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Quand demander des examens complémentaires devant un « angiome » ?


Médecine thérapeutique / Pédiatrie. Volume 10, Numéro 5, 306-13, septembre-octobre 2007, Dossier

DOI : 10.1684/mtp.2007.0128

Résumé  

Auteur(s) : Juliette Mazereeuw-Hautier , Service de dermatologie, Hôpital de Rangueil et Hôpital des enfants, 1 avenue J. Poulhès, TSA 50032, 31059 Toulouse Cedex 09.

Résumé : Le terme « angiome » est un terme imprécis habituellement utilisé pour désigner un groupe hétérogène d’anomalies vasculaires. Le diagnostic étiologique est le plus souvent facile lorsque l’on connaît les différents aspects cliniques et les modes évolutifs. La réalisation d’examens complémentaires est justifiée dans 3 grands cas de figure : doute diagnostique, bilan d’extension préalable à un éventuel traitement, ou suspicion de complications ou d’anomalies associées qu’il convient de dépister (hémangiomatose miliaire, hémangiome infantile de très gros volume ou à disposition particulière [en barbe, oculaire, étendu et systématisé du visage, du pelvis], suspicion de syndrome de Kasabach-Merritt, angiome plan facial unilatéral atteignant le territoire du V1 et/ou de V2, malformation veineuse et/ou lymphatique étendue).

Mots-clés : angiome, hémangiome, examens complémentaires

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Juliette Mazereeuw-Hautier

Service de dermatologie, Hôpital de Rangueil et Hôpital des enfants, 1 avenue J. Poulhès, TSA 50032, 31059 Toulouse Cedex 09

La survenue d’un « angiome » est une situation extrêmement fréquente en dermatologie pédiatrique. Le terme d’« angiome » est un terme imprécis habituellement utilisé pour désigner un groupe hétérogène d’anomalies vasculaires. La prise en charge d’un angiome, qui comprend la réalisation éventuelle d’examens complémentaires, est très variable selon le type d’« angiome » en cause, qu’il faudra donc savoir reconnaître. Dans la très grande majorité des cas, le diagnostic étiologique est facile à faire lorsque l’on connaît les caractéristiques cliniques et évolutives des différentes anomalies vasculaires que nous allons détailler ci-dessous.

Classification des angiomes

Les anomalies vasculaires sont classées en 2 catégories qui sont les tumeurs vasculaires et les malformations vasculaires [1, 2] (figure 1).

La première catégorie est représentée par les tumeurs vasculaires qui correspondent à une prolifération cellulaire. Elles comprennent des lésions extrêmement fréquentes comme l’hémangiome infantile, mais également des lésions plus rares comme les hémangiomes congénitaux, l’angiome en « touffes » et l’hémangioendothéliome kaposiforme.

La deuxième catégorie est représentée par les malformations vasculaires qui sont formées de vaisseaux anormaux et dysplasiques. Elles sont divisées, selon le flux, en malformations à flux rapide (malformations artérioveineuses) et en malformations à flux lent (malformations capillaires [angiome plan], lymphatiques et/ou veineuses). Les angiomes sont le plus souvent sporadiques, mais exceptionnellement il peut exister des formes familiales qui mériteront d’être adressée à un généticien. Exceptionnellement également, on peut noter la coexistence de malformations vasculaires et de tumeurs vasculaires [3].

Caractéristiques cliniques des principales anomalies vasculaires

Le diagnostic étiologique du type d’anomalie vasculaire repose sur l’aspect clinique de la lésion, mais aussi sur le mode évolutif qui doit toujours être précisé à l’interrogatoire. Les principales caractéristiques de ces lésions sont détaillées ci-dessous et résumées dans le Tableau 1 ).

L’hémangiome infantile

L’hémangiome infantile peut présenter 3 aspects cliniques différents :
  • – La forme dermique dite « fraise » qui est, en phase de croissance, une lésion superficielle rouge écarlate, à surface mamelonnée irrégulière (figure 2A).
  • – La forme sous-cutanée pure (dermique profond et hypodermique) est de diagnostic plus difficile. Elle se présente sous la forme d’une masse dense et chaude, plus ou moins saillante, située en profondeur sous une peau normale ou discrètement bleutée et télangiectasique (figure 2B).

-La forme mixte (figure 2C) combine les 2 aspects vus ci-dessus.

L’hémangiome infantile, quel que soit son aspect clinique, possède un mode évolutif tout à fait caractéristique. La lésion n’est pas présente à la naissance, même si l’on peut parfois noter une marque prémonitoire sous la forme d’une nappe pâle ou rosée télangiectasique. Il existe ensuite 2 phases qui se chevauchent. La première phase est une phase de croissance rapide qui dure plusieurs semaines ou mois. Survient ensuite une phase de régression lente durant plusieurs années (figure 2D). L’hémangiome disparaît habituellement vers l’âge de 7-8 ans, avec ou sans lésions séquellaires.

Tableau 1 Principales caractéristiques cliniques et évolutives des « angiomes »

Aspect clinique

Mode évolutif

  • Hémangiome infantile
  • Forme dermique
  • Forme sous-cutanée
  • Forme mixte


  • Tuméfaction rouge vif
  • Masse sous-cutanée, peau bleutée


  • Pour les 3 formes :
  • croissance rapide après la naissance puis régression lente


Hémangiome congénital

  • Infiltration violacée
  • ou tumeur blanc bleutée


  • Présent à la naissance
  • Pas de phase de croissance


Autres tumeurs vasculaires

  • Plaque rouge infiltrée
  • ou tumeur violacée


  • Congénital
  • ou acquis précocement


Malformation capillaire

Macule érythémateuse

  • Congénital
  • Épaississement lent avec l’âge


Malformation veineuse

  • Masses bleutées molles
  • Augmentent avec les cris et déclivité


  • Congénital ou premiers mois
  • Augmente lentement au cours de la vie


Malformation lymphatique

  • Placard infiltré ou masse sous-cutanée
  • Vésicules séro-hématiques en surface


Congénital ou premiers mois

Malformation artério-veineuse

  • Macule érythémateuse chaude
  • Puis infiltration battante
  • Puis tumeur


  • Évolution comme décrit ci-contre
  • Poussées fréquentes


Les autres tumeurs vasculaires

L’hémangiome congénital

Il est maintenant établi que l’hémangiome congénital représente une entité à part. À l’inverse de l’hémangiome infantile, il est pleinement développé à la naissance et ne subit aucune phase de croissance. Il peut se présenter sous la forme d’une plaque ovale infiltrée et violacée avec la présence d’un halot plus clair rosé ou bleuté. Il peut également s’agir d’une tumeur massive saillante plus ou moins inquiétante, de couleur blanc bleutée ou pâle et cireuse, ou parsemée de nodules rouges lisses et parfois fermes au palper ou de consistance irrégulière (figure 2E). Le diagnostic différentiel avec les tumeurs malignes (rhabdomyosarcome en particulier) est difficile.

Deux modalités évolutives différentes ont été individalisées : le NICH (non involuting congenital haemangioma) et le RICH (rapidly involuting congenital haemangioma). Comme leur nom l’indique, le RICH va régresser rapidement et aura disparu avant l’âge d’un an. Il laissera habituellement une zone d’atrophodermie parfois rosée et télangiectasique. Le NICH, à l’inverse, ne régressera pas.

L’angiome en « touffes » et l’hémangioendothéliome kaposiforme

Il s’agit de lésions congénitales ou acquises. Le diagnostic est avant tout histologique. Cliniquement, il s’agit soit d’une plaque rouge et infiltrée (parfois scléreuse), sensible, recouverte de lanugo et parfois entourée d’un halo plus clair ; soit d’une tumeur saillante et violacée.

L’angiome plan

L’angiome plan est une malformation capillaire commune. Elle est présente dès la naissance sous la forme de macules érythémateuses s’effaçant partiellement à la vitropression. Elle ne subit aucune modification significative dans les premières années de vie, mais peut, à l’âge adulte, s’épaissir et voir sa couleur s’intensifier. Il existe deux pièges diagnostiques. Le premier est de confondre un angiome plan avec un hémangiome infantile qui débute sous la forme d’une plaque à peine saillante. Le deuxième piège est de confondre un angiome plan avec malformation artério-veineuse à un stade précoce qui se présente sous la forme d’une lésion plane mais un peu chaude et mal systématisée.

Les malformations veineuses et lymphatiques

Les malformations veineuses sont présentes dès la naissance mais ne sont parfois uniquement visibles qu’après quelques mois de vie. Elles ne subissent pas de phase de croissance rapide mais s’aggravent très lentement au cours de la vie. Elles sont caractérisées cliniquement par des masses sous-cutanées bleutées molles et dépressibles (figure 3A). Elles ont la caractéristique d’augmenter de volume lors de la position déclive, des pleurs ou à l’effort. Elles se vident lors de l’élévation du membre ou de la compression. Les lésions sont habituellement indolores, sauf en cas de survenue de phlébolithes, petites lésions nodulaires fermes et sensibles au sein de la malformation. Les malformations veineuses sont habituellement diffuses et intéressent diverses structures sous la peau. Elles sont rarement pures et s’associent fréquemment à une composante lymphatique (figure 3B).

Les malformations lymphatiques sont divisées en 2 types souvent combinés chez un même sujet : macrokystique (ou lymphangiome kystique) et microkystique, réalisant un placard infiltré et parsemé de vésicules claires ou hématiques en « grains de riz » visibles à la surface de la peau. Ces malformations lymphatiques sont habituellement étendues et infiltrantes. Elles peuvent subir des poussées inflammatoires se traduisant par une augmentation de volume. Les malformations veineuses s’associent également assez fréquemment à des malformations capillaires avec un aspect d’angiome plan en surface.

Les malformations artério-veineuses

Les malformations artério-veineuses sont présentes à la naissance et évoluent en plusieurs phases. Elles subissent des poussées sous l’influence de différents facteurs (notamment grossesse, traumatisme et intervention chirurgicale).
  • Stade 1 de dormance, pouvant simuler un angiome plan. L’examen attentif peut noter à ce stade une chaleur locale augmentée (figure 4A).
  • Stade 2 d’expansion avec constitution de masses plus ou moins rouges et épaisses, cernées de veines dilatées, battantes (figure 4B).
  • Stade 3 de destruction avec apparition d’ulcères, d’hémorragies, de lyse osseuse (figure 4C).
  • Stade 4 qui associe une décompensation cardiaque.

Quels examens complémentaires demander devant un « angiome » ?

Aucun examen complémentaire n’est à réaliser systématiquement devant un « angiome ». Il faut éviter le plus possible la réalisation de bilans coûteux et parfois pénibles, en particulier chez l’enfant. En cas de nécessité de réaliser une imagerie, il faut privilégier les explorations non invasives telle que l’échographie couplée au Doppler, ainsi que l’imagerie par résonance magnétique (IRM). Les angiographies ont désormais une place limitée dans l’exploration des angiomes. Elles restent cependant très utiles à l’exploration des malformations artério-veineuses. L’angio-IRM ne remplace par l’angiographie mais peut être intéressante chez l’enfant.

Dans certaines situations, il est utile de réaliser des examens complémentaires devant un « angiome ». C’est tout d’abord le cas des lésions difficiles à diagnostiquer après un examen clinique et un interrogatoire bien conduits. Également, lorsqu’un traitement (chirurgical ou à type d’embolisation) est envisagé, ce geste doit être précédé d’un bilan d’extension. Enfin, certaines formes d’« angiomes » peuvent comporter des anomalies ou des complications associées qui doivent être recherchées car elles nécessiteront un traitement et/ou une surveillance (tableau 2)( Tableau 2 ).

L’hémangiome infantile

Les situations dans lesquelles il est nécessaire de réaliser des explorations complémentaires sont détaillées ci-dessous.

Aspect clinique particulier

Il existe un doute diagnostique

C’est le cas des formes sous-cutanées qui font évoquer le diagnostic différentiel de malformations vasculaires lymphatiques ou de tumeurs profondes. Il est fondamental dans ce cas de s’enquérir très précisément à l’interrogatoire du mode évolutif. En effet, une lésion absente à la naissance, grossissant rapidement puis se stabilisant ou commençant à régresser lentement est en faveur d’un hémangiome. En cas de doute, la réalisation d’un écho-Doppler pourra aider en confirmant la nature vasculaire et en montrant une masse à flux rapide avec une hypervascularisation de type veineux et artériel et l’absence de véritable fistule artério-veineuse. Cet aspect à l’écho-Doppler est souvent pris à tort, par des opérateurs non entraînés, pour une malformation artério-veineuse dont l’aspect clinique et le mode évolutif sont très différents.

En cas de doute avec une tumeur, une biopsie doit être réalisée en milieu chirurgical.

Tableau 2 Formes « d’angiome » nécessitant la réalisation d’examens complémentaires à la recherche d’anomalies ou de complications associées

Situations

Anomalies à rechercher

Examens à réaliser

Hémangiomatose miliaire

  • Angiomes hépatiques
  • Autres atteintes si signes cliniques


  • Échographie hépatique
  • Selon anomalies cliniques


Hémangiome volumineux

  • Décompensation hépatique
  • Décompensation cardiaque


  • Échographie hépatique
  • Échographie cardiaque


Hémangiome en barbe

Atteinte laryngée

Fibroscopie laryngée

Hémangiome des paupières

  • Atteinte oculaire
  • Perturbation de l’axe visuel


Examen ophtalmologique

Hémangiome volumineux et systématisé du visage

Syndrome PHACE(S)

  • Examen ophtalmologique
  • Échographie cardiaque
  • IRM cérébrale
  • Angioscanner thoracique


Hémangiome du périné

Syndrome PELVIS

  • Échographie abdominale et périnéale
  • IRM abdominale et périnéale


Suspicion de syndrome de Kasabach-Merrit

Coagulopathie avec thrombopénie

Dosage des plaquettes, TP, fibrinogène, D-Dimères

Angiome rachidien médian

Dysraphie

  • Échographie médullaire précoce
  • ou IRM à discuter si autres signes cliniques


Angiome plan facial médian atteignant le V2

Glaucome

Examen ophtalmologique

Angiome plan facial médian atteignant le V1

  • Glaucome
  • Angiome leptoméningé


  • Examen ophtalmologique
  • IRM cérébrale


Malformations veineuses et/ou lymphatiques étendues

Coagulopathie intra-vasculaire localisée (ou disséminée)

Dosage des plaquettes, TP, fibrinogène, D-Dimères

Il s’agit d’hémangiomes multiples et de petite taille

Cet aspect clinique correspond à l’hémangiomatose miliaire qui comporte une atteinte cutanée associée à la présence d’hémangiomes profonds, localisés au niveau du foie le plus souvent. La réalisation d’une échographie hépatique est donc nécessaire. Quant à la réalisation d’autres explorations, elle sera guidée par l’examen clinique. À noter la possibilité d’une hypothyroïdie en cas d’hémangiomes hépatiques.

À l’inverse, il n’est pas justifié de rechercher systématiquement des localisations viscérales devant tout hémangiome infantile, même s’il existe plusieurs lésions. En effet, les localisations viscérales sont rares et ne nécessitent d’être traitées que si elles sont symptomatiques. De plus, ces lésions profondes éventuelles vont régresser spontanément.

Il s’agit d’un hémangiome très volumineux

Il faut dans ce cas surveiller le foie et l’état cardiaque en raison de la possibilité d’hépatomégalie par défaillance cardiaque congestive due au haut débit. Ceci est valable également en cas d’hémangiomatose miliaire comportant de multiples lésions.

La localisation de la lésion fait suspecter l’existence d’anomalies associées

  • La localisation d’un hémangiome au bas du visage, lèvre inférieure et cou (hémangiome en « barbe ») (figure 5A), doit faire rechercher un stridor à l’auscultation. Une localisation laryngée doit être recherchée en urgence car il existe un risque d’asphyxie. L’examen à demander est une fibroscopie.
  • L’atteinte des paupières (figure 5B) avec suspicion de gêne sur l’axe visuel justifie un examen ophtalmologique, dont les résultats pourront influer sur la décision thérapeutique (corticothérapie générale si risque d’amblyopie définitive).
  • En cas d’hémangiome volumineux, en particulier systématisé et localisé au niveau du visage (figure 5A), il convient de recherche un syndrome PHACES (P : anomalie de la fosse postérieure, H : hémangiome, A : anomalies artérielles, C : coarctaction de l’aorte et anomalies cardiaques, E (eye) : anomalies oculaires, S : anomalies sternales) [4]. Les examens à réaliser sont : un examen ophtalmologique, une échographie cardiaque, un angioscanner thoracique et une IRM cérébrale.
  • En cas de lésion du périné (figure 5B), il convient d’évoquer des malformations associées, regroupées sous l’acronyme syndrome PELVIS (P : perineal hemangioma, E : external genitalia malformations, L : lipomyelomeningocele, V : vesicorenal abnormalities, I : imperforate anus, S : skin tag) [5], ou SACRAL (S : spinal dysraphism, A : anogenital anomalies, C : cutaneous anomalies, R : renal and urologic anomalies, A : angioma of Lumbosacral localization) [6]. Les examens à réaliser sont une échographie et une IRM du périné et de l’abdomen.

Les autres tumeurs

L’hémangiome congénital

Son diagnostic est souvent difficile cliniquement. Le clinicien pourra s’aider de l’écho-Doppler, plus ou moins couplé à l’IRM pour affirmer l’origine vasculaire. Dans certains cas, une biopsie sous anesthésie générale en milieu chirurgical pédiatrique peut être indispensable pour éliminer une tumeur maligne.

L’angiome en « touffes » et l’hémangioendothéliome kaposiforme

Ces lésions doivent être surveillées cliniquement en raison du risque de développer un syndrome de Kasabach-Merritt qui associe une thrombopénie majeure et une coagulopathie de consommation [7]. Cette complication est spécifique de ces 2 types de lésions.

Cliniquement, cette complication doit être évoquée devant une modification rapide de la lésion, au sein de laquelle se développe un énorme hématome inflammatoire associé à une coagulopathie (fibrinogène bas et D-Dimères élevés).

Les malformations capillaires (angiome plan)

Ici encore, aucun examen complémentaire n’est à réaliser systématiquement.

En cas de doute diagnostique avec une malformation artério-veineuse débutante (plaque chaude voire battante), un écho-Doppler pourra être réalisé.

Dans certaines localisations qui sont à connaître, les angiomes plans peuvent s’accompagner de malformations associées qui doivent être recherchées car elles débouchent sur un traitement et une surveillance.

La localisation la plus fréquente d’un angiome plan est le visage. À ce niveau, il convient de différencier les angiomes plans médians des formes uni- ou bilatérales. En cas d’angiomes plans médians, il n’y a aucune exploration complémentaire à réaliser. Ces derniers peuvent être localisés au niveau de la nuque (figure 6B) ou de la face, où ils sont habituellement limités à la région intersourcillière, mais peuvent descendre jusqu’à la lèvre supérieure (figure 6A).

À l’inverse, lorsque l’angiome est unilatéral, des anomalies peuvent être associées, qui est fonction de la localisation de la lésion selon les territoires du nerf trijumeau (V) (figure 6C)[8]. En cas d’atteinte du V2, il convient de réaliser un examen ophtalmologique avec mesure de la pression oculaire, afin de dépister un glaucome. En cas d’atteinte du V1, il convient de rechercher cette même atteinte ophtalmologique, mais également de rechercher une atteinte cérébrale (figure 6D), ces 2 atteintes correspondant au syndrome de Sturge-Weber. Afin de dépister l’atteinte cérébrale, il convient de réaliser une IRM cérébrale. Cet examen doit être réalisé en urgence pour plusieurs raisons. Tout d’abord, sa réalisation précoce permettra d’éviter une anesthésie générale. Également, la découverte d’une angiomatose lepto-méningée justifiera l’introduction d’un traitement anti-épileptique. Si cet examen est normal, il conviendra de le répéter ultérieurement car les anomalies peuvent être difficilement visualisables dans les premiers mois de vie. En cas de forme bilatérale, il existe un risque plus élevé de malformations associées [9].

Sur le corps, la présence d’un angiome plan vertébral médian peut s’associer à une dysraphie. Des explorations (échographie médullaire si l’enfant a moins de 2 mois, ou une IRM) seront décidées en fonction des localisations et d’éventuels signes associés.

Sur les membres, l’angiome plan peut s’accompagner d’un gigantisme progressif du membre atteint. Ceci s’observe dans le syndrome de Klippel-Trenaunay qui est une malformation vasculaire combinée à flux lent (capillaire, veineux et lymphatique). Ce syndrome est à différencier du syndrome de Parkes-Weber qui comprend de multiples fistules artério-veineuses sous-jacentes. En cas de doute diagnostique, il convient, au stade précoce, de réaliser un examen écho-Doppler, en particulier avant de faire des séances de laser qui pourraient aggraver une éventuelle malformation artério-veineuse sous-jacente.

L’angiome plan peut également s’intégrer dans d’autres syndromes complexes (syndrome de protée, phacomatoses pigmentovasculaires) qu’il faudra évoquer en cas de coexistence avec d’autres signes cliniques de la maladie.

Les malformations veineuses et/ou lymphatiques

En cas de lésion profonde, siégeant sous une peau de couleur quasi normale, le diagnostic étiologique peut être difficile. Dans ce cas, afin d’éliminer une malformation artérioveineuse, il faudra s’aider de l’écho-Doppler et de l’IRM.

Lorsqu’un geste thérapeutique est envisagé devant une malformation artério-veineuse et/ou lymphatique, une IRM doit être réalisée pour évaluer l’extension locorégionale de la malformation.

En présence de lésions étendues, il est indispensable de réaliser un bilan de coagulation. En effet, dans ces lésions à flux lent existent des phénomènes de coagulation intravasculaire localisée, pouvant évoluer vers des phénomènes de coagulation intravasculaire généralisée parfois très sévères avec risque à la fois thrombotique et hémorragique. Cette coagulopathie est souvent confondue avec le syndrome de Kasabach-Merritt [10, 11], menant à une prise en charge inadaptée. Le bilan de coagulation visant à dépister cette coagulopathie comprendra : TP, fibrinogène, D-Dimères, plaquettes. Il devra être réalisé au départ et répété périodiquement et en cas d’événement intercurrent à type de saignement ou de douleur.

Il est également utile, dans ces formes étendues, de rechercher des malformations profondes sous-jacentes, en particulier périnéales, pouvant être responsables à la puberté de ménorragies.

Dans les malformations lymphatiques, il est utile au cas où l’on envisage un geste thérapeutique devant une lésion gênante, de réaliser un bilan d’extension préalable. Ce dernier fait appel à l’échographie, au scanner et à l’IRM.

Les malformations artério-veineuses

En cas de doute diagnostique devant une lésion débutante, il convient de demander un écho-Doppler à la recherche de fistules artério-veineuses.

Afin de discuter de la possibilité d’effectuer un geste thérapeutique, il convient de réaliser un bilan d’extension à l’aide de l’IRM, et surtout de l’artériographie. Cette dernière peut aussi faire partie intégrante du traitement (embolisation thérapeutique).

En cas de formes étendues et/ou évoluées, il convient de rechercher une décompensation hépatique et cardiaque.

Conclusion

Il faut garder à l’esprit qu’il n’existe aucun examen à réaliser systématiquement et qu’une bonne reconnaissance clinique doit éviter dans la plupart des cas la réalisation d’examens complémentaires inutiles. Ces examens doivent être réservés à des situations cliniques particulières qu’il faut savoir reconnaître.

Références

1 Enjolras O. Anomalies vasculaires superficielles : les « angiomes ». Encycl Méd Chir (Editions Scientifiques et Médicales Elsevrier SAS, Paris, tous droits réservés), Dermatologie, 98-745-A-10, 2001, 15 p.

2 Enjolras O, Mulliken JB. Vascular tumors and vascular malformations (new issues). Adv Dermatol 1997 ; 13 : 375-423.

3 Garzon MC, Enjolras O, Frieden IJ. Vascular tumors and vascular malformations : evidence for an association. J Am Acad Dermatol 2000 ; 42 : 275-9.

4 Metry DW, Dowd CF, Barkovich AJ, Frieden IJ. The many faces of PHACE syndrome. J Pediatr 2001 ; 139 : 117-23.

5 Girard C, Bigorre M, Guillot B, Bessis D. PELVIS Syndrome. Arch Dermatol 2006 ; 142 : 884-8.

6 Stockman A, Boralevi F, Taïeb A, Leaute-Labreze C. SACRAL syndrome : spinal dysraphism, anogenital, cutaneous, renal and urologic anomalies, associated with an angioma of lumbosacral localization. Dermatology 2007 ; 214 : 40-5.

7 Kasabach HH, Merritt KK. Capillary hemangioma with extensive purpura : report of a case. Am J Dis Child 1940 ; 59 : 1063-70.

8 Enjolras O, Riche MC, Merland JJ. Facial port-wine stains and Sturge-Weber syndrome. Pediatrics 1985 ; 76 : 48-51.

9 Mazereeuw-Hautier J, Syed S, Harper JI. Bilateral facial capillary malformation is associated with a higher risk of eye and brain abnormalities. Arch Dermatol 2006 ; 142 : 994-8.

10 Mazoyer E, Enjolras O, Laurian C, et al. Coagulation abnormalities associated with extensive venous malformations of the limbs : differentiation from Kasabach-Merritt syndrome. Clin Lab Haematol 2002 ; 24 : 243-51.

11 Mazereeuw-Hautier J, Syed S, Leisner R, Harper JI. Extensive venous/lymphatic malformations causing life-threatening haematological complications. Br J Dermatol 2007 ; (in press).


 

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