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Les myopathies forment un groupe hétérogène
d'affections auxquelles le cardiologue est parfois confronté du
fait d'atteinte myocardique ou de dysrythmie. Une des particularités
qui se dégage au sein de ces maladies, pour la plupart génétiquement
transmises, c'est qu'il existe très fréquemment une complète
dissociation entre l'intensité de l'atteinte cardiaque et celle
de l'atteinte musculaire. Ainsi, des patients extrêmement handicapés
peuvent n'avoir que de minimes manifestations cardiovasculaires et, à
l'inverse, d'autres peuvent présenter des manifestations cardiologiques
graves au premier plan du tableau clinique. Plus rarement, mais non exceptionnellement,
c'est le cardiologue seul qui est amené à voir ces malades
dont l'atteinte musculaire est jusque-là méconnue. Il est
donc utile pour notre spécialité de connaître certains
des éléments caractérisant les manifestations cardiovasculaires
des maladies musculaires.
Dystrophie myotonique ou
maladie de Steinert
Il s'agit de la plus fréquente des affections musculaires (1/7
000 habitants), dont l'un des signes cliniques est la myotonie (lenteur
à la décontraction musculaire) qui peut atteindre les muscles
et le cur, mais aussi de nombreux autres organes (insuffisance gonadique,
insulino-résistance, troubles des fonctions cognitives...). Cette
maladie comporte très classiquement des troubles de conduction
auriculo-ventriculaire et intraventriculaire ainsi qu'une hyperexcitabilité
ventriculaire et auriculaire. Mais il existe également une atteinte
myocardique qui mène assez rarement à l'insuffisance cardiaque,
mais qui, de façon extrêmement fréquente, s'accompagne
d'une dysfonction ventriculaire gauche asymptomatique. La mutation responsable
de l'affection se compose d'une répétition anormale de triplets
de base d'ADN dans une région non codante du gène de la
dystrophine myotonine kinase dont le rôle est encore imparfaitement
connu. Elle intervient probablement dans la phosphorylation de protéines
membranaires (canaux). Les formes les plus graves de l'affection sont
celles dont la mutation est la plus longue (supérieure à
500 triplets CTG). Le caractère « quantitatif » de cette
mutation permet de faire des corrélations. Ainsi, nous avons pu
montrer que le métabolisme et la perfusion myocardique étaient
diminués de façon pathologique très précocement
dans cette maladie et que l'importance de ces anomalies était liée
linéairement à la taille de la mutation. Un autre fait marquant
est que les anomalies de perfusion myocardique constatées très
tôt dans l'évolution de cette affection semblent être
le déterminant pronostic majeur de l'évolution de la dysfonction
ventriculaire gauche et de la survenue d'arythmie. Cela illustre l'importance
de la perfusion myocardique dans l'évolution des maladies du muscle
cardiaque.
Sur un plan plus clinique, nous avons observé que près d'un
tiers des patients qui présentaient des anomalies de la conduction
infrahissienne (HV > 70 ms) développaient, au bout de 3 ans
de suivi, un bloc auriculo-ventriculaire (BAV) paroxystique. Ces éléments
plaident en faveur d'une implantation systématique d'un pacemaker
préventif, même chez les gens asymptomatiques, lorsque l'on
a ces troubles de conduction. Cependant, rien ne permet d'affirmer que
ces BAV, même s'ils ont pu être documentés, auraient
été symptomatiques chez les patients non appareillés.
Le débat reste donc ouvert quant à l'implantation systématique
d'un stimulateur cardiaque chez les patients à troubles de conduction
majeurs, sans manifestation clinique.
À côté de ces troubles conductifs, il existe également
des manifestations d'hyperexcitabilité ventriculaire et auriculaire.
La fibrillation auriculaire est extrêmement fréquente dans
cette affection, elle peut être complètement isolée
et parfois l'unique manifestation de la maladie. Les troubles du rythme
ventriculaire, lorsqu'ils existent, sont souvent graves et peuvent aller
jusqu'à la fibrillation ventriculaire inaugurale. Ce qui semble
se dégager des différentes études que nous avons
réalisées, c'est une corrélation négative
entre la survenue et le déclenchement des arythmies ventriculaires
et l'âge. Plus les sujets sont jeunes, plus ils semblent exposés
à la survenue de troubles ventriculaires du rythme. Ces données
récentes relancent le débat de l'origine de la mort subite
dans la dystrophie de Steinert (incidence entre 2 à 10 % suivant
les séries) et du meilleur choix thérapeutique afin de l'éviter.
Stimulateur cardiaque, défibrillateur implantable, amiodarone ?
Une analyse rigoureuse des précédents paramètres
énumérés est à réaliser au cas par
cas pour définir la meilleure indication thérapeutique.
Il faut noter que les anti-arythmiques de la classe I, souvent recommandés
afin de lutter contre la myotonie périphérique, ont un fort
potentiel arythmogène chez ces patients. Leur utilisation ne pourra
donc être recommandée qu'en cas de bénéfice
thérapeutique très net et après des investigations
cardiologiques poussées, pouvant aller jusqu'à l'exploration
endocavitaire sous et sans anti-arythmiques de la classe I.
Myopathie de Duchenne
C'est une affection particulièrement grave puisqu'elle entraîne
le décès dans l'adolescence ou chez l'adulte jeune. L'atteinte
cardiaque est également très fréquente, pour ne pas
dire constante, même si ces manifestations cliniques sont parfois
en retrait devant l'insuffisance respiratoire qui s'installe dès
l'âge de 14 ans. La connaissance de cette atteinte cardiaque est
cependant essentielle, notamment pour le pédiatre, car elle peut
contre-indiquer notamment un geste chirurgical de correction ou de prévention
de scoliose. Un bilan cardiologique préopératoire est donc
recommandé avant la réalisation de ces interventions. Cette
dysfonction ventriculaire gauche est rare avant l'âge de 12 ans
mais, dans de rares cas, elle peut être déjà suffisamment
avancée pour contre-indiquer un geste orthopédique lourd
sous anesthésie générale.
Une étude de prévention de la dysfonction ventriculaire
gauche est actuellement en cours. Ses résultats permettront de
savoir s'il est utile de prescrire très précocement ces
molécules chez des patients qui sont génétiquement
exposés au développement d'une myocardiopathie dilatée.
La maladie de Duchenne est liée à une mutation touchant
le gène de la dystrophine. La dystrophine est une protéine
sous-membranaire dont le rôle est essentiel dans l'articulation
entre les protéines sarcomériques et extracellulaires. De
nombreuses autres protéines associées à la dystrophine
sont connues et le manque de certaines d'entre elles est responsable de
myocardiopathie. Là encore les mécanismes moléculaires
sous-tendant ces affections des muscles striés ont permis de mieux
cerner la physiopathologie d'autres cardiomyopathies dilatées en
apparence primitives.
Une forme mineure de myopathie de Duchenne en est un exemple : c'est la
myopathie de Becker. Les signes musculaires sont beaucoup plus modestes
que dans la maladie de Duchenne, mais l'atteinte myocardique est souvent
au premier plan du tableau clinique, entraînant des myocardiopathies
dilatées symptomatiques entre 20 et 30 ans. Parfois ces patients
sont transplantés sans même que l'affection musculaire ne
soit soupçonnée, étant donné l'intensité
des manifestations cardiologiques et la discrétion des manifestations
musculaires périphériques. Dans des cas beaucoup plus exceptionnels,
l'atteinte musculaire est complètement absente et seule existe
l'atteinte myocardique, posant là aussi le problème de la
spécificité tissulaire de certaines affections génétiquement
transmises.
Dystrophie musculaire de
type facio-scapulo-humérale (Landouzy-Déjerine)
C'est la deuxième affection musculaire la plus répandue.
Classiquement, elle ne comporte pas d'atteinte cardiaque. Nous avons cependant
pu observer des anomalies de la conduction et de l'excitabilité
auriculaire qui justifient chez ces patients la réalisation d'un
bilan cardiologique qui doit comporter un électrocardiogramme et
un Holter tous les 2 ans. En effet, ces atteintes cardiaques, souvent
mineures, peuvent parfois se compliquer de syncopes par bloc auriculo-ventriculaire
paroxystique ou d'accident embolique sur fibrillation auriculaire ; ce
qui justifie pleinement cette surveillance.
Autres affections musculaires
Elles peuvent comporter des manifestations cardiaques, comme le classique
syndrome oculo-cranio-somatique de Kearn's et Sayre. Il s'agit en fait
d'une ophtalmoplégie associée à des troubles de conductions
auriculo-ventriculaires et une atteinte musculaire périphérique
qui nécessitent, lorsqu'il existe un bibloc, même asymptomatique,
l'implantation d'un stimulateur cardiaque. En effet, l'évolution
des anomalies de conduction peut être extrêmement rapide et
justifie ainsi pleinement l'implantation préventive lorsque des
troubles conductifs sont notés sur l'électrocardiogramme
de surface.
On peut également citer la maladie d'Eimery Dreiffus, qu'elle soit
liée au chromosome X ou se transmettant sur un mode autosomique
dominant. L'évolution cardiaque est quasi constante et assez caractéristique.
Initialement, il y a des anomalies auriculaires, à type de dysfonction
sinusale, fibrillation auriculaire voire paralysie atriale. Surviennent
ensuite des troubles de conduction auriculo-ventriculaire, puis des troubles
du rythme ventriculaire qui peuvent entraîner la mort subite entre
30 et 50 ans et qui mènent à une dysfonction ventriculaire
gauche nécessitant le recours à la transplantation. En effet,
il s'agit d'affections musculaires dont l'évolution périphérique
est relativement mineure et qui ne contre-indique pas une transplantation
cardiaque.
CONCLUSION Les
myopathies posent très souvent des problèmes aux cardiologues
cliniciens et il est utile d'en connaître les particularités
afin d'assurer le meilleur suivi possible de ces patients. De plus, elles
représentent un modèle de réflexion pour le chercheur
clinicien qui s'intéresse à la physiopathologie des myocardiopathies
car les mécanismes moléculaires qui les sous-tendent sont
souvent déjà connus.REFERENCES
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