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La diminution de la
concentration plasmatique d'albumine est associée à l'émergence
d'une dyslipidémie connue de longue date. Celle-ci est communément
attribuée à une augmentation de la synthèse hépatique
des lipoprotéines de basse densité (LDL) [1, 2]. Cependant,
plusieurs études récentes permettent de compléter
nos connaissances à ce niveau. Ces études mettent en évidence
le rôle central de la protéine de transfert des esters de
cholestérol (CETP) et des modifications du transport plasmatique
des acides gras non estérifiés dans l'émergence de
ces dyslipidémies.
Définition et circonstances
physiopathologiques de l'hypoalbuminémie
L'albumine est la protéine la plus abondante
des fluides extracellulaires. Elle est formée d'une chaîne
polypeptidique de 584 acides aminés et a un poids moléculaire
de 66,25 kDa. Elle a deux fonctions majeures qui sont le maintien de la
pression oncotique dans le système vasculaire et une fonction de
transport. Elle lie et transporte des ions, tels que le calcium, et de
petites molécules peu solubles dans l'eau telles que les acides
gras libres, la bilirubine, des acides aminés, des hormones et
de nombreux médicaments. La concentration plasmatique physiologique
d'albumine est de 42 ± 8 g/l ou encore 0,63 mmol/l. Dans certaines
circonstances pathologiques, cette concentration est abaissée.
Il peut s'agir d'une diminution de sa synthèse hépatique,
lors d'hépatopathies avec insuffisance hépatocellulaire,
lors d'une diminution de l'apport en acides aminés comme dans la
malnutrition, lors d'un syndrome inflammatoire important ou encore, exceptionnellement,
par défaut génétique de sa synthèse comme
dans l'hypoalbuminémie congénitale. Il peut s'agir d'une
augmentation des pertes intestinales lors d'entéropathies exsudatives,
rénales lors d'un syndrome néphrotique, ou cutanées
lors de brûlures.
L'hypoalbuminémie congénitale est une maladie génétique
exceptionnelle (vingt-huit cas décrits à ce jour dans la
littérature mondiale) caractérisée par une hypoalbuminémie
profonde secondaire à un défaut de la synthèse d'albumine.
Les signes cliniques sont frustes, généralement limités
à des dèmes modérés des membres inférieurs.
La discrétion des signes cliniques s'explique par l'augmentation
compensatoire de la synthèse d'un grand nombre de protéines
plasmatiques, ce qui maintient une pression oncotique plasmatique normale
et supplée l'albumine dans ses fonctions de transport [3]. Sur
le plan biologique, l'hypoalbuminémie congénitale s'accompagne
d'une hypercholestérolémie constante, présente dès
la naissance.
Une cause fréquente d'hypoalbuminémie en pathologie humaine
est représentée par le syndrome néphrotique, qui
associe une albuminurie, des dèmes et une hyperlipidémie.
Ces anomalies sont directement ou indirectement la conséquence
du passage anormalement abondant de protéines plasmatiques à
travers le glomérule et dans les urines, par lésion de la
membrane basale glomérulaire.
Hypoalbuminémie et
athérogenèse
L'hypoalbuminémie humaine serait associée
à une augmentation du risque cardiovasculaire [4]. Dans l'hypoalbuminémie
congénitale, la présence de dépôts lipidiques
extravasculaires, tels qu'un arc cornéen, est fréquente
et précoce, décelée parfois dès l'enfance
[3]. De plus, sur les cinq patients analbuminémiques de plus de
50 ans étudiés à ce jour, il a été
rapporté un cas de cardiopathie ischémique, un cas d'artériopathie
cérébrale, et deux insuffisances cardiaques congestives
pour lesquelles la présence d'une cardiopathie ischémique
sous-jacente n'a pas été documentée.
En revanche, l'athérogénicité des dyslipidémies
associées au syndrome néphrotique a été longtemps
débattue. Certains travaux ont conclu à son athérogénicité
ou à l'inverse. Toutefois, le caractère athérogène
du syndrome néphrotique semble établi depuis qu'une étude
prospective récente portant sur une large population de patients
néphrotiques non diabétiques (157 patients) a observé
un risque accru de survenue de maladies cardiovasculaires lors d'un syndrome
néphrotique. Dans cette étude, le risque relatif de décès
d'origine coronaire est de 2,8 et celui d'infarctus du myocarde de 5,5
chez les patients néphrotiques par rapport aux témoins,
après ajustement sur la consommation de tabac et les chiffres tensionnels
[5].
La diminution de la concentration plasmatique d'albumine dans le syndrome
néphrotique et l'hypoalbuminémie congénitale est
associée à l'apparition d'une hyperlipidémie [3,
6, 7] qui explique peut-être en partie l'augmentation du risque
cardiovasculaire associée à ces pathologies.
Physiopathologie des dyslipidémies
associées à l'hypoalbuminémie humaine
Les caractéristiques et la physiopathologie des
dyslipidémies secondaires à une hypoalbuminémie ont
surtout été étudiées chez des patients et
des rats présentant un syndrome néphrotique ou une hypoalbuminémie
congénitale.
Caractéristiques
des dyslipidémies associées à l'hypoalbuminémie
congénitale et au syndrome néphrotique
L'hypoalbuminémie congénitale est constamment
associée à une hyperlipidémie [3]. Celle-ci est caractérisée
par une hypercholestérolémie majeure portant sur le cholestérol
des lipoprotéines de basse densité, avec augmentation concomitante
de la concentration de l'apolipoprotéine B [3]. Au contraire, la
concentration plasmatique du cholestérol des lipoprotéines
de haute densité (HDL) est basse ou normale. La concentration des
triglycérides est le plus souvent normale ou légèrement
augmentée [3]. Les rats analbuminémiques présentent
de la même façon une hypercholestérolémie constante,
mais avec augmentation de la concentration du cholestérol des lipoprotéines
de haute densité.
Si la présence d'une dyslipidémie a toujours été
identifiée comme faisant partie du syndrome néphrotique
(d'ailleurs anciennement appelé « néphrose lipoïdique
»), les caractéristiques précises de cette dyslipidémie
sont mal connues. En effet, les études menées à ce
jour ont, pour la plupart, concerné des populations de patients
hétérogènes, à fonction rénale variable
ou présentant des causes secondaires de syndrome néphrotique
(tel un diabète) ou sous traitements médicamenteux (corticoïdes...)
qui modifiaient le bilan lipidique par ailleurs. La présence de
désordres lipidiques est quasi constante dans le syndrome néphrotique
et affecte près de 100 % des patients [6, 7]. Dans une étude
détaillée de 57 patients néphrotiques, Joven et
al. trouvent une augmentation des lipoprotéines de basse densité
chez 33 % des patients, une augmentation des lipoprotéines de très
basse densité (VLDL) et de basse densité chez 60 % d'entre
eux et une augmentation des lipoprotéines de très basse
densité seuls dans 7 % des cas [6]. Le cholestérol des lipoprotéines
de haute densité est, à l'opposé, le plus souvent
normal ou peu diminué [6-9]. La répartition des sous-fractions
de lipoprotéine de haute densité est modifiée, avec
une diminution de la concentration des HDL2 et une augmentation
de celle des HDL3 [9]. La concentration de la lipoprotéine
(a) est également augmentée. Les apolipoprotéines
A-I et A-II ont des concentrations normales, alors que celles des apolipoprotéines
B, C-III et E sont élevées [6]. L'ampleur des désordres
lipidiques est très variable d'un patient à l'autre ; elle
est en corrélation avec la diminution de l'albuminémie [6,
7], c'est-à-dire avec la sévérité du syndrome
néphrotique.
Les désordres lipidiques secondaires à l'hypoalbuminémie
semblent essentiellement dus à deux facteurs : d'une part, à
une modification de la synthèse et/ou du catabolisme des différentes
lipoprotéines et, d'autre part, à une augmentation de l'activité
de la CETP.
Anomalies du métabolisme des lipoprotéines
associées à l'hypoalbuminémie
- Hypoalbuminémie et métabolisme des
lipoprotéines de basse densité
De nombreux travaux menés dans le syndrome néphrotique
humain ont montré que l'hypercholestérolémie secondaire
au syndrome néphrotique est liée à une augmentation
de la synthèse des lipoprotéines de basse densité
[1, 2]. Cependant, Vega et al. ont récemment suggéré
que l'augmentation de la synthèse des lipoprotéines de basse
densité ne serait pas constante dans le syndrome néphrotique,
et qu'elle n'est notamment pas retrouvée chez les patients néphrotiques
présentant une hypercholestérolémie pure [2]. Cependant,
il est à noter que, sur le plan individuel, quatre des sept patients
de cette étude présentent tout de même une augmentation
modérée de la synthèse des lipoprotéines de
basse densité. De plus, parmi les trois patients ayant une synthèse
normale de lipoprotéine de basse densité, l'un a une albuminémie
très peu diminuée (34 g/l) [2]. Plus récemment, l'étude
de la cinétique in vivo des lipoprotéines de basse
densité chez deux surs porteuses d'une hypoalbuminémie
congénitale a permis de constater que l'hypoalbuminémie
congénitale humaine est associée à une augmentation
de la synthèse des lipoprotéines de basse densité
[10]. Au total, il semble donc que l'hypercholestérolémie
secondaire à une hypoalbuminémie soit en partie imputable
à une augmentation de la synthèse des lipoprotéines
de basse densité chez l'homme.
Les mécanismes physiopathologiques à l'origine de cette
augmentation de la synthèse des lipoprotéines de basse densité
sont mal connus. Il semble que la diminution de la concentration plasmatique
d'albumine ait pour effet de stimuler la synthèse hépatique
d'un grand nombre de protéines, dont l'apolipoprotéine B,
corrigeant ainsi la pression oncotique plasmatique et permettant le transport
presque normal d'un grand nombre de molécules [3]. L'étude
de la synthèse hépatique des apolipoprotéines chez
le rat néphrotique trouve une augmentation de la synthèse
d'apolipoprotéines A-I, B et E ainsi que de l'activité hépatique
de l'HMG-CoA réductase. De nombreux travaux réalisés
à l'aide de différents modèles d'hépatocytes
en culture ont montré que l'albumine a un rôle inhibiteur
sur la synthèse d'apolipoprotéine B in vitro. Des
études menées à l'aide de macromolécules telles
que le dextran ont montré de plus que la viscosité et la
pression oncotique du milieu de culture contrôlent également
négativement la sécrétion de l'apolipoprotéine
B in vitro. Cependant, l'albumine semble avoir une action plus
importante que la pression oncotique et la viscosité plasmatique.
Il est intéressant de remarquer que l'acide oléique à
faible concentration (soit à un rapport acide oléique/albumine
équivalent au rapport plasmatique retrouvé dans le syndrome
néphrotique) stimule la sécrétion d'apolipoprotéine
B d'hépatocyte en culture. Une diminution de la concentration d'albumine
et/ou une augmentation du rapport acides gras libres sur albumine, comme
en cas d'hypoalbuminémie, pourraient donc entraîner une stimulation
de la synthèse hépatique d'apolipoprotéine B.
Parallèlement à une augmentation de la synthèse des
lipoprotéines de basse densité, l'hypoalbuminémie
[10] et le syndrome néphrotique [1, 2, 11] sont également
associés à une diminution importante du catabolisme des
lipoprotéines de basse densité, jusqu'à des valeurs
équivalentes à celles retrouvées dans l'hypercholestérolémie
familiale hétérozygote [1]. Cette diminution du catabolisme
des lipoprotéines de basse densité est secondaire à
une diminution de l'activité de leur récepteur hépatique
[12]. Il a également été suggéré que
les lipoprotéines de basse densité, qui ont une composition
anormale enrichie en cholestérol en cas d'hypoalbuminémie
[8, 9], pourraient être également moins bien reconnues par
leur récepteur spécifique.
Même si les modalités en sont mal connues, le rôle
physiopathologique essentiel de l'hypoalbuminémie dans l'hypercholestérolémie
de l'hypoalbuminémie congénitale et du syndrome néphrotique
est attesté par la perfusion in vivo d'albumine qui diminue
de façon majeure, et en quelques heures, la cholestérolémie
de ces patients.
- Hypoalbuminémie et métabolisme des
lipoprotéines riches en triglycérides
Les effets éventuels de l'hypoalbuminémie
sur la triglycéridémie sont mal connus. En effet, l'hypertriglycéridémie
n'est pas constante dans l'hypoalbuminémie congénitale humaine
[3], mais il faut noter que les cas cliniques de patients analbuminémiques
normotriglycéridémiques rapportés concernent des
enfants ou des jeunes adultes dont la triglycéridémie est
physiologiquement plus basse. Les patients néphrotiques ont, en
revanche, une triglycéridémie en moyenne élevée
par rapport aux patients présentant une hypoalbuminémie
congénitale [6].
L'hypertriglycéridémie associée au syndrome néphrotique
semble secondaire à une augmentation de la synthèse hépatique
des lipoprotéines de très basse densité, bien que
ce mécanisme paraisse inconstant. Des études menées
chez le rat néphrotique ont montré que la synthèse
hépatique des acides gras libres et de triglycérides est
augmentée. De même, une augmentation de la synthèse
des lipoprotéines de très basse densité et des lipoprotéines
de densité intermédiaire (IDL) a été également
constatée dans l'hypoalbuminémie congénitale humaine
[10], montrant ainsi que l'hypoalbuminémie entraîne une augmentation
de la synthèse des lipoprotéines de très basse densité.
Parallèlement à l'augmentation de leur synthèse,
le catabolisme des lipoprotéines de très basse densité
et de densité intermédiaire est ralenti dans l'analbuminémie
humaine [10] et le syndrome néphrotique [11, 13-15]. Les mécanismes
physiopathologiques précis n'en sont pas connus, mais il est possible
que les acides gras libres issus de la lipolyse soient moins bien captés
par l'albumine quand sa concentration est basse, et qu'ils inhibent les
lipases par augmentation de leur concentration au site de la lipolyse.
Par ailleurs, les lipoprotéines de très basse densité
analbuminémiques et néphrotiques, enrichies en esters de
cholestérol [8, 9] et en acides gras libres [3], pourraient avoir
une moindre affinité pour les lipases et/ou leur récepteur
hépatique, du fait de leur composition anormale.
Cependant, la triglycéridémie est généralement
plus élevée dans le syndrome néphrotique que dans
l'hypoalbuminémie congénitale [3, 6]. Par ailleurs, la perfusion
d'albumine ne normalise pas la triglycéridémie de tous les
patients néphrotiques. Ceci suggère qu'il existe d'autres
mécanismes hypertriglycéridémiants secondaires à
la protéinurie et à l'altération du filtre rénal
dans le syndrome néphrotique [15]. Il pourrait s'agir, notamment,
d'une diminution plus importante des capacités lipolytiques des
lipases endothéliales. En effet, la captation tissulaire adipeuse
et musculaire des acides gras libres portés par les lipoprotéines
riches en triglycérides est diminuée dans le syndrome néphrotique
[13]. Les activités de la lipoprotéine lipase et de la lipase
hépatique mesurées dans le plasma après injection
d'héparine [16], ainsi que celle de la lipoprotéine lipase
dans le tissu adipeux et musculaire [13] sont diminuées. La concentration
plasmatique de la lipoprotéine lipase [16] est également
abaissée. Les mécanismes précis de la diminution
de la lipolyse dans le syndrome néphrotique sont mal compris. La
diminution des activités de la lipoprotéine lipase et de
la lipase hépatique pourrait être secondaire à une
modification des concentrations relatives de leurs activateurs et de leurs
inhibiteurs. Ainsi, il existe une perte urinaire de substances activatrices
des lipases telles que l'apolipoprotéine C-II avec diminution du
rapport C-II/C-III plasmatique [16], et d'un cofacteur de la lipoprotéine
lipase identifié comme étant un glycosaminoglycane [6].
- Métabolisme des lipoprotéines de
haute densité et hypoalbuminémie
Le rôle de l'hypoalbuminémie dans le métabolisme
des lipoprotéines de haute densité est peu connu. Leur concentration
est fréquemment diminuée dans le syndrome néphrotique
[6, 7] et, à un moindre degré, dans l'hypoalbuminémie
congénitale humaine.
De nombreuses études ont établi que la concentration plasmatique
du cholestérol des lipoprotéines de haute densité
est déterminée physiologiquement par la concentration plasmatique
de l'apolipoprotéine A-I. Par ailleurs, il a été
montré que la concentration d'apolipoprotéine A-I dépend
de l'importance de son catabolisme, et non de sa synthèse. De même,
les concentrations basses du cholestérol des lipoprotéines
de haute densité chez les patients néphrotiques sont associées
à une augmentation du catabolisme des apolipoprotéines A-I
et A-II. Les anomalies de la fonction rénale dans le syndrome néphrotique
pourraient expliquer en partie la diminution de la concentration des lipoprotéines
de haute densité. En effet, le rein est physiologiquement le site
majeur de dégradation de l'apolipoprotéine A-I, alors qu'il
n'assure qu'une partie négligeable de la captation sélective
des esters de cholestérol. Des expériences conduites chez
le lapin ont montré que l'apolipoprotéine A-I, plus que
les lipoprotéines de haute densité intactes, est sélectivement
filtrée par le glomérule, puis est réabsorbée
par le tubule proximal où une partie y est dégradée.
De très faibles quantités de lipoprotéine de haute
densité sont physiologiquement présentes dans les urines.
En cas d'atteinte glomérulaire, la fuite urinaire des lipoprotéines
peut devenir majeure : elle est d'autant plus importante que la protéinurie
est élevée. On peut alors retrouver toutes les lipoprotéines
plasmatiques ainsi que les apolipoprotéines A-I, A-II, A-IV, B,
C-II, C-III dans les urines, mais la lipidurie reste essentiellement constituée
de lipoprotéine de haute densité.
Cependant, la présence fréquente d'une diminution des lipoprotéines
de haute densité dans l'hypoalbuminémie congénitale
suggère que l'hypoalbuminémie elle-même pourrait également
jouer un rôle dans le métabolisme des lipoprotéines
de haute densité et dans la diminution de leur concentration plasmatique.
Il est possible que les modifications de la concentration des lipoprotéines
de haute densité associées à l'hypoalbuminémie
congénitale humaine soient secondaires à une augmentation
de l'activité de la CETP [17]. En effet, l'expression de la CETP
chez la souris s'accompagne d'une diminution des concentrations plasmatiques
d'apolipoprotéine A-I et de lipoprotéine de haute densité,
et d'une augmentation du catabolisme des lipoprotéines de haute
densité. À l'inverse, la déficience humaine en CETP
s'accompagne d'une élévation de la concentration en apolipoprotéine
A-I et en lipoprotéine de haute densité, et d'un ralentissement
du catabolisme de l'apolipoprotéine A-I. L'inhibition de la CETP
chez le lapin entraîne les mêmes effets. Le mécanisme
intime des relations entre métabolisme de l'apolipoprotéine
A-I et CETP est suggéré par des expériences in
vitro récentes. La CETP, en permettant l'enrichissement des
lipoprotéines de haute densité en triglycérides et
leur déplétion en esters de cholestérol, favorise
l'action de la lipase hépatique. La lipolyse des lipoprotéines
de haute densité s'accompagne de la perte d'apolipoprotéine
A-I. La CETP seule, en induisant l'appauvrissement des lipoprotéines
de haute densité en lipides neutres, pourrait également
faciliter la dissociation de l'apolipoprotéine A-I des lipoprotéines
de haute densité. L'apolipoprotéine A-I délipidée
est préférentiellement éliminée par le rein
et son catabolisme diminue la concentration plasmatique des lipoprotéines
de haute densité. Cette hypothèse expliquerait pourquoi
l'hypoalbuminémie congénitale ne s'accompagne pas d'une
diminution de la concentration en lipoprotéine de haute densité
chez le rat, car celui-ci est en effet naturellement dépourvu d'activité
CETP.
Activité de la CETP
et transport des acides gras libres plasmatiques en cas d'hypoalbuminémie
La CETP assure le transfert des esters de cholestérol
des lipoprotéines de haute densité vers les lipoprotéines
de basse densité et de très basse densité, contre
un transfert réciproque de triglycérides des lipoprotéines
de très basse densité et de basse densité vers les
lipoprotéines de haute densité. Son activité est
augmentée dans le syndrome néphrotique et dans l'analbuminémie
humaine, qu'elle soit mesurée par le transfert d'esters de cholestérol
marqués de lipoprotéine de basse densité vers les
lipoprotéines de haute densité, ou par le transfert d'esters
de cholestérol des lipoprotéines de haute densité
vers la fraction lipoprotéine de basse densité et de très
basse densité du plasma [9, 17-19]. Elle est en corrélation
positive avec la concentration du cholestérol des lipoprotéines
de très basse densité et de basse densité [9, 17-19],
suggérant que l'augmentation de l'activité de la CETP participe
à l'hypercholestérolémie du syndrome néphrotique
et de l'hypoalbuminémie humaine. Par ailleurs, elle est en corrélation
avec l'albuminémie, et est d'autant plus importante que l'hypoalbuminémie
est importante [8, 18, 19]. À l'opposé, l'activité
de la CETP n'est pas en corrélation avec à la protéinurie
[8, 18, 19].
De nombreux travaux ont établi que l'activité de la CETP
dépend de différents facteurs et, notamment, de la concentration
plasmatique de CETP, de la concentration des différents substrats
lipoprotéiques en présence, ainsi que de leur composition
[20].
L'augmentation de l'activité de la CETP associée à
l'hypoalbuminémie est en partie secondaire à une augmentation
de la concentration plasmatique de la CETP retrouvée dans l'hypoalbuminémie
congénitale et le syndrome néphrotique [8, 17, 19]. La relation
physiopathologique entre hypoalbuminémie et augmentation de la
concentration plasmatique de la CETP n'est pas précisément
connue, mais il est possible que l'hypoalbuminémie stimule la synthèse
hépatique de CETP, comme elle le fait pour de nombreuses autres
protéines plasmatiques [1, 6], ou que l'hypercholestérolémie
associée à l'hypoalbuminémie stimule la synthèse
de la CETP.
Il a été établi que l'activité plasmatique
de la CETP dépend également de la concentration des différents
substrats lipoprotéiques [20]. En effet, l'augmentation de la concentration
des lipoprotéines de basse densité favorise la redistribution
d'esters de cholestérol des lipoprotéines de haute densité
vers celles de basse densité in vitro et, à l'inverse,
l'augmentation de la concentration des lipoprotéines de haute densité
diminue la quantité d'esters de cholestérol transférés
aux lipoprotéines de basse densité et de très basse
densité. Ainsi, l'augmentation de la concentration des lipoprotéines
de basse densité et l'augmentation du rapport lipoprotéine
de basse densité sur lipoprotéine de haute densité
secondaire à l'hypoalbuminémie pourraient favoriser le transfert
d'esters de cholestérol induit par la CETP des lipoprotéines
de haute densité vers celles de basse densité, provoquant
une redistribution des esters de cholestérol des lipoprotéines
de haute densité vers celles de basse densité.
Enfin, au-delà de la concentration plasmatique de la CETP et de
celle des substrats lipoprotéiques, l'activité de la CETP
est modulée par la composition des différentes lipoprotéines
[20]. Grâce à des incubations croisées entre lipoprotéines
de haute, basse et très basse densité provenant de patients
néphrotiques et de témoins, il a été récemment
montré que les anomalies de la composition des substrats lipoprotéiques
sont à l'origine de l'augmentation de l'activité de la CETP
dans le syndrome néphrotique et l'hypoalbuminémie congénitale
[9, 17, 19]. En effet, la composition des lipoprotéines apparaît
profondément modifiée en cas d'hypoalbuminémie. Les
lipoprotéines de très basse densité et de densité
intermédiaire néphrotiques et analbuminémiques sont
enrichies en esters de cholestérol et appauvries en triglycérides
[8, 9, 19]. À l'inverse, les HDL2 et HDL3
sont enrichies en triglycérides et appauvries en esters de cholestérol
[8, 9, 17, 19]. De plus, l'hypoalbuminémie est associée
à une redistribution des acides gras libres de l'albumine vers
les lipoprotéines plasmatiques [3, 17, 19].
L'albumine comporte trois sites de liaison de haute affinité et
quatre à six sites de liaisons d'affinité plus faible pour
les acides gras libres. L'albumine possédant trois sites de liaison
de forte affinité, il a été initialement postulé
que le rapport molaire de la concentration des acides gras libres par
rapport à celle d'albumine devait être supérieur à
trois pour pouvoir observer une redistribution des acides gras libres
vers les autres compartiments. Cependant, la distribution des acides gras
libres marqués au 13C a été récemment
analysée par résonance magnétique nucléaire
[21] et il apparaît, en fait, que les acides gras libres se redistribuent
de l'albumine vers les membranes et les lipoprotéines dès
que le rapport molaire des concentrations des acides gras libres et d'albumine
excède un. Ceci s'explique par la présence d'une coopération
négative pour la liaison des acides gras libres, c'est-à-dire
que l'affinité de l'albumine est moins importante pour la deuxième
mole des acides gras libres que pour la première [21]. In vivo,
les circonstances physiopathologiques caractérisées par
une hypoalbuminémie et/ou une augmentation de la concentration
plasmatique des acides gras libres (tels l'hypoalbuminémie congénitale,
le syndrome néphrotique, l'injection d'héparine, l'exercice
musculaire prolongé, le diabète déséquilibré,
le sepsis...) sont ainsi susceptibles de s'accompagner d'une redistribution
des acides gras libres vers les lipoprotéines et les membranes
cellulaires.
La redistribution des acides gras libres constatée en cas d'hypoalbuminémie
humaine s'effectue vers l'ensemble des lipoprotéines plasmatiques,
mais concerne essentiellement les lipoprotéines de basse densité
dans l'hypoalbuminémie congénitale et le syndrome néphrotique
[17, 19]. Cette redistribution des acides gras libres anioniques vers
les lipoprotéines plasmatiques a pour conséquence d'augmenter
la charge électrostatique négative des lipoprotéines
[17, 19]. L'albuminémie apparaît d'ailleurs en corrélation
positive avec la charge électrostatique des lipoprotéines
de basse densité et de haute densité néphrotiques
[19].
Pattnaik et Zilversmit ont montré que l'interaction de la CETP
avec les lipoprotéines in vitro est de nature électrostatique
[22]. Plus précisément, l'interaction électrostatique
s'effectue entre les charges positives de la CETP et les charges négatives
localisées à la surface des lipoprotéines. Ainsi,
l'augmentation de la charge négative des lipoprotéines par
succinylation ou l'acétylation des groupes amines [23], incubation
avec de la phospholipase A2 ou de la lipoprotéine lipase, ou addition
des acides gras libres, augmente l'interaction des lipoprotéines
avec la CETP. À l'inverse, les interactions sont diminuées
en présence de cations [23], lorsque le pH de la réaction
est abaissé ou lorsque le contenu en acides gras libres à
la surface des lipoprotéines est diminué par addition d'albumine.
La formation d'un complexe entre la CETP et la lipoprotéine paraît
être l'étape initiale de la réaction de transfert,
car les transferts de lipides augmentent parallèlement à
la liaison de la CETP à la lipoprotéine. À l'inverse,
l'interruption du complexe inhibe la réaction. Il a récemment
été montré à l'aide de lipoprotéines
de haute densité natives, isolées par chromatographie d'échange
ionique, que les transferts lipidiques augmentent jusqu'à une charge
électrostatique optimale au-delà de laquelle la réaction
est inhibée [24]. De même, l'augmentation du contenu des
lipoprotéines en acides gras libres augmente les transferts lipidiques
jusqu'à une concentration optimale au-delà de laquelle les
transferts sont inhibés [23]. Il semble donc que l'interaction
physique entre lipoprotéines et CETP résulte d'un équilibre
délicat des forces électrostatiques. In vivo, l'activité
de la CETP mesurée par le transfert d'esters de cholestérol
des lipoprotéines de haute densité vers celles de basse
et très basse densité est en corrélation positive
avec la concentration plasmatique des acides gras libres chez des patients
normolipidémiques [25]. De plus, l'addition d'albumine à
ces plasmas entraîne une diminution de l'activité de transferts.
Ces résultats indiquent qu'une faible fraction des acides gras
libres plasmatiques est liée aux lipoprotéines en situation
normolipidémique et module l'activité de la CETP in vivo
[25]. Cependant, bien que significative, la corrélation entre activité
de la CETP et concentration plasmatique d'acides gras libres reste faible
(r = 0,46) malgré le grand nombre de patients étudiés
dans cette étude (n = 37) [25]. L'étude, plus récente,
de patients analbuminémiques et néphrotiques montre non
seulement que l'activité de la CETP mesurée par le transfert
d'esters de cholestérol de HDL3 exogènes vers
les lipoprotéines de basse et très basse densité
plasmatiques est augmentée en cas d'hypoalbuminémie [8,
9, 17-19], mais que l'activité spécifique de la CETP [19],
calculée comme le rapport de l'activité de transfert d'esters
de cholestérol des HDL3 vers les lipoprotéines
de basse densité par la concentration plasmatique de la CETP, est
également augmentée. L'addition d'albumine in vitro
aux plasmas néphrotiques et analbuminémiques dans ces deux
dernières études permet une redistribution des acides gras
libres vers l'albumine ajoutée, une diminution de la charge électrostatique
des lipoprotéines et corrige l'augmentation de l'activité
spécifique de la CETP [17, 19]. Ces travaux indiquent que les acides
gras libres liés aux lipoprotéines ont la capacité
de moduler l'activité de la CETP in vivo en augmentant la
charge négative des lipoprotéines. En favorisant le transfert
d'esters de cholestérol des lipoprotéines de haute densité
vers celles de basse et très basse densité par la CETP,
les acides gras libres participent à l'hypercholestérolémie
associée au syndrome néphrotique et à l'hypoalbuminémie
congénitale humaine.
L'augmentation de l'activité de la CETP en cas d'hypoalbuminémie
est donc secondaire à l'augmentation de la concentration plasmatique
de la CETP, et à la modification de la composition des lipoprotéines
plasmatiques qui sont anormalement riches en acides gras libres.
CONCLUSION En
conclusion, il apparaît que la physiopathologie des dyslipidémies
secondaires à une hypoalbuminémie est multifactorielle (figure).
La diminution de la concentration plasmatique d'albumine stimule la synthèse
d'un grand nombre de protéines plasmatiques afin de maintenir une
pression oncotique normale. De même, la synthèse des lipoprotéines
contenant de l'apolipoprotéine B (lipoprotéines de basse,
très basse densité et densité intermédiaire)
est augmentée et provoque l'émergence d'une hypercholestérolémie
et, inconstamment, d'une hypertriglycéridémie. Cette dyslipidémie
est majorée par une diminution du catabolisme des lipoprotéines
contenant de l'apolipoprotéine B secondaire à l'hypoalbuminémie,
mais de pathogénie moins claire. Par ailleurs, une concentration
plasmatique d'albumine basse ne permet pas d'assurer le transport normal
des acides gras libres qui se redistribuent vers les lipoprotéines
plasmatiques. La richesse anormale des lipoprotéines en acides gras
libres modifie leurs propriétés physiques et a pour conséquence
de stimuler l'activité de la CETP, majorant encore la dyslipidémie.
Il est également possible que la forte activité de la CETP
modifie le catabolisme des lipoprotéines de haute densité
et participe à l'abaissement de leur concentration plasmatique.REFERENCES
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