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Suivi psychothérapeutique d’adolescents hospitalisés pour tentative de suicide |
Médecine thérapeutique / Pédiatrie. Volume 8, Numéro 2, 92-4, mars-avril 2005, Dossier
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Résumé
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Auteur(s) : Max Vaurette , Service de pédiatrie, Unité de médecine de l’adolescent, CHI de Créteil, 40, avenue de Verdun, 94010 Créteil Cedex. |
Résumé : L’unité de médecine reçoit, entre autres, des adolescents ayant fait une tentative de suicide. Cette hospitalisation nécessaire permet à l’équipe de mettre en place un projet thérapeutique qui sera proposé à chacune des familles. |
Mots-clés : équipe, projet thérapeutique, psychopathologie, entretiens, psychothérapie |
ARTICLE
Auteur(s) :, Max Vaurette*
Service de pédiatrie, Unité de médecine de l’adolescent, CHI de
Créteil, 40, avenue de Verdun, 94010 Créteil Cedex
« Si notre but continue d’être la verbalisation de la
conscience qui s’éveille, en fonction du transfert, c’est bien de
pratique psychanalytique qu’il s’agit. Sinon, nous sommes des
analystes pratiquant quelque chose d’autre que nous jugeons
appropriée à la situation. Et pourquoi pas ? »Maud
Mannoni
Dans le service de pédiatrie du CHI de Créteil, la collaboration
actuelle entre pédiatres, psychothérapeutes, pédopsychiatres a plus
de 40 ans d’âge !Pour les psychothérapeutes, à l’origine,
le débat battait son plein (sujet du désir, objet de la science,
possibilité de psychothérapies en institution, difficultés des
pédiatres à adresser aux « psys » à cause d’un trop
d’identification à l’enfant souffrant, etc.). Malgré
l’enthousiasme, le projet tenait du pari !Cette collaboration
a été favorisée par un nombre grandissant de pédiatres qui se sont
questionnés :
- – sur leurs motivations profondes ;
- – sur l’apport de la psychanalyse à la pédiatrie afin de
mieux « décrypter » les difficultés psychologiques de
leurs patients.
Beaucoup d’entre eux ont su quitter la place rassurante donnée par
la logique des maladies organiques. Ils ont su laisser ouvert
« l’énigmatique facteur psy » : c’est-à-dire,
l’histoire du sujet souffrant dans sa singularité.Ce n’est pas un
hasard si l’unité de médecine de l’adolescent d’aujourd’hui se
trouve dans ce service.Une équipe pluridisciplinaire y intervient
avec les pédiatres : éducateurs, assistante sociale,
pédopsychiatre, instituteur, infirmières, et deux psychologues,
tous deux psychothérapeutes. La responsable de l’unité est une
pédiatre.Bien sûr, tous les adolescents hospitalisés le sont sur
des critères médicaux :
- – maladies chroniques ;
- – tentatives de suicide ;
- – troubles des conduites alimentaires ;
- – plaintes somatiques ;
- – maltraitance…À tous ces jeunes, les pédiatres
demandent de rencontrer un « psy ».
Limitons cet article aux adolescents hospitalisés pour tentative de
suicide (TS).L’hospitalisation est généralement brève (la moyenne
est d’une semaine). Ce temps va permettre, et la surveillance
médicale, et un travail psychologique, sur la crise. La durée
empêche le patient de s’installer dans le « cocon
réparateur » qu’est l’hôpital.Loin de tous les conflits,
l’hôpital ne peut être un substitut durable. L’hospitalisation
brève permet une nécessaire inscription symbolique de cet
acte.L’équipe a conscience que les questions posées par l’acte ne
seront pas résolues par cette seule hospitalisation.Les
« psys » (pédopsychiatre, psychologues) rencontreront
plusieurs fois les adolescents. Ils savent que de la qualité de ces
entretiens dépendra, en partie, la suite que l’adolescent voudra
bien donner à son acte. Ces entretiens ont un but : repérer le
fonctionnement psychopathologique et la dynamique relationnelle,
afin d’avoir certains éléments pour le projet thérapeutique.Les
parents sont systématiquement vus plusieurs fois et associés dans
toutes les démarches concernant leur enfant.Lors de réunions
hebdomadaires de synthèse, l’histoire de chacun des adolescents
présents dans l’unité est abordée sous divers aspects :
médicaux, psychologiques et socio-éducatifs.Le recueil des données
montre que, fréquemment, l’acte est un événement dramatique parmi
d’autres (violence, échec, ruptures, psychopathologie des parents,
etc.).La plupart des adolescents qui arrivent dans l’unité suite à
une TS cherchent à fuir une situation vécue comme insupportable, ou
à lancer un appel pour « faire bouger quelqu’un ».Sous le
discours conscient, bien des choses peuvent plaider pour une cause
extérieure. L’équipe sait qu’il serait hasardeux de ne s’occuper
que des causes externes en délaissant les causes internes du sujet.
Les facteurs déclenchants, pris dans l’ordre de l’événementiel,
n’expliquent à eux seuls pas grand-chose de la TS ; ses
ressorts sont inconscients.L’acte traduit des conflits vécus comme
une impasse. Dans la vie du jeune, la TS est :
- – souvent la mise en acte d’une demande névrotique,
c’est-à-dire que la plainte exprime un désir insatisfait par
l’autre ;
- – quelques fois un passage à l’acte de type psychotique,
que ce soit par automatisme mental ou délire.
À la réunion se décident :
- – les signalements : abus sexuels, viols, incestes
ou autres maltraitances, en vue d’un placement et d’une séparation
du jeune d’avec sa famille ;
- – les orientations : pour chacun des adolescents
est discuté le projet thérapeutique que les médecins proposeront,
et à l’adolescent, et à sa famille (CMP, CMPP, services
hospitaliers de pédopsychiatrie, etc.).
À chacune des familles seront aussi donnés plusieurs rendez-vous
(pédiatre et consultant « psy ») pour voir comment évolue
cette proposition thérapeutique. Ces entretiens « après
sortie » sont un moment important. En effet, bien souvent, il
va être possible d’aborder les liens entre l’angoisse et le passage
à l’acte, ainsi que les bénéfices psychologiques de la TS. Ces
entretiens permettent souvent que soient posées des questions sur
le projet thérapeutique, et nombreuses sont les familles qui ne se
saisiront de l’offre qu’après ces entretiens…L’adolescent peut
rappeler l’unité, s’il rencontre des difficultés qui lui paraissent
insurmontables. Des rendez-vous éducatifs sont aussi
organisés.Certains seront suivis dans le service de consultation.
Des entretiens sont proposés avec les psychothérapeutes en vue d’un
suivi personnalisé, sans les parents. Cette proposition centre
d’emblée ces entretiens sur les causes internes, c’est-à-dire sur
son histoire et sur le vécu des conflits.Il est proposé à la
famille et à l’adolescent qu’ils continuent à voir un consultant
(dans le service c’est un pédopsychiatre ou un pédiatre). Il est en
effet difficile de suivre un adolescent sans tenir compte des
questions que se posent les parents, voire de leur véritable
détresse.L’idéal reste que les parents et leur adolescent acceptent
ces propositions dans leur totalité.Dans la réalité, bien des
parents vont tenter de bousculer le cadre proposé (coup de
téléphone en séance, contrôle de la présence aux entretiens, etc.).
Les adolescents, après une TS, sont placés sous la surveillance
inquiète des parents.Dans ce cas, il leur est demandé de reprendre
contact avec le consultant, afin de préserver le cadre proposé. Si
l’adolescent le souhaite, les parents peuvent aussi être reçus,
mais toujours en sa présence.Dans certaines familles, les parents
ne reprendront plus contact avec le consultant ; c’est le cas
si la famille pense que l’adolescent seul doit être suivi. Ceci
peut être vécu par le jeune comme « mes parents s’en
fichent » ; le risque étant la répétition, voire
l’aggravation, de l’acte.Les médecins de l’unité n’attendent donc
pas qu’une demande claire soit formulée par l’adolescent, mais ils
lui font une offre : rencontrer un psychothérapeute. Nombreux
sont ceux qui vont s’en saisir.Lors de ces premiers entretiens,
bien des adolescents se sentent détendus. L’acte effectué après une
période de désarroi et de souffrance, a provoqué un soulagement.
L’angoisse s’est dissipée. C’est le moment aussi où tout le monde
s’occupe de lui. Bien des adolescents disent qu’à ce moment-là, ils
se sont sentis aimés et entourés plus que jamais.Dans bien des
histoires, ce moment de calme sera temporaire…Après cette
expérience décrite comme un « bouleversement affectif »,
l’adolescent peut choisir une autre voie, c’est ce que lui
proposera le psychothérapeute.Au cours de ces premiers entretiens,
souvent l’adolescent n’aborde que le quotidien. Il souhaite venir
essentiellement pour qu’on entende sa souffrance… et bien souvent
pour menacer d’une récidive le psychothérapeute, qui en tient
compte pour proposer des entretiens plus rapprochés.Quelques-uns
peuvent déjà faire des associations : parler de tel événement
en relation avec un autre, et du vécu qu’ils ressentent. Cette
ébauche d’élaboration psychique peut amener certains adolescents à
comprendre l’intérêt de continuer.L’absence de réponses à ses
questions, l’absence de conseils, les font douter parfois de la
démarche thérapeutique. Néanmoins, beaucoup d’entre eux
continueront à venir.Après cette série d’entretiens, les
adolescents peuvent être d’accord pour poursuivre le travail
commencé, sous forme d’un contrat explicite avec le
psychothérapeute.Pour d’autres, ces entretiens seront prolongés,
ils permettent un « soutien psychologique » jusqu’à ce
que la demande de psychothérapie se mette en place.Tous ces jeunes
ne sont pas parmi les plus démunis, puisqu’ils ont su, et pu, se
saisir de l’offre qui leur a été proposée.Pour quelques-uns, le
cadre n’a pas fonctionné ; la structure psychopathologique est
probablement déjà fixée. Les risques de récidive sont possibles.
Dans ce cas, une autre prise en charge est à envisager.
Conclusion
L’unité a une ambition : écouter chaque adolescent dans sa
singularité. Ceci s’inscrit dans son projet thérapeutique.
C’est en tenant compte des résistances propres à chacun d’eux
qu’une phase de « dialogue » avec le psychothérapeute est
souvent nécessaire avant que se mette en place un contrat plus
exigeant.
L’adolescent pourra ainsi prendre appui sur sa propre plainte,
pour dépasser les obstacles vécus comme une impasse.
Remerciements
Merci au Docteur Corinne Amzallag, pédopsychiatre, et à ma collègue
Madame Manuela Romero, ainsi qu’à toute l’équipe de l’unité
Médecine de l’adolescent du CHI de Créteil.
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