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Ictère en maternité et après la sortie


Médecine thérapeutique / Pédiatrie. Volume 8, Numéro 5, 333-8, Septembre-Décembre 2005, Dossier


Résumé  

Auteur(s) : Claire Boithias, Christine Castel, Laurence Foix-L’Helias, Florence Vitry, Michèle Vial , Service de réanimation néonatale, Hôpital Antoine Béclère, 157 rue de la Porte de Trivaux, 92140 Clamart. Fax : 01 45 37 46 38.

Résumé : L’ictère est une situation fréquente chez le nouveau-né à terme bien portant, accessible dans la quasi-totalité des cas à une prise en charge en maternité. La conduite à tenir est variable d’une équipe à l’autre, dépendant du recrutement, des normes du laboratoire, de l’organisation mise en place, du matériel disponible… Mais il existe des règles simples permettant une prise en charge adaptée et optimale : le dépistage par un bilirubinomètre transcutané (BTC), si possible de deuxième génération, la détermination d’une mesure seuil de BTC imposant un dosage de bilirubinémie, l’adoption d’une courbe d’indication de la photothérapie en fonction de la bilirubinémie et de l’âge post-natal, la surveillance adéquate de l’enfant sous photothérapie (température, hydratation, surveillance continue de la fréquence cardiorespiratoire). La recherche d’une hémolyse est fondamentale lors d’un ictère précoce, intense et/ou prolongé. Ceci permet de guider la surveillance immédiate (bilirubinémie répétée) et ultérieure (recherche d’une anémie). Les modalités d’utilisation de la photothérapie doivent aussi faire l’objet d’un protocole selon le matériel disponible et la gravité de l’ictère. En cas d’ictère sévère, le suivi des enfants est important et il appartient aussi au pédiatre de maternité de s’assurer qu’il est réalisé. L’allaitement maternel doit être encouragé et aidé pour éviter qu’une dénutrition et/ou une déshydratation n’aggrave un ictère préexistant. Enfin, en cas de sortie précoce, les situations à risque doivent être dépistées et la surveillance à domicile adaptée.

Mots-clés : ictère, bilirubinomètre, photothérapie, hémolyse, allaitement maternel

ARTICLE

Auteur(s) : Claire Boithias, Christine Castel, Laurence Foix-L’Helias, Florence Vitry, Michèle Vial

Service de réanimation néonatale, Hôpital Antoine Béclère, 157 rue de la Porte de Trivaux, 92140 Clamart. Fax : 01 45 37 46 38

La prise en charge de l’ictère en maternité est un problème quotidien puisqu’environ 60 % des nouveau-nés à terme et en bonne santé auront un ictère cliniquement visible [1], mais seuls 5 % d’entre eux relèveront d’un traitement. Le but de la prise en charge est de maintenir le taux de bilirubinémie en dessous d’un seuil critique pouvant induire une encéphalopathie hyperbilirubinémique dont l’expression majeure est l’ictère nucléaire. Le seuil communément admis se situe vers 335 à 350 μmole/L [2, 3], mais il existe des sensibilités individuelles très différentes à l’hyperbilirubinémie. De nombreux progrès tels qu’un meilleur suivi des grossesses et donc du dépistage de l’allo-immunisation Rhésus ou l’amélioration des appareils de photothérapie ont fait croire que l’ictère nucléaire était une pathologie du passé. Mais récemment des publications anglosaxones [4-6] ont rapporté un nombre croissant d’ictères nucléaires, y compris chez l’enfant à terme. Les raisons en sont probablement multiples, mais la principale semble être la généralisation des sorties très précoces avant H48 voir H24 sans réseau de soins corrects à domicile. D’autant plus que la prise en charge de l’ictère chez le nouveau-né à terme est loin d’être univoque entre les équipes comme le montre une étude de Hansen en 1996 [7].Actuellement en France, les hospitalisations plus longues des mères permettent une prise en charge de l’ictère en maternité, mais les durées de séjour ont aussi tendance à diminuer.La prise en charge en maternité inclut les modalités du dépistage, du bilan étiologique, du traitement et du suivi de l’enfant.

Dépistage de l’ictère en maternité

Un dépistage exhaustif de l’ictère est le premier élément de la prise en charge.

L’œil peut dépister l’existence d’un ictère cutanéomuqueux, mais il est peu discriminant pour apprécier la gravité de l’hyperbilirubinémie. De plus, l’existence d’un ictère est de diagnostic plus ou moins facile selon la couleur de la peau, une anémie ou une érythrose associées… Les bilirubinomètres transcutanés (BTC) apparus depuis une quinzaine d’années permettent un dépistage plus fiable et plus objectif de l’ictère.

Les différents BTC

  • La bilirubine étant un pigment jaune, elle absorbe plus la lumière bleue. Le facteur de réflexion globale d’une peau ictérique diminue donc pour les longueurs d’onde correspondant aux bleus (450 nm) [8].
  • Les premiers modèles (Minolta® JM101 et 102) donnaient un index plus ou moins bien corrélé au taux de bilirubinémie et ne permettaient pas un dépistage fiable chez les nouveau-nés de race noire.
  • Le Bilicheck® (spectRx Inc, États-Unis) de conception plus récente est capable de différencier les absorptions spectrales des principaux éléments cutanés (dont la mélanine) pouvant interférer avec celles de la bilirubine. Il peut donc être utilisé chez le nouveau-né de race noire [9]. Le résultat est donné en μmole/L ou mg/L. Sa fiabilité est bonne, voire très bonne, pour Rubaltelli et al. [10]. Mais la nécessité d’un consommable à usage unique et le surcoût que cela représente est un frein pour un dépistage systématique.
  • Un nouveau modèle (Bilimed®, Medick SA France) permet de pallier cet inconvénient car la mesure aussi fiable que celle du Bilicheck® se fait sans contact direct, donc sans consommable et sans faute d’asepsie [8].
  • Récemment est aussi apparue une nouvelle version du bilirubinomêtre Minolta® (JM103). Le résultat n’est plus donné en index mais en micromole/L. La mesure est facile et se fait sans consommable, mais en contact direct avec l’enfant. Pour Maisels et al. [11], la corrélation entre le taux sanguin et la mesure cutanée est très bonne. Seuls 2 % des enfants de race blanche ont une différence > 50 μmole/L. Chez les enfants de race noire, cette proportion est plus importante (17,4 %) mais toujours dans le sens d’une surestimation des mesures cutanées par rapport aux taux sanguins. Sanpavat et al. [12] retrouvent aussi une très bonne corrélation entre la mesure cutanée et le taux sanguin (différence : 13,09 + 28 μmole/L) mais avec une tendance plutôt à la sous-estimation par le BTC.

BTC et bilirubinémie

Les mesures transcutanées, surtout par les modèles de deuxième génération, permettent un dépistage fiable de l’ictère.

La substitution de la mesure transcutanée au dosage sanguin proposée par certains [10] pose toutefois deux problèmes : l’absence de trace écrite de la mesure, et une discordance toujours possible entre la mesure et la bilirubinémie.

Samantha et al. [13] ont retrouvé une discordance moyenne de 10,6 μmole/L, soit au maximum – 80 à + 60 μmole/L. Ils proposent donc 195 μmole/L comme mesure cutanée déterminante pour le dosage sanguin, la photothérapie étant pour eux prescrite à partir d’une bilirubinémie de 250 μmole/L. Cette attitude leur a permis de diminuer de 55 % les prélèvements sanguins.

Les appareils étant étalonnés par rapport à des laboratoires de référence, il n’est pas possible de les régler en fonction de son propre laboratoire. Il est donc important en cas de discordance de déterminer au sein de chaque service sa propre courbe de mesure au-delà de laquelle un dosage sanguin est prudent [10].

Actuellement, il semble donc licite de conseiller un dosage de bilirubine en cas de mesure transcutanée limite. Un seuil de 50 μmole/L en dessous du taux de bilirubinémie imposant la prescription de photothérapie pour l’âge pourrait être proposé [13].

L’absence de trace écrite de la mesure peut être un problème en cas d’accident secondaire sous photothérapie ou de complication neurologique de l’hyperbilirubinémie. La diffusion du Bilimed® avec mini-imprimante intégrée pourrait être intéressante [8].

Le moment du dépistage varie d’une équipe à l’autre. Tout le monde s’accorde pour effectuer cette mesure en cas d’ictère clinique, mais certains proposent aussi une mesure journalière et/ou une mesure systématique le jour de la sortie [14]. L’intérêt de la mesure systématique journalière est d’obtenir la cinétique de la progression de l’ictère.

Enfin, les structures assurant le suivi des nouveau-nés à la sortie de la maternité devraient disposer de ce matériel, comme le préconise d’ailleurs l’Anaes lors des sorties précoces [15].

Traitement par photothérapie

C’est actuellement le traitement de référence de l’ictère du nouveau-né. La photothérapie permet la transformation au niveau de la peau de la bilirubine non conjuguée plasmatique en métabolites solubles éliminés dans les urines. Plusieurs facteurs interviennent dans l’efficacité d’un appareil de photothérapie : l’énergie dispensée par la source lumineuse (irradiance) et la longueur d’onde de la lumière utilisée. Mais les modalités de traitement interviennent aussi, comme la distance entre l’enfant et la source lumineuse, la surface exposée et la durée d’exposition.

La longueur d’onde de la lumière utilisée est importante. En effet, une peau ictérique donc jaune est susceptible d’absorber plus facilement la lumière bleue (longueur d’onde 450 nm) [16]. La lumière bleue pose toutefois le problème de la surveillance de la couleur de l’enfant sous photothérapie et est très désagréable pour les soignants. La lumière verte, plus tolérable, pénètre plus profondément et serait susceptible d’interférer sur la liaison bilirubine-albumine. Ceci explique pourquoi la lumière blanche reste encore très utilisée.

Il existe trois niveaux de photothérapie selon l’irradiance [14] : les dispositifs en berceau ou maternisés (< 1 mW/cm2), la photothérapie classique (1 à 2 mW/cm2) et la photothérapie intensive (≥ 3 mW/cm2).

  • Les dispositifs en berceau avec fibres optiques ou tube fluorescent à lumière bleue (type Bilibed® Medela) ne dispensent la lumière que dans le dos mais au contact de l’enfant. Ils autorisent donc l’utilisation du BTC sur la face ventrale du bébé durant la photothérapie. Ils ont peu d’effet sur l’hydratation et la température de l’enfant [17] et ne nécessitent pas de monitorage ou de protection oculaire. Le seul problème est celui de leur efficacité car ces systèmes délivrent de faibles doses de lumière et le spectre des fibres optiques est peu efficace sur la bilirubine cutanée [18]. Une méta-analyse de la Cochrane Database [19] retrouve que l’efficacité de ces systèmes est supérieure à l’absence de traitement mais inférieure à celle de la photothérapie classique. Par contre, chez le prématuré, l’efficacité est la même que celle de la photothérapie conventionnelle. Ces dispositifs peuvent toutefois être utilisés en complément d’un système de photothérapie conventionnelle.
  • La photothérapie classique ou conventionnelle utilise une source lumineuse constituée de tubes (6 à 8), si possible de lumière bleue. Seule la face ventrale du bébé est placée sous photothérapie, mais l’efficacité peut être améliorée en augmentant la surface exposée avec un miroir placé sous l’enfant et un hamac translucide.
  • La photothérapie intensive, avec une irradiance plus élevée et une surface exposée plus importante et plus proche de la source lumineuse, est beaucoup plus efficace. Elle permet de baisser le taux de bilirubine totale de 20 % en moyenne en 4 heures [14], voire 30 % en 2 à 5 heures [16]. Son efficacité permet de limiter le recours à l’EST en cas d’hémolyse sévère.

Les modalités d’utilisation de la photothérapie sont très variables d’une équipe à l’autre.

  • L’efficacité de la photothérapie dépend certes des caractéristiques de l’appareil mais aussi des modalités d’utilisation : distance entre l’enfant et la source lumineuse, surface cutanée exposée et durée d’exposition.
  • La distance doit être inférieure à 50 cm [20], idéalement à moins de 20 à 30 cm. Ceci explique pourquoi les photothérapies par fibres optiques, moins efficaces que les tubes classiques mais placées au contact de l’enfant, diminuent aussi la bilirubinémie [18]. Dans les dispositifs de photothérapie intensive, l’enfant est placé très près de la source lumineuse et ceci contribue à la très grande efficacité de ces systèmes.
  • L’augmentation de la surface exposée est aussi un facteur de meilleure efficacité. L’enfant doit donc être placé nu, sans couche ni bonnet. L’utilisation d’un miroir ou de fibres optiques associée à la photothérapie conventionnelle permet d’augmenter la surface exposée, donc l’efficacité [14, 18].
  • La durée de la photothérapie est discutée. L’utilisation peut être continue sur 24 heures ou discontinue par séances plus ou moins longues (le plus souvent 4 à 8 heures). L’intérêt théorique de la photothérapie discontinue serait de permettre une ré-équilibration entre les taux sanguins et cutanés de la bilirubine lors de la phase d’arrêt et obtenir ainsi une meilleure efficacité du traitement. Pour Senders et al., la photothérapie simple, moins efficace, pourrait être utilisée en continu et la photothérapie intensive, permettant une baisse très rapide des taux cutanés, devrait être utilisée en séances discontinues de 4 à 8 heures [20]. Enfin lorsque la photothérapie est utilisée en alternative à l’EST lors d’hémolyse sévère, elle ne peut être qu’intensive et en continu.
  • Enfin, l’indication de la photothérapie en fonction du taux de bilirubine et de l’âge de l’enfant a fait l’objet de nombreuses courbes. Une des plus anciennes est celle de Cockington [21], encore utilisée par de nombreuses équipes. Le centre d’hémobiologie de l’hôpital Saint-Antoine a aussi proposé une courbe adaptée au matériel de photothérapie [20]. Plus récemment, l’Académie américaine de Pédiatrie a publié une courbe d’indication selon l’âge gestationnel (à terme et proche du terme) et les facteurs de risques associés [22]. Quoi qu’il en soit, il est certainement important au sein d’une équipe pédiatrique de maternité de déterminer une courbe de référence selon les normes de son laboratoire et les caractéristiques de son recrutement, afin d’homogénéiser les pratiques et de limiter les risques médico-légaux en cas d’accident.
  • Tous ces facteurs expliquent pourquoi les modalités ne peuvent être univoques. En dehors des ictères hémolytiques sévères où une efficacité maximale rapide est recherchée et où seule la photothérapie intensive et continue peut permettre de limiter le recours à EST, il ne peut exister de recommandations précises d’utilisation. Toutes les modalités sont possibles (photothérapie intensive d’emblée, association photothérapie simple et photothérapie par fibres optiques ou Bilibed® en berceau, photothérapie simple en sevrage de la photothérapie intensive pour limiter le phénomène de rebond…).

Les effets secondaires de la photothérapie sont à connaître car ils peuvent être source d’incident ou d’accident.

  • Il existe sous photothérapie un risque de déshydratation par augmentation des pertes hydriques cutanées [23] et un risque d’hyperthermie. Pezzati et al. [17] par exemple ont retrouvé une augmentation significative de la température cutanée avant et pendant une séance de photothérapie conventionnelle, y compris au niveau du dos, non exposé à la photothérapie. Ces deux risques imposent de surveiller la température pendant la photothérapie (en discontinu toutes les 2 à 3 heures au minimum, si possible en continu), et de veiller à une hydratation correcte des enfants notamment lors de l’allaitement maternel. Ces risques n’ont pas été mis en évidence lors de la photothérapie en berceau [17].
  • La prévention des risques oculaires (retrouvés chez l’animal mais non démontrés chez l’homme [20]) doit aussi se faire à l’aide de lunettes non rigides correctement fixées afin de ne pas risquer d’obstruer les narines de l’enfant.
  • Des malaises graves, voire des morts subites, sous photothérapie ont été décrits dans la littérature [24, 25]. Leur cause est probablement multifactorielle mais tous les effets secondaires décrits précédemment peuvent être incriminés (obstruction des voies aériennes supérieures par des lunettes rigides, hyperthermie, déshydratation). Tous ces éléments posent le problème de la surveillance continue de la fréquence cardiorespiratoire durant la photothérapie préconisée par certains [20].
  • La photothérapie rend aussi impossible l’utilisation du BTC dans les 9 à 12 heures [26] après son arrêt, voire 18 à 24 heures pour Tan et Dong [27]. Toutes les méthodes cherchant à occlure une zone cutanée pour permettre l’utilisation du BTC sous photothérapie n’ont pas fait preuve de leur fiabilité. Par contre, lors de la photothérapie en berceau, l’utilisation du BTC est possible sur la face ventrale de l’enfant.

Bilan d’un ictère en maternité

Lors d’un ictère en maternité, un bilan sanguin est à réaliser avec un double but : surveillance de l’hyperbilirubinémie pendant et après traitement par photothérapie, et bilan étiologique de l’ictère selon sa gravité.

Surveillance de l’hyperbilirubinémie

La décision de traitement par photothérapie doit être prise selon un taux de bilirubinémie interprété en fonction de l’âge gestationnel et postnatal de l’enfant.

Il se pose ensuite le problème de la fréquence des contrôles sanguins sous photothérapie, le BTC ne pouvant être utilisé. L’efficacité de la photothérapie intensive permet d’éviter les contrôles lors des séances. Pendant la photothérapie classique, les contrôles sanguins doivent être réalisés pour apprécier l’efficacité du traitement.

Après l’arrêt de la photothérapie, des contrôles sanguins sont nécessaires pour repérer les phénomènes de rebond. Ils sont plus fréquents avec la photothérapie intensive et en cas d’hémolyse. Ils peuvent se voir jusqu’à 48 à 72 heures après l’arrêt du traitement.

Il est aussi intéressant de surveiller la couleur des urines pour apprécier les possibilités de glycuroconjugaison de l’enfant.

Bilan étiologique d’un ictère, recherche d’une hémolyse

En maternité, chez l’enfant à terme bien portant, la principale étiologie est l’ictère physiologique. Dans la majorité des cas, il restera inférieur à 250 μmole/L lors du pic situé vers 72 heures de vie. Ainsi, un ictère précoce (< H24), élevé (> 300 μmole/L) ou prolongé (au-delà de 8-10 jours) doit faire rechercher une autre cause et en premier lieu une hémolyse.
  • Les hémolyses les plus fréquentes sont les allo-immunisations et le déficit en G6PD.Parmi les allo-immunisations, celles dans le système Rhésus sont actuellement dépistées dans la quasi-totalité des cas en période anténatale par la recherche des RAI maternelles et prises en charge dans des unités spécialisées.Les incompatibilités dans le système ABO sont par contre non exceptionnelles en maternité. Ceci justifie la détermination et du groupe sanguin du nouveau-né et du test de Coombs en cas d’ictère plus intense et/ou plus précoce que l’ictère physiologique classique (sauf peut-être pour les mères AB). Les incompatibilités dans le système ABO occasionnent des hémolyses généralement modérées pouvant être traitées en maternité, mais imposent une surveillance de la bilirubine (jusqu’à sa diminution spontanée) et du taux d’hémoglobine (jusqu’à la fin du premier mois) car certaines formes peuvent être sévères [20].Les anomalies enzymatiques de l’hémoglobine (et en premier lieu le déficit en G6PD) sont les autres causes pouvant être retrouvées en maternité devant un ictère intense et/ou prolongé. La fréquence du déficit en G6PD en France est globalement < 0,5% mais elle est d’environ 0,5 à 2,9 % en Europe du sud, 5 % au Maghreb et de 10 à 25 % en Afrique subsaharienne [28]. Il est donc important de la rechercher dans les populations originaires de ces pays. Le déficit en pyruvate kinase est beaucoup moins fréquent.
  • Les autres causes d’ictère sont plus rares en maternité (infection urinaire, hypothyroïdie, atteinte de la membrane érythrocytaire, fœtopathie à CMV, maladie métabolique…).

L’ictère lors de l’allaitement maternel a deux origines

L’ictère au lait de mère : il s’agit le plus souvent un ictère à bilirubine libre, prolongé au-delà de la troisième semaine de vie [29] chez un nouveau-né sain, dont la prise pondérale est correcte. Il serait lié à l’inhibition de la glycuroconjugaison, mais d’autres mécanismes enzymatiques ont été incriminés [30]. Sa physiopathologie reste mal connue. L’arrêt de l’allaitement est inutile. Il a été proposé le chauffage du lait, qui semble le plus souvent inutile.

L’ictère associé à une carence d’apport. Un allaitement maternel insuffisant et mal surveillé peut être à l’origine de troubles métaboliques sévères : déshydratation hypernatrémique [31, 32] et/ou hyperbilirubinémie [29]. L’aggravation de l’ictère chez le nouveau-né insuffisamment nourri au sein serait due à l’augmentation du cycle entérohépatique [29]. La déshydratation peut aussi aggraver l’hyperbilirubinémie. Cette insuffisance d’apports hydriques et/ou caloriques peut aggraver un ictère physiologique et/ou hémolytique avec le risque d’encéphalopathie hyperbilirubinémique [5]. La surveillance d’une mise en place correcte de l’allaitement est donc fondamentale.

Enfin, existent d’autres facteurs favorisant qui, associés entre eux ou avec une hémolyse, peuvent aggraver l’hyperbilirubinémie : hématome, céphalhématome, polyglobulie, AG aux limites du terme (35-37 semaines d’aménorrhée).

Bilan à distance d’un ictère

Il appartient aussi au pédiatre de maternité de s’assurer du devenir des enfants ayant eu une hyperbilirubinémie sévère. Un taux de bilirubinémie > 350 μmoles doit faire discuter une surveillance de l’enfant (contrôle de l’audition, surveillance neurologique).

La découverte d’une hémolyse impose de surveiller la NFS vers la fin du premier mois de vie.

Le diagnostic de déficit en G6PD doit faire l’objet d’une consultation spécialisée.

Sorties précoces de maternité et ictère

C’est une des explications de la recrudescence des ictères nucléaires aux États-Unis. La recherche de critères permettant de définir une sous-population de nouveau-nés bien portants à risque d’hyperbilirubinémie a été réalisée par Bhutani et al. en 1999 [33]. Selon ces auteurs, le taux de bilirubinémie le jour de la sortie permet de placer l’enfant en zone de risque élevé, intermédiaire ou faible d’hyperbilirubunémie. Ces courbes permettent d’adapter la conduite à tenir et la surveillance ultérieure (poursuite de l’hospitalisation, soins adaptés à domicile). Pour Alpay et al. [34], un taux de bilirubinémie ≥ 102 μmole/L est associé à un traitement par photothérapie dans la quasi-totalité des cas. Lors des réhospitalisations pour ictère après une sortie précoce de maternité, Geiger et al. [35] ne retrouvaient pas de durée de séjour différente (22,8 heures pour les enfants ictériques versus 23,3 heures pour les enfants contrôles). Par contre, ils retrouvaient une différence significative pour l’ethnie, la primiparité, la prématurité, l’allaitement maternel et la suspicion d’ictère avant la sortie.

La prise en charge à domicile doit non seulement permettre de surveiller l’ictère (si possible avec un BTC), mais aussi de soutenir l’allaitement maternel afin d’éviter qu’une déshydratation aggrave l’hyperbilirubinémie.

L’Académie américaine de Pédiatrie [22] a récemment résumé les situations à risques d’hyperbilirubinémie devant être recherchées avant d’autoriser une sortie précoce. Parmi elles, on relève : un ictère < H24, un âge gestationnel < 38 SA, un allaitement maternel exclusif, des antécédents familiaux d’ictère grave, une ethnie à risque de déficit en G6PD, des hématomes ou céphalhématomes…

Conclusion

L’ictère est une situation fréquente chez le nouveau-né à terme bien portant, accessible dans la quasi-totalité des cas à une prise en charge en maternité. La conduite à tenir est variable d’une équipe à l’autre, dépendant du recrutement, des normes du laboratoire, de l’organisation mise en place, du matériel disponible… Mais il existe des règles simples permettant une prise en charge adaptée et optimale : le dépistage par un BTC si possible de deuxième génération, la détermination d’une mesure seuil de BTC imposant un dosage de bilirubinémie, l’adoption d’une courbe d’indication de la photothérapie en fonction de la bilirubinémie et de l’âge post-natal, la surveillance adéquate de l’enfant sous photothérapie (température, hydratation, surveillance continue de la fréquence cardiorespiratoire). La recherche d’une hémolyse est fondamentale lors d’un ictère précoce, intense et/ou prolongé. Ceci permet de guider la surveillance immédiate (bilirubinémie répétée) et ultérieure (recherche d’une anémie). Les modalités d’utilisation de la photothérapie doivent aussi faire l’objet d’un protocole selon le matériel disponible et la gravité de l’ictère. En cas d’ictère sévère, le suivi des enfants est important et il appartient aussi au pédiatre de maternité de s’assurer qu’il est réalisé. L’allaitement maternel doit être encouragé et aidé pour éviter qu’une dénutrition et/ou une déshydratation n’aggrave un ictère préexistant. Enfin, en cas de sortie précoce, les situations à risque doivent être dépistées et la surveillance à domicile adaptée.

Remerciements

Nous tenons à remercier les pédiatres du groupe maternité du GEN-IF pour leurs conseils avisés (Dr Boissinot, Dr Boulley-Raison, Dr Gault, Dr Harvey, Dr Pacault, Dr de Mongolfier, Dr de Rancourt).

Références

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