ARTICLE
Auteur(s) : Elie Martin
Union nationale des associations de parents d’enfants déficients
auditifs
Procédures complexes, difficultés de mise en place des MDPH, manque
de places dans les services de suite (SSEFIS1, SSESAD2,
SAAIS3) manque d’auxiliaires de vie
scolaire, la rentrée scolaire s’est avérée difficile pour de
nombreux enfants handicapés, dont les enfants sourds.
Les difficultés de mise en place des MDPH
C’est désormais la Maison départementale des personnes
handicapées4 qui examine les dossiers
traités auparavant par la Commission d’éducation spéciale5. Le moins que l’on puisse dire c’est que
les conditions de mise en œuvre de la nouvelle Loi Handicap rendent
difficiles l’application de ses préconisations sur le terrain.
Les MDPH mises en place progressivement depuis le 1er
janvier 2006, ont dû recruter et former du personnel à la hâte,
attendre la parution des décrets d’application, installer et
utiliser de nouveaux outils de gestion (logiciels), trouver des
locaux.
Dans de nombreux départements nos associations notent des
dysfonctionnements importants : insuffisance des moyens
d’accueil et d’information, difficultés de fonctionnement des
équipes de la CDAPH6, pour les
adultes fonds départemental non opérationnel (ce fonds ne
s’applique pour l’instant pas aux enfants, dans la mesure où la
PCH7 pour eux ne prendra effet qu’en
2007), absence de procédure d’urgence. La longueur de traitement
des dossiers entraîne des retards, quand ce n’est des ruptures dans
les notifications d’orientation ou attribution d’AEEH8.
En ce qui concerne plus particulièrement la CDAPH « secteur
adultes », les équipes pluridisciplinaires dévolues à
l’évaluation des personnes sont en majorité constituées de
personnel médical (médecins, infirmières), oblitérant ainsi de fait
une vision plus sociale du projet de vie de la personne. Celui-ci
n’est alors pas toujours respecté dans sa globalité
puisqu’uniquement considéré sous un angle « santé ».
Est-ce de fait ou non, mais sont souvent constatées sur le terrain
des inégalités de traitement ?
On peut regretter qu’une période de transition n’ait pas été
organisée pour faciliter le passage entre l’ancienne et la nouvelle
loi, afin de permettre une véritable concertation entre l’État et
les Conseils généraux. Il est également à déplorer que les
associations de personnes handicapées et de parents d’enfants
handicapés n’aient pas toujours été réellement concertées pour la
mise en place des MDPH. Quand elles l’ont été, ont-elles réellement
été écoutées ?
Projet personnalisé de scolarisation9 : une procédure complexe dans laquelle
les parents sont, au mieux, simplement consultés
La MDPH a l’obligation de rédiger un document précisant les
conditions de scolarisation. Le projet est à définir si possible
avant la rentrée scolaire. Aujourd’hui, ce sont les parents qui
doivent prendre l’initiative du projet de scolarisation et en
adresser la demande à la MDPH. L’enfant handicapé, à partir de
3 ans, n’ayant pas encore fait l’objet d’une décision de la
part de la MDPH doit être non seulement inscrit, mais aussi
effectivement accueilli, si ses parents le demandent, dans l’école
de son secteur. Celle-ci devient alors son établissement de
référence.
Si la famille a saisi la MDPH, il convient de réunir par
anticipation l’équipe éducative (composée de l’enseignant référent,
des enseignants et des membres du SSEFIS ou autre service qui
suivent éventuellement l’enfant). Cette équipe a pour objet de
concevoir les éléments précurseurs d’un PPS, de le transmettre (par
l’intermédiaire de l’enseignant référent) à l’équipe locale
pluridisciplinaire d’évaluation (ELPE) de la CDAPH Enfance. Par la
suite, l’équipe de suivi de la scolarisation (ESS), comprenant
obligatoirement l’élève – ou ses parents – sera amenée à faciliter
la mise en œuvre, évaluer et faire évoluer si besoin le PPS.
Si la famille n’a pas saisi la MDPH, et que les besoins sont
avérés, la démarche est la même, mais à l’initiative de
l’enseignant référent.
Après avoir reçu l’évaluation de l’ELPE, la Commission des
droits et de l’autonomie (CDAPH) valide donc le projet personnalisé
de scolarisation après avoir pris connaissance de l’avis de l’élève
ou de sa famille sur son – ou leur – projet d’orientation et/ou de
formation, élément du projet de vie.
En cas de désaccord avec une décision de la CDAPH, une mission
de conciliation peut être proposée. Si la conciliation n’aboutit
pas, les décisions prises à l’égard d’un enfant ou un adolescent
handicapé peuvent faire l’objet d’un recours par la famille devant
la juridiction du contentieux technique de la sécurité sociale.
Quelques questions
La procédure d’élaboration et de mise en œuvre d’un PPS est
complexe. Les responsabilités sont partagées entre différents
partenaires : la CDAPH et son équipe pluridisciplinaire,
l’enseignant référent, l’équipe éducative, les professionnels
spécialisés du handicap (SSEFIS, autres). Les parents seront-ils
associés aux travaux de l’équipe éducative qui a la charge de
préparer le pré-PPS ? Rappelons qu’ils ne sont pas associés à
l’élaboration du PPS par le CDAPH mais seulement destinataire du
document.
Les enseignants référents peuvent avoir en charge jusqu’à 300
dossiers. Comment gérer les réunions si on suit 300
dossiers ?
Toutes les interrogations que nous soulevions dans notre article
Éducation et parcours scolaire des jeunes sourds du 25 novembre
2005 restent d’actualité.
Après la décision de la CDAPH
Pour les enfants qui étaient déjà pris en charge (en intégration
avec suivi d’un service ou en établissement spécialisé), ils
doivent bénéficier – normalement – d’une reconduction des mesures
décidées par l’ex-CDES.
Pour le traitement des nouveaux dossiers, les délais d’attente
peuvent être très longs. En particulier pour les enfants qui font
l’objet d’une demande pour première prise en charge et ceux qui
souhaitent changer d’orientation. Une fois celle-ci prononcée par
la CDAPH, encore faut-il que l’établissement spécialisé ou le
service sollicité (SSEFIS) ait des places disponibles !
Question : que va-t-il se passer pour les milliers d’enfants
dont les décisions d’orientation sont actuellement en
attente ?
À propos des AVS
Concernant les enfants dont les parents souhaitent (souvent à
défaut d’une prise en charge plus complète) un accompagnement par
un AVS10 Éducation nationale, les
problèmes rencontrés à cette rentrée sont énormes : non
seulement l’Éducation nationale peine à recruter car le statut
proposé est précaire, sans aucune perspective de
professionnalisation et d’intégration dans le ministère, mais
certains rectorats ont tout simplement refusé les embauches.
Dans le cadre de ces emplois, deux volets de formation sont
prévus : un module d’adaptation à l’emploi de 60 heures,
obligatoire pour tous les AVS, et un crédit de formation de
200 heures. Mais quand on interroge sur le terrain les AVS ou
les familles, il semble que la réalité ne corresponde pas souvent à
la réglementation. La spécificité des handicaps est survolée,
compromettant ainsi largement la qualité du service rendu à
l’enfant.
Rappelons que ces AVS sont affectés à un enfant handicapé
(majoritairement à temps partiel et, dans de rares, cas à temps
complet) pour l’aider dans son intégration scolaire. Ils sont
recrutés au niveau Bac minimum et ont des contrats de 3 ans
renouvelables 2 fois. Ne pas les confondre avec les EVS (emploi vie
scolaire) qui sont des personnes destinées à aider le directeur
d’école dans des travaux purement administratifs, mais qui bien
souvent se voient attribuer le rôle et la fonction d’AVS, alors
qu’ils ne bénéficient pas des formations dispensées à ceux-ci. Les
ASEH (aides à la scolarisation d’enfants handicapés) sont affectés
dans une classe accueillant un enfant handicapé, en principe en
priorité en maternelle, mais de nombreux « glissements »
les affectent aujourd’hui jusque dans les lycées. Leur attribution
ne relève pas de la CDAPH. L’ASEH est recruté par l’inspecteur
d’académie, sans diplôme, avec un niveau CAP Petite enfance ou BEP
Carrières sanitaires et sociales, en contrat CAE (contrat
d’accompagnement vers l’emploi).
Dans tous les cas de figure, nous estimons que les emplois AVS
sont un palliatif et qu’ils ne doivent pas se substituer aux
emplois des professionnels de la surdité auprès des enfants et des
jeunes sourds et malentendants.
Que faire en cas de difficulté ?
Le manque d’AVS est un réel problème, leur déficit en formation
également. Le manque de places en SSEFIS en est un autre, largement
aussi grave.
Nous invitons toutes les familles concernées à contacter nos
associations qui pourront les conseiller et les accompagner dans
leurs démarches pour obtenir la reconnaissance de leurs droits et
les moyens nécessaires à la scolarisation de leurs enfants dans le
respect de leur choix d’éducation.
Remerciements
A toutes les personnes qui m’ont aidé à rédiger cet article :
Danièle, Florence, Françoise, Michel, Nicole, Sylvie.* Cet article a été précédemment publié le dimanche 15
octobre 2006 par Elie Martin sur le site de l’Union Nationale des
Associations de Parents d’Enfants Déficients Auditifs :
http://www.unapeda.asso.fr/1 SSEFIS :
Service de soutien à l’éducation familiale et à l’intégration
scolaire.2 SSESAD : Service de soin
et d’éducation à domicile.3 SAAIS :
Service d’aide à l’acquisition de l’Autonomie et à l’intégration
scolaire.4 MDPH : Maison
départementale des personnes handicapées.5
CDES : Commission départementale d’éducation spéciale.6 CDAPH : Commission des droits de
l’autonomie des personnes handicapées.10
AVS : assistant vie scolaire.7
PCH : prestation compensation du handicap.8 AEEH : allocation d’éducation de l’enfant
handicapé9 PPS : projet personnalisé
de scolarisation.
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