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Formes familiales d'anévrismes intracrâniens


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 14, Numéro 5, 311-5, Mai 2002, Mini-revues


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Pierre Labauge, service de neurologie, CHU de Montpellier-Nîmes, hôpital Caremeau, 30029 Nîmes cedex..

Résumé : Entre 7 et 10 % des anévrismes intracrâniens sont familiaux. Ils se divisent en deux groupes différents, les anévrismes familiaux sans maladie associée, caractérisée par une transmission non mendellienne, une localisation sur le bras long du chromosome 7 (7q11) et un deuxième groupe caractérisé par l'association avec d'autres pathologies (polykystose rénale, maladies du tissu conjonctif) et de transmission mendellienne. La prise en charge des sujets affectés et des apparentés à risque est mal codifiée.

Mots-clés : anévrisme familial, sujet à risque, diagnostic.

ARTICLE

Les anévrismes artériels sont définis comme étant des ectasies de la paroi artérielle, résultant d'une interruption de la musculeuse et de la limitante élastique interne. Leur prévalence est estimée à 1 % de la population générale [1]. Cette prévalence est corrélée à l'âge ; elle atteint 6 % au-dessus de 60 ans. La plupart des patients sont porteurs d'un seul anévrisme. La fréquence des anévrismes multiples est estimée à 20 % de l'ensemble des sujets atteints. En général, les sujets sont porteurs de deux ou trois anévrismes [2].

La principale complication est représentée par la rupture anévrismale, entraînant un tableau d'hémorragie méningée. L'incidence annuelle en est estimée entre 10 et 20 pour 100 000 personnes et concerne avant tout des sujets jeunes (entre 20 et 40 ans). Le risque de rupture semble être directement corrélé à la taille de l'anévrisme [1, 3]. Dix millimètres semblent être la taille critique [4]. Le risque annuel de rupture est estimé à 0,7 % pour les anévrismes de moins de 10 mm de diamètre, il est de 1,9 % pour ceux dont le diamètre est supérieur à 10 mm [1]. Ces chiffres habituellement retenus par la communauté neurochirurgicale ont été cependant « bousculées » en 1998 par l'étude de la Mayo Clinic publiée dans le New England Journal of Medicine [5]. Les résultats de cette étude étaient en faveur d'un risque de rupture largement inférieur aux données habituellement admises. Le risque de rupture d'un anévrisme d'un diamètre inférieur à 10 mm était estimé à 0,05 % par an, celui des anévrismes supérieurs à 10 mm de diamètre était évalué à 1 %.

La prise en charge des sujets porteurs d'anévrismes intracrâniens a été bouleversée depuis une dizaine d'années : en termes de diagnostic, avec l'utilisation de l'IRM/ARM (spécificité : 91 % ; sensibilité : 95 %, pour les anévrismes d'une taille supérieure à 3 mm) [2] ; en termes de traitement, avec les possibilités de plus en plus large des traitements par voie endovasculaire [6-8].

Malgré ces progrès de prise en charge médicale, le pronostic vital et fonctionnel des hémorragies méningées par rupture anévrismale reste très défavorable. Plus de la moitié des patients décèdent à la phase aiguë (12 % avant toute prise en charge médicale, 40 % dans le premier mois en post-opératoire). Un tiers des patients ayant survécu vont garder des séquelles neurologiques invalidantes.

Formes familiales d'anévrismes intracrâniens

Formes familiales primitives

Épidémiologie

Les formes familiales sont définies par la présence d'anévrismes intracrâniens prouvés à l'angiographie chez au moins deux apparentés au 1er et au 2e degrés [9]. La fréquence des formes familiales est estimée entre 7 et 10 % des cas [10-12].

Certaines caractéristiques semblent différencier les formes familiales des formes sporadiques : caractère multiple des anévrismes [10, 13, 14], un âge plus jeune (9 ans) au moment de la rupture [10, 12, 15] et une taille plus petite au moment de la rupture [15] ; un siège sylvien. Il semble également que les formes familiales aient un pronostic vital et fonctionnel plus sévère que les formes sporadiques [15].

La réalité des formes familiales en est attestée par la mise en évidence de modifications histologiques de la paroi de l'anévrisme. Schievink et al. (1997) [16] ont mis en évidence une fragmentation des fibres élastiques internes, et un épaississement de la matrice cellulaire chez des patients porteurs d'anévrismes familiaux [16]. Fait remarquable, ces modifications concernaient non seulement les parois des artères intracrâniennes, mais également celles des artères extracrâniennes (artère carotide primitive). Une étude contrôle chez 25 patients porteurs d'anévrismes sporadiques n'a pas permis de mettre en évidence de telles anomalies. Ces aspects histologiques pourraient expliquer l'âge de rupture plus jeune et le mauvais pronostic des formes familiales par rapport aux formes sporadiques.

Génétique médicale

L'analyse des études publiées met en évidence une majorité de familles à deux cas. Schievink et al. ont réalisé en 1994 une métanalyse [17]. Parmi 238 familles recensées, près de 80 % (187/238) ne présentaient que deux cas. Moins de 3 % d'entre elles comprenaient cinq sujets atteints (extrêmes : 11 apparentés).

En raison de la fréquence des anévrismes dans la population générale, les familles à deux cas peuvent résulter simplement d'une agrégation au hasard et non d'une véritable forme familiale. La réalisation d'une ARM chez les apparentés des familles à deux cas met en évidence un 3e apparenté atteint dans 33 % des cas. Ainsi, un tiers des familles se présentant avec deux cas atteints, correspondent en fait à de véritables formes familiales [11]. De ce fait, le diagnostic d'une forme familiale d'anévrismes intracrâniens recquiert la présence d'un anévrisme chez au moins trois apparentés.

La réalisation d'une ARM chez les membres des familles atteintes met en évidence un anévrisme dans 29 % des cas [17, 18]. Le risque de présenter un anévrisme intracrânien est quatre fois plus élevé dans les membres des fratries au 1er degré, que chez les sujets issus d'un cas index. Ce risque est de 1,8 dans le cas des anévrismes sporadiques.

Les modes de transmission sont extrêmement variables : ils peuvent être de type mendélien, autosomique dominant ou récessif, mais également de type non mendélien (hérédité complexe).

Aucune donnée de génétique médicale n'est actuellement disponible : anticipation, homogénéité clinique inter- et intrafamiliale, pénétrance et expressivité de la maladie...

Génétique moléculaire

Peu de résultats sont à l'heure actuelle en notre possession. Le rôle du collagène III, dont le déficit a été invoqué dans les formes sporadiques, n'a pas été confirmé dans les formes familiales.

De façon récente, une première localisation génétique a été mise en évidence sur le bras long du chromosome 7 (7q11/D7S2472) dans une région voisine du gène codant pour l'élastine [19], sans que pour le moment le gène ne soit identifié.

Pathologies héréditaires associées

La pathologie la plus fréquemment associée est la polykystose rénale. C'est la seule pathologie qui puisse être révélée par une hémorragie méningée (2-10 % des cas) [20]. Les autres pathologies héréditaires sont des pathologies du tissu conjonctif. Elles sont tout à fait exceptionnelles et en règle générale, elles ne sont pas révélées par une rupture anévrismale [21].

Polykystose rénale

La polykystose rénale (PKD) est une affection héréditaire, le plus souvent autosomal dominant, qui se caractérise par le développement de kystes rénaux bilatéraux. Ces kystes peuvent se développer dans d'autres organes, tels le foie et le pancréas. Il s'agit d'une affection génétiquement hétérogène, avec au moins trois localisations génétiques, bras court du chromosome 16, bras long du chromosome 4 et bras court du chromosome 6 (transmission récessive). La majorité des familles sont liées au chromosome 16.

La prévalence des anévrismes est estimée à 10 % des familles de PKD [20-22]. Elle est estimée à 5 % s'il n'y a aucun antécédent d'hémorragie méningée chez les apparentés, et à 22 % en cas d'un seul antécédent familial d'hémorragie méningée [20, 22]. Le risque relatif chez les apparentés de patients porteurs de PKD de développer un anévrisme intracrânien est quatre fois celui de la population générale et rejoint celui trouvé dans les formes familiales primitives sans pathologies associées [6].

Les caractéristiques cliniques et neuroradiologiques des anévrismes associées aux PKD semblent être les mêmes que dans les formes familiales primitives d'anévrismes. La sévérité de l'atteinte rénale, l'évolutivité de la PKD, la fonction rénale, l'HTA, la présence de kystes hépatiques, ne sont pas des facteurs prédictifs de développement d'un anévrisme intracrânien [20, 23]. Le seul facteur prédictif de développer un AI serait représenté par la présence de la mutation PKD1 5224del2 [24].

Autres pathologies héréditaires associées

Quatre pathologies sont préférentiellement associées à des anévrismes artériels intracrâniens [17]. Trois sont des maladies héréditaires du tissu conjonctif (maladie d'Ehler-Danlos, maladie de Marfan, xanthome élastique) et une en rapport avec une dysembryoplasie (maladie de Recklinghausen de type I).

- La maladie d'Ehler-Danlos se manifeste par une hyperextensibilité de la peau, des articulations et une fragilité du tissu conjonctif. Plusieurs types en ont été décrits, le type IV étant celui qui se complique le plus souvent d'une atteinte vasculaire. La fréquence des anévrismes artériels intracrâniens est estimée à 4% des malades atteints de maladie d'Ehler-Danlos de type IV. La transmission est le plus souvent de type autosomique dominant. Des formes sporadiques ont pu être rattachées à des néomutations. Le gène responsable de cette pathologie (COL3A1) a été localisé sur le bras long du chromosome 2 (2q31-q32.3) et identifié. Ces mutations ont pour conséquence un déficit d'un constituant du collagène (chaîne alpha 1 du collagène de type III), objectivé sur la mise en culture de fibroblastes ou du dosage sérique.

- La maladie de Marfan se caractérise par une grande taille, une longueur excessive des membres et des doigts, des déformations de la cage thoracique, une cypho-scoliose dorsale, une hyperextensibilité articulaire, un palais ogival. Elle se complique fréquemment de dissection de l'aorte et d'anomalies oculaires (subluxation du cristallin, myopie, augmentation de longueur du globe oculaire). Quelques observations ont par ailleurs souligné l'association avec des anévrismes artériels intracrâniens. Des modifications anatomopathologiques ont été caractérisées, notamment au niveau de la biopsie cutanée (déficit en fibres microfibrillaires). Le mode de transmission est le plus souvent de type autosomique dominant, 30 % sont cependant des formes sporadiques, probablement en rapport avec des néo-mutations. Un des gènes est connu et est localisé sur le bras long du chromosome 15 (15q21.1). Il code pour la fibrilline.

- Le xanthome élastique se caractérise par l'association de lésions cutanées, arrondies, ovales ou linéaires, jaune orangé, ressemblant à des xanthomes ; des plis cutanés excessifs (cou, aisselles et des autres zones de flexion) ; une exagération des plis de la face, et des anomalies oculaires très évocatrices à type de stries angoïdes (conséquence de la rupture de la membrane de Bruch). L'une des complications majeures est la survenue d'hémorragies, conséquence de la fragilité artérielle. Une association avec des anévrismes artériels intracrâniens a été clairement rapportée. La biopsie cutanée confirme le diagnostic en mettant en évidence une fragmentation des fibres élastiques, une prolifération secondaire de l'intima et des calcifications au niveau des artérioles. Une première localisation génétique a été établie sur le bras court du chromosme 16 (16p13.1).

Quelle est la conduite à tenir pour les apparentés ?

La prise en charge d'un patient porteur d'un anévrisme artériel, rompu ou non, est toujours vécue de façon dramatique par le malade et son entourage, en raison de la sévérité du tableau révélateur, et de la connotation péjorative liée à cette malformation. La question du risque familial et de la conduite à tenir souvent posée dans de telles circonstances, peut être désarmante. Aucune recommandation internationale n'a été à ce jour établie pour la prise en charge des formes familiales. Cela tient au fait du manque de connaissances sur cette maladie, que cela soit en termes d'évolution (représentée par la rupture), des modalités thérapeutiques, et également des données génétiques (type de transmission, pénétrance et expressivité...). De ce fait, le praticien en charge de ces patients doit se garder d'une attitude trop directive et doit avant tout donner une information aux patients et aux apparentés.

Certaines situations peuvent être néanmoins envisagées.

Cas index sans aucun apparenté connu comme étant porteur d'un anévrisme rompu ou non

En dehors d'une maladie associée exposant au risque d'anévrismes familiaux (voir précédemment), il n'est pas logique à l'heure actuelle de proposer des explorations neuroradiologiques aux apparentés [25]. Dans ce cas, qui est le plus fréquent, cette pathologie doit être considérée comme sporadique et non familiale jusqu'à preuve du contraire. Il n'est donc pas licite de proposer une enquête familiale (interrogatoire direct des apparentés/examens neuroradiologiques).

Cas index avec un apparenté au 1er ou 2e degré atteint

La première étape est de vérifier les données cliniques de l'apparenté : s'agissait-il véritablement d'un anévrisme artériel ou d'une véritable hémorragie méningée. Toute mort subite n'est pas due à une rupture anévrismale.

En cas de doute, il vaut mieux ne pas retenir cet apparenté comme porteur d'un anévrisme intracrânien et il vaut mieux se replacer dans le cadre d'une forme sporadique.

Si effectivement, un apparenté a eu un diagnostic formel d'anévrisme intracrânien, le problème d'une forme familiale se pose. Le praticien doit alors donner un message d'information : ce qu'est un anévrisme artériel, les taux de rupture connus, les stratégies diagnostiques, les possibilités thérapeutiques, en précisant que ces caractéristiques ont été établies pour des anévrismes sporadiques. Il doit également donner les informations disponibles en termes de génétique médicale, avec toutes les limites de nos connaissances. Cette information doit être donnée à chaque apparenté aux 1er et 2e degrés qui le demande. Munie de ces informations, un dialogue doit alors s'installer entre praticien et le sujet à risque, afin d'arriver à un consensus pour réaliser ou non les examens à visée neuroradiologique. Si le sujet à risque souhaite réaliser un examen à visée diagnostique, le premier examen à privilégier est l'ARM.

En cas de PKD

Si aucun antécédent d'anévrisme artériel est connu, il est logique de ne pas réaliser d'examens complémentaires à visée diagnostique.

Si un antécédent d'anévrisme est connu chez un apparenté, le risque de développer une forme familiale est le même que dans les formes familiales avérées. La prise en charge rejoint celle des formes familiales primitives.

REFERENCES

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