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Prévenir les douleurs provoquées chez l’enfant


Médecine thérapeutique / Pédiatrie. Volume 12, Numéro 5, 292-302, septembre-octobre 2009, Dossier

DOI : 10.1684/mtp.2009.0266

Résumé  

Auteur(s) : Pascale Thibault , Cadre supérieur de santé, formateur-consultant Amae-Santé.

Résumé : Malade ou non, l’enfant subit dès sa naissance des soins pourvoyeurs de douleurs et de stress. Si pendant longtemps cet état de fait a paru normal et inévitable, depuis le second plan de lutte contre la douleur une prise de conscience a progressivement vu le jour chez les personnels de soins. Les moyens d’empêcher ces situations douloureuses existent, ils sont encore sous-employés et tous les soins n’ont pas fait l’objet d’études permettant de préconiser des recommandations de bonnes pratiques.

Mots-clés : douleur provoquée, prévention, médicamenteux, non médicamenteux, éthique

ARTICLE

Auteur(s) : Pascale Thibault

Cadre supérieur de santé, formateur-consultant Amae-Santé

La nécessité de soulager les douleurs des enfants malades ne fait plus de doute pour la plupart des personnels de soin, médicaux et non médicaux.

Toutefois, il demeure un domaine pour lequel les connaissances ne font pas encore consensus, c’est celui des douleurs provoquées par les soins. En effet, il a longtemps été admis qu’un soin comme le prélèvement sanguin ou la vaccination n’étaient « qu’une petite piqûre ».

Ainsi, dans ses recommandations de bonnes pratiques concernant la prise en charge des douleurs de l’enfant [1], l’Afssaps considère que « malgré les différentes recommandations existantes (AAP, ANAES, SOR) on estime que seulement 10 % des 18 millions de ponctions veineuses réalisées chaque année dans le monde sont faites avec des moyens de prévention de la douleur ».

En France, réfléchir et travailler en équipe aux moyens de prévention des douleurs provoquées par les soins est une notion récente, apparue officiellement dans le deuxième plan de lutte contre la douleur 2002/2005 [2], renforcée dans le plan 2006/2010 [3] particulièrement pour les populations fragiles dont font partie les enfants et les adolescents.

Situer historiquement la place de la douleur provoquée par les soins en pédiatrie

La prévention de la douleur provoquée par les soins en pédiatrie prend racine dans le long processus d’humanisation des services hospitaliers pédiatriques qui a débuté après la seconde guerre mondiale.

Très progressivement, les travaux des psychanalystes et l’entrée des psychologues dans les services hospitaliers ont permis aux personnels de soins médicaux, mais surtout paramédicaux, d’identifier la souffrance de ces enfants confrontés à la maladie, aux soins, mais aussi à la séparation d’avec leurs parents.

Cette démarche a été jalonnée en France par plusieurs étapes : la circulaire de 1983 relative à l’amélioration des conditions d’hospitalisation des enfants [4] et la Charte européenne de l’enfant hospitalisé [5] en sont des exemples concrets.

La prévention de la douleur provoquée par les soins constitue un des éléments de l’amélioration de ces conditions de soins. Mais ce domaine est loin d’être totalement maîtrisé et connu de l’ensemble des soignants évoluant auprès d’enfants malades.

En effet si pour certains soins la notion de douleur paraît évidente (piqûre, sondage, drainage…), pour d’autres, les soignants ont parfois du mal à imaginer ce qu’un soin – comme la toilette par exemple – représente pour l’enfant lorsqu’elle est réalisée dans un contexte hospitalier, par des personnels en blouse blanche. En fait, nombre de soins n’ont pas à ce jour fait l’objet d’une analyse qui en identifie le retentissement sur le vécu des enfants d’une part, et détermine les recommandations permettant de prévenir les douleurs qu’ils génèrent d’autre part. Ainsi les soins répétés d’un kinésithérapeute, un acte de radiologie ponctuel ou un soin de bouche peuvent-ils devenir sources de douleur, alors même qu’ils sont absolument nécessaires à l’amélioration de l’état de santé des jeunes malades.

Il existe actuellement peu d’études concernant les douleurs provoquées par les soins chez les moins de 18 ans. Dans une revue de la littérature publiée en 2008 [6], A. Coutaux et E. Collin datent des années 1990 les premières publications concernant les douleurs provoquées par les soins. On peut noter que ces premières publications concernent toutes des secteurs d’enfants.

La période néonatale, ainsi que certains domaines d’exercice comme la réanimation ou la cancérologie pédiatrique, lieux de nombreux soins techniques, ont plus particulièrement intéressé les chercheurs.

Les réponses ont d’abord été presque exclusivement médicamenteuses. Elles sont désormais beaucoup plus diversifiées et intègrent des moyens connus avant l’utilisation de médicaments comme la distraction, le jeu et l’hypnose, réintégrant ainsi la qualité de la relation.

En effet, si la crème Emla® ou le MEOPA (mélange équimolaire d’oxygène et de protoxyde d’azote) ont permis d’améliorer considérablement la réalisation de nombreux soins et ont pu donner l’impression d’avoir enfin une solution à la problématique de la réalisation de soins douloureux, agressifs ou invasifs, les limites d’une réponse fondée uniquement sur l’administration d’un médicament sont rapidement apparues. Un certain militantisme, la certitude que les médicaments pouvaient tout régler ont parfois créé des résistances liées à la culpabilisation des personnels soignants, alors qu’un accompagnement dans l’apprentissage d’un comportement adapté est une condition indispensable à la réalisation des soins à l’enfant comme à l’adolescent. Ce comportement est basé sur une bonne connaissance de la relation à établir avec l’enfant en fonction de son âge.

L’association des moyens de prévention médicamenteux et non médicamenteux est reconnue actuellement comme la solution adaptée dans la majorité des situations.

Épidémiologie de la douleur provoquée par les soins chez l’enfant

Les enquêtes épidémiologiques relatives aux douleurs provoquées par les soins chez l’enfant sont assez rares, en particulier en dehors du contexte hospitalier.

L’enquête menée pour les États généraux de la douleur en 2005 [7]

En 2005, dans une enquête téléphonique réalisée auprès de 1 007 personnes de 18 ans et + dans le cadre des États généraux de la Douleur, la douleur provoquée par les soins était la deuxième cause de douleur et représentait 29 % des causes de douleur pour les personnes interrogées. Ces douleurs provoquées se répartissent de la façon suivante :
  • 15 % de ces douleurs étaient liées à une intervention chirurgicale ;
  • 14 % de ces douleurs étaient induites par les soignants : médecins, kinésithérapeutes, infirmiers, dentistes.

Dans cette enquête, chez les enfants, ce sont les douleurs provoquées par une « piqûre » qui sont les plus fréquentes.

EPIPPAIN (Epidemiology of Procedural Pain in Neonates)

Dans l’étude EPIPPAIN [8] menée de septembre 2005 à janvier 2006 dans 13 centres de réanimation néonatale de niveau III d’Ile-de-France, des données concernant l’ensemble des procédures douloureuses et stressantes et des traitements analgésiques correspondant ont été collectées prospectivement pendant les 14 premiers jours suivant l’admission des nouveau-nés. 430 enfants ont été inclus ; ils ont subi 60 969 gestes en première tentative, dont 42 413 (69,6 %) étaient douloureux et 18 556 (30,4 %) stressants. 11 546 autres tentatives ont été effectuées lors des gestes dont 10 366 (89,8 %) pour des gestes douloureux et 1 180 (10,2 %) pour des gestes stressants. Sur les 42 413 gestes douloureux, 2,1 % ont été accompagnés d’un traitement pharmacologique seul, 18,2 % uniquement de moyens non pharmacologiques, 20,8 % d’un traitement pharmacologique, non pharmacologique ou des deux.

Sur le total des gestes douloureux, 79,2 % ont été réalisés sans analgésie spécifique pour le geste, et 34,2 % ont été effectués alors que le nouveau-né recevait simultanément une analgésie et/ou sédation en intraveineux continue pour d’autres raisons.

Cette étude a également permis de proposer pour la première fois une classification des gestes douloureux et stressants en secteur hospitalier néonatal :

  • piqûres avec accès vasculaire : ponctions veineuses, artérielles, pose de voies veineuses périphériques ;
  • ponctions au talon, au doigt ;
  • piqûres sans accès vasculaire : ponction lombaire, injections sous-cutanées, intramusculaire ;
  • intubation trachéale ;
  • pose de drain thoracique et actes de chirurgie mineure : soins de plaies, retraits d’adhésifs (électrodes, pansements, etc.), ablation de sutures ;
  • actes avec intrusion d’une sonde dans les orifices naturels : aspiration trachéale, aspiration nasopharyngée, pose de sonde gastrique ;
  • soins d’hygiène à la personne : toilette, change, soins de nursing ;
  • actes de kinésithérapie : kinésithérapie respiratoire, motrice ;
  • actes de radiologie.

Une revue de la littérature relative aux douleurs provoquées par les soins

Dans une revue de la littérature réalisée en 2008 [6], A. Coutaux et E. Collin considèrent que « chez l’enfant, les publications sont plus nombreuses, et la fréquence ainsi que la nature de la douleur induite par les soins ont été, depuis longtemps, mises en évidence quels que soient l’âge et la situation clinique ».

La première étude date de 1987. La plupart des travaux concernent la période néonatale. Pour les autres, ce sont les soins des enfants hospitalisés en cancérologie qui ont fait l’objet de l’attention des chercheurs.

Définition de la douleur provoquée

La douleur provoquée par les soins est le plus souvent une douleur aiguë, par excès de nociception, liée à une cause extérieure à la pathologie dont souffre le patient. En règle générale, la douleur est provoquée par les matériels utilisés : aiguille, sonde, adhésif, etc. Mais elle peut aussi être provoquée par les manipulations, les actes effectués par le médecin ou par un auxiliaire de soin (infirmier, kinésithérapeute, manipulateur en électroradiologie, aide-soignant, etc.) lors d’un examen, d’une toilette, d’une rééducation ou d’un banal transport sur un brancard.

Comme on peut le constater, tous les types de soins sont concernés : actes « invasifs » ou gestes techniques, actes de la vie quotidienne répondant aux besoins fondamentaux des jeunes patients, ou traitements plus occasionnels (intervention chirurgicale, acte exploratoire à visée diagnostique par exemple).

La survenue de cette douleur est en règle générale prévisible et peut être évitée ou au moins limitée par des moyens thérapeutiques médicamenteux et non médicamenteux et la mise en œuvre de mesures adaptées.

Description de la douleur

La douleur par excès de nociception

Lors des soins, les patients rencontrent en règle générale des douleurs par excès de nociception : le patient ressent une sensation douloureuse provoquée par une cause extérieure.

Cette sensation peut concerner différentes régions du corps : peau, muqueuses, veines, artères, les os, tissu sous-cutané, orifices (nez, bouche, méat urinaire, anus), organes creux (vessie, colon), etc.

Les sensations douloureuses sont variées et multiples : piqûre, brûlure, arrachement, serrement, picotement, démangeaisons, etc. Elles peuvent apparaître successivement au cours d’un même soin, mais aussi être présentes en même temps pendant l’acte.

La durée et l’intensité de cette(ces) douleur(s) sont variables en fonction du soin lui-même, mais aussi de l’enfant qui le subit. Certaines douleurs persistent après le soin.

Comme pour toute douleur, la sensation s’accompagne de phénomènes émotionnels : appréhension, peur, anxiété, voire angoisse. Ces émotions peuvent précéder l’apparition de la douleur, en particulier chez les enfants ou adolescents subissant des soins répétés et très douloureux. Ces phénomènes peuvent les amener à une véritable phobie des soins.

Les douleurs neuropathiques

Pendant longtemps, il était admis que les soins provoquaient des douleurs par excès de nociception. Or les soignants ont rapidement été confrontés à l’existence de douleurs neuropathiques préexistantes lors de soins simples comme la toilette ou les mobilisations. Pour ces patients, il est important que les soignants aient connaissance de l’existence de ces douleurs et des moyens d’en éviter la survenue, en adaptant en particulier leur contact physique lors des soins.

Les facteurs d’influence

Toutes ces douleurs sont influencées par de nombreux facteurs liés à l’enfant lui-même : âge, niveau de compréhension, capacité à faire face à la douleur, présence de ses parents. La douleur est également liée à la maladie, sa durée, la répétitivité des gestes – contrairement aux croyances, on ne s’habitue pas à la douleur –, à l’état de fatigue de l’enfant ou l’adolescent, ainsi qu’à sa capacité à comprendre l’intérêt du geste.

D’autres facteurs d’influence sont liés au soin lui-même et à l’environnement dans lequel il est réalisé : adapté ou non à l’accueil d’enfants ou d’adolescents, calme ou lieu de passage, etc.

Enfin, des facteurs d’influence dépendent du soignant. On peut citer : sa dextérité et sa maîtrise de la situation, sa capacité à être disponible à l’enfant et sa famille, sa capacité à mettre en œuvre les moyens de prévention de la douleur (distraction, hypnoanalgésie, ainsi que les moyens médicamenteux adaptés).

Pour mieux prévenir les douleurs provoquées par les soins, il est possible d’agir sur bon nombre de ces facteurs.

Les lieux de soins concernés

Si la douleur provoquée par les soins est très présente lors des hospitalisations en service de soins aigus, les jeunes patients la rencontrent quel que soit le contexte de leur prise en charge, et même en dehors de toute pathologie. Tous les secteurs de soins sont concernés : services de premiers secours et de transport, lieux de diagnostic (laboratoires, cabinets de radiologie), services de soins hospitaliers ou non (cabinets médicaux, dentaires, etc.), mais aussi services de protection maternelle et infantile, établissements médicaux-sociaux accueillant des enfants porteurs de handicaps, lieux de rééducation, et bien sûr domicile de l’enfant, où les soins sont assurés par l’infirmier libéral ou les professionnels du service d’hospitalisation à domicile.

Cette grande disparité de lieux de soins entraîne actuellement deux types de problèmes : une méconnaissance de la question dans certains d’entre eux ; une disparité des moyens antalgiques disponibles selon les secteurs.

Pourquoi prévenir les douleurs provoquées chez l’enfant

La mémoire de la douleur chez l’enfant

Les travaux réalisés dans les années 1980 chez les nouveau-nés ont mis en évidence que contrairement aux certitudes répandues jusqu’alors, les enfants, même très jeunes, gardent une mémoire de la douleur d’une première expérience douloureuse, même vécue très précocement après la naissance. Cette mémorisation provoque, lors des soins ultérieurs, des réactions différentes de celles des enfants n’ayant pas eu d’expérience douloureuse [9, 10].

C. von Baeyer décrit les différentes possibilités selon lesquelles l’enfant est susceptible d’évoluer face à la douleur : habituation ou accoutumance, sensibilisation, absence de changement ou absence de modèle ou de schéma. Il souligne que le risque qu’une réaction de sensibilisation ou d’une réaction phobique est probablement plus grande chez l’enfant plus jeune, pour lequel la douleur initiale est vécue comme plus sévère et est moins bien comprise par l’enfant [11]. Pour l’auteur, « la douleur rend plus vigilant à la douleur ».

Ces souvenirs douloureux peuvent provoquer de l’anxiété, une difficulté à faire face lors de soins ultérieurs, voire un évitement des soins à l’âge adulte.

L’absence ou l’insuffisance de capacité à se protéger

Les travaux [12] ont également mis en évidence que le fœtus possédait dès la 26e semaine de grossesse les structures neuroanatomiques fonctionnelles nécessaires à la détection et à la transmission de l’influx nociceptif de la périphérie du corps jusqu’au cortex, ce qui confirme qu’il ressent la sensation douloureuse. En revanche, les mécanismes inhibiteurs de la transmission des stimulations nociceptives sont immatures à la naissance, laissant à penser que le nouveau-né perçoit peut-être la douleur de façon plus intense que l’enfant plus grand.

Partant de ces connaissances, il est évident que plus l’enfant est jeune, moins il pourra se protéger des sensations douloureuses. Ces connaissances renforcent la nécessité d’éviter la douleur lors des soins réalisés dès les premières heures de vie du nouveau-né.

Le développement cognitif

L’enfant, en fonction de son âge, de son développement cognitif psychomoteur, mais aussi psychoaffectif a une compréhension et une perception des causes et conséquences de la douleur qui évoluent dans le temps. Il ne possède pas les moyens de comprendre la nécessité d’un soin, son retentissement pour sa santé à long terme.

Ces notions déjà difficiles à intégrer pour certains adultes lui sont, dans sa prime enfance, totalement étrangères.

C’est la raison pour laquelle, comme le souligne Chantal Wood [13] : « Les soignants doivent donc avoir une bonne connaissance des représentations des enfants et de leur développement afin d’adapter leurs discours, leurs explications et leurs comportements à chaque enfant lors des soins ou de la prise en charge de la maladie et de la douleur ».

Les moyens de prévention disponibles

Empêcher la douleur lors d’un soin quel qu’il soit relève d’un ensemble de conditions qui permettront, si elles sont réunies, d’en évaluer la qualité. Cet ensemble de conditions met le soignant dans une situation favorable pour que l’enfant ne ressente pas de douleur et développe une stratégie de « coping » positive pour les soins futurs. Il s’agit de choses simples, ne relevant ni d’une prescription médicale ni de moyens coûteux.

Les conditions générales de réalisation des soins

Limitation des gestes

Compte tenu du nombre de gestes douloureux ou potentiellement douloureux identifiés dans les quelques études épidémiologiques existantes, la première question que doit se poser un médecin ou un personnel de soin est la nécessité du geste, la rationalisation des actes effectués pour soigner l’enfant. Ainsi, dans le processus Nidcap©, une réflexion a permis de limiter les gestes à ceux strictement nécessaires au développement harmonieux de l’enfant. Cette réflexion conduit à une autre conception des soins beaucoup moins intrusive. Ainsi, à chaque fois que cela est possible, il faudra regrouper des prélèvements sanguins, en réfléchir la fréquence. Il en va de même des aspirations buccopharyngées, et de nombreux autres soins.

L’organisation des soins

Dans la mesure du possible, il est essentiel de réaliser des soins à un moment où l’enfant est éveillé. L’organisation [14] doit autant que possible respecter le rythme de l’enfant, mais aussi la présence de son parent ou d’une tierce personne susceptible de l’accompagner pendant le geste.

Une bonne organisation du soin permet au soignant d’être totalement disponible pour la relation à l’enfant au moment du soin. Ainsi, le soignant doit disposer de l’ensemble du matériel dont il a besoin, afin d’éviter des interruptions prolongeant la durée du soin et néfastes à une relation adaptée. Par ailleurs, une anticipation de la mise en œuvre des moyens de prévention de la douleur à distance du soin pour en respecter le délai d’efficacité (par exemple, la crème Emla®) sont indispensables.

L’environnement

Pour la réalisation des soins, il est souhaitable que l’environnement soit calme, isolé des autres enfants, adapté à l’accueil d’enfants (présence de jouets, d’affiches, de mobiles, etc.). Le lieu dans lequel le soin est réalisé doit permettre à l’enfant de s’installer avec son parent : ainsi des prélèvements sanguins, mais aussi de nombreux autres soins peuvent être réalisés sans que l’enfant soit allongé. Il peut être installé sur les genoux d’un de ses parents installé dans un fauteuil confortable. Si l’enfant est grand il peut s’y installer seul.

La diminution des stimuli (bruits, lumières, téléphone, dérangements) est également essentielle.

L’information

L’information donnée par le soignant à l’enfant et à ses parents est un moment primordial. C’est aussi un temps difficile du soin et il est souhaitable d’y réfléchir en équipe. En effet, l’information dépend de l’âge des patients accueillis, de leur capacité de compréhension, des soins dispensés le plus fréquemment, et des moyens antalgiques utilisés pour chaque soin.

Les mots choisis et le ton doivent être adaptés à l’âge de l’enfant et à son niveau de compréhension. L’information peut passer par le jeu, l’explication illustrée sur des poupées, des livres, une chanson, des livrets d’explication, des schémas, etc.

Quel que soit son âge, l’enfant doit être informé de ce qui va lui être fait, même s’il est très jeune ou ne semble pas en état de comprendre. L’information donnée uniquement aux parents n’est pas suffisante. Toute intervention d’une tierce personne sur son corps doit être verbalisée, expliquée à l’enfant. Ainsi, un kinésithérapeute qui réalise une séance de kinésithérapie respiratoire doit l’expliquer même à un nourrisson de quelques jours.

Le soignant prendra soin de s’assurer que l’enfant et ses parents ont correctement compris les informations fournies. Des représentations erronées sont parfois source d’inquiétude.

Le matériel

La question du matériel a fait l’objet de peu de travaux spécifiques. Pourtant, le matériel joue un rôle très important dans la bonne réalisation des soins : disposer d’un garrot autobloquant, d’aiguilles à ailettes, de petit calibre, de sondes, de poches de stomies adaptées à la taille de l’enfant, sont autant de moyens qui permettront au soignant de garantir l’adaptation du matériel pour une bonne qualité du soin.

La maîtrise du geste

Un geste sera d’autant moins douloureux que le soignant en a la maîtrise technique. Il est évident que celle-ci s’acquiert avec la réalisation des gestes. Il est important d’accompagner les futurs ou nouveaux soignants lors de la réalisation de gestes techniques. Ces actes nécessitent la transmission d’un savoir-faire afin que le « bon » geste puisse être intégré par les praticiens.

L’acquisition technique des soins concerne toutes les étapes. Ainsi pour éviter les douleurs liées à l’ablation des adhésifs faut-il d’abord en limiter l’utilisation [15], pour mieux réaliser un pansement, le soignant aura intérêt à s’asseoir [16], etc.

La place des parents

L’enfant a naturellement besoin de son parent lorsqu’il vit une expérience difficile. Même si un soin n’est pas « a priori » douloureux, il peut représenter pour l’enfant une source d’anxiété, de peur, voire d’angoisse. Lorsque l’enfant est malade, son parent éprouve naturellement le besoin de le protéger : il est son protecteur naturel. Il s’agit de la mise en œuvre du « caregiving system » [17]. Sa présence lorsque l’enfant traverse une épreuve, une situation inconnue est donc souhaitable, légitime. Séparer l’enfant de son parent sous prétexte que « ça se passe mieux quand les parents ne sont pas là » ne permet plus à la mère ou au père de jouer son rôle protecteur et empêche l’enfant d’exprimer ses émotions normalement. D’ailleurs, la plupart des parents disent souhaiter pouvoir aider rester lors des soins [18, 19].

Le travail du soignant dans ces situations consiste à leur permettre de trouver leur place et d’avoir un rôle actif dans l’accompagnement de l’enfant, en l’encourageant, le distrayant, le soutenant.

Si certains parents ne parviennent pas à jouer ce rôle, il n’est pas nécessaire de leur imposer d’être présents, mais de leur en laisser la possibilité, en maintenant la porte entrouverte, leur permettant ainsi d’entrer au cours du soin (ou à l’inverse de sortir pendant le soin s’ils ne parviennent pas à le supporter).

Quelle que soit la capacité du parent à être présent, il est essentiel de verbaliser à l’enfant ce qui se passe, et ce quel que soit son âge.

Le plus souvent, les soignants ne souhaitent pas que les parents soient présents lors des soins. En réalité, les études [20, 21] montrent que la présence du parent lors des soins ne modifie pas la capacité de réussite des soignants et n’entraîne pas plus de plaintes de la part des parents.

La contention

Lors d’un soin, un enfant peut avoir besoin d’être tenu par un adulte, soignant ou parent. Cette contention doit servir à éviter que l’enfant ait un mouvement de retrait qui mettrait en péril le geste réalisé par le soignant. Cette contention doit être souple et limitée (le bras, la jambe pour éviter un geste intempestif). En aucun cas cette contention ne doit entraver l’enfant, entraîner un état d’agitation. Si un enfant s’agite, crie, refuse le soin, il faut savoir arrêter l’acte, comprendre la réaction de l’enfant, prendre son temps et mettre en œuvre les moyens antalgiques et anxiolytiques permettant de réaliser le soin. En aucun cas plusieurs adultes ne doivent chercher à maîtriser un enfant pour lui imposer un soin.

L’évaluation de la douleur

Elle doit se faire avant, pendant et après le soin, avec des outils d’évaluation adaptés à l’âge de l’enfant, au type de douleur. On peut citer l’Échelle visuelle analogique (EVA) pour les plus grands (au-delà de 6 ans), l’échelle des visages, les jetons pour les enfants entre 4 et 7 ans. Pour les plus jeunes, des outils d’hétéroévaluation simples et rapides comme la DAN (douleur aiguë du nouveau-né) permettent d’avoir une cotation du niveau de douleur.

Cette évaluation, ainsi que les moyens antalgiques mis en œuvre pour la réalisation du soin, doivent faire l’objet d’une traçabilité, en particulier lorsque les soins sont répétés.

Enfin, si au décours du soin l’enfant se plaint, s’agite, qu’il s’agisse de douleur ou d’anxiété, il est nécessaire d’arrêter le soin, de réévaluer la situation et de corriger les mesures antalgiques et anxiolytiques mises en œuvre.

Les moyens médicamenteux

L’utilisation de moyens médicamenteux peut s’avérer nécessaire dans la réalisation des soins, même courants.

Les traitements vont dépendre de l’intensité de la douleur du soin, mais aussi de l’anxiété du patient, de son vécu antérieur lors du même soin ou d’un autre soin.

Peuvent être utilisés comme antalgiques spécifiques pour les gestes :

  • Les analgésiques locaux : la crème Emla® ou son générique (Anesderm Gé®) sont connus pour tous les gestes invasifs nécessitant une effraction cutanée. Le gel de xylocaïne, le spray ou la nébulisation au masque de xylocaïne sont recommandés par exemple immédiatement avant la pose d’une sonde naso-gastrique [1].
  • Le MEOPA : mélange équimolaire de protoxyde d’azote et d’oxygène. Ce gaz permet une analgésie de surface et une anxiolyse. Il est très efficace pour des soins entraînant des douleurs modérées. Il présente le double intérêt de présenter une rapidité d’action et une réversibilité rapide de ses effets. Il est facile d’utilisation, ne nécessite pas de mise à jeun, doit être mis en œuvre par un personnel spécifiquement formé, en particulier chez les jeunes enfants qui refusent parfois le masque. Il nécessite qu’on soit en relation avec l’enfant pour en mesurer l’efficacité et la survenue d’éventuels effets secondaires (somnolence, nausées, impression désagréable sont les plus fréquentes). Ce produit utilisé depuis plus de 15 ans a largement fait la preuve de son efficacité (10 à 30 % d’échecs ont été observés) dans de nombreuses situations de soin, et de son innocuité lorsque toutes les conditions d’une administration correcte sont réunies. Il est recommandé pour « tout acte comportant une effraction cutanée (en association avec une anesthésie locale), pose de perfusion, ponction veineuse, ponction lombaire, myélogramme, injection intra-articulaire ; sondage vésical ; soin dentaire ; pansement de brûlure peu étendue et peu profonde » [1]. Il peut également trouver sa place pour la pose de sonde gastrique. Il peut aussi être utilisé lors des endoscopies bronchique et digestive, des biopsies rénale, hépatique ou musculaire. Toutefois, il s’agit-là d’indications qui peuvent nécessiter d’autres moyens antalgiques.

Sa sortie de la réserve hospitalière devrait en développer l’utilisation en médecine de ville, en soins dentaires, à domicile et dans les établissements médico-sociaux.

  • la morphine : un bolus de morphine pour un geste douloureux invasif ou non (la toilette par exemple) peut être prescrit. Ceci est d’autant plus facile lorsque l’enfant bénéficie d’un traitement par pompe d’analgésie contrôlée ou PCA.
  • les anxiolytiques : les benzodiazépines, hydroxyzine (Atarax®).

En fonction de l’état d’anxiété du patient, de la présence ou non d’une phobie, un recours aux anxiolytiques peut être envisagé. Toutefois, dans les cas les plus habituels, la composante anxieuse de la douleur pourra largement être prévenue ou prise en charge par les techniques d’hypnose, de distraction ou de relaxation.

Quel que soit le ou les traitement(s) médicamenteux utilisé(s), il est important lors d’un soin que la douleur de fond soit soulagée. Dans le cas contraire, il est trop souvent constaté un échec du traitement mis en place pour le geste et la constitution d’une mémoire négative par la suite.

Des moyens médicamenteux plus importants peuvent être nécessaires en fonction du caractère particulièrement douloureux d’un soin (pansement, mobilisation d’un enfant polytraumatisé par exemple) ou en fonction de l’état d’anxiété, voire de phobie de certains enfants. La kétamine [1] permettant une sédation-analgésie plus puissante, voire une anesthésie générale, peut alors être indiquée. Elle est utilisée dans le cadre d’une hospitalisation.

Les moyens non médicamenteux

Moyens physiques et physiologiques

  • Solution sucrée et succion et allaitement maternel chez le nourrisson jusqu’à 4 mois. Les recommandations de bonnes pratiques préconisent la généralisation et l’intégration à la prescription quotidienne de l’utilisation des solutions sucrées associées à la succion dans les services de maternité comme de néonatologie. Ce moyen antalgique est efficace pour la douleur provoquée par des ponctions veineuses et capillaires. Un délai de 2 minutes entre le début de la succion sucrée et le geste douloureux doit être respecté afin d’obtenir une analgésie optimale. La durée de l’analgésie sucrée est de 5 à 7 minutes. Il est conseillé de maintenir une succion pendant toute la durée du geste douloureux. La solution sucrée peut être réadministrée en cas de besoin. Il n’y a pas d’épuisement avec le temps chez un même enfant.
  • Le massage de la zone qui va être piquée ou le massage d’une zone à distance lors de la réalisation d’un pansement s’avère efficace, car il met en œuvre la théorie du « gate control » d’une part, et une action distractive d’autre part. Enfin, il établit une relation de confiance entre l’enfant et l’adulte. Il est important d’obtenir l’adhésion de l’enfant pour réaliser ce geste. Une étude récente vient d’ailleurs de mettre en évidence l’efficacité du simple toucher sur la douleur [22].
  • Le froid : dans une étude publiée en 2006 [23], les auteurs ont évalué l’efficacité de la cryothérapie locale lors des injections intramusculaires chez des enfants de 5 à 12 ans capables de s’autoévaluer. Dans le groupe « cryothérapie », les enfants étaient informés qu’un glaçon de 2 à 3 cm serait placé sur le site d’injection, sur le muscle fessier, pendant 30 secondes avant l’injection. Les résultats mettent en évidence l’efficacité de cette méthode en comparaison du groupe témoin (respectivement 26,3 et 83,3) pour lesquels la réalisation de ce geste était classique.
  • Le chaud peut être utile pour dilater les veines par exemple, ce qui facilitera indirectement le prélèvement veineux ou la pose de perfusion par exemple [24], mais aussi pour décoller un adhésif en douceur.

Les méthodes cognitivo-comportementales

Plusieurs méthodes de distraction, de relaxation, d’information par le jeu ou de déconditionnement pour les enfants présentant des états phobiques des soins sont utilisables.

Ces méthodes utilisant des moyens ludiques doivent être différenciées des moyens de distraction ou d’hypno-analgésie utilisés au cours du soin. Leur utilisation avant le soin pour informer l’enfant ou après le soin pour le féliciter ou le récompenser sont intéressantes. Néanmoins, comme l’ont mis en évidence T. Moreaux et P. Thibault, leur efficacité lorsqu’elles sont utilisées seules n’est pas suffisante pour éviter la douleur au moment du soin [25].

Les méthodes psychocorporelles

Les méthodes psychocorporelles telles que l’hypnose et ses dérivées, sophrologie et distraction [26, 27] ainsi que les relaxations ont complètement leur place dans l’arsenal des moyens de prévention et d’accompagnement des enfants devant subir des soins douloureux ou stressants. Elles peuvent être utilisées seules ou en complément des moyens cités préalablement.

Ces méthodes se fondent sur les techniques d’hypnose qui permettent de distraire l’esprit de ce qui fait peur, fait mal, est anxiogène en le focalisant sur une occupation qui lui plaît.

Les techniques disponibles sont extrêmement nombreuses. Leur choix dépend de l’âge de l’enfant – les distractions pour les plus jeunes, l’hypno-analgésie et la relaxation pour les plus grands – mais aussi de ses goûts et de son canal de communication préférentiel.

L’avantage de ces techniques c’est que les enfants et adolescents y adhèrent rapidement et parviennent en quelques séances à se les approprier, ce qui favorise par là-même leur autonomie.

Comme pour les moyens médicamenteux, il est important que le soignant favorise la mise en œuvre de ces méthodes avant de démarrer le soin et qu’il s’assure de son efficacité tout au long du déroulement du soin. Les parents peuvent tout à fait contribuer à cette mise en place.

Ces méthodes font désormais partie intégrante des recommandations de bonnes pratiques [1, 28].

Mise en œuvre des moyens disponibles

Quelques précautions d’emploi permettent d’assurer une prévention très efficace de la douleur provoquée par les soins.

L’association des moyens disponibles [1, 28]

Il est souhaitable d’associer les moyens entre eux. Ces associations concernent les moyens médicamenteux et non médicamenteux. Cela a l’avantage de multiplier l’offre qui peut être proposée au patient et doit permettre de trouver pour chaque situation une association adaptée.

Le respect des délais d’efficacité des moyens mis en œuvre

Il est essentiel d’anticiper la mise en œuvre des moyens de prévention, qu’ils soient médicamenteux ou non médicamenteux, et d’en respecter le délai d’efficacité avant de débuter le soin et pendant toute sa durée.

Les difficultés à la mise en œuvre des moyens de prévention

Bien que tous ces moyens existent et soient recommandés, des difficultés demeurent pour les mettre en œuvre.

La disponibilité des moyens

Certains moyens comme le MEOPA ne sont pas encore disponibles dans tous les lieux de soins, ce qui ne permet pas un accès équitable de tous les enfants aux moyens de prévention existants.

Le manque de preuves pour certains moyens

Les moyens non pharmacologiques ont longtemps été considérés comme des « petits moyens » dont l’efficacité ne pouvait pas être prouvée en médecine. Désormais, grâce en particulier aux incitations des différents plans de lutte contre la douleur gouvernementaux, de plus en plus de techniques font l’objet de recherches au cours de différents soins, permettant ainsi d’identifier ce qui peut être mis en œuvre selon les contextes. Ces recherches doivent toutefois se poursuivre.

La complexité des situations

Malgré les connaissances, les moyens antalgiques disponibles, certaines situations rendent le travail des soignants difficile. Ainsi, il est nécessaire de parvenir à adapter son langage et son comportement à l’âge réel de l’enfant, mais aussi à tenir compte d’une éventuelle régression de l’enfant lorsqu’il est malade.

Pour bon nombre de soignants, en particulier les plus jeunes, il n’est pas aisé de travailler en présence des parents.

Lorsque l’enfant à peur, qu’il est paniqué, les moyens qui devraient être mis en œuvre peuvent paraître démesurés à certains professionnels.

Les différences de point de vue entre le personnel et les parents peuvent rendre le dialogue entre adultes difficile, lorsque les parents pensent que leur enfant doit être un petit dur ou que leur culture implique que le petit garçon doive être capable de supporter la douleur.

Enfin, l’évaluation de la douleur et de l’efficacité des mesures antalgiques est complexe, lorsque l’enfant présente des troubles cognitifs, psychiatriques ou un handicap.

La formation des professionnels

La formation des professionnels de santé est un point constant dans les plans de lutte contre la douleur. Dans le contexte de la douleur provoquée par les soins, cette formation reste insuffisante, en particulier en ce qui concerne les conséquences de la douleur, les moyens non pharmacologiques et l’ensemble des conditions de réalisation des soins. Concernant ces deux derniers points, les soignants ont souvent tendance à en minimiser les effets et à penser qu’ils ne nécessitent pas de formation spécifique.

Les résistances des professionnels

Nul ne supporte de voir un enfant souffrir. Pourtant même parmi les personnels de soins, les sensibilités et la capacité à être en empathie avec l’enfant sont variables d’un individu à un autre et la mise en œuvre des mesures préventives demeure encore difficile dans certains contextes de soins.

Les responsabilités des professionnels de santé

Rappel de la loi

Depuis mars 2002, dans le cadre de la loi relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé [29], il est inscrit dans le code de la santé publique que :

« En toutes circonstances, la douleur doit être prévenue, soulagée et traitée ».

Ceci signifie que toutes les personnes, quels que soient leur âge, leur condition, leur état (malade ou non) peuvent bénéficier des moyens de prévention, de soulagement et de traitement existants concernant leurs douleurs.

Compte tenu de l’avancée des connaissances, des recommandations récentes concernant l’enfant et de l’évolution des moyens thérapeutiques, tout enfant doit pouvoir désormais bénéficier de la mise en œuvre de l’ensemble des moyens disponibles en France.

La responsabilité professionnelle individuelle est engagée

Qu’il soit médecin, infirmier, puéricultrice, sage-femme, kinésithérapeute ou auxiliaire de puériculture, lorsqu’il exerce sa fonction, nul n’est censé ignorer la loi. Sa responsabilité civile, mais aussi pénale et administrative est en toute circonstance engagée. Il existe dorénavant une jurisprudence concernant la condamnation d’un établissement hospitalier pour insuffisance de mise en œuvre de moyens de soulagement d’un patient.

Compte tenu de l’évolution de la loi et des recommandations, il est utile de mesurer qu’une plainte concernant l’insuffisance de mise en œuvre des moyens de prévention de la douleur provoquée par les soins pourrait aboutir. Il existe dans ce domaine dorénavant la possibilité de plaider l’obligation de moyens à défaut de l’obligation de résultats.

La prévention de la douleur provoquée par les soins : une démarche collective, une démarche individuelle

La prévention et la prise en charge des douleurs provoquées par les soins chez le nouveau-né, l’enfant et l’adolescent nécessitent à la fois une réflexion collective au sein des équipes et un positionnement individuel de chaque soignant au moment de la réalisation des soins.

Collectivement, il est nécessaire de :

  • identifier les gestes douloureux réalisés dans le service, les outils d’évaluation disponibles et adaptés aux patients accueillis, les moyens antalgiques adaptés et disponibles pour les soins réalisés ;
  • réfléchir et déterminer la conception des soins dans le service ou l’unité de soin en fonction des obligations légales, des recommandations, mais aussi des positions éthiques déterminées collectivement ;
  • s’interroger sur les pratiques, la nécessité des gestes, leur répétitivité ;
  • former les personnels à l’identification, l’évaluation de la douleur provoquée, la connaissance et la mise en œuvre des moyens antalgiques médicamenteux et non médicamenteux, l’organisation du travail et de l’ensemble des moyens disponibles afin que cette prévention soit effective ;
  • créer des « arbres décisionnels » pour les soins réalisés dans l’unité, disponibles pour tous les soignants afin qu’ils puissent réaliser les soins en fonction des situations qu’ils rencontrent ;
  • choisir les matériels préconisés lorsqu’ils existent, impliquer les personnes qui réalisent les soins dans le choix de ces matériels (pour mobiliser les patients, pour les piquer, etc.). Ne pas se limiter à une logique comptable, interpeller les décideurs sur l’intérêt du patient ;
  • évaluer les pratiques par la réalisation d’évaluation des pratiques professionnelles, d’audits, d’enquêtes de satisfaction ;
  • réaliser des travaux de recherche sur l’efficacité des moyens de prévention de la douleur, le développement de moyens nouveaux, etc.

Individuellement, pour chaque soin, le soignant peut se servir de ce guide pour répertorier l’ensemble des mesures dont il dispose pour réaliser un soin exempt de douleur :

  • indication du geste ;
  • comportement du soignant ;
  • information du patient, de son entourage ;
  • évaluation de la douleur avant, pendant et après le soin ;
  • détermination des moyens antalgiques adaptés au geste ;
  • présence des parents, d’une tierce personne ;
  • organisation : anticipation, respect de l’efficacité des moyens antalgiques, travail en binôme ;
  • installation de l’enfant et de son entourage, du soignant, environnement ;
  • choix d’un matériel adapté ;
  • dextérité, maîtrise du geste ;
  • traçabilité de l’évaluation de la douleur et des moyens antalgiques mis en œuvre.

Conclusion

La douleur provoquée par les soins constitue chez les enfants une des principales peurs de l’hôpital. Cette part de douleur est inutile, pourvoyeuse d’anxiété et peut mener à une phobie des soins responsable d’un retard au diagnostic ou aux traitements, y compris à l’âge adulte. Il est encore très difficile d’évaluer la part que représentent ces douleurs provoquées par les soins dans le vécu douloureux des jeunes patients : 10, 20, 40, 50 % ou plus ? Ce qui est certain, c’est que ces douleurs, trop souvent encore négligées par les soignants, peuvent être très fortement atténuées, voire totalement supprimées. Les moyens d’y parvenir existent. Ils doivent encore être intégrés dans les recommandations d’évaluation de la qualité des soins. Pour un soignant, accepter l’idée que l’on peut prévenir les douleurs constitue un état d’esprit, une démarche préalable à toute réalisation d’un soin. Cette démarche permet de mettre en œuvre un ensemble de moyens qui, associés les uns aux autres, vont créer un environnement favorable à la réalisation des soins en toute sécurité pour l’enfant

En 2009, les enfants doivent pouvoir être soignés dans tous les secteurs de soins sans craindre les douleurs provoquées par les soins.

Références

1 Afssaps. Prise en charge médicamenteuse de la douleur aiguë et chronique chez l’enfant. Recommandations et argumentaires disponibles sur www.afssaps.fr/Infos-de-securite/Recommandations-de-bonne-pratique/15 Septembre 2009.

2 Plan de Lutte contre la Douleur 2001/2005.

3 Plan de Lutte contre la Douleur 2006/2010.

4 Circulaire n° 83-24 du 1er août 1983 relative à l’hospitalisation des enfants. Ministère des Affaires Sociales et de la Solidarité Nationale, Secrétariat d’Etat chargé de la Santé, Secrétariat d’Etat chargé de la Famille, de la Population et des Travailleurs Immigrés.

5 Charte européenne de l’enfant hospitalisé.

6 Coutaux A, Collin E. Douleurs induites par les soins : épidémiologie, retentissements, facteurs prédictifs. Douleur et Analgésie 2008 ; 21 : 126-38.

7 Livre blanc de la douleur. Synthèse des travaux réalisés par le Comité d’Organisation des Etats Généraux de la Douleur, 2005.

8 Carbajal R, Rousset A, Danan C, et al. Epidemiology and treatment of painful procedures in neonates in intensive care units. JAMA 2008 ; 300 : 60-70.

9 Taddio A, Katz J, Ilersich AL, Koren G. Effect of neonatal circumcision on pain response during subsequent routine vaccination. Lancet 1997 ; 349 : 599-603.

10 Weisman SJ, Bernstein B, Schechter NL. Consequences of inadequate analgesia during painful procedures in children. Arch Pediatr Adolesc Med 1998 ; 152 : 147-9.

11 von Baeyer CL, Marche TA, Rocha EM, Salmon K, Teisseyre L, Wood-Pillette C. Mémoire et douleur chez l’enfant : présentation par le Pr Carl von Baeyer au Congrès de la Société d’Étude et de Traitement de la Douleur (SETD) le 13 novembre 2003. Douleurs, n° spécial. Disponible sur le site du CNRD : www.cnrd.fr

12 Carbajal R. Généralités sur les moyens non médicamenteux pour le traitement de la douleur du nouveau-né. www.cnrd.fr, rubrique enfant, sous-rubrique nouveau-né. Mis en ligne en octobre 2004.

13 Wood C, Teisseyre L, Cunin-Roy C. Développement cognitif de l’enfant et douleur, approche de l’enfant malade et/ou douloureux selon son développement cognitif. www.cnrd.fr, rubrique enfant, sous rubrique généralités. Mis en ligne : juin 2004.

14 Binel G, Pillet F, André K. L’organisation des soins en néonatologie. Disponible sur le site du CNRD : www.cnrd.fr, rubrique enfant, sous rubrique nouveau-né, généralités, 2004.

15 Nanquette MC, Nolent P, Cimerman P. In : Retentissement de l’étude EPIPPAIN (douleur des gestes chez le nouveau-né) au sein d’une équipe de réanimation : « Étude des retraits d’adhésifs ». In : 14e journée de La douleur de l’enfant, quelles réponses. Paris : Unesco, 2007.

16 Liron A., « douleurs et plaies en chirurgie vasculaire chez l’adulte et la personne âgée » 2007 – disponible sur le site du CNRD : www.cnrd.fr, rubrique journées du CNRD, année 2007.

17 Guedeney A, Guedeney N. L’attachement, concepts et applications. Paris : Ed. Elsevier-Masson, Coll. Les âges de la vie, 2e édition, 2006 Paris.

18 Sparadrap. Parents d’enfants hospitalisés : visiteurs ou partenaires ? Colloque organisé par l’association Sparadrap, 5 octobre 2004.

19 Grosset R. La séparation est-elle obligatoire lors du test de Guthrie. Travail réalisé dans le cadre du mémoire pour l’obtention du diplôme de sage-femme – Université Paul Sabatier – Faculté de Médecine de Toulouse-Rangueil, 2007. Disponible sur le site du CNRD : www.cnrd.fr, rubrique travaux des étudiants, sous-rubrique enfant.

20 Carbajal R, Bonin L, Karam T, et al. Parents : être ou ne pas être présents lors des gestes douloureux aux urgences. Communication orale lors du XXXIIe Congrès de l’Association des Pédiates de Langue Française, Journée Nationale de l’Association des Pédiatres de Langue Française, Tours 5-8 mai 1999. Arch Pediatr 1999 ; 6 : 585s.

21 Sacchetti A, Paston C, Carraccio C. Family members do not disrupt care when present during invasives procedures. Acad Emerg Med 2005 ; 12 : 477-9.

22 Loken-Wessberg. Pouvoir d’une simple caresse sur le soulagement de la douleur d’un patient. Académie de Gothenburg, Avril 2009.

23 Hasanpour M, Tootoonchi M, Aein F, Kyadegarfar G. The effects of two non- pharmacologic pain management methods for intramuscular injection pain in children. Acute Pain 2006 ; 1 : 7-12.

24 Groupe Infirmier Pediadol. La douleur de l’enfant : Stratégies soignantes de prévention et de prise en charge. Décembre 2006.

25 Moreaux T, Thibault P. Place des méthodes psychocorporelles dans la prise en charge et la prévention des douleurs provoquées par les soins chez l’enfant, l’adulte et la personne âgée. Actes de la 2e journée du CNRD. Octobre 2007 – disponible sur le site www.cnrd.fr

26 Cohen-Salmon D. Utilisation des techniques de distraction et de jeu lors des douleurs provoquées par les soins chez l’enfant. www.cnrd.fr rubrique enfant, sous rubrique traitements non pharmacologiques, 2005.

27 Celestin I. Prise en charge non pharmacologique de la douleur provoquée par les soins. www.cnrd.fr, rubrique enfant, sous-rubrique moyens non pharmacologiques, 2004.

28 SOR. Douleurs provoquées lors des ponctions lombaires, osseuses et sanguines chez l’enfant. Standards, Options, Recommandations (SOR), 2005. www.sor-cancer.fr, rubrique soins de support.

29 Loi n° du 4 mars 2002 relative aux droits des patients et à la qualité du système de santé. www.sante.gouv.fr

Pour en savoir plus

30 Site Pediadol. www.pediadol.org.

31 Site du Centre National de Ressources de lutte contre la Douleur : www.cnrd.fr

32 Site de la Fédération Nationale des Centres de Lutte Contre le Cancer. www.fnclcc.fr.

33 Galland F, Carbajal R, Cohen-Salmon D. Soins douloureux en pédiatrie : avec ou sans les parents ? DVD Association Sparadrap, 2000.

34 Thibault-Wanquet Pascale. Les aidants naturels auprès de l’enfant à l’hôpital, la place des proches dans la relation de soin. Paris : Editions Elsevier-Masson, 2008.

35 Celestin L’hopiteau I, Thibault-Wanquet P. Guide des pratiques psychocorporelles, pour une relation d’aide et de soin – Paris - Elsevier-Masson 2006 ISBN 2-294-02053-7.

36 Groupe douleur du Centre de Soins Antoine de Saint Exupéry. « Le temps d’une toilette, prévention et prise en charge de la douleur lors de la toilette et des soins de manutention de l’enfant et du jeune polyhandicapé » – DVD – 2008 disponible au CNRD – Hôpital A. Trousseau, 26, avenue Arnold Netter – Paris (75012).


 

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