupe soumis aux microsphères d'albumine, seules 3 occlusions
sur 10 furent recanalisées après 1 heure et l'administration
d'héparine. Dans aucun des 3 groupes, il n'y a eu d'élévation
des D-dimères.
CONCLUSION Les
ultrasons utilisés pour le diagnostic ne présentent pas de
danger et il n'y a pas d'observation dans la littérature d'effet
biologique néfaste chez l'homme. Cependant, les ultrasons peuvent
entraîner des effets biologiques ou même détruire des
tissus dans certaines conditions expérimentales, par des mécanismes
thermiques et non thermiques. La Société australienne pour
les ultrasons en médecine a recommandé d'éviter l'examen
du ftus humain lors de la grossesse si la mère est fébrile
[7]. De même, l'examen du ftus par voie transvaginale devrait
être limité en durée et en intensité ultrasonore
au minimum nécessaire pour le diagnostic, en particulier en mode
doppler, du fait de la proximité de la source ultrasonore et du ftus.
Les techniques utilisant les ultrasons à visée thérapeutique
posent des problèmes différents, puisque les intensités
ultrasonores sont élevées à dessein. Les effets potentiellement
délétères sur les éléments figurés
du sang ou sur les fonctions cellulaires sont mal connus : les effets identifiés
de relaxation des cellules musculaires lisses et de thrombolyse sont plutôt
bénéfiques. L'utilisation transcutanée semble permettre
d'augmenter la disponibilité de médicaments au niveau des
thrombus et de faciliter la rupture des ponts de fibrine, la fragmentation
des thrombus et la meilleure circulation des médicaments dans le
thrombus, la cavitation étant augmentée par l'utilisation
d'agents de contraste ultrasonore. L'utilisation d'agents de contraste ultrasonore
au niveau des artères coronaires sera peut-être une solution
pour augmenter l'efficacité des systèmes d'angioplastie ultrasonore
dans le traitement des occlusions thrombotiques, en particulier à
la phase aiguë de l'infarctus du myocarde. REFERENCES
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