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Les fonctions exécutives


Neurologie.com. Volume 2, Numéro 7, 183-4, septembre 2010, Lexique

DOI : 10.1684/nro.2010.0222


Auteur(s) : Christina Rogan, Consultation Mémoire, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris.

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Auteur(s) : Christina Rogan

Consultation Mémoire, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris

Les « fonctions exécutives », impliquées dans de nombreux aspects de la cognition, recouvrent l’ensemble des fonctions nécessaires au contrôle et à la réalisation de tâches complexes nouvelles et non automatiques. Elles rassemblent les opérations qui permettent la mise en œuvre et le contrôle de l’action. Cette terminologie regroupe les processus proposés par Luria [1] et a été traduite par « fonctions exécutives ». Ces fonctions orchestrent l’ensemble des opérations cognitives (le langage, le calcul, la mémoire, etc.) afin qu’il y ait une mise en adéquation de l’objectif avec le plan d’action concret ; fonction d’intégration qu’assure le cortex préfrontal [2].

Les fonctions exécutives sont très souvent affectées dans les pathologies cérébrales et ces perturbations s’observent dans des pathologies diverses focales ou diffuses (pathologies vasculaires cérébrales, neurodégénératives, inflammatoires, etc.) en lien avec les réseaux neuronaux frontaux et le cortex sensoriel associatif ainsi que les structures cérébrales sous-corticales (striatum) dont dépend l’intégrité des fonctions exécutives (figure 1).

La perturbation des fonctions exécutives peut s’exprimer à travers des manifestations comportementales ou socio-émotionnelles (telles que défaut d’initiative, indifférence, difficultés d’empathie, d’adaptation à l’autre et à l’environnement avec desinhibition, voire perte des convenances sociales, perte plus ou moins importante de la conscience de ses troubles et de l’impact de la maladie sur soi et sur l’entourage) entravant l’adaptation sociale et professionnelle, et des manifestations cognitives (par exemple difficultés d’attention ou difficultés pour se concentrer qui donnent lieu à une distractibilité, ralentissement de la pensée, difficultés de mémoire portant sur la récupération et l’organisation des souvenirs, difficultés de raisonnement, capacités d’abstraction limitées).

Il paraît donc nécessaire de distinguer le syndrome dysexécutif comportemental du syndrome dysexécutif cognitif d’autant qu’ils peuvent apparaître indépendamment l’un de l’autre.

Les tâches qui impliquent les fonctions exécutives et qui concourent au contrôle cognitif et comportemental sont des tâches nouvelles, les processus d’encodage et de récupération en mémoire épisodique, l’élaboration de nouveaux comportements adaptés continuellement à son environnement, l’inhibition de réponses inappropriées, le traitement de doubles tâches, la détection et la correction des erreurs dans l’exécution de plans nouveaux, les capacités d’attention soutenue.

Les principaux processus « exécutifs » concernant la sphère cognitive sont :

  •  la flexibilité mentale se définissant comme la capacité d’adaptation aux contingences de l’environnement, la capacité à déplacer son attention d’un stimulus à un autre (flexibilité réactive), mais aussi la capacité d’autogénération, de production d’un flux d’idées ou de réponses suite à une question simple (flexibilité spontanée) ;
  •  l’élaboration de concepts ou le raisonnement abstrait se définissant comme la capacité d’aller au-delà des éléments immédiatement perceptibles afin d’extraire des informations susceptibles d’être conceptualisées ;
  •  la mémoire de travail correspondant à l’aptitude à manipuler une information stockée temporairement en mémoire et la mise à jour des informations dans ce système de travail ;
  •  la planification ou organisation des actions à effectuer par rapport à l’élaboration et le maintien d’un but ;
  •  l’inhibition de réponses inappropriées, d’interférences, de réponses automatiques non pertinentes pour la tâche en cours.

Parmi les aspects socio-émotionnels, on peut citer :

  •  la capacité de reconnaissance des émotions faciales telles que la joie, la tristesse, la colère, le dégoût, la peur, la surprise ou l’expression neutre ;
  •  la capacité d’empathie ou la capacité à inférer ce qu’autrui se représente (théorie de l’esprit).

Parmi les épreuves cognitives spécifiques qui doivent être utilisées pour rendre compte d’un dysfonctionnement, cognitif et comportemental, on peut citer :

  •  le Modified Card Sorting Test (MCST) et le subtest « Similitudes » de la WAIS-III concernant les capacités d’élaboration de concepts ;
  •  les tâches de fluence catégorielle et littérale pour les capacités de flexibilité spontanée ;
  •  le TMT et le MCST pour les capacités de flexibilité réactive ;
  •  le subtest « Mémoire des chiffres », ordre inverse pour les capacités de mémoire de travail ;
  •  le test de la Tour de Londres pour les capacités de planification ;
  •  le test de Stroop et les tests fondés sur le principe « go-no-go » (initiation et inhibition d’un comportement moteur) pour les capacités de contrôle inhibiteur ;
  •  le test de reconnaissance des expressions émotionnelles (Ekman et Friesen, 1975) [3] ;
  •  le test des faux pas ou reconnaissance des gaffes pour la théorie de l’esprit [4].

Cependant, ces épreuves cognitives font intervenir divers processus exécutifs et sont rarement unifactorielles. Elles peuvent aussi être réussies sans pour autant exclure une atteinte des lobes frontaux. C’est le cas des formes comportementales ou orbito-frontales qui n’entraînent pas systématiquement une perturbation cognitive. L’atteinte comportementale peut être isolée (indétectable aux tests cognitifs) ou associée à une atteinte cognitive. Dans le cadre de l’atteinte socio-émotionnelle isolée le jugement du caractère pathologique peut reposer, parfois, sur la seule appréciation de l’entourage.

Dans certains cas, il peut y avoir une faible corrélation entre les résultats obtenus dans certaines épreuves des fonctions exécutives et les perturbations dans la vie quotidienne.

De ce fait, l’évaluation des fonctions exécutives ne doit pas se limiter à la sphère cognitive. Certaines perturbations comportementales sont particulièrement discrètes et sont difficilement quantifiables pour autrui en dehors de la sphère privée (familiale, sociale).

À ce jour, le GREFEX (Groupe de réflexion pour l’évaluation des fonctions exécutives) [5] a proposé des critères diagnostiques se fondant sur la nécessité de distinguer le syndrome dysexécutif cognitif du syndrome dysexécutif comportemental.

Les modifications du caractère ou de la personnalité (atteinte socio-émotionnelle) sont difficiles à identifier mais doivent faire l’objet d’une recherche systématique et complémentaire à celle du fonctionnement exécutif cognitif.

Conflit d’intérêts

Aucun.

Références

1 Luria AR. Higher cortical functions in man. New York: Basic Books Inc Publishers, 1966.

2 Levy R, Volle E. Le cortex préfrontal: compositeur et chef d’orchestre des comportements volontaires. Rev Neurol 2009 : F159-F177.

3 Ekman P, Friesen WV. Unmasking the face. À guide to recognizing emotions from facial clues. Englewood Cliffs, New Jersey: Prentice-Hall, 1975.

4 Stone VE, Baron-Cohen S, Knight RT. Frontal lobe contributions to theory of mind. J Cogn Neurosci 1998 ; 10 : 640-56.

5 Roussel M, Godefroy O. La batterie GREFFEX : données normatives. In : Godefroy O, GREFEX (éds). Fonctions exécutives et pathologies neurologiques et psychiatriques. Marseille : Solal, 2008 : 231-52.


 

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