ARTICLE
Le métabolisme de l'homocystéine est complexe, au carrefour
de deux voies métaboliques de la transsulfuration et de la reméthylation
de la méthionine (figure
1). En dehors des déficits enzymatiques d'origine génétique
responsables de l'homocystinurie, les taux d'homocystéine sont,
entre autres, modulés par l'apport vitaminique alimentaire et par
de multiples interactions médicamenteuses (figure
2). La complexité de ces régulations est à
l'origine de la multiplicité des causes d'hyperhomocystéinémie
dans la population générale. Les premiers liens entre hyperhomocystéinémie
et thrombose veineuse ont eux été suspectés lors
de l'étude du phénotype clinique des malades homocystinuriques.
La thrombose veineuse représente 50 % des accidents thrombotiques
répertoriés lors de l'enquête de Mudd [1]. Cette donnée
restera longtemps au second plan, occultée par les accidents thrombotiques
artériels.
Homocystinurie et
maladie thromboembolique veineuse
L'homocystinurie est une maladie autosomique récessive caractérisée
par une élévation des taux d'homocystéine jusqu'à
100 fois supérieurs aux valeurs normales. Cette accumulation plasmatique
d'homocystéine est observée lors des déficits enzymatiques
de la voie de la transsulfuration ou de la reméthylation de la
méthionine. Le déficit le plus fréquent est le déficit
en cystathionine-b synthase. Le phénotype clinique associe, outre
des accidents thrombotiques, un retard mental, une ostéoporose
sévère avec des complications cyphoscoliotiques précoces,
une luxation du cristallin. L'hétérogénéité
du phénotype, de l'évolution de la maladie et de la réponse
aux traitements reflète l'hétérogénéité
des mutations retrouvées sur le gène de la cystathionine-b
synthase [2].
Entre 1982 et 1983, Mudd et al. [1] dénombre parmi 624
malades homocystinuriques 253 accidents thrombotiques survenus chez 158
malades dont 51 % sont des accidents thrombotiques veineux. Le risque
d'accident thromboembolique artériel et veineux augmente avec l'âge
: de 25 % à 16 ans il passe à 50 % à 29 ans. La prévalence
des thromboses veineuses et/ou embolie pulmonaire est de 14 cas (8,5 %)
sur 164 interventions lors d'une chirurgie orthopédique (pour traiter
les complications cyphoscoliotiques de la maladie) dont 4 fatales, et
de 11 cas (4,6 %) sur 238 interventions ophtalmologiques dont 2 fatales.
Au total, 64 décès sont enregistrés au sein de cette
population jeune dont 42 consécutifs à un accident thromboembolique
veineux. Les courbes de survie montrent que les patients qui répondent
à un traitement par la vitamine B6 (normalisation des taux d'homocystéine
plasmatique par induction d'une activité enzymatique résiduelle
de la cystathionine-b synthase) ont un risque de thrombose moindre et
plus tardif.
L'homocystinurie apparaît comme une cause de maladie thromboembolique
veineuse chez l'enfant et l'adulte jeune dont la mortalité n'est
pas négligeable. La sensibilité au traitement réduit
la mortalité qui tend alors vers celle de la population générale.
L'hétérogénéité de l'atteinte thrombotique
au sein de cette cohorte de malades homocystinuriques a poussé
Mandel et al. [3] à rechercher d'autres facteurs génétiques
dont la coségrégation expliquerait le phénotype thrombotique
de la maladie. Ils ont étudié sept familles de sujets homocystinuriques.
L'incidence des thromboses veineuses dans ces familles est élevée
au sein des malades homocystinuriques homozygotes (36 %). Elle est toujours
associée à la présence du facteur V Leiden, responsable
d'une résistance à la protéine C activée,
à l'état homozygote ou hétérozygote, avec
un « effet dose » du gène sur l'expression clinique de
la thrombose veineuse. Il semble donc que la consanguinité (64
% de présence du facteur V Leiden et association à d'autres
maladies métaboliques comme la phénylcétonurie, syndrome
d'Imerslund) ait favorisé l'expression d'autres anomalies de la
coagulation et que l'association à des taux d'homocystéine
toujours supérieurs à 40 mmol/l dans leur population soit
particulièrement thrombogène. Notre expérience au
sein de la population des malades homocystinuriques en France est différente
[4]. Le taux de consanguinité est moins important (17 % d'association
au facteur V Leiden et une prévalence d'affections métaboliques
ou neurologiques génétiques faible). La survenue de thromboses
veineuses sans facteur V Leiden chez trois malades de notre population
doit rendre prudent quant à une prévention de la maladie
thromboembolique ciblée sur l'existence ou non du facteur V Leiden
dans cette population très exposée au risque chirurgical
orthopédique. En fait, la question au sein de cette population
est celle de l'augmentation du risque thrombogène avec l'accumulation
des facteurs de risque de thrombose.
L'homocystinurie, quel que soit le déficit enzymatique causal,
est associée à la survenue de thromboses veineuses chez
l'enfant et l'adulte jeune. L'expression de la maladie thromboembolique
veineuse est influencée par la sélection d'autres anomalies
génétiques de la coagulation.
Homocystéine et maladie
thromboembolique dans la population générale
La problématique ici est complètement différente
de celle de l'homocystinurie, voire inverse. L'homocystinurie est une
maladie rare (1/200 000) associée à une forte incidence
d'accidents thrombotiques veineux et une mortalité précoce
[1]. La maladie thromboembolique veineuse est une affection fréquente
dans la population générale. Une augmentation modérée,
proche des valeurs normales, des taux d'homocystéine augmenterait
le risque thrombotique et pose le problème de la définition
du seuil à partir duquel le risque thrombotique apparaît.
L'enjeu est d'importance puisque, si l'association existe, une correction
du facteur de risque permettrait d'envisager une prévention de
la maladie thromboembolique.
Thrombose veineuse
profonde du sujet de moins de 50 ans
Trois enquêtes rapportent une prévalence élevée
d'hyperhomocystéinémie associée à la thrombose
veineuse « juvénile », c'est-à-dire avant 50 ans.
Dans l'enquête de Brattström et al. [5] les patients
avec thromboses veineuses profondes (6 sur 42) et 18,8 % pour Falcon et
al. [6] ont des taux d'homocystéine à jeun élevés.
Fermo et al. [7] retrouvent 13,1 % (IC 95 % (7,6-21,3 %)) d'hyperhomocystéinémie
dont seulement 5 % détectée à jeun. Le caractère
familial de l'hyperhomocystéinémie est retrouvé dans
cette enquête chez 8 des 12 propositus testés (les patients
porteurs de carences vitaminiques étaient exclus). Les caractéristiques
cliniques des malades hyperhomocystéinémiques se rapprochent
de celles de tous les malades avec des déficits de la coagulation
et le taux de récidive est plus important pour les malades hyperhomocystéinémiques.
Les limites de ces travaux sont l'absence d'appariement sur l'âge
et le sexe, principaux facteurs de confusion entre les malades et les
témoins et le faible nombre de malades et de témoins. Le
recrutement des malades est très hétérogène
: il associe des thromboses veineuses des membres inférieurs mésentériques
et cérébrales, et des thromboses artérielles qui
rendent difficile l'analyse des résultats. Enfin, dans l'interprétation
de ces résultats il faut tenir compte du type de recrutement, essentiellement
pour exploration des causes de thrombose veineuse et non pour diagnostic
de la thrombose veineuse.
Thrombose veineuse profonde
récidivante
L'influence de l'hyperhomocystéinémie sur la récidive
de thrombose veineuse a été abordée dans deux enquêtes.
Fermo et al. [7] retrouvent un taux de récidive de thrombose
artérielle et veineuse plus important chez les sujets hyperhomocystéinémiques.
Après un an de suivi, 8 sur 10, soit 80 %, des malades hyperhomocystéinémiques
ont présenté une récidive thrombotique artérielle
(2) ou veineuse (6) contre 17 sur 41 soit 52 % de récidives (p
< 0,01) au sein des malades non hyperhomocystéinémiques.
La fréquence des récidives constatées dans le groupe
des malades sans hyperhomocystéinémie, fait suspecter un
recrutement de sujets particulièrement à risque. Dans la
population genérale le taux de récidive est de 5 à
10 % en moyenne.
Dans une enquête cas-témoin incluant 185 malades avec thrombose
veineuse profonde récidivante comparés à 220 témoins,
den Heiger et al. [9] montrent qu'un taux d'homocystéine
supérieur au 90e percentile de la population témoin,
ajusté à l'âge, au sexe et au statut hormonal chez
la femme est associé à un risque relatif de thrombose récidivante
de 2,0 (IC : 95 % ; 1,5-2,7). Ce risque relatif augmente avec les taux
d'homocystéine plasmatique. L'importance de la prévalence
de l'hyperhomocystéinémie malgré un risque relatif
faible permettent d'estimer que 17 % des thromboses dans cette population
sont dues à une augmentation des taux d'homocystéine.
Thrombose veineuse profonde
dans la population générale, interaction avec le facteur
V Leiden
L'enquête réalisée aux Pays-Bas par den Heiger et
al. [10] analyse l'association de l'augmentation des taux d'homocystéine
à la thrombose veineuse dans une population générale
recrutée consécutivement à un premier épisode
de thrombose veineuse profonde. Ce recrutement serait exhaustif d'une
population d'une région, étant donné le système
de soin. Au sein de cette population, l'enquête trouve 28 malades
sur 269 (10 %) avec des taux d'homocystéine supérieurs au
95e percentile du groupe témoin, soit un risque relatif
de 2,5 (IC : 95 % ; 1,2-5,2). Le risque relatif est plus important chez
les femmes que chez les hommes (3,8 contre 1,8). Il augmente avec l'âge.
Dans cette même enquête, 47 malades sont porteurs du facteur
V Leiden contre 7 témoins. Si l'on calcule les risques relatifs
exclusifs du facteur V Leiden et de l'hyperhomocystéinémie,
ils sont respectivement de 9,5 et 2,2 au 90e percentile de
la population témoin ; le risque relatif pour les deux combinés
est de 3,5 (IC : 95 % ; 0,7-16,9). Enfin, le risque relatif associé
à l'hyperhomocystéinémie n'est pas modifé
après exclusion des déficits en protéine C, S et
ATIII. Il ne semble donc pas y avoir, sur le plan clinique, d'interaction
« active » entre facteur V Leiden et hyperhomocystéinémie
dans cette population. Mais les limites méthodologiques, en particulier
la puissance de l'enquête nécessaire pour répondre
à la question de l'interaction sont évidentes ici. Cette
interaction demande à être étudiée dans de
plus larges populations.
Une enquête de Simioni et al. [11] retrouve un risque de
thrombose associé à l'hyperhomocystéinémie
à jeun au-delà du 95e percentile de 2,6 (IC :
95 % ; 1,1-5,9). Les patients (n = 60) sont inclus après une phlébographie
et le groupe témoin est celui des sujets exclus après une
phlébographie négative qui ne sont donc pas asymptomatiques
sur le plan clinique.
Le test de charge à
la méthionine
Le test de charge oral à la méthionine a été
initialement conçu pour dépister les sujets hétérozygotes
pour le déficit en cystathionine-b synthase. Une charge orale de
méthionine a été proposée pour démasquer
un déficit hétérozygote en cystathionine-b synthase
sans hyperhomocystéinémie basale. Il s'agissait donc de
dépister une hyperhomocystéinémie « latente
». Il est aujourd'hui évident qu'elle ne soit qu'exceptionnellement
le reflet d'un déficit hétérozygote en cystathionine-b
synthase mais plutôt celui de « polymorphismes » génétiques
ou non de la régulation du métabolisme de la méthionine.
Il semble que cette hyperhomocystéinémie latente soit
associée à une augmentation du risque thrombotique veineux
dans les populations de moins de 50 ans (tableau).
Dans l'enquête de den Heiger [9], le risque relatif de thrombose
associé à cette hyperhomocystéinémie post-charge
est de 2,6 (IC à 95 % : 1,9-3,5). Il reste que 30 à 50 %
des patients ainsi détectés ont une hyperhomocystéinémie
basale. Le test de charge crée une hyperméthioninémie
supraphysiologique qui n'est jamais reproduite par une alimentation normale.
Son intérêt comme outil de dépistage reste à
démontrer sur le plan épidémiologique.
L'ensemble de ces études cas-témoins comporte certains
biais inhérents à la méthologie choisie. Il est en
effet possible que l'événement thrombotique veineux en lui-même,
les traitements ou les changements d'habitudes alimentaires qui lui sont
associés modifient les taux d'homocystéine plasmatique.
Nous ne disposons pas encore d'enquêtes cas-témoins nichées
au sein d'une cohorte ou d'enquêtes prospectives qui analysent le
lien entre homocystéine et thrombose veineuse sans ces biais méthodologiques.
Hyperhomocystéinémie
et thrombose vasculaire dans le lupus
Si l'augmentation des taux d'homocystéine plasmatique apparaît
comme un facteur de risque indépendant de thrombose artérielle,
aucune association n'a pu être trouvée avec la thrombose
veineuse profonde. Ainsi, une cohorte de 337 patients lupiques a été
suivie de façon prospective quatre fois par an afin d'identifier
les facteurs de risque de thrombose vasculaire [12]. Pour un nombre d'événements
cliniques similaire : 29 accidents vasculaires cérébraux
ischémiques, 31 thromboses artérielles et 34 thromboses
veineuses profondes, les auteurs montrent que l'augmentation des taux
d'homocystéine plasmatique au-delà de 14,1 mmol/l est un
facteur de risque indépendant de thrombose artérielle quelle
qu'en soit la localisation. Ils ne retrouvent pas d'association avec la
thrombose veineuse. Il semble donc qu'il n'y ait pas d'association entre
hyperhomocystéinémie et thrombose veineuse dans le lupus
ou que cette association soit plus faible et que la puissance de l'enquête
soit insuffisante pour la mettre en évidence. Il est intéressant
de noter dans cette population que les anticorps anticardiolipines sont
associés à un risque thrombotique artériel, hormis
cérébral, et ne sont pas associés à un risque
de thrombose veineuse. Une association forte entre hypertension artérielle
et thrombose veineuse ne reçoit aucune explication.
Physiopathologie du risque
thrombotique veineux lié à l'homocystéine
Toutes les hypothèses physiopathologiques reposent sur des travaux
réalisés in vitro sur des modèles de cellules
endothéliales en culture. Il s'agit le plus souvent de cellules
extraites de la veine du cordon ombilical humain. L'homocystéine
utilisée est la D,L-homocystéine réduite dissoute
dans le milieu de culture.
Dans ces conditions expérimentales, l'homocystéine modifie
le phénotype anticoagulant de la cellule endothéliale en
un phénotype procoagulant. Les mécanismes passent par une
inhibition du système anticoagulant de la protéine C [13-16],
une interaction avec les récepteurs héparansulfate de l'antithrombine
III [17], une inhibition de la fonction du récepteur du t-PA [18],
une activation du facteur tissulaire [19], une inhibition de la sécrétion
de prostacycline [20] et une augmentation de la liaison de la lipoprotéine
(a) à la fibrine [21].
L'inactivation de la protéine C in vitro en présence
d'homocystéine est retrouvée dans des systèmes cellulaire
et a-cellulaire. L'incubation des cellules endothéliales avec des
concentrations d'homocystéine de 0,6 à 1,25 mmol/l pendant
six heures inhibe l'activation de la protéine C de 12 à
33 % [13]. Dans le système cellulaire, la synthèse de mRNA
de la thrombomoduline est augmentée de deux à quatre fois
mais l'homocystéine interfère avec la maturation protéique
post-traductionnelle de la thrombomoduline dont l'expression à
la surface endothéliale est diminuée. La cinétique
de glycosylation de la thrombomoduline sur huit heures en présence
d'homocystéine aboutit à la précipitation d'une protéine
de 80 000 kDa alors que la bande mature est de 95 000 kDa. Cette diminution
de la masse de la thrombomoduline est liée à une diminution
de la glycosylation liée à l'asparagine comme le montrent
les digestions enzymatiques spécifiques réalisées.
Enfin, la thrombomoduline est moins exprimée à la surface
cellulaire comme en attestent les digestions à la trypsine. Lentz
retrouve le même type d'interaction lorsqu'il étudie la synthèse
du facteur von Willebrand [22]. Il montre qu'en présence de 2 mM
d'homocystéine, la multimérisation et la glycosylation,
le clivage du propeptide et donc la sécrétion du facteur
Willebrand sont inhibés. Ces résultats au niveau de la thrombomoduline
et du facteur Willebrand suggèrent que l'homocystéine altérerait
le fonctionnement du réticulum endoplasmique. Le caractère
sélectif de cette interaction dépendrait de la richesse
des protéines en cystéine et donc de la richesse de la molécule
en ponts disulfures et de sa conformation tridimensionnelle. Il pourrait
être lié à un dysfonctionnement thiol dépendant
[23] des protéines disulfides isomérases au sein de l'appareil
de Golgi.
Il existe également un effet thiol dépendant de toxicité
directe retrouvé dans des systèmes in vitro d'activation
de la protéine C. Cet effet serait lié à une réduction
directe des ponts disulfures des protéines.
Si l'homocystéine apparaît comme un modulateur pharmacologique
dose dépendant et réversible des fonctions de la cellule
endothéliale in vitro, il existe de nombreuses limites à
l'extrapolation de ces résultats in vivo. Tout d'abord,
ces effets apparaissent avec des doses souvent dix fois supérieures
à celles retrouvées in vivo de l'ordre du millimolaire.
L'homocystéine dissoute dans le milieu de culture de façon
extemporanée à l'expérimentation est totalement réduite
alors que des traces d'homocystéine libre et réduite sont
rétrouvées in vivo. Enfin, les temps d'exposition
sont courts comparés à une exposition chronique chez l'homme.
Facteurs déterminants
de l'hyperhomocystéinémie associée aux thromboses
veineuses profondes
Les taux d'homocystéine sont déterminés selon une
interaction complexe entre l'environnement (les cofacteurs vitaminiques,
B6 et B12, et les substrats comme les folates de la voie de la reméthylation
de l'homocystéine) et les facteurs génétiques (polymorphismes
génétiques) à l'origine d'une variabilité
d'activité enzymatique innée.
Les facteurs environnementaux influant le taux d'homocystéine
sont les folates, la vitamine B12 et enfin la vitamine B6 dont l'association
à l'infarctus du myocarde a été trouvée [24]
et qui permettraient d'envisager un traitement préventif dans la
population et sans effet délétère. Sur le plan génétique,
le seul candidat sérieux aujourd'hui est le polymorphisme fonctionnel
de la méthylène tétrahydrofolate réductase
récemment publié [25]. Il serait associé à
l'hyperhomocystéinémie dans la pathologie vasculaire [26,
27]. Nous avons réalisé une pré-enquête dans
une population de 120 thromboses veineuses profondes et 94 témoins
[28]. Nous ne trouvons pas de différence de fréquence de
ce polymorphisme entre les cas et les témoins alors que nous trouvons
un risque relatif de thrombose lié à l'homocystéine
de 2,2 (IC : 95 % ; 1,4-5,7) en analyse multifactorielle. En revanche,
pour une même valeur basse des taux de folates, nous trouvons des
taux d'homocystéine nettement plus élevés quand le
sujet est homozygote pour cette mutation. De Franchis trouve une prévalence
de la mutation de 62 % chez les malades porteurs de thrombose veineuse
hyperhomocystéinémique contre 2,8 % chez ceux sans hyperhomocystéinémie
[29]. Les taux moyens d'homocystéine chez les homozygotes (32 ±
19 mM contre 22,9 ± 5 mM chez les autres malades hyperhomocystéinémiques)
et l'importance de l'écart type suggèrent une interaction
avec un autre facteur dans la détermination des taux d'homocystéine.
Ces résultats vont dans le sens de ceux de Rozen [30]. Ils suggèrent
une interaction directe entre les folates et ce polymorphisme dans la
détermination des taux d'homocystéine plasmatique.
CONCLUSION
L'association entre augmentation des taux d'homocystéine et thrombose
veineuse profonde est suggérée par les travaux récents
de certaines équipes. Ils demandent à être confirmés
dans d'autres populations. Une enquête multicentrique est actuellement
en cours afin d'étudier cette association dans nos populations.
Elle est basée sur un recrutement consécutif et non sélectionné
afin que les conclusions puissent être extrapolées à
la population générale. En pratique, faut-il mesurer l'homocystéine
chez les patients porteurs de thrombose veineuse et quelle population
cibler dans l'attente de ces résultats ? Il est raisonnable de
rechercher l'hyperhomocystéinémie lors d'une thrombose veineuse
profonde si une recherche de thrombophilie est réalisée
; il existe une sanction thérapeutique simple qui fait disparaître
le facteur de risque. Cette correction d'un facteur de risque se conçoit
indépendamment du traitement anticoagulant. Le risque lié
à une hyperhomocystéinémie augmente avec l'âge
et cet élément doit être pris en compte dans la définition
des populations « à risque ".
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