ARTICLE
Depuis environ deux
ans, les cliniciens sont confrontés, chez des patients infectés
par le VIH, à l'apparition de dyslipidémies et d'anomalies
de la répartition des graisses. Des événements vasculaires
aigus ont été récemment décrits en association
aux troubles métaboliques et la déformation de leur image
corporelle est difficilement supportée par les patients. Le rôle
de nouveaux médicaments utilisés dans le traitement du sida,
notamment les inhibiteurs de la protéase virale et/ou certains
inhibiteurs de la transcriptase inverse, apparaît probable. Ces
molécules ne sont toutefois pas seules en cause dans l'apparition
de ces anomalies, parfois observées chez des sujets n'ayant jamais
reçu ce type de traitement.
Les traitements utilisés dans l'infection
VIH
Les principaux traitements antirétroviraux actuellement
disponibles appartiennent à deux classes principales : les inhibiteurs
de la transcriptase inverse et les inhibiteurs de la protéase virale.
Les inhibiteurs de la réverse transcriptase sont les plus anciennement
connus. On distingue les analogues nucléosidiques (zidovudine ou
AZT, lamivudine ou 3TC, stavudine ou d4T, didanosine ou DDI, zalcitabine
ou DDC) et non nucléosidiques (nevirapine, efavirenz). Ces molécules
se comportent comme de faux substrats de l'enzyme et bloquent ainsi son
fonctionnement.
L'efficacité des traitements anti-rétroviraux a été
considérablement accrue par l'utilisation, à partir de 1996,
des inhibiteurs de l'aspartylprotéase du virus (IP). La protéase
virale est codée par la partie 5' du gène pol et
traduite dans la polyprotéine gag-pol. Active sous forme
d'un homodimère, elle clive le précurseur gag-pol
en protéase, transcriptase inverse et intégrase, et le précurseur
gag en protéines de stucture du virion (figure
1). L'inhibition de cette protéolyse bloque à la
fois la multiplication virale dans la cellule infectée et l'infection
de nouvelles cellules. Les quatre antiprotéases utilisées
en thérapeutique (indinavir, nelfinavir, ritonavir et saquinavir)
sont des analogues synthétiques des séquences d'aminoacides
reconnues et clivées par l'aspartyl protéase du VIH [1].
Actuellement, on peut estimer que 80 % des patients VIH+, symptomatiques
ou non, sont traités par une association contenant deux inhibiteurs
de la transcriptase inverse et un inhibiteur de la protéase.
Anomalies de la répartition
des graisses et troubles métaboliques. Aspects cliniques et biologiques
(tableaux I
et II)
L'infection par le VIH et l'immunodépression
qu'elle entraîne s'accompagnent, lorsque la maladie évolue,
d'une importante dénutrition avec amyotrophie et perte de la masse
grasse. Les antirétroviraux, notamment les antiprotéases,
améliorent rapidement l'état nutritionnel des patients,
probablement en éradiquant les infections opportunistes et en restaurant
un équilibre de cytokines favorable à la prise de poids
[2]. Mais, de façon paradoxale, l'utilisation de ces traitements
antirétroviraux particulièrement efficaces s'est aussi accompagnée
de l'émergence d'une forme particulière de lipoatrophie
localisée, jamais signalée avant 1997 [3].
Les anomalies de la répartition des graisses apparaissent sur 3
à 18 mois et tendent à s'aggraver progressivement. D'intensité
très variable selon les cas, cette « lipodystrophie »
associe le plus souvent un excès de graisse viscérale et
omentale [4], et une perte de la masse grasse dans les autres territoires
[5]. Ces deux phénomènes sont le plus souvent associés
(formes mixtes) mais, chez certains patients, l'adiposité du tronc
est au premier plan tandis que chez d'autres, l'atrophie du tissu adipeux
sous-cutané prédomine.
Cliniquement, on constate une augmentation de volume et un aspect proéminent
de l'abdomen objectivé sur le périmètre ombilical
; les patients rapportent une sensation d'inconfort, de distension, de
« bouée ». Les femmes se plaignent également d'une
augmentation de volume des seins [6] et chez l'homme, on peut constater
une gynécomastie [8]. De façon moins fréquente, la
graisse peut s'accumuler dans les creux sus-claviculaires, sur les épaules
et la partie supérieure du dos réalisant un aspect en «
bosse de bison » [7]. Sur les membres et le visage, le tissu sous-cutané
tend au contraire à disparaître : les bras et les jambes
deviennent grêles, les muscles sont visibles et les veines saillantes.
Les manifestations débutent souvent par les régions les
plus distales. La lipoatrophie atteint la racine des cuisses et les fesses
qui prennent un aspect « tombant » tandis que la graisse
persiste au niveau du bassin. La boule de Bichat s'atrophie, creusant
les joues et réalisant un aspect cachectique du visage [5]. Le
poids reste habituellement stable et le BMI normal.
D'autres manifestations peuvent être présentes, notamment
des lésions cutanées : périonixys, ongles incarnés,
sécheresse de la peau [9]...
Des troubles métaboliques peuvent être associés à
cette lipodystrophie ou se présenter isolément : dyslipidémie,
résistance à l'insuline, s'accompagnant parfois de troubles
de la glycorégulation.
L'hypertriglycéridémie est une notion classique chez les
patients VIH+ lorsque le nombre de cellules CD4 est inférieur
à 200, et en particulier lorsque l'infection est symptomatique
[3]. Il s'agit d'une augmentation des VLDL (very low density lipoprotein),
bien corrélée aux taux d'interféron alpha, ce qui
suggère un rôle des cytokines dans l'altération du
métabolisme des triglycérides. L'hypertriglycéridémie
régresse en cas de bonne réponse à la zidovudine
[10]. Plus récemment ont été décrites au contraire
des dyslipidémies apparaissant sous trithérapie antirétrovirale
efficace [4, 5, 11]. Il s'agit le plus souvent d'hypertriglycéridémies
modérées (1 fois et demie à deux fois la limite supérieure
de la normale), mais parfois importantes, voire majeures (50 à
100 mmol/l) ou, encore, de dyslipidémies mixtes.
L'insulinorésistance se traduit par des concentrations élevées
d'insuline et de peptide C dans le plasma de ces patients [5] et une moindre
diminution de la glycémie lors d'un test de tolérance à
l'insuline [12]. L'hyperglycémie provoquée par voie orale
est souvent pathologique chez les patients recevant une trithérapie
incluant une antiprotéase [12] ; le diabète patent est rare,
mais peut être sévère [13].
Les paramètres hormonaux, en particulier la sécrétion
de glucocorticoïdes de base et sous dexaméthasone, la réponse
au CRH (corticotrophin releasing hormone), les stéroïdes
sexuels sont normaux ; la concentration plasmatique de leptine reste
proportionnelle au BMI (body mass index).
Prévalence
La prévalence de ce (ou ces) syndrome(s) est
diversement appréciée.
Carr et al. observent une prévalence de lipodystrophie cliniquement
évidente de plus de 60 % (74/116 patients), après 12
mois de traitement par une trithérapie incluant un inhibiteur de
la protéase virale, contre 3 % (1/32) pour les patients n'ayant
jamais reçu d'antiprotéase [5]. Celle-ci est évaluée
par les mêmes auteurs à 83 % après 21 mois de traitement
incluant un inhibiteur de la protéase virale [16]. Une étude
italienne portant uniquement sur des femmes (306 patientes traitées
au moins par deux antirétroviraux, la moitié des traitements
incluant un inhibiteur de la protéase virale) rapporte une fréquence
de seulement 10 % de troubles de la répartition des graisses [6].
La fréquence de l'insulinorésistance a été
évaluée à 61 % des 67 patients traités par
une trithérapie incluant un inhibiteur de la protéase virale
[12]. Environ la moitié des patients testés (11 sur 24)
avait une courbe d'hyperglycémie provoquée anormale. Dans
cette étude, aucun des 13 patients VIH+ non traités
n'avait d'insulinorésistance [12].
Quant à la dyslipidémie, les études publiées
rapportent des taux de triglycérides plasmatiques et de cholestérol
total significativement plus élevés chez les patients sous
trithérapie [4]. Le pourcentage de patients ayant une hyperlipidémie
potentiellement athérogène (définie par triglycérides
> 2 mmol/l et/ou cholestérol total > 5,5 mmol/l) est variable
selon les études et les traitements : entre 30 % et 70 % des patients
sous trithérapie incluant un inhibiteur de la protéase virale
[14-16].
À traitement équivalent, la majorité des études
trouve des taux plus élevés de triglycérides et une
résistance à l'insuline plus importante chez les patients
présentant un trouble de la répartition des graisses que
chez ceux n'ayant pas de lipodystrophie [4, 5, 7]. La dernière
de ces trois études trouve même une corrélation entre
le taux de triglycérides et le pourcentage de graisse viscérale
abdominale. Gervasoni et al., au contraire, ne constatent pas de
différence des paramètres métaboliques entre les
groupes de patientes avec et sans lipodystrophie [6].
Évolution
L'évolution naturelle des troubles de la répartition
des graisses sans modification du traitement antirétroviral n'a
été rapportée jusqu'à présent que par
une seule équipe [16]. En moyenne, la lipoatrophie tend à
s'aggraver progressivement, avec une perte de tissu adipeux toutefois
beaucoup moins rapide pendant la deuxième année que durant
la première année de traitement. Toutefois, certains patients
sont stables ou s'améliorent sans qu'une cause puisse être
identifiée.
Dans leur série, les taux de triglycérides et de cholestérol
sont restés stables entre 13 et 21 mois de traitement, de même
que les anomalies de la tolérance au glucose et ce, sans intervention
diététique ni médicamenteuse [16].
Physiopathologie
La cause de ces anomalies ainsi que leur mécanisme
restent controversés.
L'apparition de ce nouveau syndrome ayant coïncidé avec le
début de l'utilisation des inhibiteurs de la protéase virale,
ces molécules ont été les premières mises
en cause [4,5]. Il semble à présent clair que d'autres facteurs
sont impliqués, comme certains inhibiteurs de la transcriptase
inverse et/ou l'infection par le VIH elle-même, éventuellement
par le biais de modifications de l'immunité.
Parmi les facteurs corrélés à la survenue d'une lipodystrophie
dans les études déjà publiées, certains sont
liés à l'infection virale ou au statut immunitaire comme
la charge virale initiale [6] et le nombre de CD4 avant traitement [16].
D'autres concernent les thérapeutiques employées : durée
du traitement [5, 6], utilisation d'inhibiteurs de la protéase
virale [5] (alors que les autres antirétroviraux prescrits ne semblaient
pas intervenir dans cette étude australienne), utilisation de 3TC
[6] (alors que le risque lié à l'utilisation d'inhibiteurs
de la protéase virale et de d4T restait à la limite de la
significativité pour ces auteurs italiens). D'autres facteurs,
enfin, sont liés à l'individu lui-même : un poids
plus faible avant traitement [16], des antécédents familiaux
de diabète [6].
Des hypothèses physiopathologiques ont été proposées
pour expliquer la lipodystrophie et/ou les anomalies métaboliques
de ces patients.
Carr et al. [17] ont noté des analogies de séquences
entre le site actif de l'aspartyl protéase virale et certaines
protéines impliquées dans le métabolisme lipidique
: CRABP1 (cytoplasmic retinoic acid binding protein type 1) et
LRP (LDL receptor related protein). Ils ont suggéré
que les inhibiteurs de la protéase virale pourraient inhiber le
fonctionnement de ces protéines. Le blocage de CRABP1 interférerait
avec la synthèse d'acide cis 9 rétinoïque. Or
l'acide rétinoïque agit en coopération avec le facteur
de transcription PPAR gamma (peroxysome proliferator activated receptor)
pour induire et maintenir l'expression d'un phénotype différencié
dans les adipocytes (figure 2)
; l'atrophie du tissu adipeux serait liée à une perte de
cette différenciation. La liaison des inhibiteurs de la protéase
virale à la LPR, récepteur impliqué dans la clairance
post-prandiale des chylomicrons, retarderait l'élimination des
triglycérides [17]. Il faut souligner que cette hypothèse
n'a reçu pour l'instant aucune confirmation expérimentale.
Des études in vitro sur des préadipocytes de souris
incubés avec du ritonavir et de l'indinavir ont mis en évidence
au contraire un effet adipogénique des inhibiteurs de la protéase
virale [18]. Bien sûr, ces résultats doivent eux aussi être
interprétés avec prudence, car ces lignées murines
en culture sont un modèle très imparfait du tissu adipeux
humain in vivo.
Des inhibiteurs de la réverse transcriptase : d4T ou 3TC, l'infection
par le VIH elle-même et/ou la modification du statut immunitaire
semblent aussi intervenir. Il a été suggéré
que les anomalies de répartition du tissu adipeux seraient liées
à la survie prolongée des patients sous trithérapie
[19]. Certaines molécules impliquées dans l'inflammation
et synthétisées au cours de l'infection par le VIH, possèdent
en effet une action anti-adipogénique. Le TNF-alpha, en particulier,
inhibe l'adipogenèse et induit la dédifférenciation
des adipocytes matures ; il a aussi été impliqué
dans l'insulinorésistance systémique. Au niveau moléculaire,
il diminue l'expression de gènes spécifiques des adipocytes,
en particulier le PPAR-gamma (figure
2) [20]. Des phénomènes inflammatoires pourraient
être également impliqués dans la genèse des
lésions athéromateuses.
Qu'en est-il des troubles du métabolisme lipidique et glucidique
? Des arguments expérimentaux suggèrent que les anomalies
métaboliques pourraient être la conséquence de la
perte de tissu adipeux sous-cutané. Dans un modèle de souris
transgéniques chez lesquelles l'inactivation d'un facteur de transcription
nécessaire au développement et à la différenciation
adipocytaire, C/EBP (figure 2),
a abouti à l'absence complète de tissu adipeux, on constate
aussi une insulinorésistance et une hypertriglycéridémie
[21]. Certaines maladies humaines monogéniques comportent également
une atrophie totale ou partielle du tissu adipeux, une résistance
à l'insuline et une hyperlipidémie : diabète lipoatrophique
congénital (autosomique récessif), syndrome de Köbberling-Dunningan
(autosomique dominant) [22].
Ces syndromes, secondaires à un défaut moléculaire
unique, montrent que l'ensemble des symptômes « atrophie
du tissu adipeux résistance à l'insuline hypertriglycéridémie »
peut avoir une origine commune.
Il semble paradoxal que le tissu adipeux puisse s'accumuler dans certaines
régions et disparaître ailleurs. Pourquoi une même
situation pathologique ne produit-elle pas des effets identiques sur le
tissu adipeux intra-abdominal et sous-cutané ?
Le tissu adipeux, en fonction de sa situation, a un métabolisme
différent qui se traduit par l'association de l'adiposité
viscérale, mais non de l'adiposité sous-cutanée,
aux complications vasculaires de l'athérome. D'un point de vue
moléculaire, de nombreux gènes, tels les récepteurs
adrénergiques, la leptine, le PPAR gamma, sont exprimés
de façon variable dans les adipocytes sous-cutanés et viscéraux.
Ces exemples montrent que les adipocytes sont qualitativement différents
selon la région du corps et pourraient être sensibles ou
non à un même facteur exogène ou génétique.
Conséquences, retentissement vasculaire
Risque vasculaire
Le risque vasculaire exact des anomalies métaboliques
reste à apprécier, mais l'association hyperinsulinisme-dyslipidémie-accumulation
de graisse viscérale abdominale est, d'une façon générale,
athérogène et thrombogène. Une ischémie aiguë
d'un membre, un accident vasculaire cérébral et surtout
des nécroses myocardiques ont été rapportés
chez ces patients, trois semaines à deux ans après le début
de la trithérapie. Ces infarctus étaient souvent inauguraux,
sur des sténoses coronariennes serrées. Il s'agissait souvent
de patients jeunes : certains avaient moins de 35 ans. Les facteurs de
risque vasculaire étaient presque toujours la dyslipidémie
à laquelle s'associait un tabagisme modéré [23-26].
À côté des troubles métaboliques, susceptibles
d'avoir favorisé ces accidents, la maladie virale elle-même
s'accompagne, chez de jeunes adultes et même chez des enfants, de
lésions athéromateuses sévères touchant notamment
les artères coronaires. Il faut noter que ces descriptions autopsiques
[27] sont antérieures à l'utilisation des traitements antirétroviraux
actuellement mis en cause.
Risque pancréatique
Le risque de pancréatite aiguë est réel
et doit être pris en compte chez un patient, dès lors que
l'hypertriglycéridémie dépasse 10 g/l. Plusieurs
épisodes de ce type ont été rapportés.
Retentissement psychologique
Le retentissement psychologique du trouble de la répartition
des graisses est important avec parfois impossibilité de maintenir
le traitement chez des patients par ailleurs bien contrôlés.
L'aspect cachectique du visage, en particulier, est mal toléré,
renvoyant le patient à l'image de la maladie.
Traitement
Faut-il changer de protocoles antirétroviraux
? Faut-il limiter les indications de la trithérapie ?
Il ne sera probablement pas possible de répondre
à ces questions avant d'avoir déterminé précisément
la ou les causes de ces syndromes, ainsi que les éventuels facteurs
favorisants.
Quelques essais thérapeutiques proposent, dans le cadre d'une trithérapie,
de changer l'inhibiteur de la protéase virale pour un analogue
non nucléosidique type efavirene ou névirapine. Même
si, dans des cas ponctuels, de grandes hypertriglycéridémies
ont pu être ainsi améliorées, le bénéfice
à moyen terme sur les troubles métaboliques et les anomalies
de répartition de la graisse est incertain.
Peut-on proposer un traitement des troubles morphologiques
et métaboliques ?
Aucune publication ne fait mention d'essais thérapeutiques
visant à corriger l'anomalie de répartition des graisses.
Dans quelques cas, une chirurgie esthétique a permis de compenser
la perte graisseuse au niveau du visage avec un bon résultat immédiat.
Mais le maintien à moyen terme du tissu adipeux greffé reste
à évaluer.
En cas d'accumulation prédominante de graisse au niveau du tronc,
une alimentation normocalorique, pauvre en sucres d'absorption rapide,
peut être bénéfique pour diminuer l'adiposité
abdominale, en particulier chez les patients à qui il avait été
conseillé une alimentation hypercalorique, riche en boissons et
suppléments sucrés, alors qu'ils étaient menacés
par la dénutrition.
La prise en charge de la dyslipidémie fait appel en priorité
aux mesures diététiques. En cas d'hypertriglycéridémie,
on conseille, là encore, d'éviter les sucres d'absorption
rapide surtout en dehors des repas et la prise d'alcool (bière,
apéritifs en particulier). L'alimentation doit être normocalorique
si le poids est normal. Ces mesures sont particulièrement efficaces
chez des patients qui avaient pris l'habitude d'une alimentation riche,
hyperglucidique. Si l'hypercholestérolémie est prédominante,
le cholestérol, mais surtout les graisses saturées, doivent
être limitées.
L'utilisation des hypolipémiants est discutée. Peu d'études
ont jusqu'à présent été publiées. Henry
et al. [28] rapportent le traitement de 30 patients environ, traités
soit par gemfibrosil, soit par atorvastatine, soit par une association
des deux produits, pour une hyperlipidémie résistant aux
mesures hygiéno-diététiques. Une baisse des triglycérides
de 60 % et du cholestérol de 30 % a été obtenue
en 6 mois, sans effet secondaire. Toutefois, la petite taille de l'échantillon
et l'absence de recul ne permettent pas d'affirmer l'innocuité
de tels traitements sur le foie, les muscles, et le contrôle de
l'infection virale. En effet la plupart de ces produits est métabolisée
par le cytochrome P450 CYP3A (tableau
III), qui assure également la dégradation de nombreux
antirétroviraux. Si la prescription d'un inhibiteur de l'HMG coA
réductase (hydroxy-methyl-glutaryl coenzyme A réductase)
est décidée, il est logique d'utiliser un produit de demi-vie
courte et non métabolisé par le CYP3A, comme la pravastatine
ou la fluvastatine, afin de limiter les possibilités d'interaction
et d'effets secondaires.
CONCLUSION
Les troubles métaboliques observées
chez les patients VIH+ ajoutent un degré de complexité
au traitement déjà difficile de ces malades. L'incertitude
sur la(les) cause(s) exacte(s) de ce syndrome, probablement à décomposer
en plusieurs entités, rend pour l'instant la prévention
impossible. La diététique apporte un bénéfice
appréciable mais souvent partiel pour la correction des anomalies
biologiques ; la tolérance des hypolipémiants reste à
évaluer. Quant aux modifications morphologiques, peu de solutions
peuvent être actuellement proposées.
Il est donc urgent de progresser dans l'analyse étiologique afin
de déboucher sur des conduites pratiques. La déformation
de leur corps altère de façon importante la qualité
de vie des patients tandis que le pronostic vital est menacé par
les complications vasculaires et la moins bonne observance d'un traitement
antirétroviral paradoxalement très efficace.
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