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Pontages coronaires à partir de l’artère thoracique interne


Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 8, Numéro 3, 182-5, Mars 1996, Lexiques


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Jean-Pierre Fleury, Lionel Camilleri, Benoît Legault, Ahmed Tahir, Januz Lipiecki, Charles de Riberolles, service de chirurgie cardio-vasculaire, hôpital Gabriel Montpied, 63003 Clermont-Ferrand Cedex 1..

Résumé : La supériorité de la revascularisation des artères coronaires par l’utilisation de l’artère thoracique interne ou artère mammaire interne sur les pontages en veines saphènes est bien démontrée, pour la perméabilité à long terme (90-95 % à 10 ans pour les séries utilisant l’artère mammaire contre 50 % pour les saphènes internes) ainsi que pour la survie et la qualité de survie [1, 2]. Il faut souligner toutefois que, dans les premières séries, l’utilisation de la saphène de cuisse était très répandue, diminuant ainsi les taux de perméabilité à long terme qui auraient pu être obtenus avec des saphènes de jambe. L’utilisation de l’artère gastro-épiploïque alourdit le geste et reste réservée, pour la plupart des équipes, à des indications limitées. La réutilisation des artères radiales semble intéressante mais, là encore, comme pour l’artère gastro-épiploïque, il s’agit d’une artère musculaire très spastique. Quant à l’utilisation de l’artère épigastrique, elle est en nette régression pour avoir déçu de nombreuses équipes.

Mots-clés : revascularisation coronaire, artère thoracique interne, revascularisation séquentielle.

Illustrations

ARTICLE

La supériorité de la revascularisation des artères coronaires par l'utilisation de l'artère thoracique interne ou artère mammaire interne sur les pontages en veines saphènes est bien démontrée, pour la perméabilité à long terme (90-95 % à 10 ans pour les séries utilisant l'artère mammaire contre 50 % pour les saphènes internes) ainsi que pour la survie et la qualité de survie [1, 2]. Il faut souligner toutefois que, dans les premières séries, l'utilisation de la saphène de cuisse était très répandue, diminuant ainsi les taux de perméabilité à long terme qui auraient pu être obtenus avec des saphènes de jambe.

L'utilisation de l'artère gastro-épiploïque alourdit le geste et reste réservée, pour la plupart des équipes, à des indications limitées.

La réutilisation des artères radiales semble intéressante mais, là encore, comme pour l'artère gastro-épiploïque, il s'agit d'une artère musculaire très spastique. Quant à l'utilisation de l'artère épigastrique, elle est en nette régression pour avoir déçu de nombreuses équipes.

Ainsi, en 1995, l'artère thoracique interne reste le greffon de choix des revascularisations coronaires, certaines équipes réalisant la majorité de leur tout artériel grâce à l'utilisation des deux artères thoraciques internes et à la pratique de pontages séquentiels.

L'artère thoracique interne est un greffon longtemps épargné par l'athérome, utilisable chez tous les sujets sous réserve d'un écho-doppler préopératoire affirmant l'absence de lésion sous-clavière ; son utilisation n'augmente pas la morbidité, y compris chez le sujet âgé [3].

Nous proposons d'envisager les différents procédés techniques liés à son utilisation :

- la technique de dissection ;

- l'utilisation des deux artères thoraciques internes ;

- la réalisation des pontages séquentiels.

La technique de dissection

Quel que soit le mode de prélèvement, la dissection de l'artère thoracique interne doit remonter jusqu'à la veine sous-clavière afin d'éviter un vol vasculaire à partir des premières collatérales. La pulvérisation externe de papavérine diminue les phénomènes spastiques dus à la dissection. La dissection peut être réalisée suivant un mode global ou suivant un mode squelettisé.

Dissection globale

L'artère thoracique interne est prélevée en bloc avec la veine adjacente et les tissus musculo-graisseux.

Au bistouri électrique, deux tranchées sont effectuées en avant et en arrière du pédicule qui est individualisé par un passage rasant la paroi thoracique au bistouri en mode coagulation. Les collatérales sont coagulées ou clipées à distance de l'artère thoracique interne.

Dissection squelettisée

L'artère thoracique interne est prélevée isolément, chaque collatérale est clipée au contact de l'artère, la lame de bistouri électrique après ouverture du fascia n'est utilisée qu'en tant que dissecteur.

Si la dissection pédiculée est plus rapide, la squelettisation nous semble une meilleure technique pour trois raisons majeures :

- une moindre dévascularisation sternale qui minimise l'incidence des complications de paroi. Pour les équipes qui utilisent cette technique [4, 5], le diabète n'est plus une contre-indication à l'utilisation des deux artères thoraciques internes ;

- un meilleur débit immédiat de l'artère thoracique interne, la squelettisation étant un mode de prélèvement plus doux et moins spastique. Dans notre équipe, nous avons mesuré les débits spontanés des artères thoraciques internes prélevées : avant implantation, le débit moyen est de 150 cc/min en l'absence de toute manœuvre de dilatation [6] ;

- un gain en longueur du prélèvement de l'artère thoracique interne ; une artère thoracique interne squelettisée atteint dans pratiquement tous les cas les implantations les plus distales de l'interventriculaire antérieure (y compris après avoir réalisé une implantation séquentielle sur une des branches diagonales) ou les branches les plus basses du réseau circonflexe.

Enfin, la squelettisation permet de réaliser les anastomoses, notamment latéro-latérales, dans les revascularisations séquentielles avec plus de confort (figures 1a,1b ).

L'utilisation des deux artères thoraciques internes

Des travaux portant sur deux grandes séries [7, 8] ont démontré que l'utilisation des deux artères thoraciques internes augmentait significativement la survie et la qualité de survie chez les patients de moins de 60 ans. L'utilisation des deux artères thoraciques internes rallonge un peu la procédure, mais elle n'est plus un facteur de morbidité péri-opératoire. Ainsi, l'utilisation des deux artères thoraciques internes est préconisée, lorsque le réseau coronaire le justifie, en dessous de 60 ans, chez les sexagénaires en bon état général ou chez les sujets plus âgés au mauvais capital veineux. Lorsque l'artère thoracique interne est laissée pédiculée sur la sous-clavière, elle peut atteindre à gauche tout le territoire antérieur ou latéral.

L'artère thoracique interne droite atteint facilement le segment II, voire III, de la coronaire droite, la bissectrice, ou les branches les plus hautes du réseau latéral après passage du greffon dans le sinus de Theile. Lorsque l'artère thoracique interne n'atteint pas le site voulu, elle peut être utilisée en greffon libre. Il s'agit alors le plus souvent de l'artère thoracique interne droite pour la distalité de la coronaire droite ou les branches les plus basses du réseau circonflexe, ou encore en cas de lésion sous-clavière. Se pose alors le problème de l'implantation proximale de l'artère thoracique interne en greffon libre qui peut se faire selon quatre modes :

- implantation directe sur l'aorte ascendante lorsque celle-ci paraît suffisamment souple, cette implantation pouvant également être réalisée sur une pastille de péricarde ou de veine ;

- implantation en Y sur l'autre artère thoracique (figure 2) ;

- implantation coronaro-coronaire, par exemple entre le segment I et II ou III de la coronaire droite, lorsque ce premier segment est souple et saillant ;

- implantation au niveau de la palette veineuse de l'implantation proximale d'un greffon veineux préalablement implanté sur l'aorte ascendante.

La plupart des publications rapportent des taux de perméabilité à long terme inférieurs en cas d'utilisation de l'artère thoracique interne en greffon libre, 70 à 80 % de perméabilité à 10 ans.

Les pontages séquentiels

Un pontage séquentiel est une revascularisation d'au moins deux artères à partir d'un même greffon, une ou plusieurs anastomoses latéro-latérales permettant de revasculariser un ou plusieurs sites artériels, avec au final une implantation termino-latérale sur la coronaire la plus distale (figure 3).

Les pontages séquentiels rajoutent une difficulté technique, mais lorsque le montage fonctionne correctement, il permet à plusieurs coronaires de bénéficier des avantages à long terme d'une revascularisation par l'artère thoracique interne.

Plusieurs règles permettent de réaliser des pontages séquentiels avec l'artère thoracique interne dans des conditions optimales :

- le trajet de l'artère thoracique interne doit être harmonieux et sans tension. Ainsi, il ne doit pas y avoir d'angulation du greffon, ce qui peut être le cas lors de pontages séquentiels diagonale-interventriculaire antérieure lorsque l'artère diagonale se situe en position précoce de bissectrice ;

- les implantations latérales gagnent à être plus courtes que l'implantation sur la coronaire la plus distale ;

- dans le même ordre d'idée, les coronaires revascularisées en latéro-latéral auront de préférence un calibre et un lit d'aval moins importants que la coronaire revascularisée en termino-latéral (figure 4) ;

- même si l'artère thoracique interne squelettisée présente un calibre supérieur à celui d'une artère thoracique interne prélevée de façon globale, le plus souvent l'artériotomie latérale sur l'artère thoracique interne sera longitudinale. L'implantation sur la coronaire pourra être longitudinale dans l'axe de la coronaire ou en déportant le talon plus ou moins oblique, voire perpendiculaire en diamant.

De retour en réanimation, la survenue de signes électriques devra inciter à la vérification chirurgicale du montage séquentiel, avant de mettre en route les traitements médicaux ou l'installation d'une contrepulsion.

Surveillance des patients revascularisés avec uneou plusieurs artères thoraciques internes (figures 5)

Le suivi des patients est le même que celui de tout patient après une revascularisation coronaire. Épreuves d'effort et recoronarographie sont la règle devant toute épreuve douteuse ou réapparition de la symptomatologie angineuse.

Certaines équipes réalisent une coronarographie de contrôle systématique à 1 mois ; cette attitude paraît intéressante dans les montages complexes : pontages séquentiels, implantation en Y [7-9].

REFERENCES

1. Lopp FD, Lytle BW, Cosgrove DM, et al. Influence of the internal mammary artery graft on 10-year survival and other cardiac events. N Engl J Med 1986 ; 314 : 1-6.

2. Grondin CM, Campeau L, Esperance J, Enjalbert M, Bourassa MG. Comparison of late changes in the internal mammary artery and saphenous vein grafts in two consecutive series of patients 10 years after operation. Circulation 1984 ; 70 (suppl I) : 208-12.

3. Fleury JP, De Paulis R, Chevret S, et al. Is the internal mammary artery an acceptable graft in the elderly patient with left main coronary disease ? Eur J Cardiothorac Surg 1992 ; 6 : 475-8.

4. Galbut DL, Traad EA, Dorman MJ, et al. Seventeen-year experience with bilateral internal mammary artery grafts. Ann Thorac Surg 1990 ; 49 : 210-9.

5. Sousa Uva M, Bical O, Fischer M, et al. Bilateral mammary artery grafting : towards neutralization of diabetes as an operative risk factor. Eur Heart J (sous presse).

6. Repossini A, Camilleri L, Fleury JP, et al. Current routine use of skeletonized IMA graft : a scintigraphic evidence of preserved sternal blood supply. International workshop on arterial conduits for myocardial revascularization. Rome, novembre 1994.

7. Cosgrove DM, Lytle BW, Loop FD, et al. Does bilateral internal mammary artery increase surgical risk ? J Thorac Cardiovasc Surg 1988 ; 95 : 850-6.

8. Naunheim KS, Barner HB, Fiore AC, et al. Results of internal thoracic artery grafting over 15 years : single versus double grafts. Update. Ann Thorac Surg 1992 ; 53 : 716-8.


 

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