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Les chambres implantables


Médecine thérapeutique / Pédiatrie. Volume 11, Numéro 1, 74-8, janvier-février 2008, Dossier

DOI : 10.1684/mtp.2008.0155

Résumé  

Auteur(s) : Cécile Arnaud, Léna Coïc, Pierre Beriel, Emmanuella Leveille, Françoise Yim, Françoise Bernaudin , Centre de référence de la drépanocytose, Service de pédiatrie, Centre Hospitalier Intercommunal de Créteil (CHIC), 40 avenue de Verdun, 94010 Créteil cedex.

Résumé : Certaines formes sévères pédiatriques de drépanocytose nécessitent un programme transfusionnel au long cours. La chambre implantable (CIP) semble donc être une bonne alternative en cas de difficultés de voie d’abord. Même si les publications antérieures n’encouragent pas leur utilisation chez les patients drépanocytaires, l’expérience de notre équipe du Centre hospitalier Intercommunal de Créteil (CHIC) a prouvé que leur utilisation n’entraînait pas d’excès de complication infectieuse ou thrombotique tant que le taux d’hémoglobine S reste inférieur à 40 % et avec certaines précautions d’utilisation spécifiques à la drépanocytose. En plus de permettre un accès veineux facile, les chambres implantables assurent aux enfants un gain en qualité de vie en diminuant l’anxiété et la douleur provoquées par la recherche mensuelle d’une voie d’abord sans limiter pour autant leurs activités quotidiennes.

Mots-clés : drépanocytose, chambre implantable, programme transfusionnel

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Cécile Arnaud, Léna Coïc, Pierre Beriel, Emmanuella Leveille, Françoise Yim, Françoise Bernaudin

Centre de référence de la drépanocytose, Service de pédiatrie, Centre Hospitalier Intercommunal de Créteil (CHIC), 40 avenue de Verdun, 94010 Créteil cedex

Certaines formes sévères de drépanocytose nécessitent un programme transfusionnel au long cours. Elles peuvent être à l’origine d’un épuisement progressif des voies d’abord veineuses périphériques, entraînant douleur et longueur de soins, s’ajoutant au grand nombre d’hospitalisations depuis la petite enfance. À l’image de son utilisation déjà plus ancienne dans d’autres pathologies, la chambre implantable (figure 1) semble donc être une bonne alternative en cas de difficultés de voies d’abord, tant pour améliorer le confort du patient que pour faciliter le travail de l’équipe soignante.

Même si la littérature ne semble pas encourager l’utilisation de chambres implantables (CIP) chez les patients drépanocytaires, l’expérience de notre équipe du Centre hospitalier intercommunal de Créteil a montré que les chambres implantables pouvaient être utilisées sans un excès de complications infectieuses ou thrombotiques si l’on conserve un taux d’hémoglobine S inférieur à 40 %. En effet, 17 chambres ont été posées et sur une durée de suivi de 11,6 ans, on relève un ratio d’infections et de thromboses de 0,06 pour 1 000 CIP jours avec une durée moyenne de survie de la CIP de 1 054 jours, chiffres bien inférieurs aux publications antérieures [1-10].

Afin de limiter les risques de complications, la pose et l’entretien des chambres implantables suivent un protocole standardisé comme suit.

Technique de pose

Le programme d’échange est débuté en périphérie quelques mois avant la pose de CIP pour avoir un taux d’HbS inférieur à 40 % le jour de l’intervention.

Les chambres implantables sont toutes posées par le même anesthésiste référent, assurant une méthode rigoureuse et constante. Aucune antibiothérapie préalable n’est utilisée, ni aucune anticoagulation particulière. Leur mise en place se déroule dans des conditions d’asepsie chirurgicale, au bloc opératoire, par la méthode de Seldinger. L’emplacement de la chambre et l’existence d’un reflux sont ensuite contrôlés par une purge suivie d’une radiographie de contrôle. La CIP peut être utilisée si besoin en post-opératoire immédiat.

Entretien mensuel de la CIP

La réalisation du programme d’échange nécessite une venue en hôpital de jour toutes les 4 à 5 semaines. L’entretien de la CIP est effectué par une équipe fixe d’infirmières, en conditions stériles (sur-blouses, masques et matériel stériles) dans une chambre fermée.

La piqûre de la chambre implantable est réalisée à l’aide d’une aiguille de Huber (figure 2), après la pose d’un patch d’EMLA à l’arrivée et avec parfois inhalation d’un mélange équimolaire de protoxyde d’azote et d’oxygène au moment du geste. Des prélèvements systématiques sont ensuite effectués : une hémoculture, une recherche d’agglutinines irrégulières (RAI), une numération formule sanguine (NFS), une électrophorèse d’hémoglobine prétransfusionnelle, un dosage du fer sérique et de la ferritinémie. La chambre est ensuite rincée avec 40 ml de sérum physiologique. Une hydratation est souvent posée en attente du début de l’échange pour diminuer l’hyperviscosité et faciliter le temps de saignée.

L’échange est réalisé manuellement (voir l’article sur l’échange transfusionnel dans le présent numéro) avec alternance saignée/remplissage puis transfusion sur la chambre.

En fin de transfusion ou après tout prélèvement sur la chambre, il est essentiel d’effectuer un rinçage abondant par sérum physiologique, par pressions successives d’un volume total de 40 ml, pour éviter la constitution de dépôts précurseurs de thrombose. Une héparinisation par 5 ml d’héparine sodique est encore habituelle dans le service, même si le rôle du rinçage semble actuellement aussi efficace que l’héparine et à moindre risque infectieux dans la prévention de la formation des thromboses [11].

L’aiguille de Huber est alors enlevée en maintenant toujours une pression positive pour éviter un reflux pouvant engendrer des dépôts sur les parois. Puis une compression manuelle d’une minute environ est effectuée avant la pose d’un pansement pour 12 heures.

Quelques aspects pratiques des difficultés rencontrées avec la chambre

Vérifier systématiquement la bonne position de l’aiguille de Huber (figure 3)

L’aiguille suit une direction perpendiculaire, au septum de la chambre, après repérage soigneux de celle-ci par palpation. L’aiguille doit traverser les tissus cutanés, le manchon de fibrine, puis passer à travers le septum où l’on sent une petite résistance, avant de venir buter sur le fond métallique de la chambre. Elle est alors solidaire de la chambre lors de sa mobilisation. L’infirmière vérifie sa bonne position, puis essaye d’injecter un rinçage au sérum physiologique tout en évitant d’exercer une pression trop forte à risque de rompre le cathéter (utiliser des seringues de 10 ml au moins).

Si la chambre est difficilement ponctionnable

Il faut suspecter une chambre « retournée » avec passage du septum en dessous avec le fond métallique au-dessus (figure 4) lorsque l’aiguille ne veut pas s’enfoncer ou qu’elle semble buter directement contre un matériau métallique. L’anesthésiste référent pourra alors essayer de la repositionner manuellement ou, sinon, le faire chirurgicalement au bloc.

Si l’injection est possible mais sans reflux

  • a) Après avoir vérifié la bonne position de l’aiguille, il faut évoquer une chambre « positionnelle » par plicature du cathéter lors d’une boucle sur son trajet. L’infirmière essaye alors différentes techniques pour le mobiliser et le repositionner : faire écarter ou lever les bras de l’enfant, le faire tousser…
  • b) Un « clappet de fibrine » doit être ensuite évoqué (figure 5). L’injection reste possible mais en cas d’inversion du flux lors d’un prélèvement, le caillot flottant de fibrine bloque la lumière et empêche donc tout reflux. Le protocole urokinase peut être essayé (Annexe 1).
  • c) Si une douleur survient lors de l’injection avec une aiguille en place, il faut penser à une rupture entre la chambre et le cathéter secondaire soit à une anomalie constitutionnelle du système, soit à une erreur de manipulation. En effet, si une hyperpression brutale est réalisée lors d’une injection difficile, le cathéter peut se rompre par surpression. Après confirmation par une radiographie pulmonaire avec opacification et aiguille de Huber en place, l’ablation de la chambre au bloc est réalisée.

En cas d’impossibilité d’injecter ou de prélever

  • a) Il faut vérifier la situation de l’aiguille qui peut s’être enfoncée dans le manchon de fibrine entourant la chambre : dans l’axe ou latéralement (figure 6).
  • b) Si elle est en place, il faut alors évoquer une thrombose (de l’extrémité du cathéter ou en endoluminale) ou bien une migration du cathéter et réaliser une radiographie pulmonaire avec aiguille de Huber en place :
    • en cas de radiographie pulmonaire normale, la thrombose est la première hypothèse à évoquer. Une échographie locorégionale, sans être systématique, peut être décidée afin de confirmer la bonne position du cathéter, de localiser un thrombus. Un fibrinolytique est ensuite utilisé (Annexe 1) ;
    • en cas de migration du cathéter, une ablation au bloc est réalisée.

En cas d’hémoculture positive

L’enfant est reconvoqué à la réception des résultats. En fonction de son état clinique et du bilan inflammatoire, il sera réalisé :
  • un verrou antibiotique (Annexe 2) en cas d’hémoculture positive sans fièvre avec un état local propre et un bilan inflammatoire négatif, avec nouvelle convocation 48 heures plus tard pour contrôle clinique et nouvelle hémoculture ;
  • une hospitalisation en cas de fièvre, ou hémocultures centrales et périphériques positives avec début d’une biantibiothérapie probabiliste intraveineuses. Il y aura ablation systématique de la chambre en cas d’infection à staphylocoque aureus ou à un agent fongique.

Conclusion

Certaines formes sévères de drépanocytose nécessitent de recourir à un programme transfusionnel mensuel pouvant devenir très contraignant pour un enfant s’il perdure sur des années ; et ce, du fait de l’épuisement progressif et inévitable du capital veineux.

C’est pourquoi l’utilisation d’une chambre implantable au cours d’un programme d’échange est à encourager car elle représente à la fois un accès veineux facile, tout en assurant une meilleure qualité de vie aux patients. Il est donc important d’optimiser son utilisation en adaptant sa prise en charge aux particularités de la drépanocytose. En plus des précautions habituelles concernant leur utilisation, les avis actuels rejoignent l’habitude de l’équipe qui consiste à privilégier un rinçage abondant par 40 à 50 ml de sérum physiologique en fin de transfusion ou de prélèvement pour empêcher tout dépôt de fibrine sur les parois de la chambre en évitant ainsi de former un début de thrombose [11]. La modification de l’image corporelle par la chambre est un problème qui concerne en grande partie les adolescents, filles ou garçons. Cependant, l’acceptation est majoritairement bonne en comparaison avec la contrainte des prélèvements, grâce à un dialogue constant avec l’équipe soignante et les familles.

Ces chambres permettent donc d’assurer aux enfants présentant une forme sévère de la drépanocytose une meilleure qualité de vie sans limiter leurs activités quotidiennes. Elles diminuent l’anxiété et la douleur que provoque la recherche mensuelle d’une voie veineuse périphérique de bonne qualité.

Annexe 1

Protocole urokinase

En cas d’impossibilité de prélever ou d’injecter dans la chambre et après avoir vérifié par une radiographie sa bonne position, il est essayé un fibrinolytique pour essayer de détruire le caillot.

On utilise un flacon d’urokinase à 100 000 UI : la poudre est reconstituée avec 5 ml du solvant prévu à cet effet. On prélève 1 ml = 20 000 UI que l’on dilue avec 9 ml de sérum physiologique pour obtenir une concentration de 1 ml = 2 000 UI. On injecte alors 1 à 2 ml de la solution tout en réalisant des manœuvres douces d’aspiration/injection en évitant toute surpression. On laisse alors le produit en contact entre 1 et 24 heures, dès le reflux sanguin, on rince par du sérum physiologique.

Annexe 2

Protocole verrou d’antibiotiques

En cas d’hémoculture centrale isolée, sans signe clinique d’infection, il est essayé un verrou antibiotique, en attendant l’identification du germe dans un deuxième temps :

– Targocid® : en cas de suspicion d’infection à staphylocoque.

À la dose de 10 mg/kg dans 5 ml d’héparine sodique à 100 UI/ml :

– Amiklin® : en cas de suspicion d’infection à staphylocoque ou pyocyanique ; à la dose de 5 mg dans 5 ml d’héparine sodique à 100 UI/ml.

Références

1 Torramadé JR, Cienfuegos JA, Hernandez JL, et al. The complications of central venous access systems. Eur J Surg 1993 ; 159 : 323-7.

2 Hills JR, Cardella JF, Cardella K, Waybill PN. Experience with 100 consecutive central venous access arm ports placed by interventional radiologists. J Vasc Interv Radiol 1997 ; 8 : 983-9.

3 Foley MJ. Radiologic placement of long-term central venous peripheral access system ports. J Vasc Interv Radiol 1995 ; 6 : 255-62.

4 Ross MN, Haase GM, Poole MA, Burrington JD, Odom LF. Comparison of totally implanted reservoirs with external catheters as venous access devices in pediatric oncologic patients Surgery. Gynecol Obstetr 1988 ; 167 : 141-4.

5 Phillips G, Slingluff C, Hartman J, Thomas P, Akwari O. Totally implantable intravenous catheters in the management of sickle cell anemia. Am J Hematol 1988 ; 29 : 134-8.

6 Sotir MJ, Lewis C, Bisher EW, Ray SM, Soucie JM, Blumberg HM. Epidemiology of device-associated infections related to a long-term implantable vascular access device. Infect Control Hosp Epidemiol 1999 ; 20(suppl 3) : 187-91.

7 Jeng MR, Feusner J, Skibola C, Vichinsky E. Central venous catheter complications in sickle cell disease. Am J Hematol 2002 ; 69 : 103-8.

8 Wagner SC, Eschelman DJ, Gonsalves CF, Bonn J, Sullivan KL. Infectious complications of implantable venous access devices in patients with sickle cell disease. J Vasc Interv Radiol 2004 ; 15 : 375-8.

9 Abdul-Rauf A, Gauderer M, Chiarucci K, Berman B. Long-term central venous access in patients with sickle cell disease. J Pediatr Hematol Oncol 1995 ; 17(suppl 4) : 342-5.

10 Mc Ready CE, Doughty HA, Pearson TC. Experience with the port-a-cath in sickle cell disease. Clin Lab Haematol 1996 ; 18 : 79-82.

11 Pierre E. Prévention des obstructions. In : 4e congrès des dispositifs intraveineux de longue durée (DILD) ; 15 et 16 octobre 2004.


 

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