|
Efficacité
|
|
Anderson et al., 1995 |
IRS + lithium |
Cas
cliniques (n = 2) |
Amélioration de la dépression |
|
Swartz et al., 1997 |
IRS |
Cas
cliniques (n = 11) |
Amélioration chez la moitié des patients
des symptômes dépressifs, de la désinhibition,
du grignotage et des compulsions |
|
Moretti et al., 2003 |
Paroxétine |
Double aveugle vs piracétam (n = 16) |
Réduction du score global du NPI,
pas d'effet antidépresseur |
|
Lebert et al., 1999 |
Trazodone |
Étude en ouvert (n = 14) |
Réduction de l'anxiété, du délire, de l'irritabilité,
de l'agression avec 150 mg/j, de la dépression,
de la désinhibition et de l'instabilité psychomotrice avec
300 mg/j |
|
Lebert et al. (sous presse) |
Trazodone |
Double aveugle vs placebo (n = 31) |
Réduction significative du score total du NPI, réduction surtout de
l'irritabilité, de l'agitation,
des troubles alimentaires, dépressifs |
|
Adler et al., 2003 |
Moclobémide |
Étude en ouvert (n = 6) |
Aucun symptôme n'est amélioré
chez au moins 3/6 des patients |
IRS : inhibiteur de la recapture de la sérotonine ;
NPI : neuropsychiatric inventory.
Au niveau comportemental, Anderson et al. [21], les
premiers, rapportèrent une amélioration de la dépression dans
2 observations de possible DFT lors de l'adjonction de lithium
à un inhibiteur de la recapture de la sérotonine (IRS). Mais la
description de ces observations présentait quelques atypies pour
des DFT comme des idées de culpabilité, des idées suicidaires, des
idées délirantes et les patients n'avaient pu bénéficier d'IRM.
Swartz et al. [22] décrivirent les premières observations
d'amélioration comportementale sous différents IRS chez 9 de leurs
11 patients avec des améliorations variables d'un patient à un
autre portant sur les symptômes dépressifs, la désinhibition, le
grignotage et les compulsions. D'autres études ouvertes
retrouvèrent ce bénéfice. Chow [23] observa une amélioration, chez
75 % des patients traités par paroxétine, qui portait sur les
comportements répétitifs plus que sur les manifestations
dépressives ou anxieuses. Moretti et al. [7] conduisirent
une étude en double aveugle comparant paroxétine versus
piracétam sur 2 groupes de 8 patients pendant
14 mois. Le score moyen au NPI à l'entrée était de 32. À la
fin de l'étude, la réduction moyenne du score au NPI dans le groupe
sous paroxétine était de 8,25 points (soit une réduction de
25 %). La trazodone est également un IRS, mais de plus faible
action ; en revanche, elle a une action antagoniste 5-HT2a et
2c et une action agoniste 5-HT2a par son métabolite le m-CPP lors
de l'utilisation de fortes doses. Une première étude en ouvert a
été conduite chez 14 patients ayant une DFT avec un score
moyen au MMS de 9,8 [24]. L'administration de 150 mg/j de
trazodone a permis de réduire significativement l'anxiété, le
délire, l'irritabilité, l'agressivité tandis qu'une dose de
300 mg/j était nécessaire pour réduire l'instabilité
psychomotrice, la dépression et la désinhibition. Afin de confirmer
l'efficacité de cette molécule, un essai de 12 semaines en
double aveugle contre placebo en cross-over a été mis en place
[25]. Vingt-six des 31 patients inclus ont complété
entièrement l'étude. Le score moyen à l'inclusion était de 53 au
NPI, et de 20,8 au MMS. Les 300 mg/j de trazodone ont réduit
significativement le score au NPI comparativement au score à
l'inclusion mais pas le placebo. Dix des 26 patients ont eu
une réduction de plus de 50 % du score au NPI sous trazodone.
Quatre symptômes étaient surtout améliorés : les troubles des
conduites alimentaires, l'agitation, l'irritabilité et les troubles
de l'humeur. En dehors des agents sérotoninergiques, des essais de
traitement par les IMAO ont été rapportés. Dans les
3 observations précédemment évoquées, les auteurs ont rapporté
une réduction significative du score total du NPI à 3 mois
avec la sélégiline [19], mais ce résultat n'a pas été confirmé dans
l'extension de la série et pourrait dépendre de la forme clinique
de la DFT. Le moclobémide a aussi été proposé à 6 patients
ayant une DFT, les résultats sont très hétérogènes et aucun des
symptômes comportementaux habituels des DFT n'a été amélioré chez 3
des 6 patients [26].
Médicaments aux effets délétères
À l'inverse, certains traitements paraissent délétères lors des
DFT. Vingt-quatre patients traités par neuroleptiques ont fait
l'objet d'une surveillance de tolérance : huit eurent des
effets indésirables, sept des effets extrapyramidaux et un des
troubles de vigilance. Pour 5 d'entre eux l'intensité de ces
effets était jugée comme sévère alors que les doses étaient
légères. Dans 5 cas sur 8, il s'agissait de la thioridazine
[27]. Les auteurs conclurent qu'il n'y a pas que dans la démence à
corps de Lewy dans laquelle existe une hypersensibilité aux
neuroleptiques. Si les données neurobiologiques ne pouvaient faire
espérer une amélioration avec les inhibiteurs de la cholinestérase,
une aggravation comportementale n'était pas attendue comme cela a
néanmoins été rapporté [28]. Aucun facteur de protection de la DFT
n'est aujourd'hui identifié. Se basant sur la connaissance des
facteurs de protection de la maladie d'Alzheimer, Levine et Hewett
[29] ont cherché à savoir si les estrogènes administrés lors de
traitement hormonal substitutif (THS) pouvaient avoir aussi un
effet neuroprotecteur lors de DFT. Le travail chercha à comparer le
pourcentage de patientes recevant un THS au pourcentage dans la
population générale pour un âge apparié. Contrairement à toute
attente, le travail retrouva un pourcentage de patientes ayant un
THS nettement supérieur au taux de la population, faisant suspecter
aux auteurs un rôle délétère des THS lors de DFT, ce qui reste
toutefois à démontrer.
Prise en charge non pharmacologique
Annonce du diagnostic
L'annonce du diagnostic comme dans tout autre maladie doit être
envisagée. Elle est facilitée émotionnellement par l'anosodiaphorie
du patient qui, de plus, n'anticipe pas l'évolution possible de sa
maladie. Certains patients anosognosiques mettent en doute le
diagnostic, expliquant que les propos de l'entourage sont des
médisances ; l'imagerie fonctionnelle est alors précieuse car
elle permet de faire visualiser au patient sa maladie et sa
localisation dans le cerveau. Le diagnostic est souvent oublié
d'une consultation à une autre ou remis en cause car les DFT ne
sont pas bien connues du milieu médical ce qui permet au patient de
trouver un allié pour confirmer l'absence de problème ou de retenir
une origine psychogène aux changements. Malgré tout, l'annonce du
diagnostic est importante : elle permet d'expliquer au malade
et à son entourage les raisons des changements de comportement, de
réduire la responsabilité du patient dans la survenue des déviances
vis-à-vis de sa famille et de déculpabiliser l'entourage se croyant
le motif des changements de leur proche.
Orthophonie
Les troubles du langage peuvent faire l'objet d'une prise en
charge orthophonique avec comme objectif de retarder le mutisme,
comme cela est proposé lors d'aphasie progressive à condition que
l'état comportemental ne soit pas une entrave trop importante à la
réalisation du travail proposé. L'orthophoniste devra savoir
initier et intéresser lors d'apathie et d'anosodiaphorie, contenir
et limiter lors d'instabilité psychomotrice ou de désinhibition
comportementale. Les séances doivent être fractionnées et être
éloignées des heures des repas qui majorent souvent les désirs
alimentaires lors d'hyperphagie. Elle pourra également intervenir
lors de troubles de la déglutition.
Contrôle des conséquences somatiques de la maladie
Hypotension par syndrome dysautonomique
L'hypotension et les syncopes font partie des symptômes
habituellement observés lors de DFT. Dans le cadre d'un suivi en
consultation de la mémoire, leur fréquence a été rapportée chez
16 % des patients suivis sur une durée moyenne de
24,5 mois et ayant un MMS moyen au départ de 21,7 [5].
L'hypotension lors de DFT n'a pas fait l'objet d'étude
pharmacologique, mais, dans notre expérience, l'étiléfrine est
souvent efficace. La correction de ces symptômes pourrait être
importante, puisque l'altération du système végétatif est suspectée
dans la survenue de morts subites inexpliquées lors de DFT [6].
Troubles de déglutition par atteinte de la corne
antérieure
Une atteinte de corne antérieure lors de DFT a été décrite comme
pouvant atteindre 15 % des cas [30]. Cette atteinte justifie
une prise en charge spécifique y compris pharmacologique, bien que
certains auteurs aient rapporté une expérience négative avec le
riluzole lors d'atteinte du motoneurone survenant dans un contexte
de DFT [23].
Obésité due à la boulimie
La boulimie est souvent à l'origine d'une prise massive de poids
avec retentissement sur la mobilisation par aggravation d'une
arthropathie ou d'une insuffisance cardiaque et s'accompagne même
parfois de l'apparition d'un diabète gras. Il est souvent
nécessaire de réfléchir au choix des aliments à laisser à la portée
du patient.
Conséquences de la négligence physique
La négligence physique est souvent source d'états infectieux
qu'il est nécessaire de rechercher de façon systématique en
l'absence de plaintes de la part du patient.
Projet de vie
Inciter et plus encore
L'apathie fréquemment observée lors de DFT nécessite une
stimulation de la part de l'entourage. La préservation de la
mémorisation permet de faire acquérir des automatismes pour
certaines tâches de la vie quotidienne. Cette stimulation doit être
verbalisée dans un langage simple, direct. Elle sera plus efficace
si elle est réalisée par une personne non impliquée dans la mise en
place des interdictions, rôle souvent obligé du partenaire.
L'apathie n'est pas le seul facteur qui contribue à la non
réalisation d'une tâche, il y aussi l'altération des fonctions
exécutives. Il est nécessaire pour cela d'aider à la décomposition
d'une activité complexe, à sa simplification.
Protéger
La DFT est à l'origine d'une altération des relations sociales
avec perte des convenances, du respect des règles sociales et de la
notion de dangerosité. Le patient nécessite la mise en place de
systèmes de protection qui comportent le rappel des interdits, la
limitation à l'accessibilité à certains objets comme à certaines
situations.
Encourager l'éclosion de nouvelles activités
Le développement d'activités artistiques a été rapporté par
plusieurs équipes lors de DFT, principalement au niveau pictural,
mais aussi au niveau musical [31]. Dans notre expérience, plusieurs
de nos patients ont développé des activités sportives parfois de
haut niveau alors qu'ils ne pratiquaient aucun sport avant la
maladie. Ces activités nouvelles doivent être encouragées, car
valorisantes pour le patient mais surtout pour son entourage.
Situation juridique
Protection des biens
Dans le cadre de la désinhibition, il est fréquent que les
patients fassent des dépenses inconsidérées, utilisant chèques,
cartes bancaires et bons de commandes. Les mesures de protection
juridique permettent de limiter les conséquences des dépenses.
Criminalité, maltraitance
L'impulsivité, la désinhibtion et la perte des convenances
sociales peuvent conduire à des gestes dangereux souvent impulsifs
ou à des pratiques déviantes pouvant aller jusqu'à la pédophilie.
La nouvelle loi sur la possibilité d'information du préfet par les
professionnels de santé d'un port d'armes chez des patients
dangereux (article 85 de la loi du 18 mars 2003) est précieuse
chez ces patients. Il est parfois nécessaire d'utiliser les
hospitalisations à la demande d'un tiers (HDT), mais compte tenu de
la fréquente normalisation du comportement rien que par
l'hospitalisation, le risque de levée rapide de l'HDT est important
et doit faire prendre en compte le danger de représailles à la
sortie. Les situations de maltraitance des proches sont très
probablement sous-estimées et doivent être régulièrement
recherchées. Il paraît intéressant de remettre au conjoint des
documents d'information sur la conduite à tenir et la législation
lors de maltraitance et de violence conjugale.
Problèmes éthiques
L'anosognosie des patients avec déni des symptômes rend
nécessaire le recueil des symptômes auprès de proches qui les
observent d'autant mieux qu'ils vivent avec le patient. Le médecin
est dans l'obligation de leur faire confiance car il ne peut
lui-même constater que peu de choses. Néanmoins, il peut être
victime de témoignages malveillants qu'il aura du mal à
reconnaître. Le bilan neuropsychologique et l'imagerie permettent
d'apporter des éléments objectifs dans le diagnostic, mais comme
ils sont peu sensibles par rapport aux modifications
comportementales, la normalité de ces examens n'élimine pas le
diagnostic. Le suivi de l'évolution et l'efficacité des traitements
reposent aussi sur les appréciations de l'entourage, mais lorsque
le malade refuse leur présence lors des consultations, le médecin a
alors très peu d'éléments pour juger de l'évolution, mais n'est pas
autorisé pour autant à prendre contact avec les proches sans
l'accord du patient. Le médecin est alors dans une situation
difficile pour assurer le suivi.
Droits et accompagnement des familles
Le point de départ est une explication de la maladie, avec
l'annonce de l'origine neurologique, lésionnelle des modifications
du comportement et des différences d'avec une maladie
psychiatrique. Cette annonce s'accompagne d'une réflexion devant
conduire à la déculpabilisation des proches. L'explication de
l'origine des troubles doit progressivement être suivie d'une
éducation des proches afin de lutter contre l'apathie, mais aussi
afin d'identifier les situations dangereuses (dépenses
inconsidérées, excès de vitesse, conduites d'alcoolisation, vols,
abus sexuels…). L'entourage doit apprendre à ne pas faciliter les
situations d'agressivité mais aussi à se protéger en cas de
danger.
Les malades ayant une DFT ont un certain nombre de droits qui
seront habituellement défendus par le conjoint ou les enfants. Les
patients atteints par une DFT relèvent d'une prise en charge à
100 % par la caisse de Sécurité sociale au titre des
affections de longue durée, au chapitre de troubles de
personnalité. Une demande de carte d'invalidité peut être faite,
elle sera attribuée si la Cotorep évalue le taux d'incapacité du
malade à plus de 80 %. Le patient relevant d'une mise en
maladie de longue durée, bénéficie d'indemnités journalières. Au
bout de 3 ans, une mise en invalidité est envisageable. Si la
3e catégorie est rejetée, on peut demander l'allocation
compensatrice pour tierce personne attribuée lorsque le taux
d'incapacité atteint au moins 80 %. Pour les malades jeunes
(de moins de 60 ans) titulaires d'une pension d'invalidité,
une demande de majoration tierce personne peut être faite à
condition d'être dans l'impossibilité d'exercer une profession et
d'être dans l'obligation d'avoir besoin de l'assistance d'une
tierce personne pour effectuer les actes ordinaires de la vie.
L'allocation adulte handicapée peut aussi être envisagée en
fonction des antécédents d'activités professionnelles et des
revenus. Compte tenu du jeune âge des patients, il n'est pas
fréquent que l'allocation personnalisée à l'autonomie soit
envisageable. Certains sites internet apportent régulièrement des
informations aux proches [32].
Si l'entourage souffre du non respect des règles sociales, de
l'apathie, de la boulimie, des moments d'alcoolisation, de
l'impatience, de l'irritabilité pouvant aller jusqu'à des
comportements agressifs, les modifications les plus difficiles à
vivre pour le conjoint sont les changements émotionnels, avec un
ressenti d'indifférence affective. Plusieurs éléments contribuent à
ce ressenti : l'amimie, la réduction de l'expression
émotionnelle, la réduction de la reconnaissance des émotions et du
langage spontané, la perte des convenances, les troubles des
conduites sexuelles. Le conjoint face à cela est souvent en grande
souffrance morale. Un soutien psychologique est alors nécessaire.
Il sera d'autant plus efficace qu'il sera réalisé par un thérapeute
connaissant les DFT. Les enfants auront aussi parfois besoin d'un
soutien, mais l'acceptation de ce soutien par eux est souvent
difficile.
|
Points clés
• Les recherches thérapeutiques demeurent peu développées
dans les DFT du fait de la relative rareté de la maladie, de
l'absence de lésions histopathologiques caractéristiques dans la
plupart des cas, de la prédominance des troubles du comportement et
de l'absence d'éléments d'évaluation fiables.
• Des résultats encourageants ont néanmoins été obtenus sur
les troubles du comportement avec les inhibiteurs de la recapture
de la sérotonine, tout particulièrement la trazodone.
• En revanche, aucune amélioration n'a pu être mise en
évidence pour les troubles cognitifs.
• L'information et la prise en charge des aidants sont des
éléments essentiels du fait du jeune âge des sujets, souvent encore
en activité, et des troubles du comportement qui posent des
problèmes importants au plan familial, social et parfois
médico-légal.
|
Conclusion
La mise en évidence des distinctions entre DFT et MA a permis
d'individualiser une prise en charge spécifique. Les troubles du
comportement, symptômes majeurs de ce type de démence, paraissent
accessibles à la pharmacologie et il serait souhaitable de
développer plus d'essais en double aveugle avec de plus grandes
populations, certaines molécules n'ayant été testées que sur
quelques patients. En revanche, les déficits cognitifs et
l'évolution de la maladie nécessitent, d'une part, d'individualiser
des cibles rapidement sensibles à l'évolution de la maladie afin
d'avoir des outils de mesure pour les essais et, d'autre part, de
réfléchir à des pistes pharmacologiques. Il est dommage pour la
prise en charge des patients ayant une DFT que les psychiatres
aient désinvesti le champ des démences car elle a des points
communs avec celles proposées lors de maladies psychiatriques
lourdes comme la schizophrénie, tout en devant prendre en compte
l'originalité de cette maladie lésionnelle qui remet en cause
certains principes éthiques et qui démontre l'insuffisance
juridique face à cette démence.
Remerciements. Travail réalisé dans le cadre de
l'équipe d'accueil 2691 du ministère de l'Éducation nationale de la
Recherche et de la Technologie (MNERT). Remerciements aux
professeurs Florence Pasquier et André Delacourte pour leurs
remarques.
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Référence |
Molécule
|
Type d'essais (nombre de patients)
|