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Pyélectasie : quelles explorations et quand ? Antibioprophylaxie ou non ?


Médecine thérapeutique / Pédiatrie. Volume 8, Numéro 5, 402-4, Septembre-Décembre 2005, Dossier


Résumé  

Auteur(s) : Stephen Lortat-Jacob , Service de chirurgie pédiatrique, Hôpital Necker Enfants Malades, 149 rue de Sèvres, 75015 Paris.

Résumé : La pyélectasie est une dilatation isolée et modérée du bassinet (<\; 12 mm) vue en échographie prénatale chez 1 à 4 % des fœtus. Après la naissance, la majorité des pyélectasies disparaît et ne relève d’aucune uropathie. Une minorité (1 à 15 %) correspond à une uropathie malformative, reflux vésico-urétéral ou syndrome de jonction (hydronéphrose) essentiellement. Les échographies post-natales doivent être réalisées à 8 jours, 1 mois et 6 mois pour dépister une l’évolution vers une hydronéphrose. Au-delà, la surveillance échographique n’est pas standardisée. La cystographie n’est pas systématique car la probabilité d’un reflux vésico-urétéral est faible. Elle est indiquée dans les cas où coexiste soit une dilatation urétérale soit une anomalie vésicale visibles sur l’échographie. La scintigraphie rénale n’est indiquée qu’après confirmation du diagnostic de reflux (s. DMSA) ou d’hydronéphrose (s. dynamique MAG3). Chez un nouveau-né porteur d’une pyélectasie isolée, l’antibioprophylaxie n’a pas d’indication systématique.

Mots-clés : pyélectasie, antibioprophylaxie, diagnostic prénatal

ARTICLE

Auteur(s) : Stephen Lortat-Jacob

Service de chirurgie pédiatrique, Hôpital Necker Enfants Malades, 149 rue de Sèvres, 75015 Paris

Les pédiatres sont régulièrement impliqués dans la prise en charge et le suivi de nouveau-nés porteurs d’une dilatation des voies urinaires dépistée lors de la surveillance échographique prénatale. Les dilatations les plus importantes orientent d’emblée vers un diagnostic d’uropathie justifiant un avis spécialisé. En revanche, les pyélectasies, dilatations modérées et isolées du bassinet, uni- ou bilatérales et souvent transitoires, ont une signification diagnostique équivoque, une minorité d’entre elles correspondant à une authentique uropathie. Le but de cette mise au point est de répondre aux questions du praticien qui prend en charge l’enfant nouveau-né avec ce diagnostic de pyélectasie : signification diagnostique, indications des explorations uroradiologiques, échographie, cystographie, scintigraphie, urographie, indication ou non à mettre ces nouveau-nés sous antibioprophylaxie ?

Critères diagnostics et signification d’une pyélectasie

La pyélectasie est définie par une dilatation isolée du bassinet sans dilatation urétérale ou calicielle, ni atteinte du parenchyme rénal. Le diamètre antéropostérieur du bassinet, mesure échographique fiable et reproductible, sert de critère diagnostic : chez le fœtus, 4-8 mm et 8-12 mm respectivement au 2e et au 3e trimestre et chez le nouveau-né 5-12 mm sont les mensurations consensuelles pour définir une pyélectasie [1-4]. La pyélectasie est fréquente chez le fœtus (0,8 à 4,5 % des grossesses) et concerne le plus souvent les fœtus de sexe masculin [5-9]. Une majorité de pyélectasie disparaît après la naissance, certaines persistent stables sans signification pathologique. Une minorité (1 à 15 %) correspondra à une authentique uropathie [3, 5, 7, 8, 10, 11] : un syndrome de jonction pyélo-urétéral (hydronéphrose) et un reflux vésico-urétéral principalement.

Explorations post-natales

Échographie

Il y a un consensus pour faire au minimum trois échographies, la première vers le 8e jour (plus tôt, elle risquerait d’être faussement rassurante), la seconde à 1 mois, puis à 3 ou 6 mois. L’augmentation de la dilatation pourra être aisément détectée par ces échographies pour confirmer un diagnostic de syndrome de jonction pyélo-urétéral évolutif. Les délais d’apparition secondaire de l’hydronéphrose, quelques semaines à plusieurs mois le plus souvent mais parfois plusieurs années, questionnent sur la fréquence et la durée de la surveillance échographique ultérieure. Une échographie annuelle jusqu’à l’âge de 5 ans est recommandée pour dépister à temps une aggravation asymptomatique. L’identification d’une artère rénale polaire inférieure (écho Doppler) croisant la jonction augmente significativement le risque de décompensation d’une pyélectasie simple en un syndrome de jonction obstructif et symptomatique.

La disparition de la pyélectasie ne permet pas d’exclure le diagnostic de reflux vésico-urétéral ni sa persistance de le confirmer : le diagnostic du reflux ne peut être affirmé ou infirmé sans un examen invasif, la cystographie.

Cystographie

L’indication de la cystographie est controversée en raison du caractère invasif de cet examen et de la faible probabilité de découvrir un reflux. Pour une majorité d’auteurs, la cystographie n’est pas indiquée à condition d’informer la famille de l’éventualité du reflux, des symptômes et de la conduite à tenir en cas d’infection [8, 11-13]. Cette attitude se fonde sur des arguments : la probabilité de reflux n’est que de 0,6 à 15 % [2, 5, 6, 8, 14, 15], c’est-à-dire proche de l’incidence générale du reflux chez l’enfant [16] ; l’intérêt d’un dépistage systématique du reflux est discutable lorsque le rein est normal en échographie, il s’agit de reflux de bas grades dont le risque de complications est faible et la probabilité de guérison élevée, et pour lesquels l’indication d’une prophylaxie systématique n’est pas validée [12] ; la corrélation entre mensurations du bassinet et reflux est faible [12, 14, 17-19]. Seule la constatation d’une dilatation urétérale et/ou de lésions du parenchyme rénal (écho structure, mensuration) a une valeur indicative suffisante de reflux pour justifier la cystographie.

Pour d’autres équipes, l’indication de la cystographie est posée en fonction du degré de la pyélectasie, diamètre du bassinet (d) avec des seuils non consensuels, d > 4 mm pour certains, d > 8 mm ou d > 10 mm pour d’autres [1, 11, 15, 20, 21]. Le bien-fondé de ces indications est discutable dans la mesure où l’échographie rénale post-natale ne montre plus de pyélectasie chez la majorité des nouveaux nés qui ont un reflux [2, 17, 22, 23].

Lorsque l’indication de la cystographie est confirmée, elle est réalisée au 2e mois. Certains préconisent d’attendre 6 mois, sous antibioprophylaxie, délai qui permettra à une majorité de reflux néonatals de disparaître [22].

Scintigraphie rénale

Elle n’est indiquée qu’après confirmation d’une uropathie : la scintigraphie dynamique MAG3 pour l’expertise fonctionnelle de référence d’un syndrome de jonction, au moment du constat d’une aggravation significative de la dilatation ; la scintigraphie DMSA dans le bilan des reflux sévères (grade > 3). Pratiquée avant toute complication infectieuse, elle identifie les lésions parenchymateuses malformatives significatives des reflux malformatifs sévères dont la probabilité de guérison spontanée est la plus faible [24, 25].

Urographie intraveineuse

Sauf cas particuliers et après avis spécialisé, l’urographie n’a pas d’indication.

Antibioprophylaxie

Bien que ses bénéfices ne soient pas totalement démontrés et que ses inconvénients comme l’émergence de germes résistants soient redoutés, la prophylaxie antibiotique est une pratique courante classiquement recommandée chez les enfants porteurs d’une uropathie à risque d’infection récidivante des voies urinaires supérieures. Il n’y a pas d’étude prospective démontrant son efficacité chez le nouveau-né porteur d’un reflux de bas grade ou d’une hydronéphrose simple jamais infectée [26, 27]. Dans les pyélectasies isolées, la probabilité d’uropathie à risque et de complication infectieuse étant faible, la prescription systématique d’une antibioprophylaxie n’est pas justifiée [12 13, 22]. Mais il n’y a pas, là encore, de consensus et beaucoup estiment qu’elle est encore indiquée jusqu’au résultat de la cystographie [11, 15, 20, 21].

La liste des produits utilisables chez le nouveau-né pour une antibioprophylaxie est limitée : céphalosporine de 1re génération et amoxicilline dès la naissance et triméthoprime-sulfaméthoxazol à partir du 3e mois. La posologie est une prise quotidienne de 25 % d’une dose thérapeutique habituelle. L’alternance de deux antibiotiques en cure d’un mois a été préconisée pour limiter le risque de sélection de germes résistants mais l’efficacité de cette mesure n’a pas été démontrée.

Références

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3 Ahmad G, Green P. Outcome of fetal pyelectasis diagnosed antenatally. J Obstet Gynaecol 2005 ; 25 : 119-22.

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5 Gloor JM, Ramsey PS, Ogburn Jr. PL, Danilenko-Dixon DR, DiMarco CS, Ramin KD. The association of isolated mild fetal hydronephrosis with postnatal vesicoureteral reflux. J Matern Fetal Neonatal Med 2002 ; 12 : 196-200.

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27 Williams GJ, Lee A, Craig JC. Long-term antibiotics for preventing recurrent urinary tract infection in children. Cochrane Database of systematic Reviews. 2003.


 

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