ARTICLE
Auteur(s) : Antoine Moulignier
Service de neurologie, Fondation Adolphe de Rothschild,
Paris
L’atteinte du système nerveux central (SNC) survient à tous les
stades de l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine
(VIH). Sa prévalence varie de 40 à 70 % dans les études
cliniques et atteint même 100 % dans certaines séries
autopsiques. Le VIH est connu pour avoir un double tropisme :
un lymphotropisme responsable du déficit immunitaire et, par
ricochet, des infections opportunistes et des néoplasies, et un
neurotropisme avec une diffusion précoce au niveau du SNC, source
de diverses complications dont la principale est l’encéphalopathie
liée au VIH [1]. Identifiée dès le début de la pandémie et décrite
par Navia et al. [2], celle-ci est devenue en quelques années une
des causes principales de syndrome démentiel chez le sujet jeune.Le
développement de nouveaux antirétroviraux et la meilleure
connaissance des combinaisons thérapeutiques restaurant l’immunité
ont diminué la fréquence de certaines de ces complications, au
premier rang desquelles les infections opportunistes [3].
Cependant, l’émergence de mutations de résistance et les nombreux
effets iatrogènes des antirétroviraux ont tempéré les espoirs nés
après l’introduction, en 1996, des inhibiteurs de protéase à
l’origine des trithérapies supposées hautement efficaces dont
l’acronyme HAART (highly active antiretroviral therapies) fait
aujourd’hui partie du langage courant. Les séries post mortem
comparant principalement les périodes pré-HAART et post-HAART ont
été les premières à toujours souligner l’importance des atteintes
neurologiques, le cerveau restant le deuxième organe atteint après
les poumons [4]. Il est peut-être même sur le point de devenir le
premier [5]. Les études épidémiologiques prospectives, telle la
cohorte européenne EuroSida cohort réunissant 9 803 patients
infectés par le VIH suivis entre 1994 et 2002, ont
soutenu ces résultats post mortem, en confirmant que l’incidence
des complications neurologiques avait bien diminué jusqu’en 1998,
mais qu’au-delà le déclin n’était plus aussi marqué
[3].L’allongement de la durée de vie des patients infectés par le
VIH grâce aux multithérapies fait que l’infection VIH devient une
maladie chronique. Le SNC fait donc face à l’infection chronique
d’un virus neurotrope. Ainsi, nous observons aujourd’hui une
fréquence inhabituelle d’affections considérées comme extrêmement
rares, de formes originales de complications neurologiques
habituelles de l’infection à VIH, non décrites jusqu’alors, et
l’accroissement de lésions neuropathologiques aspécifiques du VIH
[6]. De nombreuses publications alimentent également la controverse
sur le rôle que pourrait jouer le SNC comme réservoir ou sanctuaire
de l’infection VIH [7]. Les associations thérapeutiques optimales
pour le système nerveux, leur pénétration dans le compartiment
cérébral, leur retentissement au long cours et les modalités et les
conséquences de la restauration des fonctions immunitaires restent
encore débattus [7]. Si l’incidence de la démence a diminué chez
les patients traités par une association efficace, sa prévalence a
augmenté parce que les patients vivent plus longtemps. Son profil
clinique a aussi changé et elle n’est plus seulement une
complication des stades avancés de l’immunodépression.L’autre
conséquence de la diminution de la morbi/mortalité liée à
l’infection est le vieillissement des patients infectés,
responsable de l’apparition de nouvelles complications liées aux
interactions potentiellement synergiques de l’âge et du VIH. La
fréquence des maladies dégénératives du SNC, comme la maladie
d’Alzheimer, pourrait ainsi augmenter plus rapidement dans cette
population [8]. Les comorbidités liées à l’âge, la modification de
la pharmacocinétique des traitements complexifient la prise en
charge globale de cette pathologie. L’allongement de la survie de
la population VIH l’expose aussi aux autres pathologies
neurologiques indépendantes de l’infection, nécessitant une bonne
connaissance des interactions médicamenteuses avant de prescrire
même une molécule apparemment banale. La plupart des traitements
utilisés dans l’infection VIH, et pas uniquement les
antirétroviraux, ont de nombreux effets secondaires sur le SNC [9].
Nous ne saurions trop souligner l’importance des équipes
multidisciplinaires impliquées dans la prise en charge de
l’infection VIH, où le gériatre, dans quelques années, aura
certainement sa place.
Épidémiologie de l’infection VIH
Les estimations de l’Onusida/OMS révèlent que plus de
40 millions de personnes sont infectées par le VIH, qui a déjà
tué 20 millions d’individus en un quart de siècle.
Actuellement, dans l’ensemble du monde, les relations sexuelles non
protégées entre hommes et femmes sont le mode de transmission du
virus le plus fréquent et le nombre de femmes représente 50 %
du total mondial aujourd’hui. Quatre-vingt-quinze pour cent des
personnes infectées vivent dans les pays en développement où le
sida a effacé plusieurs décennies de progrès en matière d’espérance
de vie à la naissance, ramenant les indicateurs au niveau des
années 1940. Selon l’Onusida, l’espérance de vie moyenne en Afrique
subsaharienne est de 47 ans, alors qu’elle serait de
62 ans sans le sida. Entre 2000 et 2020,
68 millions de personnes dont 55 millions en Afrique
mourront prématurément à cause du sida. Inconnu il y a un quart de
siècle, le VIH/sida est maintenant, dans le monde, la principale
cause de décès et de perte d’années productives pour les adultes
âgés de 15 à 59 ans. La pyramide des âges en Afrique est ainsi
profondément et durablement altérée. L’épidémie est à l’origine de
réactions en chaînes car, affectant particulièrement les
populations actives, elle obère par ricochet les différents
secteurs de l’économie et donc la croissance de ces pays.
Mais, même dans un pays riche comme la France, l’infection à VIH
et le sida restent un problème majeur plus de 20 ans après la
découverte du virus. Malgré les campagnes d’information, en 2004
environ 7 000 personnes ont découvert leur séropositivité et 1 500
ont développé un sida. Les personnes contaminées par rapports
hétérosexuels représentent 52 % des nouveaux cas de sida en
2003-2004, les hommes contaminés par rapports homosexuels 25 %
et les personnes contaminées par usage de drogues injectables
12 % [10]. L’âge moyen au diagnostic de sida a augmenté
régulièrement, passant de 36,4 ans en 1990 à 41,9 ans en
2002. Depuis 2003 il n’augmente plus, notamment chez les
homosexuels et chez les femmes contaminées par rapports
hétérosexuels.
L’infection par le VIH des sujets âgés commence à susciter de
plus en plus d’études épidémiologiques, principalement fondées sur
les données de cohorte. En effet, la disponibilité de traitements
efficaces, tout au moins dans les pays riches, accroît le
vieillissement de cette population. Mais aussi le nombre de
nouvelles contaminations ou de nouvelles découvertes de
séropositivité chez les sujets plus âgés augmente. Pour les
épidémiologistes de l’infection VIH, on est âgé à partir de 50 ans…
parce que l’épidémie a d’abord affecté des sujets jeunes. Aux
États-Unis le nombre cumulé de cas de sida chez les Américains âgés
d’au moins 50 ans a quintuplé dans la dernière décennie pour
atteindre 15 % de tous les cas de sida en 2000. En Europe,
12,6 % des sidéens étaient âgés d’au moins 50 ans et
14,5 % en 2002 [11]. En France, le nombre d’infections
récentes en 2005 chez les sujets âgés d’au moins 50 ans était
de 16,8 % [10]. Les données du CDC ont montré que les cas de
sida chez les sujets âgés d’au moins 50 ans avaient augmenté 2
fois plus vite que chez les plus jeunes. Les patients âgés de plus
de 60 ans représentent 3 % de la population adulte sida
aux États-Unis. Contrairement à la population plus jeune, le mode
de contamination est principalement hétérosexuel chez les sujets
âgés, notamment pour les plus de 65 ans où il atteint
84 % [12, 13]. Il s’agit aussi préférentiellement d’hommes
[14].
Le profil épidémiologique des sujets âgés est aussi différent de
celui des plus jeunes. Ils sont dépistés à un stade plus tardif de
l’infection [15]. Ainsi, par comparaison avec des sujets de moins
de 30 ans, les sujets entre 50 et 60 ans ont 2,9 fois
plus de risque d’accéder tardivement aux soins, et ce risque
atteint 3,4 pour les sujets âgés d’au moins 60 ans [12]. Or
une prise en charge tardive est associée à un surcroît de décès,
particulièrement au cours des 6 premiers mois. Au moment du
diagnostic, près d’un patient sur 2 est déjà au stade C et le taux
de CD4 est dans 50 % des cas inférieur à
200/mm3[13]. La fréquence des complications est
également différente par comparaison avec les sujets plus jeunes.
Ainsi le risque d’encéphalopathie VIH est-il 2,8 fois plus élevé
chez les patients âgés [12]. Plusieurs hypothèses ont été
avancées pour expliquer cette différence. On peut citer, par
exemple, le dépistage moins souvent proposé en routine aux
personnes âgées que l’on estime à tort peu exposées, la faible
prise en compte du risque de l’infection dans cette population peu
habituée aux pratiques sexuelles protégées alors que les divorces,
les voyages, le niveau de vie, la diminution des contraintes
familiales leur offrent plus d’occasions de rencontre, la confusion
entre les symptômes de l’infection VIH et d’autres pathologies
fréquentes avec l’âge.
La population des sujets infectés vieillit aussi parce que ceux
qui ont été infectés plus jeunes ont gagné une espérance de vie de
plusieurs années grâce aux multithérapies HAART, et sont soumis à
une infection VIH chronique et à une exposition prolongée aux
antirétroviraux. Les conséquences sur le cerveau de l’une et de
l’autre ne sont pas connues. Dans la cohorte Hawaii Aging with HIV,
l’antériorité moyenne du premier test de dépistage parmi les sujets
âgés d’au moins 50 ans était de 11,8 ans et seulement de
7,2 ans pour les sujets de moins de 40 ans. De même, la
durée moyenne de traitement par inhibiteurs de la transcriptase
inverse chez les plus de 50 ans était de 5,1 ans par
comparaison à 2,6 ans chez les plus jeunes [16].
En l’absence d’essais thérapeutiques chez les sujets âgés,
actuellement systématiquement exclus, les résultats des
combinaisons d’antirétroviraux sont le plus souvent extrapolés des
études menées chez les sujets plus jeunes. Cependant, quelques
résultats montrent que la restauration immune est plus lente malgré
une réponse virologique très satisfaisante, probablement en raison
d’une meilleure observance thérapeutique [17]. Les études
concernant la restauration immune chez les plus âgés sont
contrastées, moins bonne pour certains [18] et identique pour
d’autres [19, 13].
Ces données montrent donc une image contrastée de l’épidémie du
VIH et la US senate special commitee on aging prévoit que dans les
années 2015 la prévalence de l’infection sera prépondérante dans la
population âgée.
Neuropathogenèse du VIH
Nous n’ébaucherons que les principales hypothèses émises à ce jour.
Le SNC est la deuxième cible du VIH après le système immunitaire et
son invasion par le VIH est un événement précoce qui se produit
lors de la virémie primaire induisant la séroconversion. Dans le
modèle simien, le SIV peut être isolé du LCR dans la 1re
et la 2e semaine suivant l’infection et des lésions
cérébrales minimes sont observées dès cette période. L’ARN du virus
peut être détecté par hybridation in situ dans les infiltrats
périvasculaires dès le 7e jour post-inoculation. Une
observation de contamination iatrogène chez l’homme a montré que le
VIH était aussi présent dans le cerveau 15 jours après la
contamination et 1 jour après la détection du VIH dans le sang
périphérique, malgré un traitement antirétroviral précoce [20]. Une
élévation parallèle au pic de virémie SIV du rapport
choline/créatine dans les lobes frontaux en spectroscopie par
résonance magnétique confirme in vivo que les anomalies
métaboliques sont détectables dès la 2e semaine suivant
l’infection [21]. Une fois la réponse immune amorcée, ce rapport
choline/créatine diminue pour atteindre même une valeur inférieure
à celle qui précède l’infection [21]. La diversité génétique des
variants cérébraux est toujours moins importante que celle des
variants du compartiment sanguin et est même relativement
restreinte au niveau de la boucle V3 [22]. La sélection virale dans
les compartiments systémique et cérébral aboutit à une
compartimentalisation du SNC, produisant des variants génétiquement
assez homogènes, dont le génotype est compatible avec un phénotype
monocytotropique et de bas niveau de réplication conférant à ces
variants une capacité d’adaptation particulière au SNC.
Plusieurs hypothèses d’entrée du virus au sein du SNC sont
reconnues : 1) via une cellule (monocyte/macrophage et
lymphocyte) infectée traversant la barrière hémato-encéphalique
(BHE) (théorie du cheval de Troie) ; 2) passage du virus libre
à travers ou entre les cellules endothéliales de la BHE ; 3)
infection du plexus choroïde qui va générer des concentrations
virales élevées au sein du LCR ; 4) ou une rupture de la BHE
[23]. Les principaux sites de réplication du VIH dans le cerveau
sont les cellules exprimant le récepteur CD4 et aussi des
récepteurs aux chimiokines : les monocytes/macrophages et les
cellules microgliales. D’autres cellules du parenchyme cérébral
pourraient contenir du virus. L’infection des astrocytes est en
général abortive et celle des neurones controversée. Plusieurs
observations montrent que le SNC est un réservoir pour le VIH [24,
25]. Les antirétroviraux, qui ont démontré leur efficacité sur la
réplication du VIH in vivo, n’ont pas tous une bonne pénétration
dans le tissu cérébral et les études cinétiques ont montré que les
cellules infectées par le VIH dont le renouvellement n’est pas
rapide ou dont l’infection est restrictive sont moins sensibles à
ces molécules et pourraient ainsi servir de sanctuaire pour le
virus [23].
Les mécanismes des atteintes neurologiques liées au VIH sont
multiples, pour certains encore spéculatifs, ne s’excluent pas
mutuellement et, au contraire, pourraient se réunir dans une
cascade d’événements délétères. Les hypothèses envisagées sont la
neurotoxicité de certaines protéines d’expression virale (gp120 ou
les protéines Tat, Nef ou Vpr), la production de neurotoxines, de
médiateurs de l’inflammation, de cytokines pro-inflammatoires, de
radicaux libres par les monocytes infectés et les astrocytes, la
neurovirulence de certains variants du VIH, l’activation des
récepteurs neuronaux glutamatergiques NMDA (plus particulièrement
les récepteurs extra-synaptiques) et l’apoptose neuronale [26].
L’altération de la barrière hémato-encéphalique par les cytokines
circulantes est également possible [23]. La possible convergence de
ces facteurs vers une voie commune, comme un choc oxydatif
responsable du dysfonctionnement neuronal, est aussi proposée [23].
Si l’infection virale du cerveau est l’élément initial nécessaire
pour engendrer des lésions neuronales, elle ne serait pas
suffisante pour induire une expression clinique qui dépendrait
davantage de la réponse inflammatoire que du virus lui-même. Par
exemple, les complications neurologiques du sida surviendraient
quand le contrôle de l’infection par les lymphocytes CD8 serait mis
en défaut par l’immunodépression périphérique détruisant la
fonction des CD8 et/ou par l’évolution de variants
neuropathogénétiquement plus agressifs [22]. Enfin, des cofacteurs
environnementaux pourraient aussi renforcer la toxicité de ces
différents agents. In vitro, l’apoptose induite par la protéine Vpr
est 100 fois plus importante sur les cultures cellulaires en
présence de concentrations comparables à une consommation normale
d’alcool. La cocaïne et le VIH auraient aussi une action synergique
sur la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique [23].
Certaines drogues (opiacés, diazépam et hypnotiques, cannabis,
amphétamines, alcool, nicotine, etc.) dont la liste n’est pas
exhaustive, et le plus souvent consommées conjointement, peuvent
promouvoir une activation microgliale en l’absence même d’infection
par le VIH [27, 28].
Le complexe moteur et démentiel du sida
Critères diagnostiques
Une réunion de consensus de l’American academy of neurology (AAN)
en 1991 a défini 2 grandes catégories de troubles cognitifs
associés au VIH [29] : une forme sévère regroupant
l’encéphalopathie et la myélopathie VIH désignées désormais sous le
terme général de « complexe cognitif et moteur associé au
VIH », et une forme légère « le trouble cognitivo-moteur
mineur du VIH » dont les critères ont été secondairement
affinés en 1996 [30]. Cette classification offre une meilleure
définition opérationnelle des critères de diagnostic de
détérioration cognitive que la description clinique princeps de
Navia [2]. La classification de l’AAN a le grand avantage
d’introduire des critères de probabilité diagnostique en fonction
de données définies, cliniques, biologiques et radiologiques
(diagnostic probable ou seulement possible). Sa conception se
rapproche des critères du NINCDS-ADRDA de maladie d’Alzheimer par
exemple. Les tableaux 1 et 2 résument les critères de cette classification.
Les liens existant entre ces deux formes, sévère et légère, sont
mal connus. En particulier, on ne sait pas si elles correspondent à
la même entité, ni si les formes mineures évoluent vers une forme
sévère. Cette nomenclature a surtout pour but de standardiser et
uniformiser le diagnostic clinique.
Une autre classification individualisant la démence du sida et
les troubles cognitifs modérés liés au sida a également été
proposée par l’American psychiatric association dans le DSM-IV
[31].
Dans l’ensemble, un diagnostic de démence associée au VIH
requiert un trouble acquis dans au moins 2 domaines cognitifs
associé à un trouble moteur ou du contrôle motivationnel et/ou
émotionnel. Les troubles cognitifs mineurs reposent sur la présence
d’au moins 2 symptômes cognitifs et/ou comportementaux et la
découverte objective d’un trouble moteur ou cognitif acquis. Pour
ces 2 entités, les difficultés cognitives doivent retentir sur les
activités quotidiennes et/ou professionnelles. Dans le complexe
démentiel associé au VIH, l’altération des capacités de travail,
professionnelles et privées, est franche alors que dans le trouble
cognitivo-moteur mineur, seules les activités les plus exigeantes
sont affectées. Ce critère est évalué par des échelles de vie
quotidienne et doit être objectivement vérifié par l’interrogatoire
d’un informant fiable.
Ces critères consensuels sont malheureusement peu utilisés et le
terme de démence du sida encore largement employé dans les
publications au détriment du complexe cognitif et moteur associé au
VIH. Les appellations anciennes et nouvelles des formes sévères et
légères des troubles cognitivo-moteurs associés au VIH, encore
employées, sont présentées dans le tableau
3.
Tableau 1 Critères diagnostiques du complexe démentiel
associé au VIH [29].
Table 1. Diagnostic criteria for the AIDS dementia complex [29].
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Diagnostic probable : le patient doit présenter chacun des
points suivants (1, 2, 3, 4)
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1. Anomalies acquises, depuis au moins 1 mois, d’au
moins deux facultés cognitives parmi les suivantes, retentissant
sur les activités quotidiennes et ne relevant pas d’une pathologie
générale sévère :
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- Attention/concentration
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- Raisonnement/abstraction
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- Rapidité de traitement de l’information
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- Mémoire/apprentissage
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- Domaine visuo-spatial
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2. Au moins un trouble parmi les deux suivants :
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2a : Troubles moteurs
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Á l’examen clinique : lenteur des mouvements alternatifs
rapides, troubles de la marche, incoordination motrice,
hyperréflectivité ostéotendineuse, hypertonie, déficit moteur…
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Á l’évaluation neuropsychologique : lenteur d’exécution,
trouble de la dextérité manuelle et perceptivomotrice…
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2b : Déclin motivationnel ou du contrôle émotionnel ou
modification des conduites sociales
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Modification de la personnalité et apathie, aboulie, irritabilité,
labilité émotionnelle, conduites sociales inappropriées,
désinhibition…
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3. Absence d’obtusion de la conscience pendant une période
suffisante pour affirmer l’existence du critère 1.
|
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4. Exclusion d’une autre étiologie (infection opportuniste
active du SNC, néoplasie, troubles psychiatriques, consommation
d’alcool ou d’autres toxiques, sevrage, etc.) par un interrogatoire
précis, un examen clinique et psychiatrique, des explorations
biologiques et radiologiques appropriées (IRM cérébrale et PL). Si
une autre cause potentielle est présente (dépression sévère par
exemple), elle n’est pas la cause des symptômes et signes
cognitifs, moteurs et comportementaux.
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ARRAY(0x2d0100)
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Diagnostic possible : le patient doit présenter un des points
suivants (1 ou 2)
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1. Autre étiologie potentielle (les patients doivent avoir
chacun des points suivants : 1a et 1b)
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1a. comme probable 1, 2 et 3
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1b. une autre étiologie est potentiellement présente mais la
cause des anomalies cognitives (critère 1) est incertaine.
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2. Évaluation clinique incomplète (les patients doivent
avoir chacun des points suivants : 2a et 2b)
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2a. comme probable 1, 2 et 3
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2b. l’étiologie ne peut être déterminée (les examens
radiologiques ou de laboratoire n’ont pas tous été réalisés)
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Tableau 2 Critères diagnostiques d’un trouble
cognitivo-moteur mineur du VIH [29].
Table 2. Diagnostic criteria for the AIDS mild cognitivo-motor
disorder [29].
|
Déficit probable : le patient doit présenter chacun des points
suivants (1, 2, 3, 4)
|
|
1. Anomalies cognitives, motrices ou comportementales
révélées par chacun des points suivants :
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a. Au moins deux des symptômes cognitifs, moteurs ou
comportementaux acquis présents depuis au moins un mois et vérifiés
par l’histoire du patient
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a1. Troubles de l’attention ou de la concentration
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a2. Ralentissement cognitif
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a3. Troubles de la mémoire
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a4. Ralentissement moteur
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a5. Troubles de la coordination
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a6. Changement de personnalité, irritabilité ou labilité
émotionnelle
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b. Anomalies cognitives/motrices acquises vérifiées par un
examen clinique neurologique ou des tests neuropsychologiques.
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2. Troubles issus d’anomalies
cognitives/motrices/comportementales (voir 1) causant un
empêchement modéré dans les activités quotidiennes (voir plus
haut)
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3. Le patient ne remplit pas les critères de complexe
démentiel associé au VIH-1 ou de myélopathie associée au VIH-1.
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4. Pas d’évidence d’une autre étiologie, incluant une
affection opportuniste active du SNC, d’une tumeur ni d’une maladie
systémique sévère, déterminées par une histoire, un examen physique
et des investigations radiologiques et de laboratoire appropriés.
Les troubles ne doivent pas être non plus uniquement attribuables
aux effets de l’alcool, d’une toxicomanie, d’un état de manque aigu
ou chronique, d’un trouble de l’adaptation ou d’autres troubles
psychiatriques.
|
|
ARRAY(0x2d7b04)
|
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Déficit possible : le patient doit présenter un des points
suivants (1 ou 2)
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|
1. Une autre étiologie est potentiellement présente (les
patients doivent avoir chacun des points suivants : 1a et
1b)
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|
1a. comme probable 1, 2 et 3
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|
1b. une autre étiologie est potentiellement présente et la
cause des anomalies cognitives/motrices/comportementales est
incertaine.
|
|
2. Une évaluation clinique incomplète (les patients doivent
avoir chacun des points suivants : 2a et 2b)
|
|
2a. Comme ci-dessus (voir probable 1, 2 et 3)
|
|
2b. L’étiologie ne peut être déterminée (les examens
radiologiques ou de laboratoire n’ont pas été réalisés)
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Tableau 3 Nomenclatures des troubles cognitivo-moteurs
associés au VIH.
Table 3. Classification of HIV-associated cognitivomotor disorder
before and after 1990.
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- Nouvelle nomenclature
- (> 1990)
- Complexe cognitivo-moteur associé au VIH
|
- Ancienne nomenclature
- (< 1990)
- Complexe démentiel du sida
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Manifestations sévères
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- 1) Complexe démentiel associé au VIH
- 2) Myélopathie associée au VIH
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- 1) Encéphalite subaiguë, encéphalopathie VIH, démence liée au
sida
- 2) Myélopathie VIH
|
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Manifestations légères
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Troubles cognitivo-moteurs associés au VIH
|
- 1) Désordres neurocognitifs associés au VIH
- 2) Anomalies neurocomportementales associées au VIH
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Épidémiologie
Avant l’ère des associations thérapeutiques efficaces, l’incidence
annuelle de la démence était de 7 % quand le nombre de CD4
était inférieur à 200/mm3 et affectait 20 % des
patients au stade sida. La fréquence des troubles cognitifs
atteignait même 30 % des patients s’ils étaient
systématiquement recherchés [32]. Trois ans après l’introduction
des inhibiteurs de protéase, l’incidence de la démence du sida
avait diminué de 50 % par comparaison aux débuts des années
1990 [33]. L’impact de ces multithérapies sur la démence est
aujourd’hui controversé. Des publications concordantes ont ainsi
montré une stabilité, voire une augmentation, de la démence du sida
ainsi que des troubles cognitifs mineurs [32]. La démence du sida,
qui ne représentait que 3 à 4 % des premières manifestations
du sida avant 1995, augmenta à 6,5 % à l’ère des
multithérapies dans une étude australienne [34]. Enfin, le
diagnostic de démence du sida récente était porté chez 92 %
des patients dans les 12 mois précédant leur décès dans une
cohorte d’hommes afro-américains âgés d’au moins 35 ans
traités par trithérapie HAART [35]. Les séries post mortem [6, 36]
ne montrent pas davantage de diminution de la fréquence des
atteintes cérébrales liées au VIH et la prévalence de
l’encéphalopathie VIH atteint même 37,7 % dans l’une d’entre
elles [37]. Si l’incidence semble diminuer, l’augmentation de la
prévalence de la démence du sida pourrait être liée à
l’augmentation de la survie des patients et à l’efficacité
insuffisante des antirétroviraux sur les effets neurotoxiques du
virus [8]. Avant l’ère des multithérapies, les facteurs de risque
de démence du sida incluaient une charge virale plasmatique VIH
élevée avant traitement, l’âge avancé du patient, le faible nombre
de CD4, une charge virale plasmatique élevée, une anémie et un
syndrome dépressif [32]. Il n’est pas démontré que ces facteurs de
risque soient toujours les mêmes à l’ère des trithérapies, en
dehors de la charge virale plasmatique, du nombre de CD4, et plus
particulièrement celui du nadir (c’est-à-dire le chiffre le plus
bas) et de l’âge [16]. Une charge virale plasmatique supérieure à
30 000 copies/mL augmente le risque de démence d’un facteur 8,5 par
rapport aux patients dont la charge virale est inférieure à 3 000
copies/mL et un nombre de CD4 inférieur à 200/mm3
augmente ce risque de 3,5 par rapport à un nombre de CD4 supérieur
à 500/mm3[38]. D’autres facteurs de risque émergent. La
co-infection par le virus de l’hépatite C majore les troubles
cognitifs. Une atteinte des fonctions exécutives et une démence du
sida étaient ainsi présentes chez 46 % des patients
co-infectés contre 10 % chez les patients uniquement infectés
par le VIH [39]. La fréquence des co-infection VHC-VIH est
toutefois moins importante chez les sujets âgés que chez les plus
jeunes [12]. Les dernières études publiées confirment que les
patients âgés de plus de 50 ans présentent davantage de
troubles cognitifs que les sujets infectés plus jeunes et ont un
risque plus important de développer des formes sévères
d’encéphalopathie VIH [40, 41]. L’ancienneté de l’infection ne
semble toutefois pas en cause [42].
Présentation clinique
Les premiers symptômes sont essentiellement des troubles de
l’attention et de la concentration associés à des troubles
mnésiques dont les patients sont plus ou moins conscients. Ces
symptômes sont d’autant plus précoces que le niveau culturel des
patients est faible, en référence à l’hypothèse de la réserve
cérébrale appliquée aussi à la maladie d’Alzheimer. Un
ralentissement psychomoteur s’installe parallèlement, souvent plus
évident pour l’entourage que pour le patient lui-même. Il s’agit du
sceau clinique de cette démence qui la caractérise comme
sous-corticale. Parfois, un état maniaque peut inaugurer une
encéphalopathie VIH. À ce stade précoce, la sensibilité, la
spécificité et la valeur prédictive positive d’une évaluation
neuropsychologique détaillée pour détecter une encéphalopathie VIH
avérée ont été évaluées respectivement à 67 %, 92 % et
95 % [43].
Après quelques semaines ou mois, surviennent une apathie, une
indifférence affective, une perte de motivation avec désintérêt
global et des difficultés ambulatoires qui caractérisent la
phase d’état. À la phase évoluée, le syndrome démentiel est sévère
confinant le patient au mutisme, avec incontinence fécale et
urinaire et paraplégie en rapport avec une myélopathie souvent
associée à ce stade. Il n’y a pas de troubles de la conscience
jusqu’à un stade évolué de la démence [32]. Durant toute cette
évolution, il n’existe ni fièvre ni signe de localisation.
Si l’on respecte les critères de l’AAN, les autres causes de
syndrome démentiel doivent avoir été écartées pour retenir le
diagnostic de complexe démentiel du sida. Une revue générale des
complications neurologiques liées à l’infection générale donne les
principales causes à rechercher dans ce contexte [1]. De même, la
démarche diagnostique pour les autres étiologies ne doit pas être
différente du fait de l’infection par le VIH (par exemple la
recherche d’une carence métabolique ou vitaminique, fréquente aussi
chez ces patients).
La classification clinique de Price et al. [44] permet de
facilement classer en 5 stades les patients selon la sévérité
clinique de leur tableau démentiel et de quantifier cliniquement la
réponse au traitement.
Examens complémentaires
L’évaluation neuropsychologique « idéale » varie selon
les auteurs (la liste est longue), mais elle n’existe pas. Elle
doit être adaptée à chaque cas particulier, selon le niveau
culturel, la fatigabilité et rechercher tout aussi bien une
atteinte corticale que sous-cortico-frontale en raison des
modifications induites par les traitements (cf infra) [45]. En
effet, aujourd’hui, la classique atteinte sous-corticale pourrait
être modifiée par les nouveaux traitements antirétroviraux avec une
atteinte mixte sous-corticale et hippocampique.
La ponction lombaire ne montre habituellement pas d’anomalies du
liquide céphalorachidien (LCR) et n’a d’intérêt que pour éliminer
d’autres causes d’encéphalites. Il est toutefois fréquent de
trouver chez des sujets séropositifs, même neuro-asymptomatiques,
une méningite lymphocytaire chronique isolée sans aucun caractère
péjoratif. Depuis l’introduction des multithérapies HAART, la
charge virale VIH dans le LCR, qui apparaissait comme un des
marqueurs les plus sensibles de la sévérité de la démence du sida,
a beaucoup moins d’intérêt diagnostique ou pronostique [8, 16].
Aucun examen biologique du LCR ne permet, actuellement, de faire le
diagnostic de complexe démentiel du sida.
Les examens électrophysiologiques (EEG, potentiels évoqués
tardifs) ne montrent pas davantage d’anomalies spécifiques.
Le scanner cérébral n’a plus d’indication aujourd’hui, en dehors
de l’urgence, dans la prise en charge des patients infectés par le
VIH qui doivent bénéficier d’une IRM. Initialement normal alors que
les tests neuropsychologiques sont déjà très perturbés, il met
secondairement en évidence une atrophie cortico-sous-corticale
d’aggravation progressive, généralement associée à une hypodensité
diffuse et symétrique de la substance blanche cérébrale
(leuco-encéphalopathie). L’IRM cérébrale, normale au début,
détecte, avant le scanner, des anomalies diffuses de la substance
blanche (hypersignaux sur les séquences pondérées en T2 ou FLAIR
mais aucune anomalie sur les séquences pondérées en T1 à la
différence de la leuco-encéphalite multifocale progressive (LEMP)
où l’on note des hyposignaux francs) (figure 1). De plus, le
caractère diffus, bilatéral et symétrique, en verre dépoli, à
limites externes floues des lésions de la substance blanche
observées à la phase d’état de l’encéphalopathie VIH (figure 2) s’oppose aux
lésions focales et asymétriques de la LEMP. Enfin, il n’existe
aucune prise de contraste avec le gadolinium. Secondairement, il
existe une atrophie cortico-sous-corticale dont le diagnostic est
facile si elle est évolutive (figure 3). L’atteinte du
splénium du corps calleux et des piliers postérieurs du trigone
serait évocatrice du diagnostic. Les séquences en diffusion mettant
en évidence une hyperperfusion des noyaux gris centraux pourraient
être évocatrices dans les formes mineures [46]. Les nouvelles
techniques d’IRM fonctionnelle (BOLD-MRI) apparaissent
prometteuses, mais nécessitent encore d’être validées [47].
Aujourd’hui, la spectroscopie de résonance magnétique cérébrale
(figure 4)
apporte des éléments d’orientation diagnostique devant une
leuco-encéphalopathie chez un sujet infecté par le VIH. En cas
d’encéphalopathie VIH elle peut montrer des arguments en faveur de
ce diagnostic en affirmant la souffrance neuronale (diminution du
N-acétyl-aspartate), l’activation gliale (élévation du rapport
myo-inositol/créatine) et des lésions inflammatoires et/ou de la
myéline (augmentation de la choline).
Modification de l’histoire naturelle par les multithérapies
HAART
L’introduction des associations d’antirétroviraux a modifié
l’histoire naturelle et le profil de la démence du sida [16, 48].
Cette démence, qui survenait au début des années 1990
principalement quand le nombre de CD4 était inférieur à
200/mm3, apparaît aujourd’hui plus souvent pour un
nombre de CD4 supérieur à 200/mm3[8, 32]. La survie
moyenne de 6 mois est passée à 44 mois après
l’introduction des traitements de type HAART [49]. L’augmentation
de la prévalence semble surtout être le fait des formes légères.
Dans la cohorte du John Hopkins, le pourcentage de formes modérées
à sévères est passé de 6,6 % en 1989 à 1 % en 2000 [48].
Les anomalies neuropsychologiques deviennent également plus de type
cortical avec une augmentation de la fréquence des troubles de
la mémoire verbale [8, 16, 50]. Elles sont aussi fluctuantes et
peut-être le reflet de mécanismes mal élucidés associant à des
degrés variés fluctuations des processus inflammatoires
intracérébraux, contrôle de la réplication virale, observance
thérapeutique, toxicité des associations thérapeutiques [8].
L’hypermétabolisme des ganglions de la base objectivé par la
tomographie à positons et caractéristique de la démence du sida
avant l’ère des trithérapies n’apparaît plus aussi spécifique et,
aujourd’hui, les anomalies du lobe temporal médial se révèlent
prépondérantes [8]. L’atteinte hippocampique est aussi confirmée
par les données post mortem [51]. L’injection intraventriculaire de
la protéine Tat chez la souris diminue l’apprentissage spatial par
inhibition de la potentialisation à long terme, mécanisme
fondamental pour les acquisitions mnésiques au niveau hippocampique
[51]. Ces modifications risquent de rendre plus difficile
l’individualisation des troubles cognitifs liés au VIH des autres
causes comme le mild cognitive impairment (MCI) ou la maladie
d’Alzheimer débutante par exemple, notamment dans les formes
mineures où les troubles de la mémorisation peuvent être
prédominants.
L’expérience clinique a montré, surtout après une meilleure
utilisation des antirétroviraux et des associations synergiques, le
caractère réversible de certains troubles cognitifs à condition
qu’ils soient traités précocement. La spectroscopie IRM confirmait
objectivement le caractère potentiellement curable de cette
démence. Cependant, il n’était pas rare de voir les patients
s’aggraver inexorablement. Depuis quelques années, le profil
évolutif du complexe démentiel du sida est beaucoup plus fluctuant,
parfois même déroutant en raison de périodes d’aggravation et
d’amélioration, pas toujours bien expliquées. Sur la base de son
expérience, McArthur [48] propose aujourd’hui d’individualiser 3
sous-types de démence associée au sida : une démence subaiguë
progressive survenant chez des patients non traités et présentant
un tableau clinique sévère d’aggravation progressive, similaire au
syndrome démentiel précédant l’ère des multithérapies HAART ;
une démence chronique active survenant chez des patients traités
par trithérapies HAART mais soit peu compliants au traitement, soit
infectés par un virus ayant développé des résistances aux
antirétroviraux et dont le risque d’aggravation
neurologique est élevé ; une démence chronique inactive
observée chez des patients traités et observants dont l’infection
est contrôlée et qui connaissent une stabilité clinique voire une
amélioration.
Enfin, le syndrome de restauration immune ou de reconstitution
immunitaire est une nouvelle entité clinique et
anatomopathologique, paradoxale, qui complique la prise en charge
du VIH [52]. L’acronyme anglo-saxon IRIS (immune reconstitution
inflammatory syndrome) est entré dans le langage courant au même
type que HAART. Ce syndrome est lié à l’instauration des
traitements antirétroviraux et résulte d’une réponse inflammatoire
exagérée responsable d’une aggravation de l’état des patients après
l’initiation du traitement [53]. Sa physiopathologie est encore
sujette à débat. Des facteurs de risque ont été identifiés comme la
sévérité de l’immunodépression, l’initiation d’un premier
traitement antirétroviral, une infection opportuniste concomitante.
Des facteurs génétiques liés à l’hôte sont probables. Si l’âge ne
semble pas un facteur de risque indépendant, on rappelle que les
sujets âgés sont souvent diagnostiqués au stade C sans antécédent
de traitement spécifique [12]. D’abord décrit devant l’aggravation
ou la révélation d’infections opportunistes, ce syndrome de
reconstitution immunitaire peut affecter les complications
neurologiques spécifiques du VIH [53]. C’est aujourd’hui une
complication neurologique reconnue dont la morbi-mortalité est
élevée [52, 53]. Des tableaux démentiels d’évolution aiguë [54],
subaiguë [55] ou plus chronique [56] ont été décrits en rapport
avec un IRIS. Le traitement n’est pas unanimement codifié, mais
repose sur les corticoïdes et, en général, le maintien des
antirétroviraux.
Âge, comorbidités et toxicité des antirétroviraux
Au début de la pandémie VIH, le facteur âge n’intervenait pas car
les patients infectés étaient jeunes et l’espérance de vie
nettement raccourcie. Aujourd’hui, certains avancent que
l’espérance de vie pourrait s’approcher des séronégatifs si
l’infection est contrôlée par les traitements.
Les modifications du système immunitaire avec l’âge ou
immuno-sénescence pourraient avoir un effet péjoratif sur le
pronostic de l’infection VIH chez les sujets âgés. Ces
modifications liées à l’âge incluent la diminution de la capacité à
répondre à un nouveau pathogène et une réduction de la
prolifération des CD4 [16]. L’impact global de ces modifications
peut être en partie atténué par une augmentation de l’observance
thérapeutique, bien meilleure chez les sujets âgés [12].
L’allongement de l’espérance de vie liée à la prise au long
cours d’antirétroviraux pose la question de l’influence d’une
infection virale chronique sur les mécanismes du vieillissement
cérébral normal. Les processus inflammatoires, responsables d’une
activation microgliale, sont incriminés dans la physio-pathogénie
de maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer. De
fait, des marqueurs associés à ces maladies sont rapportés chez les
patients infectés par le VIH. Dans les études pré-HAART,
l’augmentation des inclusions marquées par l’ubiquitine dans la
substance blanche témoignaient d’un vieillissement accéléré du
cerveau chez les sidéens [57]. Esiri et al. [58] ont montré
l’apparition précoce de plaques séniles chez des sidéens. Green et
al. [59] ont récemment suggéré qu’un traitement au long cours en
association avec le vieillissement pouvait contribuer à une
augmentation globale des dépôts amyloïdes. Ces derniers résultats
n’ont toutefois pas été confirmés [60]. Mais une augmentation de la
concentration de protéine Tau phosphorylée dans l’hippocampe a été
observée chez les patients infectés par comparaison à des témoins
de même âge et, plus particulièrement, chez les patients traités
par multithérapies HAART depuis au moins 18 mois [60],
indépendamment de la consommation de drogues, de l’ancienneté de la
contamination par le VIH, de la présence de protéines virales ou
d’une encéphalite VIH. L’absence de corrélation entre la présence
de protéine Tau et celle de troubles cognitifs témoigne du
caractère infraclinique de ces modifications. La néprosyline,
responsable de la dégradation de l’amyloïde dans l’espace
extracellulaire, est inhibée par la protéine Tat [61].
L’APOE-epsilon-4 est corrélé aussi à la démence du sida avec un
effet âge-dépendant [62]. Ces résultats confortent l’importance des
processus inflammatoires intra-cérébraux mais soulignent aussi un
vieillissement cérébral accéléré, particulièrement chez les sujets
traités par HAART. Des facteurs de susceptibilité génétique
dépendant de l’hôte sont également en jeu. Ces résultats sont
concordants avec la notion que les troubles neuropsychologiques
chez les patients sous HAART évoluent d’une forme sous-corticale à
une forme néocorticale [8, 50].
Certains antirétroviraux ont des effets secondaires reconnus
comme facteurs de risque potentiel de démence. Le syndrome
lipodystrophique, surtout décrit avec les inhibiteurs de la
transcriptase inverse et les inhibiteurs de protéase, s’accompagne
de perturbations importantes du bilan lipidique et semble plus
fréquent avec l’âge. Le syndrome métabolique est aujourd’hui
reconnu comme un facteur de risque vasculaire impliqué dans
l’apparition de troubles cognitifs d’origine dégénérative. Ainsi,
des études récentes ont montré une association entre le diabète
[63], la résistance à l’insuline [64] et la démence du sida.
L’athérosclérose précoce semble bien un effet secondaire des
multithérapies HAART [65]. Plusieurs faits concordants semblent
confirmer l’existence d’une atteinte des petits vaisseaux chez les
patients VIH qui n’ont pas de facteurs de risque vasculaire par
ailleurs. Ces anomalies vasculaires sont identiques à
l’artériolosclérose observée chez les sujets âgés, les hypertendus
et les diabétiques [66]. Malgré l’absence de démonstration formelle
d’un lien de causalité, le contrôle strict des facteurs de risque
vasculaire est recommandé chez les sujets âgés infectés par le
VIH.
Aujourd’hui, le développement concomitant de maladies
dégénératives chez des patients infectés par le VIH avançant en âge
n’est plus un scénario fictif. La principale difficulté sera de
reconnaître une encéphalopathie VIH prenant le masque d’une maladie
d’Alzheimer d’une authentique maladie d’Alzheimer.
Le cas très particulier des encéphalites à CD8 : une
entité encore difficile à classer
Nous souhaitons évoquer une nouvelle complication neurologique
décrite depuis moins de 3 ans, dont nous avons personnellement
examiné une dizaine de patients présentant un tableau clinique,
radiologique et anatomopathologique similaire, survenant soit dans
le cadre d’une restauration immune, soit après un arrêt des
traitements antirétroviraux, soit aussi à l’occasion d’une
infection intercurrente, alors que le bilan immunovirologique était
pourtant satisfaisant [53, 56]. Il s’agit d’un tableau neurologique
d’aggravation rapide pouvant se présenter sous la forme d’un
syndrome démentiel subaigu, avec un grand ralentissement
psychomoteur et une apathie, des troubles du comportement, parfois
associé à des signes neurologiques focaux (épilepsie, aphasie,
hémiparésie). Des troubles de la vigilance pouvant aller jusqu’au
coma avec nécessité d’une réanimation lourde sont observés. Les
signes radiologiques sont très stéréotypés et originaux associant
toujours une leucoencéphalopathie diffuse ou multifocale avec
surtout une prise de contraste périvasculaire très particulière et,
chez certains, des images de vascularite sur l’angio-IRM ou
l’artériographie quand elle est faite. En dehors des cas de
restauration immune, au moment de l’installation des premiers
symptômes neurologiques, on note une élévation de la charge virale
plasmatique VIH et une chute des CD4 le plus souvent transitoires.
La charge virale VIH dans le LCR est en général élevée. Une
hyperlymphocytose CD8 périphérique est rare mais quelques patients
ont une pléiocytose dans le LCR constituée de CD8 en majorité et
polyclonale. L’examen histologique montre des lésions
encéphalitiques : œdème, activation astrocytaire et
microgliale et expression variable de la protéine p24 du VIH,
parfois associées à des lésions démyélinisantes avec atteinte
axonale variable et une infiltration lymphocytaire à large
prédominance (parfois exclusivement) CD8+, périvasculaire et
diffuse intraparenchymateuse.
Traitement
L’objectif thérapeutique est de négativer la réplication virale
dans le sang et le SNC. Cependant, si l’infection virale du cerveau
est nécessaire, elle n’est pas suffisante pour induire l’expression
clinique de troubles cognitifs. La réponse inflammatoire comme nous
l’avons vu est déterminante. Les données virologiques ont montré
qu’il existe une réplication virale faible, mais continue, dans les
monocytes et la microglie activée, et une intégration du génome
viral dans des cellules réservoirs, les lymphocytes CD4 mémoire en
périphérie et peut-être les astrocytes dans le cerveau [67]. Le
compartiment cérébral qui est constitué de virus passant
constamment du sang vers le parenchyme cérébral tout au long de
l’infection varie parallèlement à la virémie et est donc plus
accessible au traitement antirétroviral. Le deuxième compartiment
cérébral est, lui, dépendant d’une réplication virale à bas bruit
mais constante dans les cellules résidentes comme la microglie
activée et est donc moins touché par les trithérapies HAART [67].
C’est pourquoi on peut observer des patients qui développent une
démence sous HAART avec un bon contrôle viral dans le sang et le
LCR, situation clinique malheureusement qui n’est pas
exceptionnelle, même si elle reste rare et mal connue [16]. De
même, les troubles cognitifs s’aggravent parfois malgré un succès
immunovirologique, aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte [6,
68, 69]. La quantification de l’ADN proviral du VIH pourrait être
un marqueur intéressant, mais qui doit être encore validé [70].
L’enjeu des prochaines années sera aussi de moduler la réponse
immune spécifique pour qu’elle puisse participer à l’éradication de
ces cellules réservoirs.
En pratique, il est souhaitable de choisir des antirétroviraux
qui passent bien la barrière hémato-encéphalique [7, 71, 72]. La
théorie se heurte néanmoins au génotype viral, aux intolérances et
interactions médicamenteuses, à la complexité des associations
proposées, etc. L’adhérence au traitement peut être aussi obérée
par les troubles cognitifs [73], seul facteur prédictif reconnu
d’une mauvaise observance chez les sujets âgés [74]. La démence du
sida est aussi un facteur prédictif de décès prématuré, très
probablement parce que les troubles cognitifs sont incompatibles
avec le respect de la complexification des associations
d’antirétroviraux de type HAART [75]. Certains auteurs proposent,
dans cette situation, de privilégier la simplicité des prises, ce
qui revient en pratique à résoudre la quadrature du cercle [32,
73]. Dans certains cas, il est utile d’obtenir le génotype du VIH
dans le LCR qui peut avoir un profil de résistance différent de la
souche plasmatique. Les molécules qui pénètrent relativement bien
dans le parenchyme cérébral sont théoriquement la zidovudine, la
stavudine, la lamivudine, l’abacavir, la névirapine, l’éfavirenz et
l’indinavir [32]. Cependant, un passage faible ne présage pas
obligatoirement d’une inefficacité thérapeutique. Si une étude a
montré que plus le nombre d’antirétroviraux pénètrent dans le LCR,
meilleur est l’impact sur la réduction de la charge virale dans le
LCR, indépendamment même des multithérapies HAART [76], pour
d’autres, au contraire, les multithérapies HAART améliorent le
ralentissement psychomoteur, marqueur sensible de la démence du
VIH, indépendamment du degré de pénétration dans le LCR des
molécules utilisées [77]. Les stades précoces sont réversibles sous
traitement antirétroviral [32, 47]. De nombreux essais
thérapeutiques visant à montrer l’intérêt d’anti-oxydants,
d’inhibiteurs calciques, d’anti-NMDA, voire du valproate de sodium,
n’ont pas été convaincants pour le moment ou sont en cours
d’évaluation. Les espoirs nés après les premiers résultats d’un
essai avec la sélégiline ont été déçus [16]. L’effet
potentiellement anti-inflammatoire de la minocycline est en cours
d’évaluation [16]. Avec un profil plus cortical que sous-cortical,
les traitements spécifiques des démences dégénératives, comme les
anticholinestérasiques et la mémantine, pourraient être tentés
[78]. La mémantine pourrait être la molécule la plus intéressante
[79, 80].
Conclusion
La situation de l’infection à VIH dans le monde reste alarmante
car, à des degrés divers, tous les pays sont touchés et la
progression de l’épidémie est inquiétante dans certains pays
proches, comme ceux de l’Europe de l’Est. Les multithérapies
antirétrovirales sont loin d’avoir résolu tous les problèmes et
leur principal succès est d’avoir modifié la pyramide des âges de
la population infectée par le VIH. Le manque de connaissance des
risques de transmission du VIH et l’exclusion des plus de
50 ans de la cible des campagnes de prévention sont aussi
responsables d’une augmentation des nouvelles infections par le VIH
chez les sujets âgés. Les complications dues au neurotropisme du
VIH, et en particulier les troubles cognitifs, sont malheureusement
peu affectées par les multithérapies. Outre les comorbidités
associées à l’âge, le vieillissement et l’infection par le VIH
semblent opérer en synergie sur le développement de nombreuses
pathologies, dont les altérations cognitives notamment. Dans les 10
prochaines années, les gériatres vont très probablement être
sollicités afin de répondre à de nouveaux besoins en terme de prise
en charge clinique et thérapeutique. Il faut s’y préparer dès à
présent.
Remerciements
Nous remercions les docteurs Julien Savatovsky et Françoise Heran,
service de radiologie, Fondation A. de Rothschild, pour leur aide
dans le choix de l’iconographie.
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