Résumé : Depuis près de dix ans, l’étude de l’apolipoprotéine E, une protéine de transport des lipides, connue initialement pour son implication dans le métabolisme du cholestérol et dans la genèse de certaines maladies cardiovasculaires, a permis d’effectuer des progrès considérables dans la compréhension du développement des maladies neurodégénératives. L’existence d’un polymorphisme fréquent de cette protéine permettant de définir trois isoformes protéiques majeures, les isoformes E3, E4 et E2, codées par trois allèles différents, les allèles 3, 4 et 2, a été à la base de nombreux travaux caractérisant un facteur de susceptibilité génétique, aisément accessible, impliqué dans plusieurs processus pathologiques différents, dont un des exemples principaux est la maladie d’Alzheimer.
Les axes de recherches dans le domaine des démences ont été radicalement modifiés par la découverte d’un lien épidémiologique fort entre la présence de l’allèle 4 du gène de l’apolipoprotéine E dans le génotype d’un individu, et le risque de développer une maladie d’Alzheimer à début tardif. En revanche, l’abord des mécanismes biologiques sous-tendant cette association se révèle être extrêmement complexe. La plupart des hypothèses physiopathologiques émises sur la maladie d’Alzheimer ont été rattachées directement ou indirectement à l’influence des différentes isoformes de l’apolipoprotéine E, mettant en lumière le rôle essentiel de l’apolipoprotéine E dans le métabolisme cérébral.
L’utilisation du génotypage de l’apolipoprotéine E, en clinique, à des fins de dépistage ou de diagnostic, bien qu’au coeur d’intenses débats, n’est pas recommandée dans la mesure où, actuellement, aucune réponse préventive ou thérapeutique efficace ne peut être apportée à la suite de ce test. En revanche, dans le cadre de recherches cliniques ou d’essais thérapeutiques, le génotypage de l’apolipoprotéine E permet de réduire l’hétérogénéité du diagnostic de la maladie d’Alzheimer et d’analyser plus finement les effets de nouveaux traitements.
Mots-clés : apolipoprotéine E, polymorphisme, maladie d’Alzheimer, susceptibilité génétique.
Illustrations
Figure 1. Génotypage du
polymorphisme de l'ApoE. Fragments caractéristiques de chaque
allèle obtenus par digestion enzymatique par Hha I après
amplification génomique (pb = paires de bases ; M = marqueur de taille).
Figure 2. Pourcentages des taux
d'expression des ARN messagers de l'allèle Epsilon4 de l'ApoE
par rapport à ceux de l'allèle Epsilon3 de l'ApoE dans
le cerveau de témoins sains et dans celui de patients atteints de
maladie d'Alzheimer.