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Les effets du déficit en hormone de croissance (growth hormone,
GH) chez l'enfant sont connus de longue date. En revanche, les conséquences
du déficit en hormone de croissance chez l'adulte n'ont été
réellement évaluées que très récemment.
Chez l'enfant le déficit en hormone de croissance est à
l'origine d'un retard de croissance harmonieux avec ralentissement de
la vitesse de croissance et retard de maturation osseuse.
Chez l'adulte, même si l'on connaît depuis longtemps la
prévalence de l'insuffisance somatotrope chez les patients porteurs
de tumeurs hypophysaires ou soumis à une irradiation de la région
hypothalamo-hypophysaire, les conséquences de ce déficit
ont été longtemps occultées.
En 1987, plusieurs groupes en Angleterre, en Suède, au Danemark,
en Irlande, ont pu démarrer, chez l'adulte déficitaire en
hormone de croissance, des essais thérapeutiques utilisant l'hormone
de croissance humaine biosynthétique. Parallèlement, des
études plus systématiques des conséquences cliniques
du déficit en hormone de croissance de l'adulte ont été
menées permettant une description maintenant plus précise
de ce syndrome, en particulier de ses composantes cardiovasculaires. La
responsabilité de la pathologie cardio-
vasculaire dans l'excès de mortalité de ces patients invite
à analyser de plus près les rapports entre l'hormone de
croissance et le système cardiovasculaire.
Physiologie de
l'hormone de croissance
L'hormone de croissance est un long polypeptide monocaténaire
de 191 acides aminés qui circule principalement sous forme libre.
Elle est aussi en partie (30 à 50 %) liée à des protéines
de liaison, les « growth-hormones-binding proteins »
(GH-BP) qui ont une structure similaire à celle de la partie extramembranaire
du récepteur de l'hormone.
L'hormone de croissance se fixe sur un récepteur membranaire
dont la séquence protéique est ancrée dans la membrane
extracellulaire et qui comporte trois domaines : un domaine extracellulaire,
liant l'hormone de croissance, un domaine transmembranaire, enfin un domaine
intracellulaire, couplé aux systèmes effecteurs intracellulaires
[1]. L'hormone de croissance agit au niveau de ses organes cibles soit
de façon directe, soit par l'intermédiaire de la stimulation
d'un facteur de croissance, l'insulin-like growth factor-I ou IGF-I,
produit essentiellement par le foie et libéré dans la circulation,
mais aussi produit localement, au niveau de chacun des organes cibles
de l'hormone de croissance.
Effets métaboliques
Métabolisme lipidique
L'hormone de croissance joue un rôle important dans le métabolisme
du tissu adipeux [2]. L'effet lipolytique de cette hormone est lié
à son effet anti-insuline qui se traduit par une augmentation des
acides gras libres (après une diminution discrète et transitoire,
liée à l'effet insulinomimétique initial de l'hormone
de croissance). Le mécanisme exact de l'effet anti-insuline de
l'hormone de croissance est inconnu : il met probablement en jeu des mécanismes
postrécepteurs [3].
L'hormone de croissance possède également un effet sur
la cellularité du tissu adipeux en agissant sur la réplication
des préadipocytes et sur leur différenciation. Cet effet
semble spécifique de l'hormone de croissance car il n'est pas reproduit
par l'administration d'IGF-I. Enfin, l'hormone de croissance est capable
de mobiliser les graisses par hydrolyse des triglycérides puis
de stimuler le transport des acides gras libres du tissu adipeux vers
le foie. Dans le même temps, elle inhibe la réestérification
des acides gras libres par les adipocytes. Cet effet de mobilisation des
graisses semble dépendre de la présence des glucocorticoïdes
[4].
Métabolisme glucidique
Après un effet insulinomimétique transitoire (in vitro
et in vivo), marqué par une stimulation de l'utilisation
du glucose, le principal effet de l'hormone de croissance, lorsque l'hormone
agit de façon chronique, est un effet anti-insuline. L'hormone
de croissance inhibe l'utilisation du glucose. Elle joue donc un rôle
important dans la réponse de l'organisme à l'hypoglycémie.
Le mécanisme exact de cet effet anti-insuline n'est pas encore
connu (effet post-récepteur probable).
Métabolisme protéique
L'oxydation de la leucine et le transport des acides aminés sont
stimulés par l'administration d'hormone de croissance. Elle contribue
ainsi à la croissance staturale. Son effet sur le métabolisme
protéique semble impliquer l'IGF-I, qu'il s'agisse de l'IGF-I circulant
stimulé par l'hormone de croissance ou l'IGF-I produit localement
(effet paracrine) dans de nombreux tissus dépendants de l'hormone
de croissance.
Effets sur le métabolisme hydrosodé
L'effet antinatriurétique de l'hormone de croissance se traduit
par une augmentation de la volémie totale. L'hormone de croissance
agit sur la réabsorption tubulaire sodée, de façon
directe et de façon indirecte (par l'intermédiaire du système
rénine-angiotensine). L'effet direct de l'hormone de croissance
sur le tubule rénal a été mis en évidence
par Biglieri et al. [5] chez l'animal et chez l'homme opéré
d'une surrénalectomie bilatérale. Son action directe se
fait par l'activation des pompes Na-K-ATPase-dépendantes rénales
[6].
Ho et Weissberger [7] ont aussi mis en évidence, chez l'homme,
après administration aiguë de l'hormone de croissance, une
stimulation du système rénine-angiotensine, conduisant à
une sécrétion d'aldostérone contribuant donc à
la rétention sodée.
Effets cardiaques de l'hormone de croissance (figure
1)
Effets trophiques
Les effets de l'hormone de croissance sur le cur se font principalement
via la production locale d'IGF1. Les récepteurs de l'hormone
de croissance sont exprimés au niveau du myocarde en quantité
d'ailleurs plus importante que dans les autres tissus [8]. Après
administration d'hormone de croissance chez le rat hypophysectomisé,
on constate au niveau cardiaque une augmentation du contenu en IGF1 [9,
10]. Les myocytes cardiaques expriment d'autre part des récepteurs
à l'IGF1 [11, 12]. L'IGF1 est capable d'augmenter la taille des
cardiomyocytes en culture et d'induire l'expression de gènes musculaires
spécifiques [13]. Différents modèles d'hypertrophie
cardiaque sont marqués par une augmentation de l'expression de
l'ARNm de l'IGF1 [14-16]. Le rôle exact joué par l'IGF1 dans
l'hypertrophie myocardique (quelle qu'en soit l'origine) est donc probablement
important [17].
Effet sur la contractilité
Le rôle de l'hormone de croissance et de l'IGF1 sur les propriétés
contractiles du myocarde est plus controversé. Sur l'animal entier,
l'administration d'hormone de croissance ne semble pas modifier les propriétés
fonctionnelles myocardiques [18, 19]. En revanche, lorsque les études
portent sur des cardiomyocytes en culture [20] ou sur des fibres myocardiques
isolées [21, 22], la contractilité est nettement augmentée
par l'hormone de croissance.
Le déficit en hormone
de croissance chez l'adulte et ses conséquences
cardiovasculaires
Le déficit en hormone de croissance chez l'adulte associe un
certain nombre de manifestations cliniques principalement en rapport avec
des modifications de la composition corporelle (augmentation de la masse
grasse et réduction de la masse maigre, diminution du volume extracellaire)
et de changements métaboliques. Il existe aussi une limitation
des performances physiques, d'origine musculaire mais peut-être
aussi cardiaque. Le déficit en hormone de croissance est également
responsable de troubles de l'humeur et de modifications psychologiques
altérant significativement la qualité de vie.
Les causes du déficit en hormone de croissance
chez l'adulte
Parmi les causes de déficit somatotrope chez l'adulte, les pathologies
tumorales occupent la première place (90 % des cas, surtout après
intervention et radiothérapie). Les adénomes hypophysaires
sont les plus fréquents [23, 24]. Les fréquences respectives
des diverses étiologies sont indiquées dans le
tableau I.
Le déficit hypophysaire est d'autant plus fréquent que
l'âge des patients augmente [24].
Le syndrome clinique du déficit en hormone
de croissance chez l'adulte [25]
Les plaintes
* Les plaintes du patient sont essentiellement d'ordre psychologique.
Sa perception de bien-être psychologique est diminuée, il
raconte volontiers qu'il n'est pas en « bonne santé »
et que ses réactions émotives sont anormales. Les sentiments
dépressifs et anxieux, marqués par une diminution de l'énergie
et de la vitalité et une autodépréciation sont fréquents,
pouvant conduire à un isolement social.
* Les plaintes sont aussi physiques : le patient a du mal à lutter
contre une adiposité abdominale croissante ; ses capacités
de résistance en particulier à l'effort sont altérées.
* À l'examen clinique :
le patient présente visiblement un surpoids, prédominant
au niveau abdominal, tendant à augmenter le rapport taille/hanches.
La peau est souvent froide et sèche, les veines difficiles à
ponctionner.
Excès de masse grasse, réduction
de la masse maigre et des volumes extracellulaires
Les patients adultes porteurs d'un déficit en hormone de croissance
présentent, lorsqu'ils sont comparés à la population
normale, un excès de masse grasse. Utilisant un modèle à
deux compartiments (mesure du potassium total), permettant d'évaluer
l'eau totale puis de calculer la masse grasse, cette dernière a
été estimée en moyenne à 37,9 % du poids du
corps, ce qui correspond à un excès de 7 % de la masse grasse
par rapport à une population témoin [26]. Une autre étude
[27] utilisant un modèle à quatre compartiments a retrouvé
un excès de masse grasse de 2,4 kg chez les hommes (+ 7,5 kg d'excès
pondéral) et de 3,3 kg chez les femmes (+ 3,6 kg d'excès
pondéral). Comme l'ont bien mis en évidence Bengtsson et
al., cet excès de masse grasse n'est pas uniformément
réparti et paraît porter essentiellement sur la graisse abdominale,
en particulier sur la graisse intra-abdominale viscérale et, à
un moindre degré, sur la graisse sous-cutanée [28]. La masse
maigre est en revanche diminuée de 7 à 8 % par rapport à
celle des sujets normaux appariés en âge, sexe, taille et
poids [26]. Les muscles, qui constituent environ la moitié de la
masse maigre, ont chez les patients déficitaires en hormone de
croissance une masse significativement réduite, que cela ait été
apprécié en termes de surface musculaire évaluée
sur un scanner régional de la cuisse [29] ou en termes de rapport
graisse/muscle au niveau de la cuisse (65 % de muscle et 35 % de graisse
chez le patient déficitaire en hormone de croissance, 85 % de muscle
et 15 % de graisse chez le sujet normal [30].
Les volumes extracellulaires, analysés selon un modèle
à quatre compartiments chez 106 adultes déficitaires en
hormone de croissance ont été trouvés diminués
de 15 % environ [27]. Cette réduction est probablement en rapport
avec la diminution des effets antinatriurétiques physiologiques
de l'hormone de croissance.
Altération des performances physiques
La fonction musculaire des adultes présentant un déficit
en hormone de croissance est diminuée : la force isométrique
du quadriceps de vingt-quatre patients déficitaires en hormone
de croissance est significativement moindre (environ 20 %) que
celle de quarante et un sujets témoins. Il en est de même
pour la surface musculaire transversale ( 13 %). Cependant, l'histologie
musculaire est normale [29]. En termes de performances physiques, la consommation
maximale d'oxygène, VO2 max) est de 18 à 28 %
inférieure à celle des témoins [31-34]. La puissance
développée est diminuée [28, 35] alors que la fréquence
cardiaque maximale à l'effort et les échanges respiratoires
ne sont pas significativement différents de ceux des témoins
[34].
Qualité de vie
Sur la base des questionnaires NHP (Nottingham health profile)
plusieurs paramètres de qualité de vie sont apparus significativement
modifiés chez les patients déficitaires en hormone de croissance.
Les patients se plaignent plus volontiers de « problèmes de
santé ». Les scores d'évaluation de paramètres
tels que la tendance à la labilité émotionnelle,
à l'isolement social et aux troubles de l'humeur apparaissent plus
élevés chez les déficitaires en hormone de croissance.
Enfin, les sentiments tels que les pertes de mémoire, la perte
d'énergie, le manque de motivation, les difficultés de concentration,
sont plus fréquents chez les déficitaires en hormone de
croissance [25].
L'atteinte cardiovasculaire au cours du déficit
en hormone de croissance
Le déficit en hormone de croissance
aggrave le risque cardiovasculaire
C'est une étude suédoise qui, la première, a souligné
le mauvais pronostic, en particulier cardiovasculaire du déficit
en hormone de croissance [23].
La mortalité d'un groupe de 333 patients présentant un
déficit en hormone de croissance non traité (alors que les
éventuels autres déficits hormonaux hypophysaires étaient
correctement substitués) a été comparée à
celle d'une population témoin. Pour une période identique
de suivi, 57,4 décès étaient attendus dans la population
générale et pratiquement deux fois plus de patients présentant
un déficit en hormone de croissance (104) sont en fait décédés.
La cause du décès était en rapport avec une pathologie
cardiovasculaire dans 60 cas alors que, dans la population témoin,
la pathologie cardiovasculaire n'aurait été en cause, pour
la même période, que dans 30,8 cas (figure
2). Un travail épidémiologique anglais [36] retrouve
des résultats un peu différents : si l'excès de mortalité
toutes causes confondues existe bien chez les déficitaires en hormone
de croissance (RR 1,73), l'excès de mortalité cardiovasculaire
n'apparaît pas significatif (RR 1,35).
Une autre étude, réalisée au Saint-Mary's Hospital
à Londres, a mis en évidence une augmentation de la prévalence
des lésions d'artériosclérose à type de plaques
artérielles et d'épaississement pariétal chez des
adultes déficitaires en hormone de croissance [37].
La notion d'un profil lipidique de risque cardiovasculaire chez les
patients déficitaires en hormone de croissance est controversée.
S'il est vrai que les taux moyens de triglycérides, de cholestérol
total, de cholestérol lié aux lipoprotéines de basse
densité et d'apo B sont supérieurs et les taux de cholestérol
lié aux lipoprotéines de haute densité inférieurs
à ceux d'une population témoin [26, 38-43], le caractère
modéré de ces anomalies fait discuter leur rôle réel
en tant que facteur de risque cardiovasculaire. Il est néanmoins
important de noter que 25 à 40 % des patients ont une augmentation
des triglycérides, du cholestérol total et du cholestérol
lié aux lipoprotéines de basse densité et que 75
% des patients ont un cholestérol lié aux lipoprotéines
de haute densité abaissé [40].
L'excès de tissu adipeux, en particulier abdominal viscéral,
retrouvé chez ces patients [28] contribue probablement aussi au
risque cardiovasculaire accru. Classiquement, cette adiposité viscérale
influence le profil lipidique mais constitue également un marqueur
associé d'insulinorésistance. Il en est probablement de
même lors du déficit en hormone de croissance : une insulinorésistance
a en effet été retrouvée par plusieurs auteurs chez
ces patients [44, 45].
Atteinte cardiovasculaire
L'importance de l'atteinte cardiovasculaire chez le patient présentant
un déficit en hormone de croissance est jugée de façon
partagée. Chez les patients du Saint-Mary's Hospital de Londres,
l'écho-doppler cardiaque a retrouvé une masse ventriculaire
et une fraction d'éjection ventriculaire gauches normales [46].
Des anomalies de repolarisation ont néanmoins été
notées chez six des vingt et un patients de cette étude.
Le groupe danois n'a pas non plus noté de différence de
masse ventriculaire gauche, d'index cardiaque ou de fraction d'éjection
entre les sujets témoins et les patients porteurs d'un déficit
en hormone de croissance [47]. En revanche, deux études italiennes
[48, 49] ont constaté, chez tous les patients, une diminution de
la masse ventriculaire gauche (54 ± 11 g/m2 contre 85
± 15 g/m2 chez les témoins) associée à
une altération marquée de la fonction systolique du ventricule
gauche (FEVG = 55 ± 6 contre 66 ± 6 %, index cardiaque = 2,7
± 0,6 contre 3,7 ± 0,5 l/min/m2). Ces résultats
ont été confirmés par l'étude isotopique du
ventricule gauche [35].
L'adaptation cardiaque à l'effort est également anormale
chez ces patients (près de 80 % n'augmentent pas leur débit
cardiaque de plus de 5 %). L'index cardiaque n'augmente en moyenne qu'à
8 ± 1,1 alors qu'il s'élève à 10 ± 1,2
l/min/m2 chez les témoins. La mauvaise tolérance
à l'effort est donc probablement expliquée, au moins en
partie par une mauvaise adaptation cardiaque à l'effort [48, 35].
La pression artérielle de ces patients est également inférieure,
de même que la réponse pressive à l'effort [30, 35,
48, 49]. Ce résultat n'a pas été retrouvé
par Rosen et al. [43].
Il est probable que l'ancienneté du déficit en hormone
de croissance conditionne l'importance de la dysfonction cardiaque [35,
46].
Les mécanismes précis de la dysfonction cardiaque au cours
du déficit en hormone de croissance restent très discutés.
Un effet anabolique de l'hormone de croissance sur le tissu musculaire,
en particulier cardiaque, par activation de la synthèse protéique
est maintenant bien documenté [13, 50, 51]. D'autre part, le déficit
en hormone de croissance est probablement à l'origine d'une diminution
de la contractilité intrinsèque du myocarde. Même
si cet effet est difficile à apprécier de façon directe
chez le patient porteur d'un déficit en hormone de croissance,
les preuves indirectes (augmentation du volume télésystolique,
absence de modifications nettes de la précharge [35]), ainsi que
les données expérimentales [20-22], constituent de solides
arguments en ce sens.
La physiopathologie de la discrète hypotension artérielle
observée est complexe : baisse du volume d'éjection systolique
due à l'hypovolémie, elle-même en rapport avec la
diminution des volumes extracellulaires d'une part et réaction
des structures vasculaires avec diminution de la distensibilité
artérielle d'autre part. Il n'est d'ailleurs pas impossible que
cela contribue aussi à accroître le risque vasculaire, ce
d'autant que, nous l'avons vu, le profil lipidique et l'adiposité
abdominale favorisent aussi l'athérome [52].
Une bradycardie est fréquemment observée chez les patients
ayant un déficit en hormone de croissance [35, 47, 48], même
lors de l'exercice physique. Pour certains auteurs, la pathogénie
de cette bradycardie ferait intervenir les hormones thyroïdiennes.
En effet, le traitement par hormone de croissance augmente le rapport
T3/T4 [28, 53]. En fait, cet effet est probablement minime et il faut
peut-être plutôt insister sur le rôle de l'hormone de
croissance vis-à-vis des catécholamines : l'hormone de croissance
augmenterait la sensibilité des tissus aux catécholamines
[54].
Effets du traitement par
hormone de croissance chez les patients présentant un déficit
en hormone de croissance
Quatre études évaluant l'effet d'un traitement par hormone
de croissance chez les adultes déficitaires en hormone de croissance
ont démarré à la fin des années 80. Il s'agissait
d'essais contrôlés réalisés contre placebo,
en double-insu et pour certaines en cross-over [26, 28, 30, 33].
Les doses d'hormone de croissance utilisées dans ces essais étaient
assez proches (0,4 à 0,5 UI/kg de poids et par semaine). Ces études
ont porté initialement sur une durée de quatre à
six mois. Les différents groupes ont ensuite poursuivi les études
en ouvert et certaines ont publié les résultats obtenus
après douze à trente-six mois de traitement. Plus récemment,
d'autres études, ouvertes ou en double-insu, ont été
publiées, portant plus particulièrement sur tel ou tel aspect
du traitement. C'est à partir de l'ensemble des résultats
qu'ont été tirées les conclusions qui vont suivre
et qui résument les effets, en particulier au plan cardiovasculaire,
du traitement par hormone de croissance chez l'adulte déficitaire
en hormone de croissance.
Effets du traitement sur la composition corporelle
Le traitement par hormone de croissance
diminue la masse grasse (figure
3)
Il s'agit de l'effet le plus net du traitement. Cette réduction,
qui atteint en moyenne 2,2 kg [33], 3 kg [55], 5,7 kg [26], voire 6,1
kg [28] porte principalement sur la graisse abdominale et accessoirement
sur la graisse périphérique [28]. Cette nouvelle redistribution
du tissu adipeux se traduit par une réduction du rapport taille/hanches
mais aussi du pli cutané [26]. Au scanner la graisse abdominale
apparaît nettement moindre, surtout au niveau viscéral où
elle diminue de 30 % alors qu'au niveau sous-cutané elle n'est
réduite que de 13 % [28].
Le traitement par hormone de croissance
augmente la masse maigre (figure
3)
Parallèlement à la diminution de la masse grasse, le traitement
par hormone de croissance conduit à une normalisation de la masse
maigre. Les patients ont gagné en moyenne, selon les études,
de 3,6 kg à 5,5 kg de masse maigre [26, 28, 33, 55]. Cette augmentation
de la masse maigre sous traitement correspond à une augmentation
de la masse musculaire.
Cette augmentation de la masse maigre, contemporaine de la diminution
de la masse grasse, ne s'accompagne pas d'une modification significative
du poids au terme de quatre à six mois d'étude et ceci quels
que soient les auteurs.
La prolongation du traitement au-delà de quatre mois [56-59]
est marquée par la poursuite de cette tendance : la masse musculaire
tend à se normaliser alors que la masse grasse diminue. Au-delà
de six mois de traitement, les modifications acquises semblent rester
stables [58]. Les premiers résultats d'une étude multicentrique
européenne portant sur 233 patients montrent qu'après six
mois de traitement la réduction de la masse grasse est en moyenne
de 3,2 kg et l'augmentation de la masse maigre de 2,6 kg [60].
Effets du traitement sur les performances physiques
L'une des principales plaintes des patients déficitaires en hormone
de croissance porte sur la diminution de leurs capacités physiques,
probablement liée à la réduction des propriétés
musculaires. Il était donc logique que les essais thérapeutiques
utilisant l'hormone de croissance analysent l'évolution de ces
paramètres.
Force musculaire
Si la force isométrique du quadriceps ne semble pas varier après
quatre à six mois de traitement par hormone de croissance [30,
32, 33, 61], il est possible qu'un traitement plus prolongé soit
nécessaire pour objectiver un changement. En effet, après
douze mois de suivi, Christiansen et al., dans leur étude
ouverte, ont noté une augmentation significative de la force musculaire
au niveau du quadriceps [56]. L'analyse de la force musculaire au niveau
des ceintures révèle en revanche une amélioration
significative dès les premiers mois de traitement.
Exercice physique
Les patients traités ont rapporté, dans leur ensemble,
une amélioration subjective nette de leur capacité d'exercice
physique et, en particulier, de leur résistance à l'effort.
Les mesures objectives ont confirmé cette amélioration :
la capacité d'exercice maximal et sous-maximal augmente [30, 33,
34, 62] de même que la VO2 max. qui passe de 78,9 à
96 % [34]. La fréquence cardiaque maximale s'accélère
[30, 35, 49, 63] ou reste inchangée [34] sous traitement par hormone
de croissance.
Les mécanismes de l'amélioration des capacités
physiques sont probablement multiples : augmentation de la masse maigre
et en particulier du volume musculaire, mais également augmentation
du débit cardiaque (voir plus loin).
Il est à noter que l'amélioration des capacités
musculaires observées sous hormone de croissance n'est obtenue
qu'en cas de déficit en hormone de croissance. En effet, dans un
essai randomisé, contre placebo, Deyssing et al. ont bien
montré qu'un traitement par hormone de croissance ne modifiait
en rien ni la force musculaire ni la masse maigre d'athlètes entraînés
[64].
Effets du traitement sur le métabolisme hydrosodé
(figure 3)
Les premiers jours ou semaines de traitement par hormone de croissance
peuvent être marqués par une discrète prise de poids
et la survenue d'dèmes malléolaires, voire d'un syndrome
du canal carpien, liés à la rétention hydrosodée
que provoque le traitement. La pression artérielle, en revanche,
reste normale. L'eau totale de l'organisme augmente d'environ 6 kg durant
les six premières semaines de traitement puis diminue un peu pour
n'être supérieure que de 3 à 4 kg à l'eau totale
avant traitement [30]. Cette augmentation de l'eau totale est principalement
en rapport avec une augmentation de l'eau extracellulaire (+ 3 kg). Ce
phénomène est transitoire : en effet, la rétention
d'eau diminue puis disparaît spontanément lorsqu'on baisse
les doses, invitant donc à traiter, pendant les premières
semaines, par des doses plus faibles.
Effets du traitement sur la fonction cardiaque (tableau
II)
La fréquence cardiaque tend à augmenter mais de façon
très modeste. En revanche, la pression artérielle aussi
bien diastolique que systolique n'est pas modifiée par le traitement
par hormone de croissance et ce quelle que soit la dose utilisée
[47, 49, 62, 63, 65]. L'effet anabolique connu de l'hormone de croissance
et son rôle (ou celui de l'IGF1) dans la régulation de la
structure et de la morphologie cardiaque laissaient penser que l'hormone
de croissance pouvait avoir un effet trophique sur le muscle cardiaque.
En fait, l'évolution de la masse ventriculaire gauche sous traitement
par hormone de croissance est diversement appréciée selon
les études. Pour certains auteurs, la masse ventriculaire gauche
augmente sous traitement par hormone de croissance [49, 63, 65], d'ailleurs
plus probablement du fait d'une augmentation des dimensions télédiastoliques
du ventricule gauche (VG), retrouvée dans la plupart des études
[47, 49, 63, 65] que d'une modification de l'épaisseur du septum
interventriculaire ou de celle de la paroi postérieure du ventricule
gauche qui restent normales, sauf dans une étude [49]. D'autres
auteurs n'ont pas retrouvé de changement de masse ventriculaire
gauche sous traitement par hormone de croissance [47, 62]. Cette discordance
de l'évolution de la masse ventriculaire gauche sous traitement
s'explique peut-être par le fait que, d'une étude à
l'autre, la masse ventriculaire gauche de départ était plus
ou moins altérée, modifiant donc le potentiel d'augmentation
et ceci probablement parce que l'ancienneté et la profondeur du
déficit en hormone de croissance étaient différentes
d'une étude à l'autre.
Une augmentation du débit cardiaque, analysée par écho-doppler,
a été retrouvée dans trois [47, 49, 63] des quatre
études qui ont analysé ce paramètre [47, 49, 62,
63]. Cette augmentation du débit cardiaque tient en partie à
la petite accélération du rythme cardiaque observée
et, en partie, à l'augmentation de volume d'éjection systolique.
La question d'un effet propre du traitement par hormone de croissance
sur la contractilité, avancée par certains auteurs [66],
reste ouverte. Certes, il semble exister une augmentation de la fraction
de raccourcissement sous traitement [47, 49], mais celle-ci n'est pas
retrouvée par tous les auteurs [62, 63, 65]. Surtout, on sait qu'une
amélioration de la fraction de raccourcissement du ventricule gauche
ne traduit une augmentation de la contractilité cardiaque que si
les conditions de charge restent constantes. Or, si la postcharge reste
inchangée sous hormone de croissance [47] il n'en est pas de même
de la précharge qui augmente comme en témoigne l'augmentation
du diamètre télédiastolique du ventricule gauche
du fait, probablement, de l'augmentation de la volémie. Seule une
étude retrouve une augmentation de la fonction diastolique du ventricule
gauche [62].
Deux cas cliniques d'amélioration spectaculaire sous hormone
de croissance du débit cardiaque chez des patients présentant
un panhypopituitarisme et porteurs d'une insuffisance cardiaque grave
d'origine mixte, méritent aussi d'être signalés [67,
68].
Effets du traitement sur le métabolisme
Dépenses énergétiques
Le métabolisme basal augmente sous traitement de 22 % en moyenne
au terme du premier mois, puis diminue un peu pour n'être supérieur
au métabolisme basal préthérapeutique que de 16 %
(sixième mois). Cette dépense énergétique
accrue n'est due qu'à l'augmentation de la masse maigre (dont on
sait qu'elle représente le plus important poste de dépense
énergétique). En effet, le rapport métabolisme basal
sur masse maigre ne varie pas entre la période préthérapeutique
et la fin du traitement [26]. Cette augmentation du métabolisme
basal est probablement en rapport avec l'accroissement de la lipolyse
et de l'anabolisme protéique.
Métabolisme glucidique
L'évolution, sous traitement par hormone de croissance, de la
glycémie et de l'insulinémie moyennes est très variable
d'une étude à l'autre. La glycémie peut s'élever
en début de traitement puis se normalise pour certains auteurs
[26, 55] ou reste inchangée tout au long du traitement pour d'autres
[28, 33]. Il en est de même pour l'insulinémie [26, 28, 33].
L'insulinorésistance des patients porteurs d'un déficit
en hormone de croissance s'améliore sous traitement par hormone
de croissance [69].
Métabolisme protéique
Le traitement par hormone de croissance s'accompagne d'une augmentation
significative de la synthèse protéique sans modification
de la dégradation protéique [55, 70].
Métabolisme lipidique
Sous traitement par hormone de croissance, le cholestérol total
s'abaisse (de 0,7 à 1 mmol/l) de même que le cholestérol
lié aux lipoprotéines de basse densité et l'apoprotéine
B. En revanche, le cholestérol lié aux lipoprotéines
de haute densité ou l'apoprotéine A ne sont pas significativement
modifiés [28, 40, 41, 55, 70, 71]. Seuls les patients ayant une
hypertriglycéridémie avant traitement ont présenté
une diminution significative de leur concentration plasmatique de triglycérides
[28]. Cependant, chez les patients normotriglycéridémiques
et normocholestérolémiques, les taux sanguins de triglycérides
ne sont pas significativement modifiés par le traitement. La diminution
transitoire du cholestérol total observée semble surtout
en rapport avec la diminution du cholestérol lié aux lipoprotéines
de basse densité. Toutefois, après traitement prolongé
(plusieurs mois), certains auteurs ont constaté un retour aux taux
basaux antérieurs de cholestérol lié aux lipoprotéines
de basse densité alors que ceux de cholestérol lié
aux lipoprotéines de haute densité restaient augmentés
[41]. L'effet du traitement par hormone de croissance sur les taux de
cholestérol lié aux lipoprotéines de haute densité
est probablement lié à l'induction par l'hormone de croissance
des récepteurs des lipoprotéines de basse densité
au niveau hépatique [70, 72]. Quant à la lipoprotéine
(a) dont l'association aux pathologies cardiovasculaires est maintenant
bien établie [73], qui paraît génétiquement
déterminée mais qui semble également régulée
par les stéroïdes sexuels, son évolution sous traitement
par hormone de croissance apparaît controversée. Dans une
première étude la concentration de lipoprotéine (a)
a quasiment doublé après six mois de traitement [41]. Ce
résultat n'a pas été confirmé par d'autres
études [70, 71]. Cette discordance est peut-être en rapport
avec l'hétérogénéité individuelle de
réponse de la lipoprotéine (a) au cours du traitement par
hormone de croissance, les patients ayant un taux basal normal tendant
à le diminuer sous traitement alors que ceux dont le taux était
déjà élevé l'ont encore augmenté sous
traitement [71].
En conclusion, même s'il existe d'une étude à l'autre
de petites variations, le traitement par hormone de croissance semble
améliorer le profil lipidique de risque cardiovasculaire des patients
déficitaires en hormone de croissance [43].
Effets du traitement sur la qualité de vie
L'amélioration subjective notée par les patients au cours
du traitement par hormone de croissance (accroissement du bien-être
psychologique, meilleure énergie au travail ou dans les loisirs)
a été confirmée par les analyses objectives utilisant
des échelles d'évaluation de la qualité de vie ou
des questionnaires d'évaluation psychopathologique [28, 60, 74].
Effets secondaires
Les effets secondaires sont essentiellement liés à la
rétention hydrosodée. Généralement minimes,
apparaissant le plus souvent lors du premier mois de traitement, ils sont
marqués par une prise de poids, un dème des chevilles
dans 37 % des cas ou des arthralgies dans 19 % des cas, voire un syndrome
du canal carpien. Ils disparaissent par la suite, même lorsque le
traitement est poursuivi (au besoin après avoir diminué
les doses d'hormone de croissance) [60]. Sur une vaste étude multicentrique
portant sur deux cent cinquante et un patients, dix-huit (7 %) ont arrêté
le traitement, le plus souvent du fait de ses effets secondaires [60].
Aucune augmentation d'incidence des tumeurs ou des hémopathies
malignes n'a été notée dans la littérature,
y compris dans les mises à jour récentes proposées
par les auteurs ayant le recul le plus important pour ces essais thérapeutiques
avec l'hormone de croissance [25].
CONCLUSION Chez
l'adulte, le déficit en hormone de croissance a des conséquences
cardiovasculaires qui retentissent sur les performances physiques mais aussi
probablement sur l'espérance de vie de ces patients. Un profil lipidique
à risque, une adiposité à prédominance abdominale
(essentiellement viscérale) et une diminution des performances myocardiques
expliquent probablement la pathologie cardiovasculaire accompagnant le déficit
en hormone de croissance. Le traitement par l'hormone de croissance recombinante,
maintenant disponible, corrige en grande partie ces anomalies et laisse
espérer pour ces patients une amélioration du risque cardiovasculaire.
Reste maintenant à mieux préciser la dose substitutive adéquate
d'hormone de croissance qui permette de compenser très exactement
ce déficit sans surdoser le patient, ce qui risquerait de l'exposer
aux complications cardiovasculaires rencontrées dans l'acromégalie
[75], pathologie en miroir du déficit en hormone de croissance.REFERENCES
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