ARTICLE
Auteur(s) : Christian Derouesné
Si nous ne pouvons pas voir clair, nous voulons du moins voir
nettement les obscurités.Sigmund FreudInhibition, symptômes et
angoisse
Trois articles de ce numéro attirent notre attention sur des
perturbations du fonctionnement cognitif qui surviennent chez les
sujets âgés et qui ne sont pas liées à des affections dégénératives
cérébrales avec lesquelles il ne faut pas les confondre.
La question est toutefois compliquée car, aussi bien le
syndrome d'apnées du sommeil (Fannie et Hakki Onen) que la
dépression (Alain Nicolas et al.), sont fréquemment associés à ces
affections, notamment à la maladie d'Alzheimer (MA). Il reste
que l'isolement de ces pathologies est nécessaire car leur
traitement est possible et peut améliorer les troubles cognitifs, y
compris chez les patients atteints de la MA.
Nathalie Damon-Perrière et al. nous introduisent à une
pathologie rare d'expression essentiellement neurologique,
l'atrophie multisystématisée, qui doit être distinguée, dans sa
variante parkinsonienne, de la maladie de Parkinson et de
la démence à corps de Lewy lorsque des troubles cognitifs sont
associés.
Anne-Sophie Gillioz et al. posent le difficile problème des
sujets parvenus au stade démence sévère. S'il est nécessaire et
parfaitement légitime de chercher à améliorer la qualité de vie de
ces patients, tout traitement visant à prolonger leur survie doit
être soigneusement considéré d'un point de vue éthique. Rappelons
qu'un des objectifs du traitement de la MA (la seule démence
aujourd'hui accessible à la recherche d'un traitement à visée
physiopathologique) est précisément de retarder l'apparition de la
perte d'autonomie, les principales causes de mortalité, chez ces
patients, étant liées à la survenue de pathologies également
associées à l'âge (affections cardio- ou cérébro-vasculaires,
cancer) réduisant ainsi la durée de la phase de dépendance
complète.
L'article de Caroline Hommet et al. fait écho tout à la
fois à un champ de recherche en plein développement comme à une
polémique familiale actuelle largement médiatisée, mais que tous
les spécialistes ayant en charge des patients âgés connaissent bien
: quels sont les facteurs qui déterminent les prises de décision
chez ces sujets, notamment lorsqu'il existe un doute (ou une
certitude) sur l'existence d'une diminution du fonctionnement
intellectuel, bref sur la notion de compétence récemment évoquée
dans la revue à propos du vote des patients déments ? Cet article
nous montre que les mécanismes cognitifs de la prise de décision
sont complexes, nous auront certainement l'occasion d'y revenir,
mais il ne faut pas perdre de vue que la motivation des décisions
est, avant tout, une question affective : quel rôle peut-on
attribuer aux fonctions exécutives dans l'affection qu'un patient
porte à une personne ? Le sujet, même dément, n'aurait-il plus le
droit d'aimer et de témoigner sa reconnaissance à la personne
qui lui apporte le plus d'affection ?
L'article d'Ambre Piquard et al. souligne combien il est
difficile d'évaluer certaines fonctions cognitives complexes
comme les fonctions exécutives, en particulier dans la vie
quotidienne. Il ne faudrait pas oublier que certains
concepts de la psychologie cognitive, qui paraissent aujourd'hui
bien établis (comme ceux de représentation, de fonctions
exécutives, de ressources ou de réserve cognitives), sont des
outils de pensée très utiles à la recherche, mais dont la réalité
matérielle reste floue sinon hypothétique.
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