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Traitement des démences frontotemporales


Psychologie & NeuroPsychiatrie du vieillissement. Volume 2, Numéro 1, 35-42, Mars 2004, Synthèse


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Florence Lebert , Centre de la mémoire, Hôpital Salengro, CHRU Lille .

Résumé : La démence frontotemporale (DFT) est la démence la plus négligée par la recherche pharmacologique. Pourtant, la DFT peut aujourd‘hui être correctement identifiée, le déficit sérotoninergique prédominant est connu et beaucoup des DFT sont intégrées aux tauopathies. Parmi les molécules essayées, la trazodone a montré son efficacité sur les troubles du comportement, mais en revanche les troubles cognitifs n‘ont pas pu être significativement améliorés et il reste à déterminer les paramètres d‘évaluation pour un essai à long terme. La reconnaissance des différences entre DFT et maladie d‘Alzheimer a permis d‘identifier les caractéristiques de la prise en charge des patients ayant une DFT et celle de leurs proches.

Mots-clés : démence frontotemporale, inhibiteur de la recapture de la sérotonine, IMAO, traitement

ARTICLE

Auteur(s) : Florence Lebert

Centre de la mémoire, Hôpital Salengro, CHRU Lille

Les démences frontotemporales (DFT) sont, parmi les démences fréquentes, celles qui ont fait l'objet de la moindre recherche pharmacologique. Cela peut s'expliquer par la lenteur dans la diffusion de la connaissance des critères diagnostiques, l'existence d'une symptomatologie comportementale longtemps peu quantifiée qui prédomine sur les troubles cognitifs, contrairement à celle de la maladie d'Alzheimer (MA), enfin par l'absence de déficit cholinergique qui ne laisse pas espérer un intérêt des molécules développées ces dix dernières années dans la MA. Aujourd'hui les choses ont changé, la validité des critères diagnostiques de la DFT est aussi bonne que celle de la MA, avec une moyenne de sensibilité et de spécificité de 97 % [1] ; l'inventaire neuropsychiatrique (NPI) [2] est un outil d'évaluation des troubles du comportement internationalement adopté à la fois dans la MA et les DFT, qui peut être utilisé dans les essais et, enfin, nous disposons de données neurobiologiques et physiopathologiques pour tenter de favoriser une recherche pharmacologique dans les DFT. Les symptômes de la maladie ne sont pas limités aux troubles du comportement prédominants, ils incluent aussi des troubles cognitifs, des troubles de déglutition et des signes de dysautonomie. Si la recherche pharmacologique est indispensable, elle doit être complétée par une prise en charge distincte de celle proposée aux patients ayant une MA, en incluant un soutien spécifique aux proches.

Sémiologie des DFT et outils de suivi

Sémiologie

Les DFT comprennent quatre types de symptômes suivant les critères de Lund et Manchester [3] : les troubles comportementaux, les symptômes affectifs, les troubles du langage et des fonctions exécutives, et des signes physiques (hypotension, troubles de la déglutition…). Les troubles du comportement et de l'affect sont les symptômes les plus invalidants socialement pour le patient et surtout pour son entourage, d'autant qu'ils sont les plus précoces dans la maladie. Ils se regroupent en quatre catégories [4] : les troubles du contrôle de soi (désinhibition, troubles des conduites alimentaires, troubles des conduites sexuelles, appétence pour les boissons alcoolisées, instabilité psychomotrice…), les manifestations de perte d'attention pour l'hygiène et la présentation, les signes témoignant d'une réduction d'intérêt avec souvent une apathie et les troubles affectifs dont beaucoup ont comme caractéristique d'être non influencés par l'humeur environnante. Les troubles cognitifs sont plus discrets, ils se différencient de la maladie d'Alzheimer par l'absence de troubles d'acquisition d'informations nouvelles en mémoire épisodique et l'absence de désorientation spatiale. Ils incluent principalement des troubles de l'attention, des fonctions exécutives et du langage pouvant conduire au mutisme.

Outils d'évaluation

Les distinctions entre DFT et MA nécessitent de penser des outils d'évaluation distincts de ceux habituellement utilisés dans la MA pour les essais thérapeutiques. Seules les études de suivi de populations peuvent nous renseigner sur la valeur des outils. Pasquier et al. [5] ont rapporté le suivi de 74 patients ayant une DFT sur une période moyenne de 2 ans et ayant bénéficié d'une évaluation tous les 6 à 12 mois. Le MMS moyen était de 21,7 ± 7. Au MMS, l'épreuve de rappel de trois mots est la première altérée avec l'épreuve du calcul, puis l'orientation dans le temps, la copie de la figure et l'exécution des 3 ordres. Lorsque le MMS atteint le score de 18, l'évaluation neuropsychologique est rarement réalisable à la visite suivante du fait de l'apparition de persévérations et de l'augmentation du délai de réponse ou même d'un mutisme. La poursuite du suivi des patients sur 5 ans a montré une réduction moyenne de 0,7 point par an au MMS [6]. À l'échelle de Mattis, il y a d'abord une réduction de l'initiation, puis de la mémoire et ensuite de l'orientation dans le temps. À l'épreuve de Grober et Buschke, le déclin est d'abord notable au rappel libre, puis au rappel immédiat, puis au rappel indicé et enfin à l'épreuve de reconnaissance. Le TMT et l'épreuve du Wisconsin ne sont pas apparus comme de bons outils de suivi des DFT. Un essai en double aveugle comparant la paroxétine au piracétam avec 8 patients dans chaque groupe a rapporté un déclin significatif par rapport à l'inclusion à 14 mois pour les erreurs à l'épreuve du Stroop et pour l'épreuve de l'interprétation des proverbes, mais pas pour le score au MMS ni pour le test de l'horloge, et cela pour chaque bras de l'essai [7]. Des batteries dites frontales, non spécifiques aux DFT comme l'executive interview et la BREF (batterie rapide d'efficience frontale) n'ont pas été utilisées dans un suivi de patients ayant une DFT. Dans la même étude, l'autonomie a été évaluée par le questionnaire de Weintraub. La perte d'autonomie précoce reste ensuite longtemps stable avant de s'effondrer à un stade tardif. Sur les 2 années de suivi, la perte d'autonomie moyenne a été chiffrée à 10 %. Les troubles du comportement sont sévères dès le début de la maladie. Certains symptômes, évalués avec l'échelle comportementale frontotemporale [4], étaient présents chez 80 % des patients ou plus, comme l'hyperoralité, l'instabilité psychomotrice, la négligence physique et l'apathie. Durant les 2 années de suivi, peu de troubles apparurent. L'inventaire neuropsychiatrique (NPI), outil de référence dans la quantification des troubles du comportement lors de MA peut être utilisé lors de DFT car il inclut les symptômes habituels de cette maladie. Le frontal behavioral inventory est une échelle conçue spécifiquement pour quantifier le nombre de troubles du comportement, mais elle n'a pas été utilisée pour le suivi de patients.

Neurobiologie

Neurobiologie des lobes frontaux et temporaux

Les circuits fronto-sous-corticaux se composent de neurones GABA et glutamatergiques modulés par l'activité neuronale des systèmes monoaminergiques qui contribuent à la facilitation, à l'inhibition et à l'intégration des différentes activités neuronales. Le système noradrénergique se projette prioritairement dans les régions antérieures, dans les couches IV et V du cortex. Dans le système dopaminergique, c'est la composante méso-corticale qui se projette dans les régions frontales avec une expression dominante des récepteurs D4. Les projections sérotoninergiques sont les plus fréquentes comparativement aux autres systèmes monoaminergiques. Les récepteurs sérotoninergiques les plus denses sont les récepteurs 5-HT2 et 5-HT1a [8]. Le cortex frontal est la partie la plus importante du cortex en matière de projection du système cholinergique, avec des terminaisons rejoignant les couches I et II [9]. Les récepteurs muscariniques M1 sont très présents dans le cortex frontal.

Neurobiologie des DFT

Les DFT s'opposent aux MA par l'absence d'anomalies du métabolisme cholinergique [10]. En revanche, plusieurs perturbations des systèmes monoaminergiques ont été décrites, des modifications des récepteurs et des réductions des métabolites. Frisoni et al. [11] ont rapporté une réduction du marquage des récepteurs D2 postsynaptiques dans les régions frontales supérieures. Rinne et al. [12] décrivirent une réduction du transport de la dopamine évaluée par (11C)CFT, marqueur analogue de la cocaïne, au niveau du putamen et du noyau caudé, en corrélation avec les signes extrapyramidaux. Le marquage sérotoninergique est aussi réduit au niveau du cortex frontal [13]. Ces données ont été confirmées en neuropathologie par Procter et al. [10] qui ont rapporté une réduction des récepteurs 5-HT2a, qu'il y ait ou non présence de corps de Pick. L'atteinte prédominante du système sérotoninergique est aussi confirmée par le travail neuropathologique de Yang et Schmitt [14] qui a montré une réduction de 40 % du nombre de cellules du raphé médian, spécifique aux DFT. Au niveau du système glutamatergique, seuls les récepteurs AMPA sont réduits au niveau des aires frontales comparativement aux récepteurs NMDA ou kainic [10].

Physiopathologie des DFT

D'une part, les études génétiques ont mis en évidence la possibilité de mutation de la protéine tau comme pouvant être une des causes de DFT [15], d'autre part, les recherches moléculaires ont révélé la possibilité de phosphorylation anormale de la protéine tau dans certaines formes de DFT, appartenant au spectre des tauopathies [16]. Ces résultats incitent à identifier dans les DFT un dysfonctionnement des kinases et des phosphatases PP-1, PP-2A et 2B, régulant la balance phosphorylation-déphosphorylation. D'autres anomalies sont encore à découvrir dans les DFT appelées dementia lacking distinctive histopahtology dont la caractéristique majeure est de ne pas avoir d'agrégat de protéine tau dans les neurones, mais d'avoir, en revanche, une diminution très importante des protéines tau normales [17].

Recherches pharmacologiques

Recherches à visée cognitive (tableau I)

Tableau IEssais pharmacologiques dans les troubles cognitifs des démences frontotemporales.
Table I. Pharmacological trials to improve the cognitive deficits in frontotemporal dementia.



Référence

Molécule

Type d'essais (nombre de patients)

Efficacité

Coull et al., 1996 Idazoxan vs placebo, protocole ABBA (n = 3) Amélioration de la planification, de l'attention soutenue, de la fluence verbale et de la mémoire épisodique
Moretti et al., 2002 Sélégéline Cas cliniques (n = 3) Réduction des fausses erreurs au Stroop et du score total du NPI
Chow et al., 2003 Guanfacine Étude en ouvert (n = 7) Amélioration non significative des fonctions exécutives
IRS : inhibiteur de la recapture de la sérotonine ; NPI : neuropsychiatric inventory.

La première molécule à visée cognitive proposée dans les DFT fut l'idazoxan [18]. Il s'agit d'un antagoniste des récepteurs alpha 2. L'efficacité de l'idazoxan fut testée contre placebo sur l'attention, la mémoire et les fonctions exécutives chez 3 patients ayant une DFT en suivant un schéma ABBA. L'idazoxan apporta une amélioration sur la planification, l'attention soutenue, la fluence verbale et la mémoire épisodique ; en revanche l'effet était délétère sur la mémoire de travail spatiale. La sélégiline à la dose de 1,25 mg/j proposée à 3 patients par Moretti et al. [19], a réduit le nombre de fausses erreurs au Stroop. La poursuite des observations chez d'autres patients a, toutefois, montré des résultats variables (données non publiées). La guanfacine, alpha 2 agoniste, fut proposée à 7 patients, sans apporter de résultats significatifs, mais les patients testés étaient déjà avancés dans la maladie [20].

Recherches à visée comportementale (tableau II)

Tableau II. Essais pharmacologiques dans les troubles comportementaux des démences frontotemporales.
Table II. Pharmacological trials to improve the behavioral disorders in frontotemporal dementia.

Efficacité

Anderson et al., 1995 IRS + lithium Cas cliniques (n = 2) Amélioration de la dépression
Swartz et al., 1997 IRS Cas cliniques (n = 11) Amélioration chez la moitié des patients

des symptômes dépressifs, de la désinhibition,

du grignotage et des compulsions
Moretti et al., 2003 Paroxétine Double aveugle vs piracétam (n = 16) Réduction du score global du NPI,
pas d'effet antidépresseur
Lebert et al., 1999 Trazodone Étude en ouvert (n = 14) Réduction de l'anxiété, du délire, de l'irritabilité,
de l'agression avec 150 mg/j, de la dépression,
de la désinhibition et de l'instabilité psychomotrice avec 300 mg/j
Lebert et al. (sous presse) Trazodone Double aveugle vs placebo (n = 31) Réduction significative du score total du NPI, réduction surtout de l'irritabilité, de l'agitation,
des troubles alimentaires, dépressifs
Adler et al., 2003 Moclobémide Étude en ouvert (n = 6) Aucun symptôme n'est amélioré
chez au moins 3/6 des patients
IRS : inhibiteur de la recapture de la sérotonine ; NPI : neuropsychiatric inventory.

Au niveau comportemental, Anderson et al. [21], les premiers, rapportèrent une amélioration de la dépression dans 2 observations de possible DFT lors de l'adjonction de lithium à un inhibiteur de la recapture de la sérotonine (IRS). Mais la description de ces observations présentait quelques atypies pour des DFT comme des idées de culpabilité, des idées suicidaires, des idées délirantes et les patients n'avaient pu bénéficier d'IRM. Swartz et al. [22] décrivirent les premières observations d'amélioration comportementale sous différents IRS chez 9 de leurs 11 patients avec des améliorations variables d'un patient à un autre portant sur les symptômes dépressifs, la désinhibition, le grignotage et les compulsions. D'autres études ouvertes retrouvèrent ce bénéfice. Chow [23] observa une amélioration, chez 75 % des patients traités par paroxétine, qui portait sur les comportements répétitifs plus que sur les manifestations dépressives ou anxieuses. Moretti et al. [7] conduisirent une étude en double aveugle comparant paroxétine versus piracétam sur 2 groupes de 8 patients pendant 14 mois. Le score moyen au NPI à l'entrée était de 32. À la fin de l'étude, la réduction moyenne du score au NPI dans le groupe sous paroxétine était de 8,25 points (soit une réduction de 25 %). La trazodone est également un IRS, mais de plus faible action ; en revanche, elle a une action antagoniste 5-HT2a et 2c et une action agoniste 5-HT2a par son métabolite le m-CPP lors de l'utilisation de fortes doses. Une première étude en ouvert a été conduite chez 14 patients ayant une DFT avec un score moyen au MMS de 9,8 [24]. L'administration de 150 mg/j de trazodone a permis de réduire significativement l'anxiété, le délire, l'irritabilité, l'agressivité tandis qu'une dose de 300 mg/j était nécessaire pour réduire l'instabilité psychomotrice, la dépression et la désinhibition. Afin de confirmer l'efficacité de cette molécule, un essai de 12 semaines en double aveugle contre placebo en cross-over a été mis en place [25]. Vingt-six des 31 patients inclus ont complété entièrement l'étude. Le score moyen à l'inclusion était de 53 au NPI, et de 20,8 au MMS. Les 300 mg/j de trazodone ont réduit significativement le score au NPI comparativement au score à l'inclusion mais pas le placebo. Dix des 26 patients ont eu une réduction de plus de 50 % du score au NPI sous trazodone. Quatre symptômes étaient surtout améliorés : les troubles des conduites alimentaires, l'agitation, l'irritabilité et les troubles de l'humeur. En dehors des agents sérotoninergiques, des essais de traitement par les IMAO ont été rapportés. Dans les 3 observations précédemment évoquées, les auteurs ont rapporté une réduction significative du score total du NPI à 3 mois avec la sélégiline [19], mais ce résultat n'a pas été confirmé dans l'extension de la série et pourrait dépendre de la forme clinique de la DFT. Le moclobémide a aussi été proposé à 6 patients ayant une DFT, les résultats sont très hétérogènes et aucun des symptômes comportementaux habituels des DFT n'a été amélioré chez 3 des 6 patients [26].

Médicaments aux effets délétères

À l'inverse, certains traitements paraissent délétères lors des DFT. Vingt-quatre patients traités par neuroleptiques ont fait l'objet d'une surveillance de tolérance : huit eurent des effets indésirables, sept des effets extrapyramidaux et un des troubles de vigilance. Pour 5 d'entre eux l'intensité de ces effets était jugée comme sévère alors que les doses étaient légères. Dans 5 cas sur 8, il s'agissait de la thioridazine [27]. Les auteurs conclurent qu'il n'y a pas que dans la démence à corps de Lewy dans laquelle existe une hypersensibilité aux neuroleptiques. Si les données neurobiologiques ne pouvaient faire espérer une amélioration avec les inhibiteurs de la cholinestérase, une aggravation comportementale n'était pas attendue comme cela a néanmoins été rapporté [28]. Aucun facteur de protection de la DFT n'est aujourd'hui identifié. Se basant sur la connaissance des facteurs de protection de la maladie d'Alzheimer, Levine et Hewett [29] ont cherché à savoir si les estrogènes administrés lors de traitement hormonal substitutif (THS) pouvaient avoir aussi un effet neuroprotecteur lors de DFT. Le travail chercha à comparer le pourcentage de patientes recevant un THS au pourcentage dans la population générale pour un âge apparié. Contrairement à toute attente, le travail retrouva un pourcentage de patientes ayant un THS nettement supérieur au taux de la population, faisant suspecter aux auteurs un rôle délétère des THS lors de DFT, ce qui reste toutefois à démontrer.

Prise en charge non pharmacologique

Annonce du diagnostic

L'annonce du diagnostic comme dans tout autre maladie doit être envisagée. Elle est facilitée émotionnellement par l'anosodiaphorie du patient qui, de plus, n'anticipe pas l'évolution possible de sa maladie. Certains patients anosognosiques mettent en doute le diagnostic, expliquant que les propos de l'entourage sont des médisances ; l'imagerie fonctionnelle est alors précieuse car elle permet de faire visualiser au patient sa maladie et sa localisation dans le cerveau. Le diagnostic est souvent oublié d'une consultation à une autre ou remis en cause car les DFT ne sont pas bien connues du milieu médical ce qui permet au patient de trouver un allié pour confirmer l'absence de problème ou de retenir une origine psychogène aux changements. Malgré tout, l'annonce du diagnostic est importante : elle permet d'expliquer au malade et à son entourage les raisons des changements de comportement, de réduire la responsabilité du patient dans la survenue des déviances vis-à-vis de sa famille et de déculpabiliser l'entourage se croyant le motif des changements de leur proche.

Orthophonie

Les troubles du langage peuvent faire l'objet d'une prise en charge orthophonique avec comme objectif de retarder le mutisme, comme cela est proposé lors d'aphasie progressive à condition que l'état comportemental ne soit pas une entrave trop importante à la réalisation du travail proposé. L'orthophoniste devra savoir initier et intéresser lors d'apathie et d'anosodiaphorie, contenir et limiter lors d'instabilité psychomotrice ou de désinhibition comportementale. Les séances doivent être fractionnées et être éloignées des heures des repas qui majorent souvent les désirs alimentaires lors d'hyperphagie. Elle pourra également intervenir lors de troubles de la déglutition.

Contrôle des conséquences somatiques de la maladie

Hypotension par syndrome dysautonomique

L'hypotension et les syncopes font partie des symptômes habituellement observés lors de DFT. Dans le cadre d'un suivi en consultation de la mémoire, leur fréquence a été rapportée chez 16 % des patients suivis sur une durée moyenne de 24,5 mois et ayant un MMS moyen au départ de 21,7 [5]. L'hypotension lors de DFT n'a pas fait l'objet d'étude pharmacologique, mais, dans notre expérience, l'étiléfrine est souvent efficace. La correction de ces symptômes pourrait être importante, puisque l'altération du système végétatif est suspectée dans la survenue de morts subites inexpliquées lors de DFT [6].

Troubles de déglutition par atteinte de la corne antérieure

Une atteinte de corne antérieure lors de DFT a été décrite comme pouvant atteindre 15 % des cas [30]. Cette atteinte justifie une prise en charge spécifique y compris pharmacologique, bien que certains auteurs aient rapporté une expérience négative avec le riluzole lors d'atteinte du motoneurone survenant dans un contexte de DFT [23].

Obésité due à la boulimie

La boulimie est souvent à l'origine d'une prise massive de poids avec retentissement sur la mobilisation par aggravation d'une arthropathie ou d'une insuffisance cardiaque et s'accompagne même parfois de l'apparition d'un diabète gras. Il est souvent nécessaire de réfléchir au choix des aliments à laisser à la portée du patient.

Conséquences de la négligence physique

La négligence physique est souvent source d'états infectieux qu'il est nécessaire de rechercher de façon systématique en l'absence de plaintes de la part du patient.

Projet de vie

Inciter et plus encore

L'apathie fréquemment observée lors de DFT nécessite une stimulation de la part de l'entourage. La préservation de la mémorisation permet de faire acquérir des automatismes pour certaines tâches de la vie quotidienne. Cette stimulation doit être verbalisée dans un langage simple, direct. Elle sera plus efficace si elle est réalisée par une personne non impliquée dans la mise en place des interdictions, rôle souvent obligé du partenaire. L'apathie n'est pas le seul facteur qui contribue à la non réalisation d'une tâche, il y aussi l'altération des fonctions exécutives. Il est nécessaire pour cela d'aider à la décomposition d'une activité complexe, à sa simplification.

Protéger

La DFT est à l'origine d'une altération des relations sociales avec perte des convenances, du respect des règles sociales et de la notion de dangerosité. Le patient nécessite la mise en place de systèmes de protection qui comportent le rappel des interdits, la limitation à l'accessibilité à certains objets comme à certaines situations.

Encourager l'éclosion de nouvelles activités

Le développement d'activités artistiques a été rapporté par plusieurs équipes lors de DFT, principalement au niveau pictural, mais aussi au niveau musical [31]. Dans notre expérience, plusieurs de nos patients ont développé des activités sportives parfois de haut niveau alors qu'ils ne pratiquaient aucun sport avant la maladie. Ces activités nouvelles doivent être encouragées, car valorisantes pour le patient mais surtout pour son entourage.

Situation juridique

Protection des biens

Dans le cadre de la désinhibition, il est fréquent que les patients fassent des dépenses inconsidérées, utilisant chèques, cartes bancaires et bons de commandes. Les mesures de protection juridique permettent de limiter les conséquences des dépenses.

Criminalité, maltraitance

L'impulsivité, la désinhibtion et la perte des convenances sociales peuvent conduire à des gestes dangereux souvent impulsifs ou à des pratiques déviantes pouvant aller jusqu'à la pédophilie. La nouvelle loi sur la possibilité d'information du préfet par les professionnels de santé d'un port d'armes chez des patients dangereux (article 85 de la loi du 18 mars 2003) est précieuse chez ces patients. Il est parfois nécessaire d'utiliser les hospitalisations à la demande d'un tiers (HDT), mais compte tenu de la fréquente normalisation du comportement rien que par l'hospitalisation, le risque de levée rapide de l'HDT est important et doit faire prendre en compte le danger de représailles à la sortie. Les situations de maltraitance des proches sont très probablement sous-estimées et doivent être régulièrement recherchées. Il paraît intéressant de remettre au conjoint des documents d'information sur la conduite à tenir et la législation lors de maltraitance et de violence conjugale.

Problèmes éthiques

L'anosognosie des patients avec déni des symptômes rend nécessaire le recueil des symptômes auprès de proches qui les observent d'autant mieux qu'ils vivent avec le patient. Le médecin est dans l'obligation de leur faire confiance car il ne peut lui-même constater que peu de choses. Néanmoins, il peut être victime de témoignages malveillants qu'il aura du mal à reconnaître. Le bilan neuropsychologique et l'imagerie permettent d'apporter des éléments objectifs dans le diagnostic, mais comme ils sont peu sensibles par rapport aux modifications comportementales, la normalité de ces examens n'élimine pas le diagnostic. Le suivi de l'évolution et l'efficacité des traitements reposent aussi sur les appréciations de l'entourage, mais lorsque le malade refuse leur présence lors des consultations, le médecin a alors très peu d'éléments pour juger de l'évolution, mais n'est pas autorisé pour autant à prendre contact avec les proches sans l'accord du patient. Le médecin est alors dans une situation difficile pour assurer le suivi.

Droits et accompagnement des familles

Le point de départ est une explication de la maladie, avec l'annonce de l'origine neurologique, lésionnelle des modifications du comportement et des différences d'avec une maladie psychiatrique. Cette annonce s'accompagne d'une réflexion devant conduire à la déculpabilisation des proches. L'explication de l'origine des troubles doit progressivement être suivie d'une éducation des proches afin de lutter contre l'apathie, mais aussi afin d'identifier les situations dangereuses (dépenses inconsidérées, excès de vitesse, conduites d'alcoolisation, vols, abus sexuels…). L'entourage doit apprendre à ne pas faciliter les situations d'agressivité mais aussi à se protéger en cas de danger.

Les malades ayant une DFT ont un certain nombre de droits qui seront habituellement défendus par le conjoint ou les enfants. Les patients atteints par une DFT relèvent d'une prise en charge à 100 % par la caisse de Sécurité sociale au titre des affections de longue durée, au chapitre de troubles de personnalité. Une demande de carte d'invalidité peut être faite, elle sera attribuée si la Cotorep évalue le taux d'incapacité du malade à plus de 80 %. Le patient relevant d'une mise en maladie de longue durée, bénéficie d'indemnités journalières. Au bout de 3 ans, une mise en invalidité est envisageable. Si la 3e catégorie est rejetée, on peut demander l'allocation compensatrice pour tierce personne attribuée lorsque le taux d'incapacité atteint au moins 80 %. Pour les malades jeunes (de moins de 60 ans) titulaires d'une pension d'invalidité, une demande de majoration tierce personne peut être faite à condition d'être dans l'impossibilité d'exercer une profession et d'être dans l'obligation d'avoir besoin de l'assistance d'une tierce personne pour effectuer les actes ordinaires de la vie. L'allocation adulte handicapée peut aussi être envisagée en fonction des antécédents d'activités professionnelles et des revenus. Compte tenu du jeune âge des patients, il n'est pas fréquent que l'allocation personnalisée à l'autonomie soit envisageable. Certains sites internet apportent régulièrement des informations aux proches [32].

Si l'entourage souffre du non respect des règles sociales, de l'apathie, de la boulimie, des moments d'alcoolisation, de l'impatience, de l'irritabilité pouvant aller jusqu'à des comportements agressifs, les modifications les plus difficiles à vivre pour le conjoint sont les changements émotionnels, avec un ressenti d'indifférence affective. Plusieurs éléments contribuent à ce ressenti : l'amimie, la réduction de l'expression émotionnelle, la réduction de la reconnaissance des émotions et du langage spontané, la perte des convenances, les troubles des conduites sexuelles. Le conjoint face à cela est souvent en grande souffrance morale. Un soutien psychologique est alors nécessaire. Il sera d'autant plus efficace qu'il sera réalisé par un thérapeute connaissant les DFT. Les enfants auront aussi parfois besoin d'un soutien, mais l'acceptation de ce soutien par eux est souvent difficile.

Points clés

• Les recherches thérapeutiques demeurent peu développées dans les DFT du fait de la relative rareté de la maladie, de l'absence de lésions histopathologiques caractéristiques dans la plupart des cas, de la prédominance des troubles du comportement et de l'absence d'éléments d'évaluation fiables.
• Des résultats encourageants ont néanmoins été obtenus sur les troubles du comportement avec les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, tout particulièrement la trazodone.
• En revanche, aucune amélioration n'a pu être mise en évidence pour les troubles cognitifs.
• L'information et la prise en charge des aidants sont des éléments essentiels du fait du jeune âge des sujets, souvent encore en activité, et des troubles du comportement qui posent des problèmes importants au plan familial, social et parfois médico-légal.

Conclusion

La mise en évidence des distinctions entre DFT et MA a permis d'individualiser une prise en charge spécifique. Les troubles du comportement, symptômes majeurs de ce type de démence, paraissent accessibles à la pharmacologie et il serait souhaitable de développer plus d'essais en double aveugle avec de plus grandes populations, certaines molécules n'ayant été testées que sur quelques patients. En revanche, les déficits cognitifs et l'évolution de la maladie nécessitent, d'une part, d'individualiser des cibles rapidement sensibles à l'évolution de la maladie afin d'avoir des outils de mesure pour les essais et, d'autre part, de réfléchir à des pistes pharmacologiques. Il est dommage pour la prise en charge des patients ayant une DFT que les psychiatres aient désinvesti le champ des démences car elle a des points communs avec celles proposées lors de maladies psychiatriques lourdes comme la schizophrénie, tout en devant prendre en compte l'originalité de cette maladie lésionnelle qui remet en cause certains principes éthiques et qui démontre l'insuffisance juridique face à cette démence.

Remerciements. Travail réalisé dans le cadre de l'équipe d'accueil 2691 du ministère de l'Éducation nationale de la Recherche et de la Technologie (MNERT). Remerciements aux professeurs Florence Pasquier et André Delacourte pour leurs remarques.

Références

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Référence

Molécule

Type d'essais (nombre de patients)


 

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