ARTICLE
Auteur(s) : Christina Rogan
Consultation Mémoire, Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris
Les « fonctions exécutives », impliquées dans de
nombreux aspects de la cognition, recouvrent l’ensemble des
fonctions nécessaires au contrôle et à la réalisation de tâches
complexes nouvelles et non automatiques. Elles rassemblent les
opérations qui permettent la mise en œuvre et le contrôle de
l’action. Cette terminologie regroupe les processus proposés par
Luria [1] et a été traduite par « fonctions exécutives ».
Ces fonctions orchestrent l’ensemble des opérations cognitives (le
langage, le calcul, la mémoire, etc.) afin qu’il y ait une mise en
adéquation de l’objectif avec le plan d’action concret ;
fonction d’intégration qu’assure le cortex préfrontal [2].
Les fonctions exécutives sont très souvent affectées dans les
pathologies cérébrales et ces perturbations s’observent dans des
pathologies diverses focales ou diffuses (pathologies vasculaires
cérébrales, neurodégénératives, inflammatoires, etc.) en lien avec
les réseaux neuronaux frontaux et le cortex sensoriel associatif
ainsi que les structures cérébrales sous-corticales (striatum) dont
dépend l’intégrité des fonctions exécutives (figure 1).
La perturbation des fonctions exécutives peut s’exprimer à
travers des manifestations comportementales ou socio-émotionnelles
(telles que défaut d’initiative, indifférence, difficultés
d’empathie, d’adaptation à l’autre et à l’environnement avec
desinhibition, voire perte des convenances sociales, perte plus ou
moins importante de la conscience de ses troubles et de l’impact de
la maladie sur soi et sur l’entourage) entravant l’adaptation
sociale et professionnelle, et des manifestations cognitives (par
exemple difficultés d’attention ou difficultés pour se concentrer
qui donnent lieu à une distractibilité, ralentissement de la
pensée, difficultés de mémoire portant sur la récupération et
l’organisation des souvenirs, difficultés de raisonnement,
capacités d’abstraction limitées).
Il paraît donc nécessaire de distinguer le syndrome dysexécutif
comportemental du syndrome dysexécutif cognitif d’autant qu’ils
peuvent apparaître indépendamment l’un de l’autre.
Les tâches qui impliquent les fonctions exécutives et qui
concourent au contrôle cognitif et comportemental sont des tâches
nouvelles, les processus d’encodage et de récupération en mémoire
épisodique, l’élaboration de nouveaux comportements adaptés
continuellement à son environnement, l’inhibition de réponses
inappropriées, le traitement de doubles tâches, la détection et la
correction des erreurs dans l’exécution de plans nouveaux, les
capacités d’attention soutenue.
Les principaux processus « exécutifs » concernant la
sphère cognitive sont :
- la flexibilité mentale se définissant comme la
capacité d’adaptation aux contingences de l’environnement, la
capacité à déplacer son attention d’un stimulus à un autre
(flexibilité réactive), mais aussi la capacité d’autogénération, de
production d’un flux d’idées ou de réponses suite à une question
simple (flexibilité spontanée) ;
- l’élaboration de concepts ou le raisonnement abstrait se
définissant comme la capacité d’aller au-delà des éléments
immédiatement perceptibles afin d’extraire des informations
susceptibles d’être conceptualisées ;
- la mémoire de travail correspondant à l’aptitude à
manipuler une information stockée temporairement en mémoire et la
mise à jour des informations dans ce système de travail ;
- la planification ou organisation des actions à effectuer
par rapport à l’élaboration et le maintien d’un but ;
- l’inhibition de réponses inappropriées, d’interférences,
de réponses automatiques non pertinentes pour la tâche en
cours.
Parmi les aspects socio-émotionnels, on peut citer :
- la capacité de reconnaissance des émotions faciales
telles que la joie, la tristesse, la colère, le dégoût, la peur, la
surprise ou l’expression neutre ;
- la capacité d’empathie ou la capacité à inférer ce
qu’autrui se représente (théorie de l’esprit).
Parmi les épreuves cognitives spécifiques qui doivent être
utilisées pour rendre compte d’un dysfonctionnement, cognitif et
comportemental, on peut citer :
- le Modified Card Sorting Test (MCST) et le subtest
« Similitudes » de la WAIS-III concernant les capacités
d’élaboration de concepts ;
- les tâches de fluence catégorielle et littérale pour les
capacités de flexibilité spontanée ;
- le TMT et le MCST pour les capacités de flexibilité
réactive ;
- le subtest « Mémoire des chiffres », ordre
inverse pour les capacités de mémoire de travail ;
- le test de la Tour de Londres pour les capacités de
planification ;
- le test de Stroop et les tests fondés sur le principe
« go-no-go » (initiation et inhibition d’un
comportement moteur) pour les capacités de contrôle
inhibiteur ;
- le test de reconnaissance des expressions émotionnelles
(Ekman et Friesen, 1975) [3] ;
- le test des faux pas ou reconnaissance des gaffes pour la
théorie de l’esprit [4].
Cependant, ces épreuves cognitives font intervenir divers
processus exécutifs et sont rarement unifactorielles. Elles peuvent
aussi être réussies sans pour autant exclure une atteinte des lobes
frontaux. C’est le cas des formes comportementales ou
orbito-frontales qui n’entraînent pas systématiquement une
perturbation cognitive. L’atteinte comportementale peut être isolée
(indétectable aux tests cognitifs) ou associée à une atteinte
cognitive. Dans le cadre de l’atteinte socio-émotionnelle isolée le
jugement du caractère pathologique peut reposer, parfois, sur la
seule appréciation de l’entourage.
Dans certains cas, il peut y avoir une faible corrélation entre
les résultats obtenus dans certaines épreuves des fonctions
exécutives et les perturbations dans la vie quotidienne.
De ce fait, l’évaluation des fonctions exécutives ne doit pas se
limiter à la sphère cognitive. Certaines perturbations
comportementales sont particulièrement discrètes et sont
difficilement quantifiables pour autrui en dehors de la sphère
privée (familiale, sociale).
À ce jour, le GREFEX (Groupe de réflexion pour l’évaluation des
fonctions exécutives) [5] a proposé des critères diagnostiques se
fondant sur la nécessité de distinguer le syndrome dysexécutif
cognitif du syndrome dysexécutif comportemental.
Les modifications du caractère ou de la personnalité (atteinte
socio-émotionnelle) sont difficiles à identifier mais doivent faire
l’objet d’une recherche systématique et complémentaire à celle du
fonctionnement exécutif cognitif.
Conflit d’intérêts
Aucun.
Références
1 Luria AR. Higher cortical functions in man. New York:
Basic Books Inc Publishers, 1966.
2 Levy R, Volle E. Le cortex préfrontal: compositeur et chef
d’orchestre des comportements volontaires. Rev Neurol
2009 : F159-F177.
3 Ekman P, Friesen WV. Unmasking the face. À guide to
recognizing emotions from facial clues. Englewood Cliffs, New
Jersey: Prentice-Hall, 1975.
4 Stone VE, Baron-Cohen S, Knight RT. Frontal lobe contributions
to theory of mind. J Cogn Neurosci 1998 ; 10 : 640-56.
5 Roussel M, Godefroy O. La batterie GREFFEX : données
normatives. In : Godefroy O, GREFEX (éds). Fonctions
exécutives et pathologies neurologiques et psychiatriques.
Marseille : Solal, 2008 : 231-52.
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