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Pathologies courantes de l’enfant à peau noire


Médecine thérapeutique / Pédiatrie. Volume 10, Numéro 5, 301-5, septembre-octobre 2007, Dossier

DOI : 10.1684/mtp.2007.0127

Résumé  

Auteur(s) : Pascal A Niamba , Service de dermatologie, Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo, 01 BP4030 Ouagadougou 01, Ouagadougou, Burkina Faso.

Résumé : La pathologie dermatologique chez l’enfant à peau noire a des particularités sémiologiques, mais elle est également influencée par l’environnement climatique, social et économique. La répartition des dermatoses dépend non seulement de données épidémiologiques, mais également de la perception par les populations de leurs affections et des opportunités de consultation. Dans le souci d’être pragmatique, cette revue s’est focalisée sur quelques particularités physiologiques de la peau noire afin de ne pas les considérer abusivement comme pathologiques, et ensuite sur des dermatoses courantes. Si en Europe la dermatite atopique est le premier motif de consultation des enfants en dermatologie, quelle que soit la couleur de la peau, les données disponibles en Afrique font plus état de la prépondérance des dermatoses infectieuses. D’autres affections semblent plus « spécifiques » à l’enfant noir, comme le Face (Facial Afro-Caribbean Childhood Eruption), ou les alopécies traumatiques.

Mots-clés : peau noire, dermatoses

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Pascal A Niamba

Service de dermatologie, Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo, 01 BP4030 Ouagadougou 01, Ouagadougou, Burkina Faso

Considérer la dermatologie dans sa diversité « ethnique » est une nécessité incontournable de nos jours, du fait des brassages et de la mobilité des populations. Aujourd’hui, tout praticien est susceptible d’être confronté à des demandes de soins ou d’avis chez des patients présentant un phototype pigmenté. En ce qui concerne certaines particularités épidémiologiques des pathologies dermatologiques sur peau noire, elles résultent de la répartition des diagnostics posés lors des consultations, mais également de la perception par les populations de leurs affections et des possibilités de consulter. Il faut donc être prudent quant à considérer une différence de prévalence des dermatoses entre la peau « noire » et la peau « blanche ».L’abord de la pathologie dermatologique chez l’enfant à peau noire doit prendre en compte à la fois l’approche pédiatrique, les particularités sémiologiques des lésions sur peau noire, et l’influence de l’environnement climatique, social et économique. Le contexte de la consultation est également important, les diagnostics à évoquer pouvant être très différents qu’il s’agisse d’un enfant arrivé depuis peu en France, ou qui revient de vacances dans son pays d’origine, ou d’un enfant né en France et ne l’ayant jamais quitté. Dans le souci d’être pragmatique, nous proposons, sur la base des quelques références bibliographiques disponibles, de nous focaliser sur les particularités physiologiques de la peau noire et les affections courantes et utiles à connaître en pratique quotidienne, que l’enfant soit arrivé en France depuis peu, ou bien y vive depuis sa naissance.

Quelques modifications physiologiques du tégument

Certaines particularités pigmentaires de la peau noire méritent d’être signalées afin de ne pas les considérer abusivement comme pathologiques. Il s’agit par exemple en période néonatale, d’une pigmentation très marquée au niveau génital, de l’ourlet des oreilles, de la face dorsale des phalanges, pigmentation qui contraste avec le reste du tégument compte tenu du retard à la pigmentation cutanée à cette période de la vie. De même les taches mongoliques qui correspondent aussi à une pigmentation plus marquée siègent sur les régions lombo-sacrée et fessières et sont très caractéristiques à la période néonatale (figure 1).

La mélanose pustuleuse néonatale transitoire, affection bénigne, 4 fois plus fréquente chez l’enfant noir que chez l’enfant blanc, se présente sous la forme de petites pustules disséminées, fragiles et transitoires, présentes dès la naissance ou à J1 et associant des macules lentigineuses, hyperpigmentées entourées d’une collerette desquamative (figure 1). Le front, le menton, les racines des membres et le tronc sont les sièges de prédilection. Ces lésions évoluent vers la disparition en moins de six mois [5].

À un âge un peu plus avancé, on peut observer des lignes de démarcation siégeant sur la jonction antéro-interne des bras ou postéro-interne des cuisses, des pigmentations palmaires et plantaires diffuses ou localisées aux plis de flexion, des pigmentations unguéales, linguales, gingivales. Le caractère bilatéral et symétrique des lésions doit rassurer et un avis dermatologique avisé peut être requis en cas de doute.

Pathologie infectieuse

La pathologie infectieuse est la première cause de consultation dermatologique de l’enfant vivant, ou revenant, d’Afrique subsaharienne. Elle est représentée par les pyodermites, les ectoparasitoses, (la gale surtout), les dermatophyties et dans une moindre mesure les affections d’origine virale [1-3].

Les pyodermites

L’impétigo est la dermatose bactérienne superficielle la plus fréquente [4]. Débutant classiquement par une bulle, les lésions qui siègent au pourtour des orifices nasaux et buccaux prennent une allure croûteuse mélicérique (ayant la couleur de miel) caractéristique (figure 2).

L’impétiginisation qui consiste en la surinfection d’autres dermatoses préexistantes (eczéma, gale, prurigo strophulus), est également très fréquente dans ce contexte où la prise en charge est souvent tardive. L’ecthyma est la forme ulcéreuse de l’impétigo. La lésion est creusante comportant des bords abrupts, un fond sanieux souvent recouvert par une croûte. Le siège habituel est le membre inférieur.

Les autres lésions infectieuses d’origine bactérienne sont représentées par les folliculites surtout en période de saison chaude et humide, pouvant aboutir à des formes d’évolution prolongée. Les dermohypodermites infectieuses (érysipèle) fréquentes chez l’adulte, sont plutôt rares chez l’enfant. Les germes en cause sont le streptocoque A bêtahémolytique et le staphylocoque, souvent retrouvés associés. Le risque néphrologique (GNA) bien que faible (3 à 4 %) est à la base des recommandations de traitement systémique [1, 2].

D’autres germes, plus inhabituels en général, sont responsables de pathologies dont l’expression est limitée à des foyers géographiquement circonscrits. Ainsi, le charbon est plutôt observé en milieu rural, caractérisé par une ulcération croûteuse noire avec un anneau périphérique vésiculeux évoluant vers un œdème (la pustule maligne). Les mycobactérioses atypiques (ulcère de Buruli) sont couramment retrouvées chez les enfants dans les contrées humides et marécageuses.

Les parasitoses

Les ectoparasitoses sont dominées par la gale (sarcoptes scabiei hominis) qui sévit sous le mode endémique dans plusieurs régions d’Afrique subsaharienne surtout en milieu rural [5, 6]. La gale est révélée à l’occasion de quelques épidémies spectaculaires. Le diagnostic est aisé, les lésions se présentant sous la forme d’un prurigo ou d’une pyodermite dont le maître symptôme est le prurit avec ses caractéristiques : nocturne, familial, intéressant plus spécifiquement les poignets, les fesses, les espaces interdigito-palmaires et respectant le visage. La topographie palmoplantaire est classique chez le nourrisson de même que l’aspect bulleux, alors que chez le grand enfant, il s’agit de vésicules et de papules excoriées. La surinfection fréquente des lésions masque souvent le sillon scabieux plus rarement retrouvé sur peau noire que sur peau blanche.

La prise en charge thérapeutique de la gale reste classique : benzoate de benzyle en application locale (avec une précaution particulière chez le nourrisson où la concentration en benzoate de benzyle ne doit pas dépasser les 10 %) ou stromectol per os chez l’enfant de plus de 5 ans ou de plus de 15 kg. Il faut insister également sur le traitement de l’entourage, la désinfection du linge et la nécessité de traiter au préalable une pyodermite associée. La gestion des épidémies requiert la coopération active de la population.

D’autres étiologies de prurigo sont fréquentes chez l’enfant africain, notamment le prurigo strophulus, le prurigo parasitaire (gale fillarienne de l’onchocercose). Le contexte épidémiologique oriente habituellement vers cette étiologie.

Les pédiculoses du cuir chevelu semblent moins fréquentes chez l’enfant noir [7]. Les filles sont plus atteintes que les garçons du fait des cheveux ras (coupés courts) chez ces derniers. Le diagnostic repose sur la mise en évidence de lentes adhérant latéralement aux cheveux.

Les mycoses

Les teignes sont fréquentes en Afrique. Les garçons sont plus atteints que les filles et le diagnostic est habituellement aisé (plaques squameuses du cuir chevelu comportant des cheveux cassés courts « pseudo-pelade ». La forme inflammatoire et pustuleuse (probablement due à une surinfection) caractérisée par un macaron en relief « kérion » n’est pas rare, bien que l’étiologie anthropophile pourvoyeuse de lésions moins inflammatoires soit la plus fréquente en Afrique. En effet, les agents responsables varient suivant la zone géographique : Microsporum langeronii, Trychophyton soudanense et T. violaceum en Afrique subsaharienne ; T. schoenleinii (agent du favus) en Afrique du nord. L’évolution est bénigne dans la majorité des cas, avec une guérison spontanée à la puberté [1, 2, 5, 6], c’est pourquoi, en Afrique, le traitement n’est pas systématique. Néanmoins, en France, le traitement est obligatoire, aucun enfant atteint de teigne anthropophile ne pouvant être admis en collectivité. Le traitement repose sur la griséofulvine per os pendant 6 semaines (15 à 20 mk/kg/j).

Les autres mycoses superficielles sont dominées par les dermatophytoses et le pityriasis versicolor. Les dermatophytoses de la peau glabre se présentent sous la forme de lésions arrondies, d’évolution centrifuge à bordure vésiculeuse, souvent prurigineuse et hyperchromique sur peau noire. Elles peuvent être associées ou non à la teigne.

Le pityriasis versicolor est souvent profus, hyperchromique ou hypochromique, et est plutôt l’apanage de l’adolescent. Le siège de prédilection est le tronc, la racine des membres et la région cervicale [7].

Les intertrigos sont rares chez le grand enfant et se limitent aux lésions des grands plis (siège, plis axillaires).

Les infections virales

Les affections virales sont représentées essentiellement par les fièvres éruptives telles la varicelle, la rougeole ou la rubéole. Sur peau noire l’érythème est discret et le diagnostic est orienté par la présence d’autres signes tels que la fièvre, le cathare, le prurit et l’altération de l’état général (voir chapitre exanthèmes viraux).

Les molluscum contagiosum, les verrues, les papillomes verruqueux semblent plus rare chez l’enfant en Afrique [1] mais de prévalence comparable dans les données du nord [2].

Dermatoses dites « immuno-allergiques »

Le prurigo

Le prurigo est une affection fréquente en milieu tropical. Il se présente sous la forme de lésions papuleuses prurigineuses surmontées de vésicules souvent excoriées par le grattage. Ces lésions sont hyperpigmentées sur peau noire. La prédominance des lésions sur les membres est très suggestive de prurigo strophulus, de piqures d’insectes, d’ectoparasite ou d’atopie. La protection (vestimentaire) à l’égard des insectes est souvent recommandée.

Les eczémas

Les différentes variétés d’eczéma (dermatite atopique [DA], eczéma de contact, eczéma nummulaire, dyshidrose…) représenteraient une part importante des motivations de consultation des enfants noirs, quels que soient les lieux et les époques [2]. Cependant, les difficultés nosologiques et les terminologies utilisées par les différents auteurs relativisent cette importance. Si en Europe la dermatite atopique est la première cause de consultations des enfants en dermatologie quelle que soit la couleur de la peau [2], les données disponibles en Afrique font plus état de la prépondérance des étiologies infectieuses [6]. Le concept d’une augmentation de la fréquence de DA avec le niveau de vie, le niveau d’industrialisation de l’environnement et la diminution des infections devrait prendre en compte les différences de préoccupation des patients et d’accès aux moyens diagnostiques. Sur le plan clinique, l’aspect des lésions ne diffère pas fondamentalement sur peau noire : vésicules suintantes puis placards plutôt pigmentés que franchement érythémateux, recouverts de squames, la lichénification est fréquente. La topographie des lésions est similaire (visage, cou, face antérieure des jambes, plis) (figure 3). Cependant, les critères diagnostiques habituels sont difficilement applicables chez l’enfant vivant en Afrique, du fait de la tendance à la sécheresse excessive de la peau [5] généralisée ou localisée qui doit faire discuter d’autres diagnostics tels les ezcématides, ou en raison de lésions de sudamina qui peuvent intéresser le visage ou les plis de flexion.

L’urticaire peut être de diagnostic difficile du fait de la difficulté de mise en évidence de l’érythème. C’est surtout l’aspect ortié des lésions (avec parfois un aspect en peau d’orange), la notion de mobilité des lésions et leur caractère prurigineux qui permettent le diagnostic. En milieu tropical les causes parasitaires sont fréquentes [5].

Les eczématides encore appelées dartres, sont des lésions très fréquemment rencontrées chez l’enfant africain. Il s’agit de plaques hypochromiques, discrètement squameuses, sèches, pouvant être prurigineuses et pouvant siéger sur toutes les régions du tégument. Ces lésions parfaitement bénignes doivent être connues du fait du diagnostic différentiel parfois difficile à faire avec la lèpre surtout au stade dit indéterminé de cette maladie. L’absence de trouble de la sensibilité, le caractère desquamatif des lésions et surtout l’évolution capricieuse sont les arguments qui orientent plutôt vers l’eczématide. L’association à une parasitose digestive est classiquement admise et le traitement fait appel à des émollients et au traitement antiparasitaire [1, 5].

Autres dermatoses

Facial Afro-Caribbean Childhood Eruption ou FACE

Il s’agit d’une dermatose faite de petites papules de couleur peau normale ou légèrement hypochromique regroupées électivement dans la région centrofaciale avec une prédominance périorificielle (figure 4). Cette affection semble plus fréquente sur peau noire et a été rapprochée des rosacées ou encore de la dermite périorale [5]. L’étiologie reste encore non élucidée (utilisation de corps gras) Ces lésions persistent souvent relativement longtemps avant de régresser spontanément. Les corticoïdes sont contre-indiqués.

La bourbouille ou le sudamina

Il s’agit de petites élevures inflammatoires plus ou moins prurigineuses survenant dans un contexte de sudation intense et brutale (fièvre, port de vêtements synthétiques en saison chaude et humide). Les lésions intéressent surtout les plis, le décolleté chez l’enfant. D’évolution habituellement bénigne, ces lésions ne doivent pas être confondues avec un eczéma, ce qui conduirait à une prescription inappropriée de corticoïde d’autant plus que la surinfection est fréquemment observée.

Les alopécies

Les alopécies peuvent être liées aux modes de coiffure souvent agressifs sur cheveux crépus. L’alopécie traumatique, dite de traction, est grossièrement triangulaire, siégeant au niveau des régions temporales (figure 5), rarement frontales. L’arrêt des manœuvres traumatiques permet habituellement la régression de l’alopécie s’il n’est pas trop tard [5].

Les kératodermies

Les formes acquises de kératodermies palmaires et/ou plantaire qui correspondent à une augmentation de l’épaisseur de la couche cornée à ces endroits, reconnaissent pour étiologie l’eczéma, les mycoses, le psoriasis ou peuvent être secondaires à des traumatismes répétés à la marche chez des enfants en milieu tropical. Elles comportent volontiers des fissures douloureuses. Les mesures de protection par le port de chaussures sont préconisées en association avec l’application de kératolytique.

Conclusion

La grande majorité des dermatoses observées chez l’enfant à peau noire ne diffère pas de celles observées chez l’enfant à peau blanche. Les troubles pigmentaires constituent avec l’influence de l’environnement, les principales causes de ces différences épidémiologiques et sémiologiques. Ainsi, la fréquence de la pathologie infectieuse est surtout liée aux conditions socio-économiques et à l’environnement climatique, de même que celles des dermatoses dites « immuno-allergiques ». Néanmoins, certains domaines tels que la cosmétologie sont importants à explorer du fait d’une particularité évidente chez le noir de la pigmentation mélanique marquée ou de la forme enroulée des cheveux. La connaissance de ces pathologies se justifie par les demandes en soins de plus en plus envisageable chez ces patients à phototype foncé, qu’ils soient vus au sud ou au nord.

Références

1 Mahe A, Prual A, Konate M, Bobin P. Skin diseases of children in Mali : a public health problem. Trans R Soc Trop Med Hyg 1995 ; 89 : 467-70.

2 Petit A. Les motifs de consultation : une approche de la dermatologie sur peau noire. Ann Dermatol Venereol 2006 ; 133 : 861-9.

3 Niamba P, Traoré A, Barro-Traoré F, Konaté Y. Pathologie dermatologique et environnement : Exemple d’un groupe de jeune fille d’un centre de formation en milieu rural au Burkina Faso. Burkina Médical 2005 ; 8 : 85-90.

4 Traoré A, Barro-Traoré F, Niamba P. L’impétigo chez l’enfant en milieu noir africain à Ouagadougou (Burkina Faso). Burkina Médical 2005 ; 8 : 75-80.

5 Mahe A. Dermatologie sur peau noire. Paris : Doin, 2000.

6 Mahe A, Cisse IA, Faye O, N’Diaye HT, Niamba P. Skin diseases in Bamako (Mali). Int J Dermatol 1998 ; 37 : 673-6.

7 Leung AK, Fong JH, Pinto-Rojas A. Pediculosis capitis. J Pediatr Health Care 2005 ; 19 : 369-73.


 

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