ARTICLE
Auteur(s) : Inès de
Montgolfier-Aubron1, Geanina Muresan1,
Catherine Renaud1, Valérie Biran-Mucignat2,
Marco Millones1, Francis Gold2
1Unité de néonatologie, Groupe hospitalier
Pitié-Salpêtrière, 47-83 boulevard de l’hôpital, 75651 Paris cedex
13. Fax : 01 42 17 84 32
2Service de néonatologie, Hôpital d’Enfants Armand
Trousseau, 26 avenue Arnold-Netter, 75571 Paris cedex 12
Pendant le premier mois de vie, la prise en charge du nouveau-né à
terme en pratique médicale courante est dominée par la surveillance
de la mise en route d’une alimentation confortable assurant une
croissance staturopondérale harmonieuse sans complication. Cet
article a pour propos de donner quelques guides de la mise en route
et de la surveillance de la « vie digestive » du
nouveau-né. Il aborde dans une première partie le maniement des
laits infantiles, l’allaitement faisant l’objet d’un article
distinct dans le présent numéro. La deuxième partie est consacrée
aux troubles digestifs mineurs qui sont une plainte parentale
fréquente en période néonatale et la dernière traite des
principales embûches ; perte de poids, déshydratation et
occlusion néonatale, reflux gastro-œsophagien et oesophagite dont
la prise en charge répond le plus souvent à des connaissances
précises.
Quel lait choisir lorsque le nouveau-né n’est pas
allaité ?
Lorsque l’allaitement maternel n’est pas souhaité, impossible ou
insuffisant le recours à un lait infantile s’impose et s’ouvre
alors la question du choix de la formule parmi les centaines
disponibles.
Toutes les formules pour nourrisson obéissent aux dispositions
réglementaires européennes datant de 1991 et 1996 qui s’inscrivent
dans une fourchette très large. Elles se distinguent entre elles
par : l’apport protéique, le rapport caséines/protéines
solubles en particulier ; la nature et la quantité de sucre
apportées, notamment le lactose ; la teneur en amidon, en
caroube ; l’adjonction de pré- ou probiotiques. Certaines sont
uniquement disponibles en pharmacie tandis que les autres
alimentent le rayon de la nutrition infantile des grandes surfaces
pour la plus grande confusion des parents. Les pédiatres doivent
alors se tenir informés régulièrement des laits mis à disposition
du public et rappeler aux parents que le choix d’un lait n’est pas
anodin en déconseillant le « nomadisme
nutritionnel ».
Chaque firme présente une gamme plus ou moins complète de
produits utilisables chez le nouveau-né dont chacun présente des
spécificités non superposables d’une firme à l’autre, ce qui rend
leur classification difficile. Certains laits contiennent par
exemple à la fois des prébiotiques et un épaississant. Néanmoins,
en se référant aux grandes familles d’indications existantes, on
peut distinguer les groupes de formule suivants :
- 1. Les laits pour nouveau-né prématuré ou de faible
poids de naissance.Ils permettent un gain pondéral plus rapide et
pourraient participer au développement neurosensoriel lorsqu’ils
sont enrichis en acides gras polyinsaturés à chaîne longue
(AGPI-CL).
- 2. Les laits hypoallergéniques (HA).Les laits
hypoallergéniques dont les protéines sont partiellement hydrolysées
conservent une indication dans la prévention des allergies chez les
nouveau-nés dont deux parents ou un parent et un membre de la
fratrie ont des antécédents de dermatite atopique, allergie
alimentaire, asthme ou rhinite allergique. Mais cette formule doit
alors être utilisée à l’exclusion de toute autre pendant
4-6 mois et en association avec les autres mesures de
prévention de l’allergie telles que l’éviction des acariens,
du contact précoce avec les animaux à poils longs, du tabac, des
infections respiratoires, l’utilisation de produits cosmétiques
hypoallergéniques (exclusion de l’huile d’amande douce), etc. [1,
2].
- 3. Les laits anti-reflux, épaissis à l’amidon de riz ou
à la caroube (AR).
- 4. Les hydrolysats de protéines.
- 5. Les laits pour nourrisson standard.
- 6. Les formules, épaissies à l’amidon de maïs ou
acidifées à l’aide de ferments lactiques ou contenant des pré- ou
des probiotiques.Ces formules participeraient à la régulation ou à
la prévention des problèmes digestifs des nouveau-nés mais il n’a
pas été fourni de preuve scientifique de leur efficacité [3-5]. Une
prévention de l’atopie par les probiotiques est en cours d’étude
[6]. Les probiotiques ne sont pas conseillés dans les troubles
digestifs avec lésion de la muqueuse (risque de
translocation) ; ni les prébiotiques dans les cas de déficit
immunitaire.
- 7. Les formules à teneur appauvrie en protéine.La
diminution du taux de protéine dans le lait industriel en assurant
un aminogramme comparable à celui du lait de femme constitue un
nouveau type de formule. La croissance obtenue est satisfaisante,
elle pourrait prévenir la survenue de l’obésité et différer le
déclin physiologique de la fonction rénale à l’âge adulte [7,
8].
- 8. Les formules au soja.
Les préparations pour nourrissons à base de protéines de soja ne
contiennent ni lactose, ni gluten, ni protéine de lait de vache.
Elles sont utilisables dans les familles végétaliennes et dans les
intolérances au lactose mais ne conviennent pas en cas d’allergie
aux protéines de lait de vache en première intention, ni dans la
prévention des allergies, ni dans les coliques [9].
Les laits à faible teneur en lactose et dont les protéines sont
partiellement hydrolysées destinées aux nourrissons ayant présenté
une diarrhée n’ont pas d’indication chez le nouveau-né.
En pratique, le choix du lait est simple en maternité :
lait pour prématuré pour les hypotrophes ou les prématurés, formule
standard pour les autres. À ce niveau, la proposition d’un lait HA
ou appauvri en protéines est suspendue aux antécédents familiaux,
aux conditions économiques de la famille et aux résultats d’études
scientifiques encore controversées.
L’alimentation sera ensuite adaptée aux éventuels troubles
digestifs : lait épaissi voire anti-régurgitation en cas de
prépondérance d’un reflux, laits acidifiés ou contenant des pré- ou
probiotiques en cas de colique, de ballonnement ou de constipation,
lait « riche en lactose » en cas de constipation
[10].
La place de ces laits dans la prise en charge des pathologies
digestives du nouveau-né sera discutée dans la suite de cet
article, elle est résumée dans le tableau 1( Tableau 1 ).
Toutes les formules commercialisées en France se reconstituent
avec une cuillère arasée dans 30 ml d’eau. La quantité à
administrer est de 60 à 200 mL/kg/j en fonction de l’âge
post-natal, du terme et de la trophicité. Une attitude à la demande
est le plus souvent bien tolérée par les nouveau-nés. Lors de la
sortie de maternité, on peut proposer de mettre à disposition du
bébé 6 biberons de 90 mL par jour. La surveillance de l’état
général de l’enfant et de sa courbe de poids permettra l’ajustement
progressif.
Tableau 1 Une classification des laits pour nourrisson
et principales indications
|
Disponible uniquement en pharmacie
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- Lait pour prématuré ou enfant de petit poids de naissance ou lait
« PRE »
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- • Prématuré
- • Hypotrophe
- • Prise des biberons difficile (hypotonie, fente)
- • Pertes caloriques majorées (pathologie pulmonaire
chronique…)
|
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- Aliment diététique à base d’hydrolysat poussé de protéine ou
« Hydrolysat »
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- • Allergie aux protéines du lait de vache
- • Colite hémorragique Entérocolite
- • Diarrhée aiguë
|
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- Lait hypoallergénique ou lait « HA »
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• Terrain atopique familial sévère
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- Lait antirégurgitation ou lait « AR »
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• Reflux gastro-oesophagien
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Également disponible en grandes surfaces
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- Lait standard
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• Tout nouveau-né à terme
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- - Laits acidifiés
- - Laits supplémentés en pro ou prébiotiques
- - Lait épaissi
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• Troubles digestifs fonctionnels mineurs
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- Lait à faible teneur protéique
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- • Sevrage de l’allaitement maternel
- • Insuffisance rénale modérée
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- Lait de Soja
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• Famille végétalienne
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Le transit du nouveau-né et les coliques
Le transit du nouveau-né normal à terme se met en route après la
naissance, débutant par l’émission du méconium dans les 24 à 36
premières heures de vie. Les selles se modifient progressivement
pour être jaunes à partir de 4 jours de vie. Chez l’enfant au
sein, on peut observer une selle par tétée. Au biberon, le transit
est en moyenne de 4 selles par jour, molles, écrasées dans la
couche, faiblement odorantes.
Constipation chez un nouveau-né
La définition de la constipation n’est pas claire chez le
nouveau-né tant le transit est variable selon le type
d’alimentation. Simplement, le terme de constipation est retenu
lorsque les selles sont rares et dures.
La constipation représente environ 3 % des motifs de
consultation du tout-petit et concerne entre 5 et 10 % des
nouveau-nés [11]. Lors de l’allaitement maternel, la « fausse
constipation au lait de femme » est possible et normale,
l’enfant ne se plaint d’aucun trouble et grossit régulièrement, les
selles sont d’aspect normal, seule la maman est inquiète et il est
facile de la rassurer [12].
À la suite de l’examen clinique, on distingue la constipation
isolée, le plus souvent fonctionnelle, et celle associée à une
mauvaise prise de poids, un ballonnement voir des vomissements,
plus volontiers organiques.
Dans les formes isolées, un discours rassurant et la
modification éventuelle du régime permettent dans la majeure partie
des cas un retour à la normale. La reconstitution du lait avec de
l’eau minérale riche en sels minéraux (Hepar®) à hauteur
du tiers ou de la moitié des apports maximum est souvent efficace
mais potentiellement dangereuse (hypophosphatémie et hypocalcémie
secondaire à l’intoxication par les sels de magnésium) et moins
commode que le choix d’une formule adaptée « transit »
disponible en grande surface [13]. Les traitements laxatifs n’ont
pas leur place en période néonatale et l’utilisation de lavements
ou de suppositoires de glycérine doit rester exceptionnelle.
Si la constipation est associée à une prise de poids
insuffisante ou absente, il faut évoquer une carence d’apport ou
une erreur de reconstitution.
Dans de rares cas, des antécédents familiaux d’atopie ou une
amélioration sous hydrolysat de protéine (voir lait de soja choisi
par la famille) pourront faire évoquer une forme atypique
d’allergie aux protéines du lait de vache (APLV) à confirmer
[14].
Enfin, une constipation et un ballonnement parfois intermittent,
voire un vomissement, et une mauvaise croissance, a fortiori si la
stimulation anale entraîne une débâcle, doivent faire craindre une
organicité. Les diagnostics principaux sont alors la sténose
colique, la maladie de Hirschsprung, la mucoviscidose [15]. Toute
suspicion de constipation organique en période néonatale nécessite
le recours à un avis spécialisé.
Dans tous les cas, une constipation ne doit pas être négligée
car même chez le nouveau-né, et surtout s’il existe des antécédents
familiaux, le risque de constipation fonctionnelle secondaire par
auto-aggravation est important [16].
Diarrhée chez un nouveau-né
L’augmentation du nombre de selles pendant le premier mois de vie
et la modification de leur aspect (liquide, glaireux, sanglant)
posent le diagnostic de diarrhée. Il faut bien la distinguer dès
l’interrogatoire des selles fréquentes, prandiales, liquides et
grumeleuses des nouveau-nés au sein qui sont normales.
Le pronostic de la diarrhée est fonction de l’importance de
l’hydratation et donc suspendu à la surveillance du poids, et de
l’évolution à craindre vers la diarrhée rebelle. Toute mauvaise
tolérance, hyperthermie, vomissements répétés et signes de
déshydratation imposent une hospitalisation.
En dehors de ces cas, l’interrogatoire et les examens
complémentaires recherchent une cause évidente : exogène
par changement de régime, accélération du cycle entéro-hépatique
sous photothérapie, administration de fer, de laxatif ; ou
endogène bactérienne ou virale (épidémie familiale). L’ APLV et les
autres causes sont plus rares (intolérances aux sucres,
mucoviscidose) [17, 18].
La prise en charge repose sur la poursuite de l’allaitement
lorsqu’il est en cours et/ou l’apport d’un soluté de réhydratation,
particulièrement chez l’enfant au biberon. Les solutés de
réhydratation ne sont utilisés de façon exclusive que quelques
heures. Le risque élevé d’intolérance au lactose entraînant un
syndrome post-diarrhéique chez les très jeunes nourrissons, oriente
le choix du lait vers une préparation d’hydrolysat de protéines
appauvrie en lactose, lorsqu’il n’est pas allaité. Poursuivie
pendant deux à trois semaines maximum, elle sera ensuite relayée
par le lait antérieur. Les formules de lait contenant un
probiotique semblent accélérer la guérison des diarrhées du
nourrisson mais les effets en période néonatale ne sont pas connus
[19, 20].
Il n’y a pas de place chez le nouveau-né pour les ralentisseurs
de transit, les antisécrétoires ou le Tiorfan®. Les
antibiotiques sont réservés à des situations particulières avec
hyperthermie, altération de l’état général et concernent alors le
plus souvent des infections à salmonelles.
Coliques du nouveau-né, le plus grand des petits tracas
La définition des coliques, proposée par Wessel en 1954, fait
toujours référence : c’est la règle des 3. Le diagnostic de
colique est retenu quand un nourrisson par ailleurs bien portant,
présente une irritabilité, une agitation ou des pleurs au moins
trois heures par jour, au moins trois jours par semaines, pendant
au moins trois semaines [21]. Ces signes apparaissent tôt
habituellement à partir de la 2e ou 3e
semaine de vie (exceptionnellement durant le séjour en maternité)
et disparaissent à l’âge de 3-4 mois. La répartition est identique
chez les filles et les garçons. En pratique, ces crises s’associent
en général à des troubles intestinaux fonctionnels (gaz,
éructations, selles anormalement fréquentes, vomissements ou
régurgitations) et prédominent le soir.
C’est une situation transitoire, sans risque de mortalité et qui
n’interfère pas avec la croissance de l’enfant. Cependant elle est
extrêmement fréquente (15-80 % selon que l’on considère les
plaintes maternelles ou la définition de Wessel), semble en
augmentation et génère une anxiété familiale importante pouvant
conduire à des comportements inadaptés et des séquelles somatiques.
Ceux-ci sont à l’origine de sentiments d’incompétence, de discordes
familiales et d’excès de maltraitance. Aussi la littérature
est-elle très abondante sur le sujet.
Les nombreuses études ont échoué à mettre en évidence des
facteurs de risque universels et l’origine est probablement
multifactorielle (phase normale du développement, immaturité ou
déficit enzymatique en particulier lactasique, flore intestinale
non stabilisée…).
La prise en charge de la triade parents-enfant consultant pour
des coliques doit s’appliquer à apaiser la situation. La colique
restant un diagnostic d’élimination, il faut s’assurer de la
normalité de l’examen clinique et de la croissance
staturo-pondérale. Exceptionnellement, les antécédents familiaux ou
des signes associés peuvent faire évoquer un reflux, une
œsophagite, une intolérance au lactose, une allergie aux protéines
du lait de vache (APLV), un point d’appel douloureux extradigestif
(fracture, hématome, érythème fessier). L’interrogatoire recherche
une alimentation inadaptée, une erreur de reconstitution.
L’évolution des coliques est spontanément favorable vers
3-4 mois et le pédiatre le plus efficace sera donc celui que
les parents viendront consulter après avoir vu deux ou trois
confrères sans succès, vers… 3-4 mois. En attendant, aucun
traitement (Debridat®, Spasfon®,
Calmosine®…) n’a fait scientifiquement la preuve de son
efficacité. Rassurer sur la bonne santé de l’enfant et la
compétence des parents, tenter une réorganisation des soins à
l’enfant (bain en fin de journée, promenade, massage), proposer une
nouvelle formule de lait (stimuler l’activité lactasique, diminuer
la production de gaz), pour certains enfants prescrire un
antalgique (paracétamol), participeront au bien être de l’enfant,
seront spectaculaires dans un petit nombre de cas mais permettront
surtout d’accompagner les parents dans ces premières difficultés
avec leur enfant [5].
Vomissements du nouveau-né
Les causes médicales de vomissements sont nombreuses et
variées : erreur de régime, intoxication ou sevrage
médicamenteux, cause métabolique ou endocrinienne, allergique,
infectieuse, neurologique (hypertension intracrânienne), sang
maternel digéré (crevasses du sein) lors de vomissements sanglants
[22]. Elles ne seront pas détaillées ici.
Vomissements bilieux et occlusions néonatales
Lorsque les vomissements sont verts, ils orientent vers un obstacle
sous-vatérien et imposent une prise en charge rapide et
adaptée : dans plus d’un tiers des cas une intervention
chirurgicale sera nécessaire [23] (tableau 2( Tableau 2 )).
L’occlusion néonatale a pu être suspectée en anténatal sur
trois signes associés ou non : un hydramnios, une dilatation
intestinale persistante (double bulle caractéristique d’un obstacle
duodénal, dilatation du grêle évoquant une atrésie) ou une
hyperéchogénicité du grêle.
Si le diagnostic n’a pas été suspecté en anténatal,
l’association plus ou moins complète de vomissements bilieux, d’un
ballonnement abdominal et d’anomalies du transit dans les premières
heures de vie, alerte. Il faut alors, suspendre l’alimentation
entérale, poser une sonde gastrique pour aspirer régulièrement
l’estomac, perfuser l’enfant, réaliser une radiographie de
l’abdomen sans préparation en décubitus dorsal, rayon vertical et
si possible de profil rayon horizontal, avant de demander un avis
spécialisé en chirurgie viscérale pédiatrique.
Normalement, la répartition des gaz doit être harmonieuse et de
l’air présent dans le rectum au plus tard 6-8 heures après la
naissance. La présence d’air dans le rectum peut être
artificiellement causée par une prise de température rectale ou
l’utilisation d’une sonde rectale, qui doivent être soigneusement
évitées avant le cliché. La lecture du cliché recherche des
dilatations mais aussi, des calcifications péritonéales signant la
péritonite péritonéale ou un pneumopéritoine. L’absence totale
d’aération en cas d’obstacle complet, un pneumopéritoine ou un
tableau de péritonite imposent une intervention en urgence sans
exploration digestive complémentaire.
L’occlusion haute est révélée par des vomissements bilieux
précoces, un abdomen plat, tandis que le méconium peut être
normalement émis. Elle peut révéler une atrésie duodénale
(fréquemment associée à des anomalies chromosomiques, rénales,
cardiaques, etc.), une atrésie jéjunale... La crainte est le
volvulus du grêle sur mésentère commun qui constitue une urgence
chirurgicale pour préserver le grêle d’une ischémie.
Lorsque l’obstacle est incomplet (l’ASP montre une aération du
grêle d’aval), le TOGD doit être réalisé pour différencier le
volvulus du grêle sur mésentère commun et la sténose duodénale dont
l’intervention peut être différée si une aspiration gastrique est
mise en place [24].
L’occlusion basse se révèle par un abdomen généralement balloné.
Le méconium n’a pas été émis ou en faible quantité. Les
vomissements bilieux peuvent être tardifs et précédés de
vomissements alimentaires. L’ASP montre une dilatation globale du
tube digestif. Un lavement opaque est alors indiqué. Ce tableau
clinique évoque un iléus méconial, un obstacle iléal (atrésie ou
duplication), une occlusion fonctionnelle : maladie de
Hirschsprung , un bouchon méconial ou autres pathologies plus rares
(petit colon gauche ou hypothyroïdie), qui réalisent parfois un
tableau d’occlusion incomplète.
Le diagnostic de maladie de Hirschsprung peut être retardé après
le retour à la maison. Le lavement puis la biopsie à la sonde de
Noblett confirment la suspicion [25].
L’entérocolite ulcéronécrosante chez l’enfant à terme est rare
mais non exceptionnelle. Son tableau n’est pas différent de
l’enfant prématuré. Elle peut révéler une maladie de
Hirschsprung.
Tableau 2 Principales étiologies des vomissements verts
chez le nouveau-né à terme
|
Occlusions néonatales
|
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Duodénales
- • Atrésie, sténose
- • Volvulus sur anomalie de rotation mésentérique
- • Duplication duodénale
|
Grêliques
- • Atrésie, sténose
- • Bride congénitale
- • Iléus méconial
- • Duplication
- • Tumeurs
|
Coliques
- • Maladie de Hirschsprung
- • Petit côlon gauche
- • Bouchon méconial
|
- Péritonite
- Méconiale, bactérienne, perforation, biliaire
|
|
Entérocolite ulcéronécrosante
|
Vomissements récurrents et reflux gastro-œsophagie
Il convient tout d’abord d’éliminer les étiologies de vomissements
récurrents chez le nouveau-né avant de parler de reflux
gastro-œsophagien (RGO) primaire. Il faut vérifier l’absence
d’erreur diététique, d’un contexte ou d’anomalies cliniques
évocateurs d’infection, plus rarement d’insuffisance cardiaque
débutante ou de maladie métabolique.
La fréquence de l’APLV, d’environ 2 à 5 %, et sa
symptomatologie essentiellement digestive en période néonatale
doivent faire rechercher des antécédents d’atopie familiale devant
des vomissements fréquents. Un régime d’exclusion des protéines du
lait de vache peut alors justifier une visée diagnostique et
thérapeutique [26]. Les explorations allergologiques comportant
essentiellement des tests cutanés peuvent être envisagées dans un
deuxième temps.
La sténose du pylore est une situation chirurgicale bien
particulière. Le nouveau-né dont l’état général est conservé,
affamé et constipé présente vers 2-3 semaines des vomissements
de lait post-prandiaux, en jet. Le diagnostic peut se faire sur une
échographie du pylore demandée en urgence. Il peut être plus
difficile lorsqu’un traitement anti-reflux modifie la
symptomatologie ou lorsque le début des signes est plus
précoce.
Le reflux gastro-œsophagien, terme descriptif évoquant la
remontée involontaire du contenu gastrique dans l’œsophage, est un
processus fréquent chez le nouveau-né et le prématuré en rapport le
plus souvent avec des épisodes de relaxation transitoire du
sphincter inférieur de l’œsophage [27]. Son caractère pathologique
dépend de sa fréquence, de sa durée et de ses conséquences. Une
évaluation précise de la symptomatologie clinique permet de
rassurer l’entourage devant des régurgitations banales présentes
chez environ 50 % des nouveau-nés et de poser les indications
d’une prise en charge médicalisée devant un RGO compliqué.
Les signes évocateurs de RGO sont variables et peu spécifiques
et c’est souvent l’association de plusieurs d’entre eux qui oriente
les décisions thérapeutiques. De simples régurgitations diminuent
le plus souvent en utilisant un lait épaissi et en fractionnant les
tétées [28, 29]. Des rejets abondants à distance des tétées, un
mâchonnement inhabituel, des réveils fréquents pendant le sommeil
et une irritabilité justifient l’institution d’un traitement
médicamenteux par des prokinétiques (tableau 3( Tableau 3 )). Le Prépulsid®, dont les
indications sont devenues extrêmement limitées en raison des
troubles du rythme cardiaque observés, est institué uniquement en
milieu hospitalier sous surveillance électrocardiographique
étroite. Il faut connaître les associations médicamenteuses
contre-indiquées : Daktarin®, Nizoral®,
Triflucan®, macrolides, Prantal®,
Cordarone®… Le Bétanéchol® est très rarement
utilisé, le plus souvent après réalisation d’une manométrie.
Concernant le traitement postural, le proclive à 30° paraît peu
efficace et difficilement réalisable à domicile et le décubitus
latéral gauche diminue clairement le RGO chez le prématuré
hospitalisé mais n’a pas été étudié chez le nouveau-né à terme
[30]. Le décubitus dorsal reste donc la position de sommeil
recommandée pour la prévention de la mort subite du nourrisson, y
compris en cas de RGO.
L’apparition de complications à type de difficultés
d’alimentation, de ralentissement de la croissance pondérale ou la
persistance de la symptomatologie malgré un traitement par
prokinétiques peuvent nécessiter l’adjonction d’un médicament
antisecrétoire (tableau 4( Tableau 4 )).
Les IPP encore peu étudiés chez le nouveau-né [31], doivent être
utilisés en deuxième intention, si possible après la réalisation
d’une fibroscopie œsogastroduodénale pour évaluer la sévérité des
lésions oesophagiennes secondaires au RGO acide [32]. La durée du
traitement anti-acide ne devrait pas excéder 4 à 8 semaines.
Dans notre expérience, il semble préférable de diminuer
progressivement la posologie avant d’arrêter le traitement.
La survenue d’une hématémèse ou d’un malaise à type d’accès de
suffocation évocateur de fausse-route impose une consultation en
milieu hospitalier et la réalisation d’explorations
complémentaires.
Ces dernières années, les indications des examens
complémentaires dans le RGO ont été limitées à des situations
précises [33]. La ph-métrie œsophagienne sur 24 heures n’est
réalisée qu’en cas de manifestations extra-digestives de RGO (apnée
s’accompagnant parfois de cyanose ou de bradycardie). La
fibroscopie œsogastroduodénale, effectuée sous sédation ou
anesthésie générale, est indiquée en cas de suspicion d’œsophagite
(vomissements striés de sang, hématémèse, refus de téter persistant
malgré un traitement anti-reflux bien conduit, anémie carentielle
inexpliquée). Le transit œsogastroduodénal (TOGD) n’est justifié
qu’en cas de dysphagie ou de RGO rebelle faisant suspecter une
anomalie anatomique : hernie hiatale, malrotation intestinale,
compression extrinsèque de l’œsophage par un arc aortique anormal
[34]. Cet examen ainsi que la manométrie œsophagienne ;
l’impédancemétrie œsophagienne seront la plupart du temps prescrits
par le spécialiste auquel on fera appel devant un RGO sévère.
Tableau 3 Traitement prokinétique
|
Noms
|
Présentation
|
|
Prises/j
|
Effets secondaires
|
|
1 mL = 1 mg
|
0,8-1
|
3-4
|
Exceptionnels effets centraux
|
- Primperan®
- Métoclopramide
|
1 gtte = 0,1mg
|
0,4-0,8
|
4
|
Irritabilité
|
|
Somnolence
|
|
Sd extrapyramidal méthémoglobinémie
|
|
1 mL = 1 mg
|
0,8
|
3-4
|
Troubles du rythme
|
|
Allongement de QT
|
|
1 cp = 1mg
|
9 mg/m2/j
|
3
|
|
Tableau 4 Traitement antisécrétoire
|
Anti-H2
|
Présentation
|
|
|
Effets secondaires
|
- Raniplex®
- Azantac®
- Ranitidine
|
- 1 amp 2 mL = 50 mg
- 1 cp efferv = 75 mg
|
10-15
|
2
|
Bradycardies exceptionnelles
|
|
IPP*
|
|
|
|
|
|
1 gel = 10 mg
|
1-2
|
2
|
Pullulation microbienne intestinale
|
|
1 cp = 20 mg
|
2-4
|
2
|
|
Stagnation pondérale et déshydratation dans les premières
semaines de vie
Après une perte de poids habituelle dans les 3-4 premiers jours la
courbe de poids d’un nouveau-né à terme est régulièrement
ascendante, puis retrouve le poids de naissance vers J10 en
augmentant de 10-30 grammes par jour durant le premier mois. En cas
d’allaitement, de forte chaleur, de difficultés maternelles
suspectées ou avérées la surveillance pondérale doit être
rapprochée, objectivée par des pesées régulières, précises
reportées sur le carnet de santé. En dehors de ces cas et en
particulier chez la multipare nourrissant son enfant au biberon, un
premier contrôle du poids est souvent suffisant à un mois.
Lors de la découverte d’une stagnation pondérale, le plus
souvent fortuite, la prise en charge consiste dans un premier temps
à éliminer l’urgence d’une déshydratation qui peut justifier
d’emblée une hospitalisation et à débuter l’hydratation [35, 36].
La déshydratation est modérée si la perte de poids est < 5,
moyenne entre 5 et 10, sévère au-delà de 10 en pourcentage du poids
de référence. Dans ce dernier cas, l’hospitalisation rapide
s’impose, le pronostic vital est engagé lorsque la perte dépasse
les 15% du poids de référence, les séquelles neurologiques et
rénales possibles. Un bilan métabolique a minima permet de
confirmer qu’il s’agit le plus souvent d’une déshydratation avec
natrémie conservée ou augmentée (tableau 5( Tableau 5 )).
Dans la majorité des cas, la réhydratation orale représente la
meilleure solution et, sous réserve du contexte
socio-psychologique, l’hospitalisation n’est pas indiquée dans les
cas de déshydratation modérée. La réhydratation utilise des
solutions salées sucrées en vente libre en pharmacie. Elle débute à
100 mL/kg/j pendant les 6 premières heures puis les quantités sont
progressivement augmentées. Même en cas de déshydratation sévère,
en milieu hospitalier, la seule limitation de la réhydratation
orale tient à sa tolérance digestive (vomissements) qui est
généralement maîtrisée si le soluté est proposé en petits volumes
répétés (30 à 50 mL par prise).
En cas de déshydratation supérieure à 15%, de troubles
hémodynamiques, d’hypo- ou d’hyperthermie, de signes neurologiques
(convulsion, somnolence), d’argument biologique de gravité
(natrémie supérieure à 170 mmol/L, glycémie > 10 mmol/L, de base
déficit inférieur à 15, de troubles de l’hémostase, de septicémie,
la pose d’une à deux voies veineuses et le rapprochement vers une
unité de soins intensifs s’impose.
Dans un deuxième temps l’interrogatoire et l’examen recherchent
une explication, carence d’apport, difficultés d’ingestion ou excès
de perte.
La carence d’apport est la cause la plus fréquente de stagnation
pondérale lorsque celle-ci apparaît isolée. Sa prise en charge
devrait être avant tout préventive [37] (voir l’article traitant de
l’allaitement dans le présent numéro).
En cas d’allaitement, l’évaluation de l’allaitement devra être
précise [38]. En cas d’alimentation par biberon, les erreurs de
reconstitution sont toujours possibles, ainsi que les
rationnements. La prise en charge ambulatoire est souhaitable quand
l’hospitalisation n’est pas indiquée avec l’implication de tous les
intervenants (PMI, puéricultrices, sage-femme, HAD) [37].
La carence d’apport peut être due à des difficultés d’ingestion.
Elles peuvent être le fait d’une malformation (fente, glossoptose),
d’anomalies neurologiques, ou d’une prématurité modérée. Plus
rarement, il s’agit de la décompensation d’une pathologie
respiratoire ou cardiaque dont elles ne devraient pas être le mode
de révélation. L’alimentation a pu être correcte pendant les
premiers jours de vie puis insuffisante lorsque les quantités
nécessaires augmentent ou que la pathologie sous-jacente évolue.
Dans ces circonstances, le traitement étiologique est souvent
nécessaire, parallèlement, un meilleur gain pondéral est obtenu par
l’administration d’un lait plus calorique (lait PRE…), en cas
d’échec l’hospitalisation et le recours à une nutrition par sonde
sont nécessaires.
En dehors des situations évidentes de diarrhée et vomissements,
les excès de perte sont plus rares mais possibles :
mucoviscidose, polyurie par pathologie rénale, infection (urinaire
en particulier), hyperplasie des surrénales (tableau 5). La
stagnation pondérale n’est alors que rarement le seul point
d’appel.
Tableau 5 Principales étiologies des stagnations
pondérales ou déshydratation du nouveau-né à terme
|
Déshydratation avec oligurie
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Déshydratation sans oligurie
|
|
Carence d’apport
|
- • Allaitement insuffisant
- • Mauvaise reconstitution du lait artificiel
|
Causes rénales
|
- • Uropathie malformative
- • Tubulopathie congénitale ou acquise
|
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Pertes digestives
|
- • Diarrhée
- • Vomissements (sténose du pylore, occlusion néonatale, maladie
métabolique)
- • Troisième secteur non extériorisé
- • Mucoviscidose
|
Causes endocriniennes
|
• Hyperplasie congénitale des surrénales
|
|
Pertes extra-digestives
|
- • Hyperthermie
- • Brûlures
|
Causes iatrogènes
|
- • Surcharge osmotique (erreur diététique, mauvaise
reconstitution)
- • Diurétiques
|
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