ARTICLE
L'ANAES (Agence nationale d'accréditation et d'évaluation
en santé) a publié ces recommandations en janvier 1999.
Elles sont reproduites, dans ce numéro de STV, à
juste titre car ces recommandations sont importantes et méritent
une large diffusion.
* Elles représentent
les recommandations « officielles » en France, celles qui doivent
a priori faire référence concernant le suivi habituel
du diabétique de type 2 par son médecin, généraliste
ou diabétologue.
* La « méthodologie ANAES » confère
à ce texte une solide base scientifique : l'ANAES ne retient que
les arguments « fondés sur des preuves », c'est-à-dire
issus d'une littérature scientifique dont la qualité est
au préalable évaluée. Ce n'est qu'en dernier ressort
et faute de preuves scientifiques dans la littérature existante
qu'elle fait appel à ce qu'il est convenu d'appeler un accord professionnel,
autrement dit un consensus ou autres opinions d'experts. Ajoutons que
ce document est l'uvre collective d'une soixantaine de personnes,
de pratique et d'horizons scientifiques très divers.
* Ces recommandations s'appuient pour une large part
sur les résultats de l'UKPDS publiés en 1998. Cette grande
étude britannique a inclus plus de 5 000 diabétiques de
type 2 suivis plus de 10 ans, randomisés entre différentes
approches thérapeutiques, et constitue une base scientifique solide
pour des recommandations de bonne pratique.
Quels sont, entre autres,
les points forts de ces recommandations ?
I. La nouvelle définition simplifiée du
diagnostic de diabète sucré est retenue : glycémie
à jeun vérifiée deux fois >= 1,26 g/l (7 mmol/l).
Ce chiffre de 1,26 g/l (7 mmol/l), inférieur à la définition
retenue jusqu'alors (1,40 g/l ; 7,8 mmol/l), équivaut au chiffre
de 2 g/l 2 heures après hyperglycémie provoquée par
voie orale et représente le seuil au-dessus duquel augmente significativement
le risque de survenue des complications microvasculaires et macrovasculaires
du diabète sucré.
La pratique de l'hyperglycémie provoquée par voie orale
n'est plus recommandée en pratique clinique. Le dosage de la glycémie
est plus simple et finalement plus précis : le coefficient de variation
intra-individuel est meilleur, 6,4 % pour le dosage de la glycémie
contre 16,7 % pour l'HPO.
Pour diverses raisons, notamment faute d'une standardisation des méthodes
de mesure, l'hémoglobine glyquée n'est pas un critère
de diagnostic du diabète sucré.
Ce « nouveau critère » représente une simplification
des critères du diagnostic plus que réellement de nouveaux
critères. Les calculs de prévalence du diabète sucré
dans différentes populations effectués par les experts de
l'ADA ou par le groupe DECODE ont montré que, dans l'ensemble,
la prévalence du diabète de type 2 n'augmentait pas ou que
peu avec l'usage du « nouveau critère » de glycémie
à jeun.
II. L'HbA1c est affirmée
comme le moyen de surveillance du contrôle glycémique. Sauf
quelques indications particulières, la glycémie au laboratoire
apparaît comme un doublon peu utile.
III. L'importance de l'éducation du patient est
rappelée.
IV. Les facteurs classiques de risque vasculaire souvent
associés au diabète sucré doivent être pris
en compte au même titre que la glycémie : une hypertension
artérielle >= 140-90 mmHg doit être traitée, un
chiffre de LDL-cholestérol >= 1,30 g/l implique un traitement
spécifique dans le cas habituel où s'y associent deux autres
facteurs de risque vasculaire. Une augmentation des triglycérides
représente chez le diabétique un de ces facteurs de risque,
parmi d'autres, à ajouter à la liste des facteurs de risque
qui permettent de définir le seuil maximal acceptable de LDL-cholestérol.
La corrélation entre le taux des triglycérides et le risque
cardiovasculaire chez les diabétiques de type 2 habituellement
observée dans des études de cohortes n'a en effet pas valeur
de preuve formelle de causalité et ne signifie donc pas qu'on va
réduire nécessairement le risque cardiovasculaire du diabétique
en faisant baisser la triglycéridémie. On ne dispose pas
d'études d'intervention en prévention secondaire chez le
diabétique dirigées préférentiellement vers
les triglycérides par l'usage d'un fibrate. En prévention
primaire, la Helsinki heart study utilisant le gemfibrozil a mis en évidence
une réduction du risque relatif de survenue d'événements
coronaires mais sans effet sur la mortalité. Cette réduction
du risque relatif était de 60 % dans l'analyse post-hoc
du sous-groupe de 135 diabétiques, différence non significative.
Cette question devrait s'éclaircir à court ou à moyen
terme avec la publication des études actuellement en cours de prévention
cardiovasculaire par l'usage d'un fibrate.
V. Il est conseillé de
calculer le risque cardiovasculaire absolu des patients à partir
des équations issues des grandes études d'observation, en
utilisant les calculettes ou logiciels ad hoc.
VI. Le dépistage des complications est dominé
par un examen clinique annuel (poids, pression artérielle, palpation
des pouls, interrogatoire attentif à la recherche de manifestations
d'angor et/ou des signes fonctionnels d'une neuropathie...), le fond d'il,
la mesure de la créatinine sérique et l'ECG de repos.
VII. L'évaluation de la sensibilité tactile
des membres inférieurs par le monofilament nylon est encouragée,
car bien validée, même si cette pratique est encore insuffisamment
répandue en France. Elle doit s'accompagner d'un examen attentif
des pieds à la recherche de déformations et d'une palpation
des pouls périphériques.
VIII. Certains examens ne doivent pas être pratiqués
systématiquement en l'absence de signes d'appel, par exemple l'angiographie
à la fluorescéine, l'examen cytobactériologique urinaire,
les explorations neurophysiologiques, les examens complémentaires
de la neuropathie autonome, l'exploration écho-doppler des gros
vaisseaux.
IX. La microalbuminurie est présentée
comme un marqueur global de gravité plus que comme un marqueur
spécifiquement rénal.
CONCLUSION
Le groupe de travail de l'ANAES propose que des études
cliniques soient réalisées en priorité dans certains
domaines controversés, notamment les deux domaines suivants.
* L'intérêt de l'autosurveillance glycémique.
Celle-ci s'impose en cas d'insulinothérapie. En revanche, chez
le diabétique de type 2 non insulinotraité, la quasi-totalité
des études disponibles (petites et discutables méthodologiquement)
montre qu'elle a peu d'intérêt. Nombre de cliniciens pensent
le contraire. Le groupe de travail a conclu avec prudence : pas d'autosurveillance
glycémique systématique mais intérêt de l'autosurveillance
pour l'éducation du patient et dans diverses situations qui sont
précisées. Il est clair qu'une grande étude s'impose
pour faire avancer cette importante question.
* L'intérêt de dépister l'ischémie
myocardique silencieuse. Nombre de cliniciens pensent qu'un ECG d'effort
et/ou une scintigraphie myocardique (ou une échocardiographie de
stress) sont utiles chez de nombreux patients pour poser l'indication
éventuelle de coronarographie et de revascularisation. Cet arbre
décisionnel agressif est lourd, financièrement et pour les
patients. En l'absence d'une réelle validation scientifique de
cette attitude, et surtout à défaut de savoir à quels
patients la proposer, le groupe de travail a conclu qu'il ne fallait pas
aller au-delà d'un interrogatoire attentif si celui-ci est négatif
et de l'ECG de repos si ce dernier est normal mais le groupe de travail
a aussi ajouté prudemment... « sauf cas particuliers ».
On aimerait qu'une grande étude nous apprenne quels sont ces cas
qui sont peut-être moins particuliers qu'il n'y paraît.
Ces recommandations, dont l'argumentaire détaillé
a été publié [1], constituent une mise au point complète
et actualisée sur un sujet d'importance.
Elles peuvent contribuer, si elles sont largement diffusées, à
une homogénéisation et à une amélioration
de la prise en charge des diabétiques de type 2 en France.
Il serait à cet égard plus que souhaitable, malgré
les « propos freinateurs » du Dr P. Sopena dans une tribune
récente [2], que les Références médicales
opposables (RMO) concernant le diabète sucré soient rédigées
de manière plus positive que d'ordinaire et prennent en compte
au mieux les données actuelles de la science, autrement dit soient
réactualisées. L'intérêt des recommandations
de l'ANAES est de constituer une base validée pour le référentiel
de bonne pratique que le Dr P. Sopena appelle fort justement de ses vux
et qu'il n'est donc pas indispensable de réécrire.
REFERENCES
1. Suivi du patient diabétique de type 2 à l'exclusion
du suivi des complications. Recommandations de l'ANAES. Diabetes Metabol
1999 ; 25 (suppl. 2) : 1-64.
2. Sopena P. Une nouvelle RMO pour septembre. Panorama du
Médecin 1999 ; 633 : 18-20.
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