ARTICLE
La migraine hémiplégique
familiale (MHF) est une migraine avec aura caractérisée,
d'après les critères de l'International Headache Society,
par la survenue d'un déficit moteur au cours de l'aura et par la
présence des mêmes types de crises chez au moins un apparenté
au premier degré [1]. Plus de 50 familles ont été
rapportées [2, 3]. La MHF est l'unique variété de
migraine pour laquelle un mode de transmission monogénique, autosomique
dominant, a été clairement établi. Grâce à
la génétique inverse, un premier gène de cette affection
a été identifié en 1996 par Ophoff et al.
comme étant CACNA1A, codant pour la sous-unité principale
d'un canal calcique neuronal [4]. Cette découverte représente
une avancée considérable dans la compréhension des
mécanismes moléculaires de la MHF et de ses rapports avec
d'autres affections nosologiquement proches comme l'ataxie épisodique
de type 2. De plus, le fait que la MHF soit une maladie des canaux ioniques
neuronaux ouvre de nouvelles perspectives dans l'étude de la physiopathogénie
des formes plus habituelles de migraine avec ou sans aura.
Description clinique
Crises de migraine hémiplégique
Il s'agit de crises de migraine avec aura motrice [2,
3]. Lors de l'aura, le déficit moteur d'intensité variable
(de la simple lourdeur d'un membre à l'hémiplégie
flasque) est presque toujours associé à un ou plusieurs
autres symptômes qui s'installent progressivement et successivement,
souvent dans l'ordre : troubles visuels, troubles sensitifs, déficit
moteur puis troubles du langage (tableau I).
Chez un tiers environ des patients, les crises affectent toujours le même
hémicorps. Les troubles sensitivo-moteurs sont parfois bilatéraux
(25 % des patients), soit dès le début de la crise, soit
durant la progression de l'aura, touchant un côté après
l'autre ou les deux côtés en même temps [5-7]. D'autres
symptômes peuvent survenir : déséquilibre, diplopie,
acouphènes, baisse de l'audition, drop attack, confusion
ou perte de connaissance [7]. La durée moyenne de l'aura est de
1 à 2 heures, mais peut varier de 10 minutes à plusieurs
jours.
La céphalée s'installe généralement après
la disparition de l'aura et dure de quelques heures à quelques
jours. La douleur peut être bilatérale ou unilatérale
et, dans ce cas, ipsilatérale ou controlatérale au déficit
moteur. Son intensité varie de la gêne modérée
à la douleur insupportable. Les signes d'accompagnement ne diffèrent
pas de ceux observés lors d'autres formes de migraine : nausées,
vomissements, photophobie, phonophobie ou pâleur. Enfin, près
de 10 % des patients n'ont jamais de céphalée.
En plus de leurs crises habituelles, environ 40 % des patients présentent
au moins un épisode atypique [6, 8-10]. Il peut s'agir de crise
de migraine hémiplégique avec aura prolongée, jusqu'à
plusieurs jours. Des attaques plus sévères peuvent survenir
avec aura prolongée, confusion, hyperthermie, signes méningés
et troubles de la conscience allant de l'obnubilation au coma profond
avec défaillance respiratoire. Chez certains patients, ces épisodes
comportent des manifestations épileptiques : crise généralisée,
clonies hémicorporelles et même état de mal partiel
[11]. Enfin, des cas de confusion persistante avec agitation, hallucinations
visuelles et auditives ont été rapportés [12]. La
moitié de ces épisodes inquiétants et dramatiques
surviennent avant l'âge de 20 ans et sont alors souvent inauguraux
et de diagnostic difficile. Les symptômes régressent toujours
spontanément en quelques jours ou en quelques semaines sans séquelles
cliniques ni radiologiques (TDM et IRM). Chez quelques patients, la récupération
est plus longue avec persistance de troubles du langage, de troubles mnésiques
et de difficultés de concentration pendant plusieurs mois.
D'autres types de crises de migraine peuvent alterner avec les crises
de MHF : environ 10 % des patients décrivent comme « petites
crises » des épisodes de migraine avec aura non hémiplégique
et 34 % ont des migraines sans aura [6-8, 10, 13-15].
Environ deux tiers des patients signalent un ou plusieurs facteurs déclenchants,
les plus fréquents étant le stress et les traumatismes crâniens
bénins [6, 16]. Moins de 10 % des patients incriminent les facteurs
déclenchants habituellement retrouvés dans les autres formes
de migraine comme les aliments, les stimulations visuelles ou auditives,
les facteurs climatiques (température, vent) ou les menstruations.
L'injection de produit de contraste lors d'angiographie cérébrale
ou extracérébrale est susceptible de déclencher un
accès sévère avec coma fébrile [3]. Tous les
examens de ce type sont donc à éviter chez les patients
atteints de MHF.
Les crises se caractérisent par une grande variabilité phénotypique
[5]. L'ordre d'apparition, la progression, la topographie, l'intensité
et la durée des différents symptômes de l'aura ainsi
que les caractéristiques des céphalées peuvent varier
d'une crise à l'autre chez un même patient, entre les différents
apparentés atteints d'une même famille ou entre familles
différentes.
Évolution des crises
Les premières crises apparaissent en moyenne
vers 12 ans, mais des débuts précoces avant 2 ans ou au
contraire très tardifs (75 ans) ont été rapportés.
La fréquence des attaques varie de plus d'une par semaine à
quelques-unes au cours de la vie, avec une moyenne de 3 à 4 par
an, et semble plus élevée à certaines périodes,
surtout entre 5 et 25 ans. Chez certains patients, la fréquence
peut varier de crises quotidiennes, surtout au début de l'évolution
de la maladie, à des intervalles libres de plusieurs années
[5].
Signes neurologiques associés
Dans 20 % des familles, la MHF est associée à
des signes cérébelleux permanents [8, 14-22]. Dans ces familles,
le syndrome cérébelleux est cotransmis avec la MHF mais
a une pénétrance inférieure : un nystagmus (horizontal,
vertical ou multidirectionnel) est retrouvé chez environ 75 % des
patients et une ataxie stato-kinétique modérée et
lentement progressive chez 40 % d'entre eux [17]. Le nystagmus et d'autres
anomalies de la motilité oculaire sont probablement les premiers
signes du syndrome cérébelleux progressif [18]. Certains
patients vont ensuite développer une ataxie. La marche reste généralement
autonome même après des années d'évolution.
L'âge de début de ces troubles est difficile à préciser.
Le nystagmus et l'ataxie peuvent être constatés avant la
première crise de MHF, et l'évolution de l'ataxie semble
indépendante de la fréquence et de la sévérité
de ces crises [15].
D'autres troubles neurologiques permanents ont été rapportés
: tremblement essentiel [5, 22], syndrome d'Usher et cataracte [15], troubles
cognitifs [13] et retard mental [8, 22].
Examens complémentaires
Lors des crises sévères, le LCR est anormal
dans environ un tiers des cas avec hypercellularité (12-290/mm3)
par augmentation du nombre de lymphocytes, alors que la protéinorachie
et la glycorachie sont normales [8].
Durant les crises de MHF, l'électroencéphalogramme est toujours
perturbé avec des ondes lentes diffuses prédominant à
l'hémisphère controlatéral au déficit. D'autres
anomalies ont été rapportées : ondes pointues
périodiques [23] ou dysrythmie [10]. Ces anomalies peuvent persister
plusieurs heures ou jours après la crise.
Quelques rares études en doppler transcrânien ont été
publiées. Chez un patient, lors d'une aura comportant une hémiplégie
droite et une aphasie, les résultats du doppler suggéraient
une vasoconstriction diffuse des vaisseaux de la base et des petites artères
de l'hémisphère gauche.
La TDM et l'IRM cérébrales pratiquées durant ou juste
au décours d'une crise de MHF sont le plus souvent normales, mais
peuvent montrer un dème hémisphérique controlatéral
au déficit moteur lors d'une crise sévère avec coma
et fièvre [8]. En intercritique, l'imagerie cérébrale
est normale chez les patients appartenant aux familles de MHF pure, y
compris chez ceux qui ont de discrets troubles cognitifs [13]. En particulier,
il n'y a pas d'anomalies de la substance blanche. Chez les patients atteints
de MHF avec ataxie, la TDM ou mieux l'IRM peuvent montrer une atrophie
du cervelet souvent restreinte à la partie antérieure du
vermis [8, 18, 19]. La découverte d'une anomalie focale chez un
patient MHF doit faire suspecter l'existence d'une pathologie associée.
Malgré le risque que comporte cet examen, plusieurs publications
rapportent les résultats d'angiographies cérébrales
pratiquées pendant ou après une crise de MHF. Seules deux
étaient anormales avec vasoconstriction percritique : un spasme
de l'artère basilaire et un retrécissement de l'artère
cérébrale moyenne controlatérale au côté
hémiplégique [22]. Ces résultats ne constituent en
aucun cas une preuve en faveur de l'origine vasculaire ischémique
des symptômes neurologiques de l'aura, par spasme ou occlusion artérielle.
Génétique
de la migraine hémiplégique familiale
Transmission autosomique dominante
Dans la majorité des familles étudiées,
l'affection suit une répartition verticale, se transmet de génération
en génération autant par les pères que par les mères
et se distribue de manière égale entre hommes et femmes.
Enfin, environ la moitié des descendants d'un sujet atteint sont
eux-mêmes atteints. Ces observations sont compatibles avec un mode
de transmission autosomique dominant. Dans quelques familles [13, 22]
la maladie n'est transmise que par les mères, ne permettant pas
d'exclure une transmission de type mitochondrial.
Pénétrance incomplète
Tous les porteurs de mutation n'expriment pas la maladie
: il existe donc des sauts de génération [5, 11]. Cette
pénétrance incomplète a des conséquences importantes
pour les cliniciens comme pour les généticiens. D'une part,
un individu affecté peut n'avoir aucun apparenté au premier
et même au second degré atteint, rendant le diagnostic de
migraine hémiplégique familiale difficile. D'autre part,
un sujet asymptomatique peut avoir des enfants atteints. Ensuite, la localisation
et l'identification des gènes de la MHF nécessitent la collecte
de larges familles, ce qui est difficile lorsqu'il y a de nombreux sauts
de génération. Enfin, la pénétrance incomplète
suggère l'existence de facteurs génétiques et/ou
environnentaux modificateurs jouant un rôle dans l'expression du
phénotype MHF.
Hétérogénéité
génétique
Au moins trois gènes différents sont responsables
de la MHF [4, 11, 19-21]. Un premier gène, localisé sur
le bras court du chromosome 19 [19], est impliqué dans 50 % des
familles non sélectionnées et dans toutes celles avec ataxie
cérébelleuse [5, 11, 20, 21]. Ce gène a été
identifié en 1996, comme étant CACNA1A, codant la
sous-unité *1A des canaux calciques dépendants du voltage
de type P/Q [4]. Un second gène, récemment localisé
sur le chromosome 1 [9, 11], est impliqué dans 20 % des familles
[11]. Ce gène n'a pas encore été identifié.
Enfin, 30 % des familles ne sont liées ni au chromosome 19
ni au chromosome 1, démontrant l'existence d'au moins un troisième
gène différent [11]. Dans une étude récente,
les caractéristiques cliniques et génétiques de trois
groupes de famille ont été comparées : 10 familles
liées au chromosome 19 incluant 94 patients, 3 familles liées
au chromosome 1 incluant 24 patients, et 4 familles non liées incluant
24 patients [5]. Aucune différence significative n'a été
observée entre les trois groupes de familles concernant les symptômes
des crises de MHF, la survenue d'accès sévères, l'association
à d'autres types de migraine et les caractéristiques évolutives
de la maladie. En revanche, deux corrélations génotype-phénotype
majeures ont été mises en évidence : premièrement,
la pénétrance est plus faible dans les familles liées
au chromosome 1 et, deuxièmement, des signes cérébelleux
permanents sont présents dans 50 % des familles liées au
chromosome 19 et dans ces familles seulement.
MHF : maladie du canal calcique CACNA1A
La MHF s'inscrit dans la liste sans cesse croissante
des affections des canaux ioniques dépendants du voltage, avec
lesquelles elle partage de nombreuses caractéristiques : transmission
autosomique dominante, manifestations cliniques paroxystiques et variabilité
clinique (tableau II).
Les canaux calciques dépendants du voltage sont des protéines
multimériques, situées dans la membrane cellulaire et centrées
par un pore qui, en réponse à une dépolarisation
membranaire, s'ouvre et laisse entrer sélectivement le calcium.
Ils contiennent une sous-unité principale *1, qui forme le pore
et porte les stuctures responsables de la sensibilité au voltage
et de la sélectivité ionique, associée à des
sous-unités régulatrices (*2, ß, *, et *). Les différents
canaux calciques dépendants du voltage sont répartis en
6 classes (L, N, P, Q, R et T) selon leur sensibilité au potentiel
membranaire et leurs propriétés électrophysiologiques
et pharmacologiques. Au moins 9 gènes codant des sous-unités
*1 distinctes sont connus chez l'homme. Les propriétés des
différents canaux calciques reposent essentiellement sur le type
de sous-unité *1 qu'ils contiennent. CACNA1A (pour CAlcium
ChaNnel Apha 1 subunit de type A) code pour la sous-unité *1A des
canaux de type P/Q, qui sont exprimés quasi exclusivement dans
les neurones et en très grande quantité dans les neurones
cérébelleux. Ils génèrent 80 % des courants
calciques dans les cellules de Purkinje. Ils jouent un rôle primordial
dans l'excitabilité neuronale et la libération de neurotransmetteurs.
Des mutations de CACNA1A sont responsables de toutes les MHF avec
ataxie et d'environ 25 à 30 % des MH pures [4, 11, 17]. Au
total, 22 familles de MHF (3 atteintes de MHF pure et 19 de MHF avec ataxie)
ainsi que 3 cas sporadiques de migraine hémiplégique avec
ataxie ont été analysés à la recherche de
mutations du gène CACNA1A [4, 17]. Cinq mutations ponctuelles
de type faux-sens ont été identifiées dans la MHF
dont 3 dans la MHF avec ataxie. Dans 10 familles atteintes de MHF avec
ataxie et dans un des cas sporadiques, la maladie est due à la
même mutation récurrente, T666M, survenant en l'absence d'effet
fondateur. Ces mutations entraînent la substitution d'un seul acide
nucléique de la protéine et siègent dans des régions
fonctionnelles du canal, près du pore ou dans la zone de sensibilité
au voltage (figure). Il
a récemment été montré que 4 de ces mutations
(R192Q, T666M, I1811L et V714A) altéraient les propriétés
cinétiques des sous-unités *1A, entraînant probablement
une baisse de la disponibilté des canaux de type P/Q dans les neurones
[24, 25].
MHF, ataxie épisodique de type 2 et SCA6
: affections neurologiques alléliques
De manière très intéressante, des
mutations différentes de CACNA1A ont également été
identifiées dans deux autres affections neurologiques autosomiques
dominantes : l'ataxie épisodique de type 2 (AE2) et l'ataxie spino-cérébelleuse
de type 6 (SCA6) [4, 26]. La MHF pure, la MHF avec ataxie, l'AE2 et SCA6
sont donc des affections alléliques, dues à différentes
mutations du même gène. L'AE2 est, comme la MHF, une affection
neurologique paroxystique, dont les attaques comportent une instabilité
majeure avec incoordination. Souvent déclenchées par l'exercice
ou l'émotion, elles durent de 15 minutes à plusieurs heures
et sont prévenues de manière caractéristique par
l'acétazolamide. Durant les intervalles libres, l'examen révèle
souvent des signes cérébelleux permanents très semblables
à ceux observés dans 20 % des familles de MHF. L'IRM montre
inconstamment une atrophie cérébelleuse prédominant
sur le vermis. Sur 10 mutations de CACNA1A identifiées dans
différents cas familiaux et sporadiques d'AE2, 9 modifient le cadre
de lecture et entraînent très probablement la production
de protéines tronquées [4, 27, 28].
SCA6 est une affection neurodégénérative, caractérisée
par une ataxie statique et cinétique lentement progressive qui
s'installe vers 50 ans [26]. L'IRM montre une atrophie cérébelleuse
isolée. L'anatomopathologie montre essentiellement une atrophie
cérébelleuse majeure avec une perte sévère
des cellules de Purkinje prédominant au niveau du vermis supérieur
et des hémisphères. SCA6 est dû à de petites
expansions du triplet CAG contenu dans la partie 3' de CACNA1A
et potentiellement traduit en polyglutamine dans certaines des isoformes
de la protéine.
Trois types distincts de mutations de CACNA1A semblent donc corrélées
à trois phénotypes distincts : mutations faux-sens pour
la MHF, troncations pour l'AE2 et expansions CAG pour SCA6. Les fortes
corrélations génotype-phénotype observées
suggèrent l'existence de mécanismes physiopathogéniques
spécifiques dans ces maladies des canaux calciques *1A. Leur compréhension
bénéficiera de l'apport de l'électrophysiologie et
de l'étude des modèles animaux.
Diagnostic de la MHF
En l'absence d'examen complémentaire spécifique,
le diagnostic de MHF repose entièrement sur l'histoire du patient
et la notion d'antécédents familiaux identiques. En raison
de la pénétrance incomplète de la MHF, l'enquête
familiale ne devrait pas concerner uniquement les apparentés au
premier degré mais aussi ceux au second degré. Si le patient
n'a aucun antécédent familial semblable, le diagnostic ne
doit pas être éliminé : il peut s'agir d'un cas sporadique
de MH (par pénétrance incomplète, par fausse paternité
ou bien par néomutation d'un des différents gènes
impliqués dans cette maladie). Par ailleurs, une crise de migraine
avec aura hémiplégique peut survenir chez des patients habituellement
atteints d'une autre forme de migraine avec ou sans aura. On ne connaît
pas encore les rapports de ces cas avec la MHF.
Le diagnostic de MHF peut être difficile lorsque le tableau clinique
est dominé par des crises graves avec coma, convulsions et déficit
prolongé, ou lorsque les troubles neurologiques permanents (ataxie)
sont prépondérants. Dans ces cas, il pourrait être
utile de confirmer le diagnostic clinique par un diagnostic génétique.
Dans le futur, l'identification des différents gènes de
la MHF pourrait permettre d'élaborer des traitements spécifiques,
selon les divers mécanismes en cause. Le diagnostic génétique
deviendrait alors un moyen de sélectionner le traitement le plus
efficace pour chaque groupe de malades. En revanche, la MHF est une affection
qui peut être très invalidante dans certains cas, mais dont
le pronostic globalement bénin ne justifie pas la pratique d'un
diagnostic génétique prédictif pour les enfants asymptomatiques
et encore moins la pratique d'un diagnostic anténatal.
Malheureusement, le diagnostic génétique de la MH reste
difficile en pratique, en raison, premièrement, de l'hétérogénéité
génétique de cette affection, deuxièmement, de la
très grande taille du seul gène identifié CACNA1A
et, troisièmement, de la lourdeur et de la sensibilité incomplète
des techniques de détection de mutation actuellement utilisées.
Aspects thérapeutiques de la MHF
Malgré l'identification du premier gène
de la MHF comme étant un canal calcique, les mécanismes
physiopathogéniques précis de cette affection restent inconnus.
Le traitement reste donc empiriquement fondé sur celui des autres
formes de migraine avec aura et comprend deux volets : symptomatique
et préventif.
Le traitement des crises vise à diminuer l'intensité de
la céphalée et de ses signes d'accompagnement lors des crises
habituelles et à prévenir les conséquences d'un déficit
avec troubles de la conscience dans les crises sévères.
Les dérivés de l'ergot de seigle sont des vasoconstricteurs
et ne sont donc généralement pas utilisés dans la
MHF. De même, l'effet du sumatriptan et des autres triptans sur
la MHF est inconnu, mais leur utilisation est déconseillée
dans la migraine basilaire et donc, par extension, dans la MHF qui est
nosologiquement proche [7].
Chez la plupart des patients, les crises de MHF sont peu fréquentes
et ne nécessitent un traitement de fond qu'en cas d'autre forme
de migraine invalidante associée. Chez les sujets jeunes, les crises
peuvent être assez fréquentes pour nécessiter un traitement
préventif. En raison de la relative rareté de la MHF et
de l'absence de larges séries de patients, il n'existe pas de conduite
à tenir bien déterminée. Les résultats concernant
l'utilisation de bêtabloquants, surtout le propanolol, sont contradictoires.
Quelques patients ont été aggravés, alors que d'autres
ont été améliorés. Quelques publications font
état de l'efficacité des anticalciques (flunarizil, vérapamil
et nimodipine) sur la fréquence et la sévérité
des crises [6]. Peu de données sont disponibles sur la prévention
de la MHF par le méthysergide. En raison de ses propriétés
vasoconstrictrices, il ne s'agit probablement pas d'un traitement de choix.
La phénytoïne, la papavérine et le phénobarbital
ont également été utilisés. Enfin, en se fondant
sur l'allélisme de l'AE2 et de la MHF dans les familles liées
au chromosome 19, et sur l'efficacité de l'acétazolamide
dans la prévention des crises d'ataxie paroxystique, il semble
logique de proposer un traitement de fond par acétazolamide (Diamox®)
aux patients atteints de MH avec crises fréquentes. Un patient
ayant été efficacement traité a déjà
été publié [29].
CONCLUSION
La MHF dans les familles liées au chromosome
19 est une maladie des canaux calciques dépendants du voltage de
type P/Q. Les autres gènes de la MHF ne sont pas encore identifiés.
Il n'y a pas de différence significative concernant la symptomatologie
des crises et l'évolution de la maladie entre les familles liées
à une altération de CACNA1A, celles liées
au chromosome 1 et celles non liées. Ce résultat pourrait
suggérer l'implication d'autres gènes codant pour des sous-unités
de canaux ioniques dans ces dernières familles.
Enfin, l'implication du gène CACNA1A a déjà
été étudiée dans la migraine avec aura non
hémiplégique par plusieurs équipes. Ces études
ont donné des résultats contradictoires, en raison de probables
biais méthodologiques. Seule l'analyse directe du gène CACNA1A
et, dans le futur, des autres gènes de la MHF permettra de déterminer
s'ils sont ou non impliqués dans les formes plus habituelles de
migraine avec et sans aura.
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