ARTICLE
Auteur(s) : Christian Derouesné
L’accumulation des faits – même très nombreux – ne sert à
rien s’ils ont été établis d’une manière imparfaite, elle ne
conduit jamais à la connaissance des choses telles qu’elles se
passent actuellement… Il faut choisir des cas tels qu’ils
permettent de porter des jugements décisifs.Kurt GolsteinLa
structure de l’organisme
Etablir le diagnostic de la maladie d’Alzheimer (MA), demeure
une tâche difficile. Les critères de diagnostic de MA
probable, définis dans les années 1980 manquent de
spécificité, c’est-à-dire qu’ils permettent d’inclure dans les
groupes d’étude recrutés sur ces critères, un nombre non
négligeable de patients atteints d’autres affections, dégénératives
ou vasculaires. Même si les dernières études font état d’une
élévation de leur spécificité par rapport aux anciennes
estimations, la difficulté pour obtenir un degré de probabilité
satisfaisant demeure grande, notamment aux stades précoces de la
maladie. Deux stratégies principales peuvent être recommandées.
La première est d’exclure les autres affections en utilisant
leurs critères de diagnostic qui sont reconnus. La seconde est
de modifier les critères de diagnostic en les axant sur la
caractéristique de la MA, l’atteinte précoce des régions
hippocampiques. Deux moyens principaux permettent de mettre
celle-ci en évidence précocement : 1) l’analyse qualitative du
déficit mnésique par l’examen neuropsychologique : en effet, seule
la MA provoque l’apparition progressive d’une amnésie de
mémorisation en mémoire épisodique, c’est-à-dire portant
essentiellement sur le passé récent et non améliorée à l’examen par
les procédures qui facilitent les mécanismes du rappel ; 2) la mise
en évidence d’une atrophie précoce des régions hippocampiques à
l’IRM (élargissement des cornes temporales et de la citerne
péripédonculaire). Cette stratégie, utilisée en France depuis de
nombreuses années, est aujourd’hui largement reconnue et fait son
entrée dans la proposition de nouveaux critères de diagnostic.
Il faut toutefois reconnaître que nous n’avons pas encore de
précisions sur la sensibilité et la spécificité de ces critères, en
particulier à la phase prédémentielle. D’où l’intérêt porté à la
recherche de marqueurs biologiques. Plus de 60 candidats
biomarqueurs sont ainsi actuellement à l’étude qu’il s’agisse de
marqueurs protéiniques, génétiques ou d’imagerie. Les articles
de Caroline Baclet et al. et Pierre Krolak-Salmon concernent
les dosages des protéines tau et du peptide amyloïde dans le
liquide céphalorachidien, la mise en évidence d’un déficit de la
perfusion régionale, ou encore, plus directement, du composant
amyloïde des plaques séniles par la tomographie monophotonique.
Certaines de ces techniques sont déjà employées plus ou moins en
routine par quelques équipes. Les premières évaluations de
leurs résultats montrent qu’ils permettent de différencier un
groupe de patients par rapport à un groupe de sujets normaux avec
une spécificité et une sensibilité assez bonnes (environ 80 %).
Il est nécessaire néanmoins de faire deux types de remarques à
ce sujet. Les premières sont méthodologiques. Faut-il rappeler
que des valeurs élevées de ces paramètres, si elles témoignent de
la bonne qualité d’un test, ne préjugent en rien de leur utilité
clinique pour deux raisons : 1) ces paramètres sont définis sur un
groupe de sujets diagnostiqués (mais il faut, là encore, renvoyer à
l’incertitude du diagnostic non seulement clinique, mais aussi
neuropathologique). Or, la situation clinique est tout à fait
différente puisqu’il s’agit d’évaluer la capacité du test à établir
le diagnostic, c’est-à-dire la probabilité d’avoir la maladie en
cas de test positif (sensibilité) ou de ne pas avoir la maladie si
le test est négatif (spécificité) ce qui fait intervenir la
probabilité a priori d’avoir la maladie dans la population étudiée.
La probabilité d’avoir la maladie si le test est positif est
égale à la probabilité a priori d’avoir la maladie (prévalence de
la maladie dans l’échantillon) x par la probabilité conditionnelle
(c’est-à-dire probabilité d’avoir la maladie si le test est
positif/probabilité de ne pas avoir la maladie si le test est
positif). Il est évident que la valeur diagnostique d’un test
est ainsi très différente dans un centre spécialisé et en pratique
non spécialisée, la probabilité a priori d’avoir la maladie étant
beaucoup plus élevée dans la première que dans la seconde situation
; 2) par ailleurs, aucune étude ne mentionne le « gain de
diagnostic » (c’est-à-dire l’augmentation de sa vraisemblance)
qu’apportent ces examens par rapport à la combinaison « examen
neuropsychologique + IRM ». Ce dernier paramètre est à prendre
en compte et à confronter au coût des examens (financier, mais pas
seulement), à leur risque éventuel (la ponction lombaire est un
geste invasif) et à leur utilité pratique car l’établissement d’un
diagnostic a pour objectif d’établir une conduite thérapeutique.
Or, dans l’état actuel des choses, la justification de leur emploi
dans les « cas difficiles » reste bien souvent plus théorique que
pratique. Ainsi, sans nier l’intérêt de ces recherches, il nous
apparaît raisonnable de limiter actuellement leur portée pratique.
L’objectif reste de mieux délimiter ce que nous appelons maladie
d’Alzheimer et d’en caractériser les marqueurs biologiques
réellement « spécifiques ». Cette tâche est loin d’être facile
étant données la complexité et la variabilité des lésions que met
en évidence la neuropathologie et, d’autre part, la difficulté de
séparer les sujets « sains » des sujets malades du fait de la non
spécificité des lésions.
Une difficulté d’autre nature est abordée avec le concept de
compétence qu’introduit l’article d’Antoine Bosquet et al. à
propos du vote des patients déments. Le concept de compétence
est encore mal cerné et difficile à évaluer car il fait appel à des
facteurs complexes et qui ne sont pas uniquement cognitifs. Si
compétence et capacité sont des termes interchangeables dans le
langage juridique, une distinction doit être faite en clinique. Un
sujet incapable d’effectuer certaines tâches et conscient de son
incapacité, peut être considéré comme compétent puisqu’il est
susceptible d’adapter son comportement à son déficit. À l’inverse,
un sujet présentant la même incapacité, mais sans en être
conscient, est susceptible de s’exposer et d’exposer les autres à
des conséquences fâcheuses du fait de son déficit : il est
incompétent. Par ailleurs, le fait de ne plus être capable de gérer
ses affaires financières ne retire pas automatiquement au sujet la
compétence affective de choisir les personnes qu’il veut favoriser
dans sa vie ou dans son testament.
Olivier Moreaud et al. examinent l’influence de l’âge sur
l’aphasie, symptôme fréquent chez les sujets âgés, et sur sa prise
en charge.
Notre revue thématique consacrée au sommeil des sujets âgés
s’ouvre avec deux articles généraux consacrés aux troubles du
sommeil des sujets âgés sans troubles cognitifs (Christophe Arbus
et Valérie Cohen) et des sujets déments (Marie-France
Vecchierini).
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