ARTICLE
L'ischémie colique est une complication
rare, mais potentiellement grave, de la chirurgie aorto-iliaque. Elle
est électivement localisée au côlon gauche. Il faut
distinguer l'ischémie colique clinique grave, dont la mortalité
est élevée, de l'ischémie colique mineure, ou infraclinique,
où les signes cliniques sont absents ou minimes et dont le pronostic
est plus favorable. La première correspond à une nécrose
transmurale de la paroi colique, la seconde à une ischémie
de la muqueuse ou de la sous-muqueuse le plus souvent réversible.
Dans la plupart des séries, seule l'ischémie colique clinique
est prise en compte, ce qui représente une sous-estimation de la
fréquence réelle du problème. Dans les études
rétrospectives, la fréquence de l'ischémie colique
clinique est de l'ordre de 2 % en cas de chirurgie élective de
l'aorte abdominale sous-rénale. Elle est beaucoup plus élevée,
de l'ordre de 30 %, chez les patients opérés d'un anévrisme
rompu de l'aorte [1]. Dans les études prospectives récentes,
la fréquence de l'ischémie colique clinique est de l'ordre
de 0,5 à 1 % des cas [2-4], mais les formes mineures sont beaucoup
plus fréquentes : c'est ainsi qu'une diarrhée postopératoire
précoce est retrouvée dans 7 % des cas [4]. De même,
les études prospectives avec coloscopie systématique ont
montré une fréquence élevée de l'ischémie
muqueuse. Celle-ci est retrouvée dans 7 à 35 % des cas [5,
6] au cours de la chirurgie de l'aorte abdominale.
Cette fréquence passe à 60 % après chirurgie pour
anévrisme rompu [7]. La mortalité due à l'ischémie
colique clinique est élevée. Elle était estimée
de 80 à 100 % des cas dans les séries anciennes [8, 9].
Grâce à la coloscopie qui permet un diagnostic plus précoce,
grâce à une attitude chirurgicale plus agressive et au progrès
de la réanimation, la mortalité actuelle est de l'ordre
de 30 à 50 % des cas [2-4, 10, 11]. La mortalité actuelle
par ischémie colique représente de 3 à 20 % des causes
de décès après chirurgie élective de l'anévrisme
de l'aorte abdominale, les causes cardiaques restant les principales causes
de décès.
Vascularisation artérielle
du côlon gauche
Elle est assurée par l'artère mésentérique
inférieure qui donne naissance à trois piliers (figure
1) : l'artère colique gauche supérieure, le tronc
des artères sigmoïdiennes et l'artère rectale supérieure.
Ces trois piliers soutiennent deux arcades : l'arcade marginale paracolique
ou arcade de Drummond donne naissance aux vaisseaux droits qui se distribuent
dans la paroi intestinale. L'arcade de Riolan ou mandering-mesenteric-artery
est formée par l'artère colique supérieure gauche
qui se réunit à l'artère colique moyenne, branche
de l'artère mésentérique supérieure. L'artère
colique gauche supérieure se divise à sa terminaison en
deux branches : la branche médiale qui participe à la formation
de l'arcade de Riolan et la branche latérale qui participe à
la formation de l'arcade marginale. Le tronc des sigmoïdiennes participe
à la constitution de l'arcade marginale. L'artère rectale
supérieure se divise en deux branches, droite et gauche, pour le
rectum. Le côlon gauche présente ainsi une disposition vasculaire
particulière : il existe en effet deux communications intermésentériques
: l'arcade de Riolan et l'arcade de Villemin qui représente la
persistance de l'anastomose intersegmentaire ventrale. Il existe une communication
entre les artères iliaques internes et l'artère mésentérique
inférieure par les artères rectales moyennes, branche des
artères iliaques internes, et les rectales supérieures,
branche terminale de l'artère mésentérique inférieure.
L'arcade marginale n'est pas une arcade intermésentérique,
car elle réunit le tronc des sigmoïdiennes à l'artère
colique gauche supérieure. Elle est en totalité inscrite
dans le seul territoire de l'artère mésentérique
inférieure et n'est pas continue. Au niveau de la charnière
recto-sigmoïdienne en aval de la dernière artère sigmoïdienne,
elle est interrompue dans 15 % des cas. Cette zone représente le
point critique de Sudeck. Au niveau de l'angle colique gauche, il existe
une fois sur deux une anastomose entre les branches latérale et
médiale de l'artère colique gauche supérieure. Lorsque
cette anastomose est absente, il existe à ce niveau une zone de
moindre résistance à l'ischémie appelée point
de Griffiths. Ainsi, l'artère mésentérique inférieure
est placée entre deux systèmes anastomotiques. Le premier,
avec l'artère mésentérique supérieure en haut,
est le système essentiel en cas d'occlusion de l'artère
mésentérique inférieure, ce qui existe une fois sur
deux en cas d'anévrisme de l'aorte ; le second, avec les artères
iliaques internes en bas, est une anastomose classique, mais dont l'efficacité
est actuellement discutée [12, 13].
Causes de l'ischémie
colique postopératoire
Elles sont multifactorielles. Il existe cependant des situations où
le risque est majoré : c'est le cas des anévrismes rompus
où le bas débit représente la cause essentielle.
Dans le cas des réinterventions vasculaires abdominales, des patients
présentant des antécédents de colectomie transverse,
c'est l'interruption de la circulation collatérale de suppléance
qui est en cause. En cas de radiothérapie abdominale, l'oblitération
des petits vaisseaux du côlon représente un risque supplémentaire
d'ischémie colique postopératoire [14]. Il est généralement
admis que le risque d'ischémie colique est plus élevé
en cas d'anévrisme de l'aorte opéré électivement
qu'en cas de lésions sténosantes aorto-iliaques [9, 10,
15]. Les séries récentes semblent montrer que le risque
est équivalent dans les deux cas [1, 16].
Moyens de détection de l'ischémie
du côlon gauche au cours de la chirurgie aorto-iliaque
Ils sont multiples et d'inégale valeur. Ils permettent de sélectionner
les cas où une artère mésentérique inférieure
perméable doit être réimplantée et les cas,
au contraire, où elle peut être liée. La couleur,
la motilité du sigmoïde, la recherche des battements artériels
dans le méso-sigmoïde, le reflux de l'artère mésentérique
inférieure ne sont pas des moyens fiables de détection de
l'ischémie sigmoïdienne.
Mesure de la pression résiduelle
La mesure de la pression résiduelle dans une artère mésentérique
inférieure perméable a été mise au point par
Ernst [17] : la mesure est rapportée à la pression systolique
humérale. Un indice est ainsi défini qui est indépendant
des variations tensionnelles. Lorsque cet indice est supérieur
à 0,40, l'artère mésentérique inférieure
peut être liée. Dans le cas contraire, elle doit être
réimplantée. Il s'agit d'une méthode simple, rapide
et fiable [12, 18] qui ne nécessite pas d'appareillage coûteux.
Mesure de la vitesse circulatoire par effet doppler
La mesure de la vitesse circulatoire par effet doppler au niveau de
l'artère mésentérique inférieure et des vaisseaux
du méso-sigmoïde a été proposée par Hobson
[19]. Une chute des vitesses après clampage de l'artère
mésentérique inférieure est une indication à
sa réimplantation. Cette méthode nécessite un appareillage
stérile en salle d'opération et est peu utilisée.
Mesure du pH
La mesure du pH intestinal en per et postopératoire à
l'aide d'une sonde flexible de sigmoïdoscopie a été
proposée par Schiedler [20]. La survenue d'une acidose intestinale
(pH < 7) apparaît comme un facteur prédictif d'ischémie
colique très sensible et spécifique. Cette technique qui
nécessite une préparation colique préopératoire
est peu utilisée.
Technique de photopléthysmographie
La technique de photopléthysmographie a été proposée
par Ouriel [21]. Un oxymètre stérile est placé en
per-opératoire sur la séreuse du sigmoïde et permet
de mesurer la pulsatilité artérielle et la saturation transcolique
en oxygène de la paroi du sigmoïde. Une perte de la pulsatilité
artérielle et un effondrement de la saturation d'oxygène
nécessitent la réimplantation de l'artère mésentérique
inférieure.
Injection intraveineuse de fluorescéine
Bergman a proposé l'injection intraveineuse de fluorescéine
et l'étude de la fluorescence du méso-sigmoïde à
l'aide d'une lampe de Wood [22]. En l'absence de fluorescence du recto-sigmoïde,
la revascularisation de l'artère mésentérique inférieure
est nécessaire et, si elle persiste malgré cette revascularisation,
la résection sigmoïdienne est réalisée.
Parmi toutes ces méthodes de détection peropératoire
de l'ischémie colique, seule la mesure de l'indice mésentérique
inférieur est utilisée en routine au cours de la chirurgie
de l'aorte abdominale par quelques équipes [12, 17, 18].
Les autres techniques sont peu utilisées. L'étude de la
fluorescence du méso-sigmoïde est réservée aux
situations à risque d'ischémie colique [22].
Diagnostic de l'ischémie
colique
Il est difficile au début car les signes cliniques peuvent être
absents, discrets ou non spécifiques chez un opéré
récent. Au début, l'attention doit être attirée
par une instabilité hémodynamique, une sensibilité
spontanée de la fosse iliaque gauche ou une reprise trop précoce
du transit. Le moindre doute doit conduire à la coloscopie, ce
d'autant plus qu'il n'existe pas de marqueur biologique spécifique
de l'ischémie colique : une acidose métabolique, une élévation
de la lactico-déshydrogénase, des créatinines phosphokinases
ou de la phosphorémie ont été décrites mais
ne sont pas spécifiques de l'ischémie colique. Plus tardivement,
les signes sont plus nets mais représentent déjà
des facteurs de gravité : apparition d'un météorisme
abdominal, d'une diarrhée sanglante, d'une douleur provoquée
avec une défense de la fosse iliaque gauche, des signes infectieux.
L'ischémie colique peut se révéler par des signes
de défaillance multiviscérale devant lesquels une coloscopie
doit être systématique. Devant ces signes, la tomodensitométrie
peut montrer un épaississement pariétal colique, mais la
coloscopie est l'examen le plus sensible pour le diagnostic de colique
ischémique. Les signes endoscopiques d'ischémie muqueuse
sont très précoces et très sensibles : des lésions
endoscopiques peuvent être constatées en l'absence de toute
symptomatologie. La coloscopie peut cependant être difficile à
réaliser chez un opéré récent ; elle
comporte un risque de perforation colique car elle est réalisée
chez un malade mal préparé, peu mobilisable, au ventre distendu.
La vascularisation artérielle du côlon explique la localisation
élective au côlon gauche de l'ischémie colique postopératoire.
Trois stades endoscopiques sont décrits [23]. Stade I :
dème et érythème de la muqueuse ; stade
II : ulcération de la muqueuse ; stade III : nécrose
extensive avec aspect gris-noir de la muqueuse du côlon. La résection
colique s'impose d'emblée dans le même temps opératoire
que la chirurgie aortique devant l'aspect ischémique du côlon
gauche. En postopératoire, elle s'impose immédiatement en
cas de syndrome d'irritation péritonéale, d'un stade III
à l'endoscopie ou d'un stade II associé à un seul
des signes témoignant d'un état infectieux grave (encéphalopathie,
choc septique, dème pulmonaire lésionnel, tubulonéphrite
aiguë, cytolyse hépatique, ulcération gastro-duodénale).
En cas de stade I ou II, lorsque les signes cliniques initiaux régressent,
l'abstention sous surveillance est justifiée.
Prévention de l'ischémie
colique
Les causes de l'ischémie colique postopératoire sont multifactorielles.
Sa prévention peut nécessiter un changement de stratégie
opératoire. C'est le cas des patients aux antécédents
de radiothérapie abdomino-pelvienne, chez qui le risque d'ischémie
colique est majoré et où peut se discuter le recours à
des interventions extra-anatomiques. C'est le cas de la chirurgie endovasculaire
des anévrismes de l'aorte où l'existence d'une artère
mésentérique supérieure sténosée ou
d'une artère mésentérique inférieure de gros
calibre doit faire discuter le recours à la chirurgie conventionnelle
avec réimplantation de l'artère mésentérique
supérieure ou mésentérique inférieure. En
pré-opératoire, la prévention de l'ischémie
colique repose sur l'analyse des clichés d'artériographie
permettant de sélectionner les côlons menacés. Les
patients ayant une artère mésentérique inférieure
perméable sont à plus grand risque que ceux chez qui elle
est occluse : en cas d'anastomose aortique termino-terminale, le risque
est de ne pas réimplanter une artère mésentérique
inférieure perméable ; en cas d'anastomose latérale,
le risque est celui d'embolie de cholestérol dans le territoire
de l'artère mésentérique inférieure [10, 24].
Dans les deux cas, un clampage prolongé de l'artère mésentérique
inférieure expose au risque d'ischémie-reperfusion du sigmoïde.
Le rôle des radicaux libres dans l'ischémie digestive a récemment
été souligné [25, 26]. Une revascularisation des
tissus ischémiés génère dans ces cas une quantité
importante de radicaux libres à partir de l'oxygène ; leur
cytotoxicité induit des lésions tissulaires secondaires
qui expliquent l'évolutivité de l'ischémie. Lorsque
l'artère mésentérique inférieure est oblitérée,
la présence d'une arcade de Riolan est le signe indirect d'une
sténose ou d'une occlusion de l'artère mésentérique
supérieure qui doit être recherchée sur des clichés
d'artériographie de profil et qui doit être corrigée.
En peropératoire, la prévention de l'ischémie colique
nécessite une stabilité tensionnelle qui doit être
maintenue en postopératoire. Le facteur hémodynamique représente
une des principales causes d'ischémie colique en cas d'anévrisme
rompu. L'usage des drogues vasopressives ou dopaminergiques (qui sont
vasopressives à doses élevées) doit être évité.
Le temps de clampage de l'artère mésentérique inférieure
perméable ne doit pas être prolongé : les études
expérimentales ont montré l'efficacité des inhibiteurs
des radicaux libres (superoxyde dismutase, inhibiteur de la xanthine-oxydase)
[25-27]. Ils permettraient d'envisager une protection tissulaire colique
peropératoire et sont actuellement une voie de recherche. Les traumatismes
vasculaires peuvent représenter une étiologie. Ils sont
plus fréquents en cas d'anévrisme rompu : blessure des arcades
coliques au cours des manuvres de clampage ou d'évacuation
d'un hématome rétro-péritonéal, traumatisme
colique par les écarteurs, blessure de la veine mésentérique
inférieure ou de l'artère colique gauche supérieure
au cours du contrôle du collet de l'anévrisme ou au cours
de la fermeture de la coque anévrismale, blessure des artères
sigmoïdiennes au cours du contrôle de l'artère iliaque
primitive gauche.
La préservation de la vascularisation du côlon gauche est
essentielle pour la prévention de l'ischémie colique postopératoire
: à l'heure actuelle, il n'existe pas de consensus sur l'indication
de revasculariser ou non une artère mésentérique
inférieure ou les artères iliaques internes pour prévenir
une ischémie colique postopératoire : la ligature d'une
artère mésentérique inférieure perméable
est reconnue comme une des causes fréquentes d'ischémie
colique postopératoire. Pour cette raison, certains auteurs sont
partisans de revasculariser systématiquement l'artère mésentérique
inférieure lorsqu'elle est perméable au cours de la chirurgie
des anévrismes de l'aorte abdominale [1, 10, 28]. La revue de la
littérature montre cependant que la revascularisation de l'artère
mésentérique inférieure n'est ni nécessaire
ni suffisante pour prévenir une ischémie colique postopératoire
[29, 30]. Pour cette raison, beaucoup d'auteurs sont partisans d'une revascularisation
sélective de l'artère mésentérique inférieure
[12, 17-22]. Lorsque l'artère mésentérique inférieure
est oblitérée, nombre d'auteurs recommandent la revascularisation
d'au moins une artère iliaque interne pour prévenir une
ischémie colique postopératoire [11, 17, 31], mais la validité
d'une telle recommandation n'a jamais été établie.
Pour préciser le rôle des artères iliaques internes
dans l'hémodynamique de l'artère mésentérique
inférieur, nous avons mesuré l'indice mésentérique
inférieur tel qu'il a été défini par Ernst
[17], à la fin de la restauration aortique, d'une part, lorsque
les artères iliaques internes sont en charge (indice P1) et d'autre
part, lorsqu'elles sont clampées (indice P2) [12] (figure
2). Les résultats de cette étude sont représentés
dans le tableau. Il n'y
a pas de différence statistiquement significative entre P1 et P2
(figure 3). Ainsi, la
revascularisation directe des artères iliaques internes ne modifie
pas la pression résiduelle dans l'artère mésentérique
inférieure lorsque l'artère mésentérique supérieure
est normale. Ces conclusions avaient déjà été
établies par Iliopoulos [13] qui avait montré que l'artère
mésentérique supérieure était la principale
voie de suppléance de l'artère mésentérique
inférieure. Le système anastomotique entre les artères
rectales moyennes (branches collatérales des artères iliaques
internes) et les artères rectales supérieures (branches
terminales de l'artère mésentérique inférieure)
est peu efficace : le débit par ces anastomoses est limité
car il se fait au niveau des artérioles sous-muqueuses du rectum
qui représentent un système anastomotique à haute
résistance. Même dans le cas où P2 (artères
iliaques internes clampées) est inférieur à 0,40,
le déclampage des artères iliaques internes ne modifiait
pas la valeur de P1 qui restait inférieure à 0,40 (figure
4). Si cette étude suggère que la revascularisation
des artères iliaques internes ne contribue pas efficacement à
la suppléance de l'artère mésentérique inférieure,
cette revascularisation doit cependant être réalisée
pour prévenir une claudication fessière postopératoire,
pour maintenir une collatéralité adéquate entre le
pelvis et les membres inférieurs [32] et vers la moelle épinière
[33].
CONCLUSION La
fréquence réelle de l'ischémie colique postopératoire
est vraisemblablement sous-estimée, si l'on ne tient compte que de
l'ischémie colique clinique. Elle reste grave en cas de nécrose
transmurale du côlon. Ses moyens de détection sont multiples
: seule la mesure de la pression résiduelle de l'artère mésentérique
inférieure lorsqu'elle est perméable est régulièrement
utilisée par certaines équipes. Les causes de l'ischémie
colique postopératoire sont multiples. Sa prévention fait
intervenir le maintien d'une bonne hémodynamique per et postopératoire,
la préservation de la vascularisation du côlon gauche, la restauration
d'une artère mésentérique supérieure lorsqu'elle
est sténosée, la réimplantation d'une artère
mésentérique inférieure hémodynamiquement active.
Les artères iliaques internes ont un rôle accessoire dans la
prévention de l'ischémie colique postopératoire.REFERENCES
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