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Modalités pratiques du traitement de la tuberculose chez l’enfant


Médecine thérapeutique / Pédiatrie. Volume 7, Numéro 2, 111-20, mars-avril 2004, Revue



Auteur(s) : Fouad Madhi , Service de pédiatrie, Centre hospitalier intercommunal, 40, avenue de Verdun, 94000 Créteil .

Mots-clés : infection latente, bithérapie, tuberculose, maladie, hépatotoxicité

ARTICLE

Auteur(s) : Fouad Madhi

Service de pédiatrie, Centre hospitalier intercommunal, 40, avenue de Verdun, 94000 Créteil

Les points forts 

• Le traitement standard d’une tuberculose-maladie de l’enfant, à bacille a priori sensible, comporte une trithérapie initiale de 2 mois, associant isoniazide (INH, 5 à 10 mg/kg avant 2 ans et 5 mg/kg après 2 ans), rifampicine (RIF, 10 mg/kg) et pyrazinamide (PZA, 20-30 mg/kg), et une deuxième phase de 4 mois associant INH et RIF.
• L’ethambutol (EMB, 15-20 mg/kg) n’est ajouté durant la phase initiale que dans les formes très bacillaires et/ou disséminées, ou encore en cas de résistance à l’INH prouvée ou hautement probable.
• Le traitement de choix d’une infection tuberculeuse latente est actuellement l’utilisation d’une bithérapie associant INH et RIF pour une durée de 3 mois.
• La survenue d’une hépatite clinique liée à l’INH est exceptionnelle chez l’enfant, le risque augmentant avec le nombre de drogues ajoutées. En pratique, une information claire et précise sur les signes cliniques d’hépatotoxicité doit être donnée aux familles et une surveillance clinique mensuelle est recommandée. Un monitoring systématique des enzymes hépatiques reste nécessaire, au moins le premier mois, en cas de mauvaise compréhension par les familles des signes de toxicité, ou en cas de cumulation de drogues hépatotoxiques (tuberculose-maladie). 

En France, la lutte antituberculeuse (LAT) repose sur 3 points essentiels : un diagnostic précoce, une prise en charge thérapeutique et un suivi adapté des tuberculoses maladies ; le dépistage, le traitement et le suivi des infections tuberculeuses latentes (ITL) ; et enfin une politique vaccinale antituberculeuse par le BCG.

Depuis les lois de décentralisation de 1983, la LAT est une mission qui relève des départements, l’État restant responsable du système de surveillance, de la coordination internationale et de l’élaboration des recommandations de bonnes pratiques.

La tuberculose est une maladie à déclaration obligatoire depuis 1964. Cette déclaration permet, au niveau national, de suivre l’évolution de la maladie et son épidémiologie dans les groupes à risque, au niveau départemental, d’orienter les actions de la LAT et de réaliser le dépistage des sujets contacts. Depuis 2003, l’infection tuberculeuse latente chez les enfants de moins de quinze ans est également à déclaration obligatoire. Les fiches de déclaration sont téléchargeables sur le site de l’InVS (Institut de Veille Sanitaire) au : http ://www.invs.santé.fr/.

Pour être efficace, un traitement antituberculeux doit répondre à plusieurs objectifs : être actif sur les bacilles intracellulaires, être bactéricide pour éviter la sélection de mutants et réduire la phase de contagiosité ; enfin permettre un pic sérique élevé pour mieux inhiber la multiplication des bacilles, naturellement lente. Pour toutes ces raisons, le traitement repose sur plusieurs antibiotiques administrés simultanément en une seule prise à jeun.

Les principaux antituberculeux utilisés (médicaments, posologie et effets secondaires)

Les médicaments les plus actifs contre la tuberculose sont l’isoniazide (INH), la rifampicine (RIF) et la pyrazinamide (PZA) ; l’ethambutol (EMB) et la streptomycine, moins efficaces, sont utilisés en association, le plus souvent dans la phase initiale du traitement.

Une combinaison de plusieurs substances bactéricides est systématiquement employée en début de traitement, de façon à empêcher l’émergence de souches résistantes parmi une concentration de bacilles importante, telle qu’on la rencontre dans les cas de tuberculose active. Si les micro-organismes sont sensibles aux médicaments administrés, on considère le plus souvent que le patient n’est plus contagieux après environ deux semaines de traitement.

Antituberculeux majeurs

Les différents antituberculeux utilisés, leur posologie, présentation, leurs effets secondaires sont résumés dans le tableau 1.

Tableau 1. Principaux antibiotiques utilisés dans le traitement de la tuberculose de l’enfant
Médicaments Posologie Présentation Effets secondaires Statut
Première ligne INH 5 à 10 mg/kg < 2 ans

5 mg/kg > 2 ans
Cp (50 mg/150 mg)

Solution 5 ml/500 mg
Hépatite
Cutané (rash, lupus,...)
Neuropathies périphériques
Commercialisé
Première ligne RIF 10 mg/kg Gélules (300 mg)

Sirop 100 mg/5 ml

Solution 10 ml/600 mg
Réactions immuno-allergiques

Hépatite

Douleurs abdominales

« Flu syndrome »

Inducteur enzymatique
Commercialisé
Première ligne EMB 15 mg/kg Cp sécables (400 mg)

Cp enrobés

(250/500 mg)
NORB

Neuropathies périphériques

Réactions cutanés
Commercialisé
Première ligne PZA 20 à 30 mg/kg Cp (500 mg) Réactions cutanés

Hépatite

Arthralgies

Anorexie, nausées
Commercialisé
Injectable Streptomycine 15 mg/kg Surdité, syndrome vestibulaire

Néphrotoxicité
ATU nominatif
Injectable Amikacine

Kanamycine

Capreomycine
15 mg/kg

15 mg/kg

15 mg/kg
Réserve hospitalière

ATU

ATU
2e ligne Levofloxacine 10-20 mg/kg Cp (500 mg) Tendinopathie, arthralgies

Douleurs abdominales

Céphalées, anxiété

Syndrome confusionnel

Hépatite, diarrhée, mycose
Pas d’AMM tuberculose
2e ligne Moxifloxacine 10 mg/kg Cp (400 mg) Pas d’AMM tuberculose
2e ligne Ethionamide 15 mg/kg Cp (250 mg) Hépatite
Douleurs abdominales
Nausées, anorexie, diarrhée
Rash, œdème, arthralgies
ATU nominatif
2e ligne Cyclosérine 15 mg/kg Cp (250 mg) Délire, dépression

Tremblements
ATU nominatif
2e ligne PAS 150 mg/kg Douleurs abdominales

Diarrhée, hypothyroïdie
Pharmacie des hôpitaux

L’isoniazide

L’isoniazide (INH) est le médicament de premier choix dans le traitement des diverses formes de tuberculose de l’enfant. Il appartient aux dérivés de l’acide isonicotinique dont plusieurs ont une activité antimycobactérienne. À une concentration minimale de 0,2 µg/ml, il exerce une activité bactéricide sur les bacilles tuberculeux en division rapide. Sa bonne pénétration intracellulaire lui permet d’agir autant sur les bacilles extracellulaires qu’intracellulaires. Il a par ailleurs une action bactériostatique sur les bacilles en phase de multiplication lente.

La concentration maximale d’INH dans le sang est atteinte après 1 à 2 h et monte jusqu’à 3 à 5 µg/ml après une dose orale de 5 mg/kg de poids. Son absorption digestive, habituellement bonne, est diminuée par les anti-acides contenant de l’aluminium. Sa diffusion dans les tissus est excellente dans le compartiment hydrique, les tissus caséeux, les macrophages. Il traverse le placenta, est retrouvé dans le lait à des concentrations équivalentes au sérum, et atteint environ 20 % des taux plasmatiques dans le liquide céphalo-rachidien (LCR). Son élimination en métabolites inactifs mais toxiques au niveau hépatique s’effectue grâce à une acétyl-transférase dont l’activité est déterminée génétiquement. La demi-vie de la forme active est de l’ordre de 3 h chez les acétyleurs lents, et de 1 h 30 chez les acétyleurs rapides, le phénotype acétyleur rapide correspondant à un trait autosomique dominant. Le phénotype d’acétylation modifie l’élimination de l’INH et non le volume de distribution. En pratique, il n’apporte aucune aide en routine. La demi-vie est prolongée en cas d’insuffisance hépatique. L’élimination urinaire des métabolites en 24 h étant de 75 à 90 %.

L’INH existe sous forme de comprimés à 50 mg, à 150 mg et solution de 5 ml/500 mg à usage parentéral. La dose standard chez l’enfant est de l’ordre de 4 à 6 mg/kg pour un traitement quotidien [1]. Si la posologie est très variable dans la littérature (de 4 à 20 mg/kg), l’habitude française est d’utiliser une posologie de 5 à 10 mg/kg chez l’enfant de moins de 2 ans et 5 mg/kg chez l’enfant de plus de 2 ans.

Le plus souvent bien toléré chez l’enfant, l’INH peut néanmoins entraîner des effets indésirables très variés, les plus fréquents étant le rash cutané et l’atteinte hépatique. L’atteinte cutanée (rash, lupus induit, syndrome de Stevens Johnson, vascularite) est rare. La toxicité hépatique de l’INH est maintenant bien évaluée, avec une fréquence < 1 % chez l’adulte [2]. Les études chez l’enfant s’avèrent anciennes et rares, avec une fréquence évaluée de 0,18 à 0,8 % [3]. En 1999, une étude incluant 11 141 patients traités par INH pour une tuberculose latente, ne montre aucune hépatite clinique parmi les 1 468 enfants âgés de 0 à 14 ans, puis une augmentation de la fréquence avec l’âge [4]. L’hépatite fulminante est rarissime chez l’adulte (0,023 % d’hépatite mortelle, voire moins selon des études récentes) [5-6]. Chez l’enfant, le déficit induit en vitamine B6 entraînant une neuropathie périphérique est plus rare que chez l’adulte. Pellock et al. [7], dans une étude sur 38 enfants recevant un traitement par INH pendant une période variant de 2 à 18 mois, avec dosage de la pyridoxine sérique et mesure de la vitesse de conduction nerveuse, ont retrouvé 13 % d’enfants déficients. Les enfants recevant l’INH à une posologie supérieure à 10 mg/kg/jour avaient une plus grande incidence de risque. Cette induction du déficit en vitamine B6 ne semble pas en rapport avec le type d’acétylation de l’INH. Certains préconisent l’administration systématique de pyridoxine aux enfants malnutris et aux nouveau-nés [8]. D’autres effets secondaires ont été rapportés comme l’atteinte du système nerveux central (irritabilité, convulsions, euphorie, insomnie, dysarthrie, trouble de la concentration), diarrhée, anémie hémolytique, neutropénie mais leur incidence est inconnue.

L’utilisation de l’INH ne nécessite pas d’ajustement chez les patients ayant une insuffisance rénale [9, 10], mais une surveillance clinique et biologique en cas de maladie hépatique stable.

L’INH augmente les concentrations sanguines de phénytoïne (Di-Hydan®) et de carbamazépine (Tegretol®), mais cet effet est limité par la RIF qui a l’effet inverse. Les glucocorticoïdes, et les sels et hydroxyles d’aluminium diminuent le taux plasmatique de l’INH, les anesthésiques volatiles halogénés potentialisent son effet hépatotoxique. L’INH diminue enfin le taux plasmatique du kétoconazole.

En règle générale, l’INH ne provoque pas ou exceptionnellement une hépatite clinique en monothérapie. Ce risque augmente avec le nombre de drogues ajouté. L’INH reste parfaitement toléré en cas d’utilisation en association avec la RIF pendant 3 mois.

La rifampicine

La rifampicine (RIF), dérivé semi-synthétique constitué d’un complexe macrocyclique produit par Streptomyces mediterranci, est un médicament de première ligne dans le traitement de la tuberculose de l’enfant. Elle exerce également une action bactéricide également sur Mycobacterium tuberculosis à une concentration minimale de 1 µg/ml et sa bonne pénétration intracellulaire la rend active contre les bacilles intra et extracellulaires. Malgré de grandes variabilités interindividuelles, les taux sériques maximaux peuvent atteindre 7 µg/ml, 2 h après absorption orale d’une dose moyenne de 10 mg/kg. La RIF se distribue dans le corps entier, y compris le LCR où les taux atteignent 40 % des taux sanguins. Son excellente distribution est attestée par la coloration orangée des diverses liquides biologiques. Sa demi-vie, de l’ordre de 1,5 h à 5 h, diminue d’environ 40 % après 2 semaines de traitement par l’induction des microsomes hépatiques. Le métabolisme consiste en une désacétylation progressive, le dérivé désacétylé étant toujours actif. La RIF est éliminée dans la bile et suit un cycle entérohépatique. 80 % est éliminée par voie biliaire et fécale. Seulement 20 % est éliminée par voie rénale et aucun ajustement de la posologie n’est nécessaire en cas d’insuffisance rénale.

La RIF existe sous forme de suspension buvable à 100 mg/5 ml, 50 mg/2,5 ml, de gélules à 300 mg et solution 10 ml/600 mg à usage parentéral. Sa posologie est de 8 à 12 mg/kg en traitement quotidien [1], de 10 à 20 mg/kg (600 mg maximum) selon l’ATS (American Thoracic Society) [8]. La posologie usuelle est de 10 mg/kg [8, 11-12].

Les effets secondaires, bien que potentiellement nombreux, n’apparaissent que rarement et n’entraînent qu’exceptionnellement l’arrêt du traitement. Quelques accidents immuno-allergiques sévères ont été décrits (réactions cutanées, choc anaphylactique, thrombopénie, anémie hémolytique, insuffisance rénale), mais ils sont peu fréquents, chez moins de 0,1 % des patients. La RIF est peu hépatotoxique (hépatite cholestatique), mais l’association INH-RIF est plus toxique que l’administration d’INH seule liée à l’accélération du métabolisme de l’INH par la RIF. L’incidence des réactions intestinales est très variable (nausées, anorexie, douleurs abdominales), mais les symptômes sont rarement assez graves pour interrompre le traitement. Un syndrome grippal « flu-syndrome » associant épisodes fébriles, frissons, maux de tête, vertiges et douleurs osseuses a été observé chez 0,4 à 0,7 % des patients recevant 600 mg 2 fois par semaine.

La RIF est un puissant inducteur enzymatique qui modifie le métabolisme de nombreux médicaments (contraceptifs oraux, anticoagulants oraux, antirétroviraux, etc...), pouvant diminuer leur taux sérique et les rendre inefficaces. Pour les inhibiteurs de la protéase et de la reverse transcriptase non nucléosidiques, une adaptation des doses va être variable pour chaque médicament nécessitant un avis spécialisé. L’information concernant les interactions médicamenteuse de la RIF évoluant rapidement, il est utile de consulter le site Web http ://www.cdc.gov/nchstp/tb.

La RIF peut être employée sans risque et sans ajustement de dose en cas d’insuffisance rénale même terminale [13, 14], par contre en cas de maladie hépatique, une surveillance clinique et biologique sont nécessaires.

Le pyrazinamide

Le pyrazinamide (PZA) dérivé synthétique de la pyrazine, et analogue de la nicotinamide, est le troisième médicament majeur dans le traitement de la tuberculose de l’enfant. Actif, pratiquement exclusivement contre Mycobacterium tuberculosis, ce médicament exerce une action bactéricide à des pH légèrement acides. Il est inactif in vitro à des pH égaux ou supérieurs à 7. Il est donc particulièrement actif en milieu intracellulaire et au sein du caséum. Bien absorbé par voie digestive, le PZA atteint une concentration de 45 µg/ml, 2 h après la prise de 1 g par voie orale, et de 10 µg/ml, 15 h plus tard. Sa distribution dans l’organisme est très large, y compris dans le système nerveux central avec des concentrations équivalentes à celles du sérum.

Disponible sous forme de comprimés à 500 mg, sa posologie est très variable de 15 à 30 mg/kg. L’ATS [8] recommande une posologie de 15 à 30 mg/kg (maximum 2g) en traitement quotidien, d’autres auteurs une posologie de 25 à 30 mg/kg [11-12]. La dose recommandée par l’OMS [1] est la plus largement utilisée : 20 à 30 mg/kg en dose quotidienne.

Les effets secondaires à type d’hypersensibilité cutanée (photosensibilité, rash, érythème) sont extrêmement rares chez l’enfant, une hépatotoxicité (hépatite cytolytique) a été décrite à des doses élevés (40 à 70 mg/kg). À la dose standard, une hépatotoxicité reste présente, illustrée par la toxicité hépatique décrite par l’association RIF-PZA (traitement validé pour l’infection latente chez l’adulte) [15] et l’élévation modérée des transaminases hépatiques jusqu’à 20 % pour Sanchez et al. mais sans traduction clinique [16]. Une anorexie et des nausées se voient aux doses standard, rarement sévères sauf aux doses élevées. Rares chez l’enfant, les arthralgies, peuvent survenir au début du traitement, et sont dues à une hyperuricémie modérée et transitoire secondaire à une inhibition de la sécrétion rénale d’acide urique.

Le PZA est métabolisé principalement par le foie, mais ses métabolites sont excrétés par le rein, impliquant une réduction de dose en cas d’insuffisance rénale terminale, après dialyse, à une posologie de 25 à 30 mg/kg 3 fois par semaine. Une surveillance clinique et biologique est indispensable en cas de maladie hépatique.

L’éthambutol

L’éthambutol (EMB) est le quatrième médicament utilisé en première intention chez l’adulte, il est habituellement déconseillé chez l’enfant avant l’âge scolaire, lorsque le champ visuel et la vision des couleurs ne peuvent pas être contrôlés [8, 17]. Si une résistance est suspectée (antibiogramme de l’adulte source, provenance du malade), ou si la forme de la tuberculose est grave (atteinte cérébroméningée), ou fortement bacillaire. L’adjonction d’EMB peut être indiquée chez les enfants, en évaluant les risques du traitement et ceux de la maladie. L’EMB est considéré comme bactériostatique, bien qu’une bactéricidie puisse être obtenue pour des doses plus importantes que celles utilisées. Sa diffusion dans le LCR est faible, y compris en cas d’inflammation méningée. L’absorption est rapide, la biodisponibilité est d’environ 80 % avec une élimination essentiellement rénale.

Il existe sous forme de comprimés sécables de 400 mg (Myambutol®), comprimés enrobés à 250 mg/500 mg (Dexambutol®), solution 10 ml/1 g à usage parentéral. La posologie habituelle est de 15 à 20 mg/kg [1]. L’ATS [8] recommande la même posologie avec un maximum de 1 g. La dose de 15 mg/kg chez l’enfant est la dose habituellement préconisée [8, 11-12].

La principale complication est la névrite optique rétrobulbaire qui se traduit par une diminution de l’acuité visuelle et la perte de la vision des couleurs vertes et rouges (dyschromatopsie), elle est dose dépendante avec un risque minimal pour une dose quotidienne de 15 mg/kg [18], elle régresse après l’arrêt du traitement en quelques mois à 1 an d’évolution, mais des atteintes irréversibles ont été rapportées. Ce risque augmente en cas d’insuffisance rénale. De rares réactions a type de neuropathies périphériques, de réactions cutanées ont été notées.

La posologie doit être ajustée avec un dosage biologique d’EMB si la clairance de la créatinine est inférieure à 70 ml/min [19], à une dose de 15 à 20 mg/kg 3 fois par semaine après dialyse en cas d’insuffisance rénale terminale [20]. Par contre l’EMB peut être utilisé sans risque chez les patients ayant une pathologie hépatique.

Les autres antituberculeux

Le nombre de médicaments antituberculeux « de réserve » vraiment efficaces est limité (tableau 1). Leur utilisation est complexe et doit être réservée au spécialiste : rarement indiqués chez l’enfant, ils ne peuvent être prescrits qu’en connaissant la sensibilité du bacille de Koch (BK) isolé chez l’enfant ou son contaminateur (adulte source).

Les aminosides sont dominés par la streptomycine, historiquement le premier antituberculeux. Elle est utilisée en injections intramusculaires quotidiennes de 15 mg/kg, après s’être assuré de l’absence d’atteinte auditive. En France, elle est exceptionnellement employée, et réservée aux formes généralisées très sévères. Les autres aminosides actifs sur le BK sont la kanamycine, l’amikacine, et la capreomycine.

Les quinolones, principalement la levofloxacine, la moxifloxacine et la gatifloxacine, sont actives sur le BK. Elles ne doivent être utilisées chez l’enfant qu’à titre exceptionnel ou en cas de résistance. La cyclosérine, l’acide p-aminosalicylique (PAS) et l’éthionamide peuvent être un appoint en cas de résistance aux antituberculeux classiques.

Les protocoles thérapeutiques

Tuberculose-maladie (forme médiastino-pulmonaire classique)

Tuberculose à bacille a priori sensible (schéma standard)

Les enfants développent généralement une tuberculose-maladie comme complication d’une infection initiale par Mycobactérium tuberculosis. La tuberculose de l’enfant possède des particularités par rapport à celle de l’adulte : le nombre de mycobactéries y est relativement faible, ce qui a pour conséquence une preuve bactériologique peu fréquente. Les lésions de la tuberculose primaire ont un plus petit nombre de bactéries que celles de la tuberculose type adulte ; ainsi, l’échec, la rechute, et le développement de résistance secondaire au traitement sont des phénomènes rares chez l’enfant (tableau 2).

Tableau 2. Protocoles thérapeutiques de la tuberculose de l’enfant
Infection latente INH + RIF 3 mois
Tuberculose

médiastino-pulmonaire
INH + RIF + PZA 2 mois 6 mois
puis INH + RIF 4 mois
Tuberculose pleurale INH + RIF + PZA + EMB 2 mois 6 mois
puis INH + RIF 4 mois

Le traitement standard recommandé chez l’enfant est un traitement pour une durée de 6 mois avec une trithérapie initiale de 2 mois, associant INH, RIF, et PZA, la deuxième phase de 4 mois comportant une bithérapie associant INH et RIF [21-27].

Il est recommandé de n’ajouter l’EMB que dans les formes très bacillaires et disséminées. La durée du traitement pourra également être portée à 9 ou 12 mois dans les formes les plus diffuses [1, 29-30].

Cependant, chez les enfants et les adolescents ayant une forme de tuberculose type adulte (avec des cavernes), le traitement initial doit être le schéma « adulte » et comprendre 4 médicaments dont l’EMB [28].

La thérapie hebdomadaire n’est pas recommandée chez l’enfant en tant que traitement de première intention. Certains recommandent l’adjonction de pyridoxine chez l’enfant en bas âge (nouveau-né), chez les enfants et adolescents traités par INH avec une dénutrition sévère, une infection à VIH symptomatique et chez les nourrissons en cours d’allaitement [8].

Résistance à l’INH prouvée ou hautement probable

Quand les circonstances épidémiologiques suggèrent un plus grand risque de BK résistant à l’INH, le traitement standard doit être utilisé avec adjonction de l’EMB [8]. L’EMB peut être employé sans risque avec une dose d’environ 15 à 20 mg/kg par jour, même chez les enfants trop jeunes pour avoir un examen de l’acuité visuelle et de la vision des couleurs. Par contre, les enfants plus âgés doivent avoir une évaluation mensuelle de l’acuité visuelle et de la vision des couleurs.

Une quadrithérapie initiale est cependant indispensable dans les formes graves, miliaire, méningite, atteinte parenchymateuse importante, ou atteinte osseuse ou rénale. Le traitement de 6 mois utilisé entraîne la guérison, y compris dans les formes graves.

Multirésistance prouvée ou hautement probable

La multirésistance est définie par la résistance simultanée à l’INH et à la RIF, les 2 antituberculeux les plus puissants actuellement utilisés dans le traitement de la tuberculose. La multirésistance primaire est la conséquence de la transmission à un patient jamais traité auparavant d’une souche bacillaire devenue multirésistante chez le contaminateur. La multirésistance secondaire ou acquise est induite par un traitement mal utilisé ou inadéquat chez un patient infecté par une souche initialement sensible. Les prévalences de la multirésistance acquise et primaire peuvent être considérées comme des indicateurs épidémiologiques de la qualité et du succès des programmes de lutte contre la tuberculose.

La tuberculose-maladie à bacilles multirésistants nécessite un traitement de 18 mois, voire davantage, avec une association le plus souvent de 5 à 6 antibiotiques qui doit être déterminée au cas par cas, sur la base de l’antibiogramme. Dans tous les cas, un avis d’experts est nécessaire sur la conduite à tenir et les éventuels traitements à utiliser. Les décisions thérapeutiques s’appuient sur les antibiogrammes réalisés par le Centre National de Référence des bacilles tuberculeux.

Infection latente (primo-infection latente)

Contage à bacille a priori sensible

Différents protocoles thérapeutiques sont possibles. L’OMS [1] et l’Académie américaine de pédiatrie [31] continuent à recommander une monothérapie par l’INH pour une durée de 6 à 9 mois. La RIF pendant 4 mois est une autre alternative chez les patients intolérants à l’isoniazide ou ayant une infection à M. tuberculosis présumée résistante à l’isoniazide. Un troisième choix consiste en l’association de RIF et PZA pendant 2 mois avec toutefois un risque d’hépatotoxicité grave rapporté chez l’adulte. Cette association n’est donc pas recommandée en première intention et doit faire l’objet d’ une surveillance stricte.

Le traitement de choix actuellement est l’utilisation d’une bithérapie associant INH et RIF pour une durée de 3 mois. Ce traitement a prouvé son efficacité par la diminution de l’incidence de la tuberculose-maladie au Royaume-Uni [32-33]. Cette bithérapie a même prouvée son efficacité pour une durée de 6 mois pour la forme médiastino-pulmonaire liée à un BK sensible [25-26].

Contage à bacille résistant à l’INH prouvé ou hautement probable

Seule l’étude de Villarino et al. a suggéré l’efficacité de la RIF (10 mg/kg/j, max : 600 mg), 24 semaines chez l’enfant en situation de contact avec un cas de tuberculose résistante à l’INH [34]. Il n’existe pas d’étude avec ce schéma chez l’adulte. Par ailleurs, chez l’enfant, il n’existe pas d’étude testant les associations RIF-PZA ou RIF-EMB, validées chez l’adulte. Khan et al. ont abordé le problème de la résistance aux antituberculeux, particulièrement fréquente dans certaines régions du monde (jusqu’à 30 % pour l’INH). Avec comme objectif l’amélioration du contrôle de la tuberculose et des économies de dépenses de santé aux USA, ils ont proposé un algorithme concernant le traitement de la tuberculose-infection pour les migrants de pays à haut risque de résistance, Haïti, Viêt Nam, Philippines notamment. Ils ont conseillé en première intention un traitement RIF-PZA (2 mois), ou par RIF seule (4 mois) en cas de contre-indication au PZA [35].

Lorsqu’un traitement de la tuberculose-infection est justifié en cas de contact avec un cas de tuberculose résistante à l’INH, il est recommandé de donner de la RIF (10 mg/kg/j) pour une durée d’au moins 3 mois.

Contage à bacille multirésistant prouvé ou hautement probable Contage simple sans signe d’infection latente

Le plus souvent, seule une surveillance étroite est justifiée, quel que soit l’âge, du fait de la lourdeur et potentielle toxicité des drogues utilisables.

En cas d’infection latente

Il n’existe aucune étude standardisée concernant le traitement d’une infection tuberculeuse latente en cas de multirésistance. Un bilan complet initial et une surveillance étroite sont dans tous les cas nécessaires pour dépister précocement les premiers signes d’une éventuelle progression vers la maladie. Avant tout éventuel traitement, il est de toute façon recommandé d’obtenir l’antibiogramme complet de la souche. Le traitement devra être discuté avec un spécialiste afin de juger du bénéfice à attendre en terme de réduction du risque de progression vers la maladie par rapport au risque de toxicité du traitement proposé.

Tuberculose extra-pulmonaire

Très peu d’études ont essayé d’évaluer le traitement des formes extra pulmonaires. Quelques études, suggèrent qu’un traitement de 6 à 9 mois par INH-RIF est efficace [8]. L’attitude actuelle recommande un traitement de 6 à 9 mois (2 mois d’INH, RIF, PZA et EMB, suivi de 4 à 7 mois d’INH et de RIF), sauf en cas de suspicion de résistance. Si le PZA, ne peut être utilisé dans la phase initiale, la phase de relais doit être prolongée jusqu’à une durée de 7 mois. La méningite tuberculeuse doit par contre entraîner un traitement prolongé de 9 à 12 mois (tableau 3).

Tableau 3. Protocoles thérapeutiques de la tuberculose de l’enfant selon l’ATS (2)
Formes extra-pulmonaires

Médicaments

Durée totale

T. ganglionnaire INH + RIF + PZA + EMB 2 mois 6 mois
puis INH + RIF 4 mois
T. ostéo-articulaire INH + RIF + PZA + EMB 2 mois 9 mois
puis INH + RIF 7 mois
T. péricardique INH + RIF + PZA + EMB 2 mois 6 mois
puis INH + RIF + Corticoïdes 4 mois
T. disséminée et/ou miliaire avec hypoxie INH + RIF + PZA + EMB 2 mois 9 mois
puis INH + RIF 7 mois
T. génito-urinaire INH + RIF + PZA + EMB 2 mois 6 mois
puis INH + RIF 4 mois
T. abdominale INH + RIF + PZA + EMB 2 mois 6 mois
puis INH + RIF 4 mois
T. méningée INH + RIF + PZA + EMB 2 mois 12 mois
puis INH + RIF + Corticoïdes 10 mois

Tuberculose ganglionnaire

Une durée de 6 mois est recommandée pour le traitement initial de tous les patients présentant une tuberculose ganglionnaire avec un BK sensible [8]. Les ganglions médiastinaux peuvent augmenter de taille pendant la durée du traitement ou à la fin du traitement sans qu’il y ait rechute bactériologique. L’exérèse chirurgicale à but thérapeutique est exceptionnelle. La majorité des cas d’infection mycobactérienne ganglionnaire (cervicale) chez l’enfant est due à des mycobactéries atypiques.

Tuberculose ostéo-articulaire

Plusieurs études ont prouvé que des durées de 6 à 9 mois de traitement dont la RIF sont au moins aussi efficaces que celles de 18 mois de traitement sans RIF [8]. En raison des difficultés d’évaluation de la réponse au traitement, quelques experts tendent à favoriser une durée de 9 mois. Une étude randomisée [36] a montré l’absence d’intérêt du débridement chirurgical ou de l’intervention chirurgicale (résection du foyer et greffe osseuse) associée à la chimiothérapie comparée à la chimiothérapie seule. L’atteinte médullaire avec ou sans retentissement fonctionnel répond le plus souvent à la chimiothérapie. La chirurgie peut être par contre indiquée en cas d’infection évolutive sous traitement, ou de compression médullaire.

Tuberculose pleurale

La durée de 6 mois est également recommandée en cas de tuberculose pleurale. Un certain nombre d’études dont 2 seulement randomisées en double aveugle ont évalué le rôle des corticoïdes dans les pleurésies tuberculeuses, montrant l’absence de réduction de l’épaississement pleural résiduel [37]. Mais Lie et al. ont constaté que les patients présentant une tuberculose pleurale ayant reçu une corticothérapie ont eu une résolution sensiblement plus rapide des symptômes tels que la fièvre, les douleurs thoraciques, et la dyspnée que les patients ayant reçu un placebo ainsi qu’une résolution radiologique plus rapide de l’épanchement.

Néanmoins, il n’est actuellement pas recommandé d’utiliser des corticoïdes comme traitement adjuvant de la tuberculose pleurale.

L’empyème tuberculeux, représentant une infection chronique et active de l’espace pleural contenant un grand nombre de bacilles tuberculeux, se produit habituellement quand une caverne se rompt dans l’espace pleural. Le traitement repose sur le drainage chirurgical associé à la chimiothérapie antituberculeuse. La chirurgie, une fois nécessaire, devrait être entreprise par des chirurgiens thoraciques expérimentés. La durée optimale du traitement dans ce cas n’a pas été établie.

Tuberculose péricardique

Un traitement antituberculeux de 6 mois est recommandé [8]. Les corticostéroïdes doivent être utilisés pendant les 11 premières semaines de thérapie antituberculeuse. Dans une étude randomisée, contrôlée, en double aveugle, les patients dans la phase restrictive tardive de l’épanchement péricardique, qui ont reçu des corticostéroïdes, ont eu une résolution clinique plus rapide que les patients recevant un placebo, une mortalité moindre et un recours à la péricardectomie moins fréquent (sans être significatif). Les corticostéroïdes ne réduisent pas le risque de péricardite constrictive, mais réduisent le recours répété à la ponction-drainage péricardique.

Tuberculose disséminée et/ou miliaire tuberculose avec hypoxie

Un traitement de 6 mois est recommandé pour le traitement de la tuberculose à localisation multiple et pour la miliaire tuberculose, bien qu’il y ait peu de données publiées. L’Académie Américaine de pédiatrie [31] recommande 9 mois de traitement pour des enfants ayant une tuberculose disséminée. Les experts suggèrent que l’adjonction de corticostéroïdes puisse être utile pour traiter l’insuffisance respiratoire liée à une tuberculose disséminée.

Tuberculose génito-urinaire

Le traitement de la tuberculose génito-urinaire est principalement médical, et repose sur une chimiothérapie de 6 mois sauf en cas d’obstruction urétérale. En cas d’hydronéphrose ou d’insuffisance rénale progressive liée à une obstruction, un drainage ou une néphrostomie est recommandé. L’utilisation des corticostéroïdes en plus du drainage en cas de sténose urétérale est discutée dans la littérature. La néphrectomie n’est habituellement pas indiquée pour le traitement de la tuberculose rénale non compliquée mais devrait être envisagée en cas de rein non fonctionnel, particulièrement en cas d’hypertension artérielle où la douleur abdominale continue.

La tuberculose de la région génitale répond bien à la chimiothérapie standard, et la chirurgie n’est nécessaire qu’en cas d’abcès tubo-ovariens résiduels. La culture positive à Mycobacterium tuberculosis peut s’observer en l’absence d’anomalie cytologique urinaire et ne représente pas nécessairement la participation génito-urinaire de l’infection.

Tuberculose abdominale

Un traitement de 6 mois est recommandé chez les patients présentant une tuberculose péritonéale ou intestinale [8]. Il y a actuellement des données insuffisantes pour recommander l’adjonction de corticostéroïdes dans le traitement de la péritonite tuberculeuse. Dans une étude réalisée chez des patients ayant une tuberculose péritonéale traitée par corticostéroïdes pendant 4 mois en plus de la chimiothérapie antituberculeuse [38], des complications liées à la fibrose ont été notées chez 4 des 24 patients dans le groupe contrôle et aucune dans le groupe traité par corticostéroïdes (23 patients), mais la différence n’était pas statistiquement significative.

Tuberculose méningée

La méningite tuberculeuse de l’enfant est le plus souvent une tuberculose primaire, contrairement à l’adulte où elle est fréquemment la réactivation d’une tuberculose ancienne restée latente [39]. Ceci implique donc la recherche d’un sujet contaminateur dans l’entourage proche. Un traitement de 9 à 12 mois [8] doit être institué précocement, le plus souvent avant la certitude bactériologique, par quatre antituberculeux oraux : INH + RIF + PZA + EMB 2 mois puis relais INH + RIF 7 à 10 mois. Starke préconise même de considérer comme tuberculeuse toute méningite avec une localisation basilaire, une paralysie d’un nerf crânien ou une hydrocéphalie et d’instituer un traitement de façon empirique [40]. Quelques patients traités peuvent développer des tuberculomes comme forme de réaction paradoxale ; cependant, ceci n’indique pas nécessairement l’échec du traitement.

L’utilisation de corticoïdes au moment de la phase aiguë améliore le taux de survie et diminue le risque de séquelles [41]. Ainsi, l’adjonction des corticostéroïdes à la chimiothérapie antituberculeuse est recommandée dans le traitement de la méningite tuberculeuse de l’enfant. Certains recommandent l’utilisation de dexamethasone à la posologie de 8 mg/jour pour les enfants de moins de 25 kg et de 12 mg/jour pour des enfants de plus de 25 kg ou plus et pour les adultes [8]. La dose initiale est donnée pendant 3 semaines avec une diminution progressive pendant 3 semaines.

La survenue d’une méningite tuberculeuse chez un enfant vacciné par le BCG ne remet pas en cause le bien-fondé de cette vaccination : en l’absence de vaccination systématique, le nombre annuel attendu de méningites tuberculeuses chez l’enfant de moins de 5 ans en France serait de 8 au lieu des 2 cas observés [39] ; par ailleurs, aux Etats-Unis, où la vaccination n’est pas obligatoire, l’incidence de la méningite tuberculeuse de l’enfant est quarante fois plus élevée qu’en France [42].

Autres localisations

La tuberculose peut impliquer n’importe quel organe ou tissu. Le traitement de ces localisations autres que celles mentionnées nécessite l’avis d’experts pour un traitement spécifique.

Place de la corticothérapie

L’utilisation des corticostéroïdes, comme thérapie adjuvante de la chimiothérapie antituberculeuse est recommandée en cas de péricardite, de méningite tuberculeuse ou d’obstruction endobronchique par un granulome ou une compression ganglionnaire (> 50 % de la lumière endobronchique).

Enfant VIH+

Traitement de la tuberculose-maladie

Les traitements classiques de la tuberculose sont efficaces chez l’enfant infecté par le VIH-1, sauf en cas de résistance du BK ou de mauvaise compliance. Le traitement doit être commencé avec au moins 3 médicaments, voire 4 si une résistance est suspectée. L’association classique comporte l’INH, la RIF et la PZA. L’EMB est ajouté en cas de suspicion de résistance du BK à l’un des 3 médicaments précédents. La durée optimale recommandée est de 6 mois comme l’enfant non infecté par le VIH. Il n’est pas nécessaire de prévenir les rechutes par un médicament antituberculeux au très long cours.

Le problème principal du traitement antituberculeux chez les enfants VIH+ est celui de l’interférence avec une éventuelle trithérapie antivirale. La RIF est un inducteur du cytochrome P450, ce qui accélère l’inactivation des médicaments antiviraux inhibiteurs des protéases. Inversement, les inhibiteurs des protéases inhibent le cytochrome P450, bloquant ainsi le métabolisme de la RIF et augmentant sa toxicité. Lorsqu’une trithérapie antivirale doit être administrée en même temps qu’un traitement antituberculeux, la recommandation est de remplacer la RIF par la rifabutine, qui est un inducteur moins puissant du cytochrome P450.

Le traitement de la tuberculose a été récemment compliqué par l’émergence de souches résistantes aux antituberculeux classiques [43].

Infection latente

La réalisation de tests tuberculiniques réguliers est très utile pour dépister les primo-infections tuberculeuses asymptomatiques. Lorsque le test tuberculinique est positif, il convient d’éliminer une tuberculose active puis d’instituer une chimioprophylaxie antituberculeuse. Une chimiothérapie est également indispensable en cas de contact du patient avec une personne atteinte de tuberculose active, indépendamment du résultat du test tuberculinique initial.

Actuellement, la prophylaxie recommandée en cas d’infection latente est une monothérapie par INH de 9 mois plutôt qu’une bithérapie par INH-RIF pour 3 mois [31-8].

Surveillance du traitement

Surveillance de l’efficacité thérapeutique

Contrôle de la négativation microbiologique si les BK tubages étaient positifs initialement. Cependant l’efficacité du traitement ne peut être jugée, comme chez l’adulte, sur la stérilisation des crachats ou des BK tubages puisque l’enfant est rarement bacillifère. L’amélioration des images radiologiques est donc fondamentale : contrôle mensuel initialement, voire plus en fonction du tableau clinique initial en cas de tuberculose-maladie, 3 mois après le début en cas d’infection latente.

Surveillance de la toxicité thérapeutique

Le dosage de l’activité des transaminases hépatiques avant la mise en route du traitement antituberculeux par INH seul ou INH + RIF ne semble pas justifié à titre systématique (traitement de l’infection latente), en l’absence de pathologie hépatique sous jacente connue ou suspectée, et à posologie usuelle respectée. Il est indispensable de donner aux familles une information claire et précise sur les signes cliniques d’hépatotoxicité : nausées, vomissements, ictère et douleurs abdominales. Une surveillance clinique mensuelle est recommandée [8].

En cas de mauvaise compréhension des familles des signes d’appel de toxicité, il reste recommandé d’effectuer un monitoring des enzymes hépatiques au moins le premier mois.

De même, une surveillance systématique des transaminases est recommandée chez les enfants ayant une pathologie hépatique.

Dans le cadre des traitements associant INH, RIF et PZA (traitement de la tuberculose-maladie), l’hépatotoxicité semble concerner essentiellement l’adulte de plus de 35 ans. Il paraît néanmoins prudent chez l’enfant de recommander, outre le dépistage initial d’une atteinte hépatique, un monitoring des enzymes hépatiques au moins le premier mois.

La surveillance avant et après traitement de la fonction rénale n’est pas justifiée. De même, l’hyperuricémie fréquemment constatée au cours des traitements par PZA n’a jamais de traduction clinique chez l’enfant. La surveillance de l’uricémie n’a pas d’intérêt.

Enfin, les tests colorimétriques de détection d’INH dans les urines (Arkans test) ont leur intérêt dans le cadre de l’observance thérapeutique chez l’enfant [44].

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