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Physiopathologie du pied diabétique et de ses complications


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 11, Numéro 1, 30-7, Janvier 1999, Mini-revues


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Eric Bertin, Marc Leutenegger, .

Résumé : Les troubles trophiques du pied chez le diabétique sont souvent la résultante de plusieurs mécanismes physio-pathologiques dont l’intrication peut perturber l’examen clinique et biaiser les techniques d’investigation habituelles. Or tout retard dans l’appréciation de la gravité de la lésion contribue à maintenir le diabétique au triste premier rang des patients amputés dans les pays occidentaux. Une meilleure connaissance de cette singulière entité qu’est le pied diabétique par les différents intervenants ainsi qu’une prise en charge thérapeutique précoce des formes à haut risque par des équipes pluridisciplinaires expérimentées sont les seuls garants d’une réduction significative de l’incidence des amputations.

Mots-clés : diabète, pied, trouble trophique, neuropathie, artérite.

Illustrations

ARTICLE

Les troubles trophiques du pied diabétique et leurs complications qui conduisent au risque d'amputation restent toujours un problème majeur de santé publique tant par leur coût que par leur morbidité et les handicaps fonctionnels et psychologiques qu'ils entraînent [1-4]. Vingt pour cent environ des diabétiques consultent au moins une fois dans leur vie pour des lésions du pied. Si les études anglo-saxonnes ou scandinaves font apparaître un risque d'amputation du pied multiplié par 10 à 15 chez le diabétique, aucune étude française n'est actuellement disponible. Des progrès ont cependant été réalisés ces dernières années, en France, grâce à une meilleure compréhension physio-pathologique des troubles trophiques du pied, à l'amélioration du dépistage des patients à risque et à la création de centres multidisciplinaires de prise en charge. Un effort d'information, portant en particulier sur l'urgence d'une prise en charge globale pour limiter les dégâts éventuels, ainsi qu'une meilleure sélection des diabétiques à risque pour instaurer une véritable politique de prévention sont les conditions nécessaires pour atteindre les objectifs fixés par la déclaration de Saint-Vincent d'une réduction de moitié des amputations chez les diabétiques.
Notre propos, dans cette brève revue, est de faire le point des données physio-pathologiques des troubles trophiques du pied et d'en dégager quelques conduites pratiques importantes aussi bien dans le domaine de la prévention que de la prise en charge.

Le trépied physiopathologique : neuropathie ­ ischémie ­ infection

Le pied est une cible privilégiée du diabète pour trois raisons essentielles :
­ par son rôle mécanique de sustentation du corps, il est soumis à des pressions élevées, statiques et dynamiques qui peuvent favoriser les ruptures tissulaires ;
­ sa localisation à l'extrémité inférieure du corps humain le rend vulnérable face au développement de la neuropathie qui atteint de préférence les fibres nerveuses les plus longues, et de l'artériopathie qui est volontiers distale ;
­ enfin, le pied est dans une atmosphère confinée, ce qui explique les macérations fréquentes, le risque d'infection et l'importance dans la prévention des recommandations d'hygiène rigoureuse.

Neuropathies

Ce sont essentiellement les formes diffuses de neuropathie périphérique ou autonome qui sont concernées. Complication classique de la maladie diabétique, la neuropathie n'attire pas assez l'attention des praticiens. Elle est souvent latente, insidieuse et mérite d'être recherchée systématiquement. En fonction des critères retenus et de la population considérée, la prévalence de la neuropathie varie, selon les études, de 15 à 100 % parmi les diabétiques. Elle est probablement aussi fréquente dans le diabète de type 2 que dans le diabète de type 1. Elle augmente en fonction de l'âge, de la durée d'évolution du diabète et, surtout, elle est en corrélation inverse avec la qualité de l'équilibre glycémique au long cours. D'autres facteurs peuvent également intervenir comme la prédisposition génétique, les variables démographiques (âge, taille, sexe masculin) et surtout la superposition de toxiques comme l'alcool.
Nous ne disposons pas encore de traitement efficace de la neuropathie diabétique, ce qui s'explique par les incertitudes physiopathologiques et son caractère probablement multifactoriel. Les différentes hypothèses pathogéniques de la neuropathie sont résumées dans la figure 1 [5]. Il est important de noter que toutes ces anomalies sont la conséquence de l'hyperglycémie chronique sur le nerf périphérique et que la grande étude américaine récente du DCCT (Diabetes control and complications trial) a montré qu'un équilibre glycémique strict au long cours pouvait prévenir ou stabiliser l'évolution d'une neuropathie.
Dans la neuropathie diabétique sensitivo-motrice, l'atteinte prédomine sur les petites fibres et les fibres amyéliniques et a une évolution centripète avec atteinte initiale élective au niveau du pied. Ces lésions entraînent une perte ou tout au moins une diminution des sensibilités protectrices, thermiques et douloureuses. Une diminution de la sensibilité vibratoire tactile et profonde s'y associe volontiers. Cette atteinte sensitive doit être recherchée systématiquement, même en présence d'une neuropathie douloureuse, en sachant utiliser les moyens simples que sont le mono-filament de Semmes-Weinstein et le diapason gradué.
L'atteinte neurologique motrice est plus rarement symptomatique. Elle peut cependant entraîner un déséquilibre entre les muscles extenseurs et fléchisseurs du pied, une amyotrophie des interosseux et favoriser ainsi l'apparition de déformations.
La neuropathie autonome diminue la transpiration et entraîne l'ouverture de shunts vasculaires profonds drainant la vascularisation du territoire cutané vers le territoire osseux. Il s'ensuit une sécheresse et une fragilisation cutanée qui favorisent les fissurations, sources potentielles d'infection. Par ailleurs, l'hypervascularisation profonde s'accompagne d'une résorption et donc d'une fragilisation osseuse. Au maximum et à la faveur parfois de traumatismes minimes, la neuropathie autonome va favoriser l'apparition rapide de déformations importantes du pied dans le cadre d'une ostéo-arthropathie neurogène avec constitution à l'extrême d'un pied de Charcot.

Artériopathie des membres inférieurs

Chez le diabétique, le risque relatif d'artérite des membres inférieurs est de 4,5. L'incidence augmente avec l'âge et l'ancienneté du diabète. Les facteurs de risque vasculaire classiques (tabac, hypertension artérielle, hypercholestérolémie, sédentarité) sont associés à l'atteinte vasculaire chez le diabétique mais ne suffisent pas à en expliquer la prévalence élevée et la surmortalité. Il existe des facteurs pathogéniques spécifiques de l'athérothrombose diabétique, responsables des particularités anatomo-cliniques et évolutives de l'artériopathie des membres inférieurs chez le diabétique [6, 7]. Il y a encore peu de données épidémiologiques ou d'études d'intervention qui permettent d'affirmer la relation entre le degré d'hyperglycémie chronique et la macroangiopathie chez le diabétique. Si effectivement, dans le diabète de type 2, les lésions de macroangiopathie sont souvent présentes à la découverte du diabète, il apparaît à l'évidence que l'apparition d'une hyperglycémie chronique marque un tournant évolutif dans l'athérogenèse, avec en particulier l'accélération des phénomènes d'athérothrombose. Les liens physiopathologiques entre l'hyperglycémie et la macroangiopathie sont en effet multiples : glycation avancée des protéines, hypercoagulabilité et hypofibrinolyse, anomalies fonctionnelles endothéliales, augmentation du stress oxydatif [8].
S'il n'y a pas de différence histologique avec les artériopathies touchant les non-diabétiques, l'atteinte artérielle des membres inférieurs du diabétique se caractérise par un certain nombre de particularités. Elle est volontiers diffuse et bilatérale. Elle prédomine sur les artères de moyen et de petit calibre. Elle est en général associée à des lésions d'autres territoires, coronaire, carotidien ou rénal. Par ailleurs, il existe volontiers des calcifications artérielles, le plus souvent en rail continu de calcifications denses, qui ont deux conséquences pratiques importantes :
­ elles peuvent rendre ininterprétables les mesures de pression à la cheville ;
­ elles peuvent également entraîner des difficultés de la chirurgie de revascularisation.

La topographie de l'atteinte vasculaire est également particulière au diabétique. Les lésions proximales sont bilatérales, multiples, étagées et l'atteinte fréquente des fémorales profondes réduit fortement les possibilités de suppléance en cas de thrombose des gros troncs. Quant aux lésions distales, elles sont diffuses, bilatérales, symétriques, et touchent volontiers les troncs tibio-péroniers et les trois artères de jambe. En revanche, les artères pédieuses sont relativement respectées, ce qui autorise des tentatives de revascularisation distale. L'artériopathie des membres inférieurs s'associe volontiers, chez le diabétique, à des lésions diffuses de microangiopathie. Celle-ci joue toutefois un rôle beaucoup moins important qu'il n'était admis, comme en attestent les bons résultats des pontages distaux [9]. Enfin dans la majorité des cas, l'atteinte artérielle est associée à des lésions neuropathiques, ce qui rend compte de tableaux cliniques parfois trompeurs. La claudication intermittente est relativement rare chez le diabétique. En outre, en présence d'un trouble trophique, le pied peut apparaître paradoxalement chaud alors qu'existe une authentique ischémie. C'est pourquoi devant toute lésion, même d'allure neuropathique, il est important de réaliser une exploration vasculaire systématique, au minimum par prise de pression doppler et mesure de la pression transcutanée en oxygène (TcPO2).

Infection

L'infection, très fréquemment observée dans les troubles trophiques du pied chez le diabétique, en conditionne bien souvent le pronostic [10]. Elle représente encore un motif important d'amputation. La susceptibilité particulière des diabétiques aux infections s'explique par les anomalies des fonctions des polynucléaires secondaires à l'hyperglycémie et par l'hypoxie locale secondaire aux troubles macro et microcirculatoires. De plus, la présence d'une infection profonde risque d'aggraver l'ischémie en entraînant la formation de thrombus artériolaires qui vont perturber la diffusion des antibiotiques sur le site infecté. L'infection est très souvent polymicrobienne, aérobie et anaérobie ; les candidoses sont également très fréquentes. Si les germes positifs habituels (Staphylococcus aureus, S. epidermidis, streptocoque, entérocoque) sont habituellement présents, d'autres y sont souvent associés. Il faut savoir réaliser un prélèvement initial en profondeur par ponction, voire dans certains cas par biopsie lorsque cela est possible, avec transport protégé et analyse rapide par un laboratoire spécialisé. L'antibiothérapie initiale à large spectre pourra ainsi être rapidement complétée et adaptée. Le diagnostic de l'infection n'est pas toujours facile en raison de l'indolence fréquente. Il est important de rechercher systématiquement toute infection profonde afin de proposer un débridement en urgence et éviter une extension rapide du processus infectieux tant en superficie (en général le long des loges anatomiques du pied avec nécrose) qu'en profondeur vers l'os, les capsules articulaires, les tendons, avec le risque de survenue de septicémie volontiers gravissime.
En définitive, les trois éléments de cette triade sont volontiers associés chez le diabétique et contribuent à aggraver le risque, leur intrication entraînant volontiers des cercles vicieux, tels par exemple la méconnaissance d'une infection en raison de l'atteinte neurologique sensitive ou l'aggravation de l'ischémie secondaire à l'infection. On trouve, dans la littérature, plusieurs études cherchant à préciser la part respective de ces différents facteurs. Ainsi Gavin [11] trouve, dans 60 % des cas d'ulcère du pied chez un diabétique, une atteinte neurologique pure, dans 20 % des cas une ischémie isolée et, enfin, une combinaison de ces facteurs dans 20 % des cas. Edmonds [12] trouve de même 62 % d'atteinte neurologique prédominante, 13 % d'atteinte vasculaire et 25 % de lésion mixte dans des ulcères du pied diabétique. À l'origine des amputations pratiquées chez les diabétiques à la suite d'un trouble trophique du pied, Pecoraro [13] trouve 46 % d'ischémie, 59 % d'infection, 61 % de neuropathie et 81 % de mauvaise cicatrisation.
Les événements qui conduisent à l'amputation sont souvent en rapport avec plusieurs mécanismes intriqués et, dans quatre cinquièmes des cas, on relève un traumatisme minime initial (figure 2) [14].

Physiopathologie des principales lésions observées au niveau du pied diabétique

Gangrènes distales (syndrome de l'orteil bleu)

Elles reconnaissent quatre mécanismes principaux :
­ le plus fréquent est l'artériopathie des membres inférieurs avec un épisode de thrombose responsable d'une ischémie aiguë volontiers distale ;
­ une deuxième éventualité fréquente est la complication d'une infection profonde par l'apparition de microthrombus secondaires responsables de l'ischémie. Elle est d'autant plus probable qu'existent une microangiopathie et/ou une hyperglycémie ;
­ une troisième cause, plus rare, est représentée par les embols de cholestérol à partir d'une plaque ulcérée des artères proximales des membres inférieurs. La survenue de ces embols de cholestérol, dont l'expression clinique est tout à fait évocatrice, peut être favorisée par des traitements anticoagulants ou thrombolytiques ;
­ enfin, la dernière cause retrouvée de gangrène des orteils peut être iatrogène, secondaire à l'utilisation de substances vasopressives.

Mal perforant plantaire

Cette ulcération indolore est la manifestation habituelle du pied « neuropathique ». Deux éléments jouent un rôle prépondérant dans l'apparition du mal perforant : d'une part, la neuropathie responsable de la perte des sensibilités protectrices qui font que le patient ne se rend pas compte des agressions dont son pied est victime et, d'autre part, les modifications des pressions statiques ou à la marche au niveau de la plante du pied, secondaires aux déformations fréquentes chez le diabétique [15].
La perte des sensibilités protectrices explique la fréquence des microtraumatismes répétés et prolongés qui, à la longue, entraînent un épaississement de la couche cornée puis une rupture de la barrière cutanée par phénomène de lyse inflammatoire. Ces microtraumatismes peuvent être déclenchés par un corps étranger dans la chaussure, par un frottement de la chaussure. D'autres événements, tels des actes intempestifs de pédicurie, des agressions de nature chimique caustique ou thermique peuvent être en cause, mais sont plus rares.
Les troubles de la statique du pied, les troubles de la marche notamment favorisés par une limitation de la mobilité articulaire, fréquente chez les diabétiques anciens, peuvent également favoriser l'apparition de lésions en créant des zones soumises à des pressions excessives. On retiendra, parmi les déformations les plus fréquemment observées, les anomalies des orteils en griffe ou en marteau, la proéminance des têtes métatarsiennes, l'hallux valgus, la limitation de la mobilité de la cheville, les conséquences d'une amputation distale antérieure, en particulier au niveau du gros orteil. Au maximum peut être réalisé le pied cubique de Charcot dans les formes évoluées de neuropathie avec ostéo-arthropathie. Dans tous les cas et même lorsque les déformations apparaissent relativement limitées, il est important chez le diabétique, en particulier porteur d'une neuropathie sensitive, d'analyser les pressions au niveau de la plante du pied au repos et à la marche avec différents dispositifs, depuis la simple prise d'empreinte jusqu'à l'utilisation d'appareillage plus sophistiqué [16]. Les zones d'hyperkératose, les cals importants sont un signe d'alerte qui précède l'apparition, même en l'absence de traumatisme, d'une ulcération. En effet, lors de la marche, les zones d'hyperkératose sont soumises à des forces de cisaillement conduisant à la formation de vésicules aseptiques profondes entre derme et épiderme. La sécheresse et l'hypovascularisation cutanée aidant, des fissures apparaissent, mettant en communication ces vésicules avec l'extérieur et permettant ainsi le développement d'un abcès indolore diffusant en profondeur et qui peut, en l'absence de prise en charge rapide, détruire les tissus profonds et en particulier l'os. L'ablation précoce de ces zones d'hyperkératose et la mise en décharge des zones d'hyperappui pourraient éviter un grand nombre de ces ulcérations. Dans tous les cas, une surinfection profonde, une ischémie vont considérablement aggraver le pronostic de ces ulcères qui n'ont aucune tendance à cicatriser spontanément.

Autres localisations des ulcères du pied chez le diabétique

Toujours favorisées par les troubles de la sensibilité et éventuellement l'ischémie, ces ulcérations de siège atypique connaissent des mécanismes déclenchants différents. Les ulcérations latérales du pied sont en général secondaires à des problèmes de chaussures. Les lésions présentes sur le dos du pied sont dues à des traumatismes plus importants. Les escarres talonnières sont particulièrement à craindre chez le diabétique alité pour un problème intercurrent, notamment lorsqu'il présente une neuropathie sensitive. Ces patients doivent en conséquence bénéficier de méthodes de prévention rigoureuse.

Classification des troubles trophiques du pied diabétique en grade de gravité

Face à la multiplicité des facteurs impliqués dans la genèse des troubles trophiques du pied chez le diabétique, il est important d'établir une classification qui apporte une aide pour une évaluation du risque d'amputation et l'orientation des patients dans les différentes structures de soins. La classification décrite il y a déjà de nombreuses années par Wagner [17] reste largement utilisée (tableau I). Ce système est essentiellement anatomique avec une gradation en ulcères superficiels, ulcères profonds, abcès, ostéite, gangrène distale, gangrène massive. Dans tous les cas, il est important de préciser l'extension de la lésion en surface à l'aide de différents procédés planimétriques et en profondeur à l'aide d'un sondage avec un stylet. Plus récemment, Armstrong et al. [18] ont proposé une nouvelle classification reposant non seulement sur la profondeur des ulcères mais également sur la présence ou non d'une infection, d'une ischémie ou d'une combinaison des deux (tableau II). Ils ont montré, dans un travail récent, que cette nouvelle classification est parfaitement corrélée à l'évolution vers la cicatrisation ou l'amputation des troubles trophiques du pied. Cette classification utilise un diagramme précisant, sur un axe horizontal, la profondeur de l'ulcère selon les critères suivants : grade 0 = lésion pré-ulcéreuse ou ulcère cicatrisé ; grade 1 = lésion superficielle n'intéressant que l'épiderme et le derme ; grade 2 = lésion qui pénètre en profondeur, touchant les tendons et les capsules articulaires ; grade 3 = lésion profonde intéressant l'os ou les articulations.
À l'intérieur de ces 4 grades, on distingue, sur un plan vertical, 4 stades : A = lésion propre ; B = lésion infectée non ischémique ; C = lésion ischémique non infectée ; D = lésion infectée et ischémique.
Quelle que soit la classification utilisée, il est nécessaire qu'un consensus soit établi au niveau national et international, afin de mieux organiser la prise en charge des troubles trophiques du pied et également de mieux analyser les différentes études publiées. À titre d'exemple, les patients doivent être référés à un centre spécialisé pluridisciplinaire dès le grade 2 de la classification de Wagner, et dès le grade 1 stades B ­ C ­ D et le grade 2 stade A de la classification d'Armstrong.

Détection des patients à risque, prévention

De nombreuses études soit de cohortes, soit de cas-témoins ont analysé les différents facteurs favorisant le développement d'une ulcération du pied ou la survenue d'une amputation distale chez le diabétique [19]. L'objectif de ces études est de permettre de définir les patients à risque et de mettre en œuvre les mesures préventives appropriées, en particulier en les référant à des centres spécialisés pour une prise en charge spécifique. Selby et Zhang [20] retrouvent ainsi le même profil de risque pour les amputations que pour les atteintes microangiopathiques, insistant sur l'importance de l'équilibre glycémique au long cours et d'un contrôle de la tension artérielle. Pour l'équipe de Klein [21] dans le Wisconsin, plusieurs facteurs prédictifs sont retrouvés incluant l'âge, la durée d'évolution du diabète, les antécédents de troubles trophiques du pied. On relève également la pression artérielle, le taux d'hémoglobine glyquée et le tabagisme. La même enquête, réalisée chez les Indiens Pima [22], met en évidence le rôle du sexe masculin, d'une complication rétinienne, rénale ou cardiaque, du mauvais contrôle glycémique. Elle note également l'association à un risque élevé d'amputation d'une neuropathie périphérique, d'une artériopathie des membres inférieurs, d'une malformation du pied ou d'un antécédent d'ulcère. Enfin plus récemment, Lavery et Armstrong [23], analysant les facteurs de risque d'ulcération du pied chez le diabétique, retrouvent le rôle significatif d'une neuropathie, d'une déformation du pied, de pressions plantaires élevées et d'un antécédent d'amputation distale. Bien que l'atteinte artérielle et la néphropathie puissent retarder la cicatrisation des plaies et par là entraîner la nécessité de l'amputation, elles ne constituent pas des facteurs de risque significatifs pour le développement d'une ulcération du pied chez le diabétique. En définitive, pour effectuer une sélection opérationnelle d'un nombre pas trop élevé de diabétiques, il convient d'utiliser le modèle présenté par la figure 3 afin de définir les patients à haut risque de troubles trophiques du pied. Ce sont ceux qui présentent des antécédents d'ulcération du pied, une neuropathie périphérique en particulier sensitive, une artériopathie des membres inférieurs significative et, enfin, une déformation du pied avec modification des pressions d'appui.

CONCLUSION

Afin de réduire les amputations du membre inférieur chez le diabétique, un certain nombre de mesures apparaissent nécessaires.

* En amont, pour essayer de limiter ou de retarder les complications qui vont favoriser l'apparition d'un trouble trophique du pied, il importe de réaliser un dépistage plus précoce du diabète de type 2 et d'instituer une prise en charge et un suivi efficaces en insistant sur la nécessité d'un bon contrôle glycémique au long cours. Les nouveaux critères de classification du diabète proposés par l'ADA ont effectivement, comme objectif principal, de faciliter le diagnostic précoce du diabète en privilégiant la réalisation d'une glycémie à jeun [24].

* Dans le cadre des bilans périodiques à réaliser chez tout diabétique, il convient de prêter une attention particulière au risque d'apparition d'un trouble trophique du pied. Les patients à haut risque doivent bénéficier d'un examen podologique, d'une éventuelle prise en charge orthopédique ou vasculaire et d'une éducation spécifique.

* En présence d'un trouble trophique constitué, il est important d'évaluer avec précision les mécanismes physiopathologiques impliqués, de faire en particulier le bilan de l'ischémie et de l'infection, ce qui n'est pas toujours évident en particulier pour le diagnostic d'une ostéite, d'établir une classification en grades de gravité et d'organiser en fonction de ces grades une prise en charge pluridisciplinaire urgente.

* Il apparaît urgent également, dans cette perspective, de développer la création en France de centres spécialisés pluridisciplinaires de prise en charge du pied diabétique, permettant de regrouper rapidement, en une unité de temps et de lieu, le diabétologue et son équipe, le chirurgien orthopédiste vasculaire ou plasticien, l'équipe vasculaire, le médecin podologue. Ces centres devraient pouvoir travailler en réseau avec les médecins généralistes ou spécialistes et les infirmières libérales pour assurer le suivi ambulatoire de ces patients et, après un premier trouble trophique du pied, une prévention secondaire efficace. C'est à ce prix qu'une réduction des coûts liés à la cure des troubles trophiques du pied chez le diabétique pourra être obtenue, ainsi que le montrent un certain nombre d'études anglo-saxonnes [25].

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