ARTICLE
Auteur(s) : Fouad Madhi
Service de pédiatrie, Centre hospitalier intercommunal, 40,
avenue de Verdun, 94000 Créteil
Les points
forts
• Le traitement standard d’une tuberculose-maladie de
l’enfant, à bacille a priori sensible, comporte une
trithérapie initiale de 2 mois, associant isoniazide (INH, 5 à
10 mg/kg avant 2 ans et 5 mg/kg après 2 ans),
rifampicine (RIF, 10 mg/kg) et pyrazinamide (PZA,
20-30 mg/kg), et une deuxième phase de 4 mois associant
INH et RIF.
• L’ethambutol (EMB, 15-20 mg/kg) n’est ajouté durant la
phase initiale que dans les formes très bacillaires et/ou
disséminées, ou encore en cas de résistance à l’INH prouvée ou
hautement probable.
• Le traitement de choix d’une infection tuberculeuse latente
est actuellement l’utilisation d’une bithérapie associant INH et
RIF pour une durée de 3 mois.
• La survenue d’une hépatite clinique liée à l’INH est
exceptionnelle chez l’enfant, le risque augmentant avec le nombre
de drogues ajoutées. En pratique, une information claire et précise
sur les signes cliniques d’hépatotoxicité doit être donnée aux
familles et une surveillance clinique mensuelle est recommandée. Un
monitoring systématique des enzymes hépatiques reste nécessaire, au
moins le premier mois, en cas de mauvaise compréhension par les
familles des signes de toxicité, ou en cas de cumulation de drogues
hépatotoxiques (tuberculose-maladie).
En France, la lutte antituberculeuse (LAT) repose sur
3 points essentiels : un diagnostic précoce, une prise en
charge thérapeutique et un suivi adapté des tuberculoses
maladies ; le dépistage, le traitement et le suivi des
infections tuberculeuses latentes (ITL) ; et enfin une
politique vaccinale antituberculeuse par le BCG.
Depuis les lois de décentralisation de 1983, la LAT est une
mission qui relève des départements, l’État restant responsable du
système de surveillance, de la coordination internationale et de
l’élaboration des recommandations de bonnes pratiques.
La tuberculose est une maladie à déclaration obligatoire depuis
1964. Cette déclaration permet, au niveau national, de suivre
l’évolution de la maladie et son épidémiologie dans les groupes à
risque, au niveau départemental, d’orienter les actions de la LAT
et de réaliser le dépistage des sujets contacts. Depuis 2003,
l’infection tuberculeuse latente chez les enfants de moins de
quinze ans est également à déclaration obligatoire. Les fiches de
déclaration sont téléchargeables sur le site de l’InVS (Institut de
Veille Sanitaire) au : http ://www.invs.santé.fr/.
Pour être efficace, un traitement antituberculeux doit répondre
à plusieurs objectifs : être actif sur les bacilles
intracellulaires, être bactéricide pour éviter la sélection de
mutants et réduire la phase de contagiosité ; enfin permettre
un pic sérique élevé pour mieux inhiber la multiplication des
bacilles, naturellement lente. Pour toutes ces raisons, le
traitement repose sur plusieurs antibiotiques administrés
simultanément en une seule prise à jeun.
Les principaux antituberculeux utilisés (médicaments,
posologie et effets secondaires)
Les médicaments les plus actifs contre la tuberculose sont
l’isoniazide (INH), la rifampicine (RIF) et la pyrazinamide
(PZA) ; l’ethambutol (EMB) et la streptomycine, moins
efficaces, sont utilisés en association, le plus souvent dans la
phase initiale du traitement.
Une combinaison de plusieurs substances bactéricides est
systématiquement employée en début de traitement, de façon à
empêcher l’émergence de souches résistantes parmi une concentration
de bacilles importante, telle qu’on la rencontre dans les cas de
tuberculose active. Si les micro-organismes sont sensibles aux
médicaments administrés, on considère le plus souvent que le
patient n’est plus contagieux après environ deux semaines de
traitement.
Antituberculeux majeurs
Les différents antituberculeux utilisés, leur posologie,
présentation, leurs effets secondaires sont résumés dans le tableau 1.
Tableau 1. Principaux antibiotiques
utilisés dans le traitement de la tuberculose de l’enfant
|
|
Médicaments |
Posologie |
Présentation |
Effets secondaires |
Statut |
|
Première ligne |
INH |
5
à 10 mg/kg < 2 ans
5 mg/kg > 2 ans |
Cp (50 mg/150 mg)
Solution 5 ml/500 mg |
Hépatite
Cutané (rash, lupus,...)
Neuropathies périphériques |
Commercialisé |
|
Première ligne |
RIF |
10 mg/kg |
Gélules (300 mg)
Sirop 100 mg/5 ml
Solution 10 ml/600 mg |
Réactions immuno-allergiques
Hépatite
Douleurs abdominales
« Flu syndrome »
Inducteur enzymatique |
Commercialisé |
|
Première ligne |
EMB |
15 mg/kg |
Cp sécables (400 mg)
Cp enrobés
(250/500 mg) |
NORB
Neuropathies périphériques
Réactions cutanés |
Commercialisé |
|
Première ligne |
PZA |
20 à 30 mg/kg |
Cp (500 mg) |
Réactions cutanés
Hépatite
Arthralgies
Anorexie, nausées |
Commercialisé |
|
Injectable |
Streptomycine |
15 mg/kg |
|
Surdité, syndrome vestibulaire
Néphrotoxicité |
ATU nominatif |
|
Injectable |
Amikacine
Kanamycine
Capreomycine |
15 mg/kg
15 mg/kg
15 mg/kg |
|
|
Réserve hospitalière
ATU
ATU |
|
2e ligne |
Levofloxacine |
10-20 mg/kg |
Cp (500 mg) |
Tendinopathie, arthralgies
Douleurs abdominales
Céphalées, anxiété
Syndrome confusionnel
Hépatite, diarrhée, mycose |
Pas d’AMM tuberculose |
|
2e ligne |
Moxifloxacine |
10 mg/kg |
Cp (400 mg) |
|
Pas d’AMM tuberculose |
|
2e ligne |
Ethionamide |
15 mg/kg |
Cp (250 mg) |
Hépatite
Douleurs abdominales
Nausées, anorexie, diarrhée
Rash, œdème, arthralgies |
ATU nominatif |
|
2e ligne |
Cyclosérine |
15 mg/kg |
Cp (250 mg) |
Délire, dépression
Tremblements |
ATU nominatif |
|
2e ligne |
PAS |
150 mg/kg |
|
Douleurs abdominales
Diarrhée, hypothyroïdie |
Pharmacie des hôpitaux |
L’isoniazide
L’isoniazide (INH) est le médicament de premier choix dans le
traitement des diverses formes de tuberculose de l’enfant. Il
appartient aux dérivés de l’acide isonicotinique dont
plusieurs ont une activité antimycobactérienne. À une concentration
minimale de 0,2 µg/ml, il exerce une activité bactéricide sur
les bacilles tuberculeux en division rapide. Sa bonne pénétration
intracellulaire lui permet d’agir autant sur les bacilles
extracellulaires qu’intracellulaires. Il a par ailleurs une action
bactériostatique sur les bacilles en phase de multiplication
lente.
La concentration maximale d’INH dans le sang est atteinte après
1 à 2 h et monte jusqu’à 3 à 5 µg/ml après une dose orale
de 5 mg/kg de poids. Son absorption digestive, habituellement
bonne, est diminuée par les anti-acides contenant de l’aluminium.
Sa diffusion dans les tissus est excellente dans le compartiment
hydrique, les tissus caséeux, les macrophages. Il traverse le
placenta, est retrouvé dans le lait à des concentrations
équivalentes au sérum, et atteint environ 20 % des taux
plasmatiques dans le liquide céphalo-rachidien (LCR). Son
élimination en métabolites inactifs mais toxiques au niveau
hépatique s’effectue grâce à une acétyl-transférase dont l’activité
est déterminée génétiquement. La demi-vie de la forme active est de
l’ordre de 3 h chez les acétyleurs lents, et de
1 h 30 chez les acétyleurs rapides, le phénotype
acétyleur rapide correspondant à un trait autosomique dominant. Le
phénotype d’acétylation modifie l’élimination de l’INH et non le
volume de distribution. En pratique, il n’apporte aucune aide en
routine. La demi-vie est prolongée en cas d’insuffisance hépatique.
L’élimination urinaire des métabolites en 24 h étant de 75 à
90 %.
L’INH existe sous forme de comprimés à 50 mg, à 150 mg
et solution de 5 ml/500 mg à usage parentéral. La dose
standard chez l’enfant est de l’ordre de 4 à 6 mg/kg pour un
traitement quotidien [1]. Si la posologie est très variable dans la
littérature (de 4 à 20 mg/kg), l’habitude française est
d’utiliser une posologie de 5 à 10 mg/kg chez l’enfant de
moins de 2 ans et 5 mg/kg chez l’enfant de plus de
2 ans.
Le plus souvent bien toléré chez l’enfant, l’INH peut néanmoins
entraîner des effets indésirables très variés, les plus fréquents
étant le rash cutané et l’atteinte hépatique. L’atteinte cutanée
(rash, lupus induit, syndrome de Stevens Johnson, vascularite) est
rare. La toxicité hépatique de l’INH est maintenant bien évaluée,
avec une fréquence < 1 % chez l’adulte [2]. Les
études chez l’enfant s’avèrent anciennes et rares, avec une
fréquence évaluée de 0,18 à 0,8 % [3]. En 1999, une étude
incluant 11 141 patients traités par INH pour une
tuberculose latente, ne montre aucune hépatite clinique parmi les
1 468 enfants âgés de 0 à 14 ans, puis une
augmentation de la fréquence avec l’âge [4]. L’hépatite fulminante
est rarissime chez l’adulte (0,023 % d’hépatite mortelle,
voire moins selon des études récentes) [5-6]. Chez l’enfant, le
déficit induit en vitamine B6 entraînant une neuropathie
périphérique est plus rare que chez l’adulte. Pellock et al.
[7], dans une étude sur 38 enfants recevant un traitement par
INH pendant une période variant de 2 à 18 mois, avec dosage de
la pyridoxine sérique et mesure de la vitesse de conduction
nerveuse, ont retrouvé 13 % d’enfants déficients. Les enfants
recevant l’INH à une posologie supérieure à 10 mg/kg/jour
avaient une plus grande incidence de risque. Cette induction du
déficit en vitamine B6 ne semble pas en rapport avec le type
d’acétylation de l’INH. Certains préconisent l’administration
systématique de pyridoxine aux enfants malnutris et aux nouveau-nés
[8]. D’autres effets secondaires ont été rapportés comme l’atteinte
du système nerveux central (irritabilité, convulsions, euphorie,
insomnie, dysarthrie, trouble de la concentration), diarrhée,
anémie hémolytique, neutropénie mais leur incidence est
inconnue.
L’utilisation de l’INH ne nécessite pas d’ajustement chez les
patients ayant une insuffisance rénale [9, 10], mais une
surveillance clinique et biologique en cas de maladie hépatique
stable.
L’INH augmente les concentrations sanguines de phénytoïne
(Di-Hydan®) et de carbamazépine (Tegretol®),
mais cet effet est limité par la RIF qui a l’effet inverse. Les
glucocorticoïdes, et les sels et hydroxyles d’aluminium diminuent
le taux plasmatique de l’INH, les anesthésiques volatiles halogénés
potentialisent son effet hépatotoxique. L’INH diminue enfin le taux
plasmatique du kétoconazole.
En règle générale, l’INH ne provoque pas ou exceptionnellement
une hépatite clinique en monothérapie. Ce risque augmente avec le
nombre de drogues ajouté. L’INH reste parfaitement toléré en cas
d’utilisation en association avec la RIF pendant 3 mois.
La rifampicine
La rifampicine (RIF), dérivé semi-synthétique constitué d’un
complexe macrocyclique produit par Streptomyces
mediterranci, est un médicament de première ligne dans le
traitement de la tuberculose de l’enfant. Elle exerce également une
action bactéricide également sur Mycobacterium tuberculosis
à une concentration minimale de 1 µg/ml et sa bonne
pénétration intracellulaire la rend active contre les bacilles
intra et extracellulaires. Malgré de grandes variabilités
interindividuelles, les taux sériques maximaux peuvent atteindre
7 µg/ml, 2 h après absorption orale d’une dose moyenne de
10 mg/kg. La RIF se distribue dans le corps entier, y compris
le LCR où les taux atteignent 40 % des taux sanguins. Son
excellente distribution est attestée par la coloration orangée des
diverses liquides biologiques. Sa demi-vie, de l’ordre de
1,5 h à 5 h, diminue d’environ 40 % après
2 semaines de traitement par l’induction des microsomes
hépatiques. Le métabolisme consiste en une désacétylation
progressive, le dérivé désacétylé étant toujours actif. La RIF est
éliminée dans la bile et suit un cycle entérohépatique. 80 %
est éliminée par voie biliaire et fécale. Seulement 20 % est
éliminée par voie rénale et aucun ajustement de la posologie n’est
nécessaire en cas d’insuffisance rénale.
La RIF existe sous forme de suspension buvable à
100 mg/5 ml, 50 mg/2,5 ml, de gélules à
300 mg et solution 10 ml/600 mg à usage parentéral.
Sa posologie est de 8 à 12 mg/kg en traitement quotidien [1],
de 10 à 20 mg/kg (600 mg maximum) selon l’ATS
(American Thoracic Society) [8]. La posologie usuelle est de
10 mg/kg [8, 11-12].
Les effets secondaires, bien que potentiellement nombreux,
n’apparaissent que rarement et n’entraînent qu’exceptionnellement
l’arrêt du traitement. Quelques accidents immuno-allergiques
sévères ont été décrits (réactions cutanées, choc anaphylactique,
thrombopénie, anémie hémolytique, insuffisance rénale), mais ils
sont peu fréquents, chez moins de 0,1 % des patients. La RIF
est peu hépatotoxique (hépatite cholestatique), mais l’association
INH-RIF est plus toxique que l’administration d’INH seule liée à
l’accélération du métabolisme de l’INH par la RIF. L’incidence des
réactions intestinales est très variable (nausées, anorexie,
douleurs abdominales), mais les symptômes sont rarement assez
graves pour interrompre le traitement. Un syndrome grippal
« flu-syndrome » associant épisodes fébriles, frissons,
maux de tête, vertiges et douleurs osseuses a été observé chez 0,4
à 0,7 % des patients recevant 600 mg 2 fois par
semaine.
La RIF est un puissant inducteur enzymatique qui modifie le
métabolisme de nombreux médicaments (contraceptifs oraux,
anticoagulants oraux, antirétroviraux, etc...), pouvant diminuer
leur taux sérique et les rendre inefficaces. Pour les inhibiteurs
de la protéase et de la reverse transcriptase non nucléosidiques,
une adaptation des doses va être variable pour chaque médicament
nécessitant un avis spécialisé. L’information concernant les
interactions médicamenteuse de la RIF évoluant rapidement, il est
utile de consulter le site Web
http ://www.cdc.gov/nchstp/tb.
La RIF peut être employée sans risque et sans ajustement de dose
en cas d’insuffisance rénale même terminale [13, 14], par contre en
cas de maladie hépatique, une surveillance clinique et biologique
sont nécessaires.
Le pyrazinamide
Le pyrazinamide (PZA) dérivé synthétique de la pyrazine,
et analogue de la nicotinamide, est le troisième médicament majeur
dans le traitement de la tuberculose de l’enfant. Actif,
pratiquement exclusivement contre Mycobacterium
tuberculosis, ce médicament exerce une action bactéricide à des
pH légèrement acides. Il est inactif in vitro à des pH égaux
ou supérieurs à 7. Il est donc particulièrement actif en milieu
intracellulaire et au sein du caséum. Bien absorbé par voie
digestive, le PZA atteint une concentration de 45 µg/ml,
2 h après la prise de 1 g par voie orale, et de
10 µg/ml, 15 h plus tard. Sa distribution dans
l’organisme est très large, y compris dans le système nerveux
central avec des concentrations équivalentes à celles du sérum.
Disponible sous forme de comprimés à 500 mg, sa posologie
est très variable de 15 à 30 mg/kg. L’ATS [8] recommande une
posologie de 15 à 30 mg/kg (maximum 2g) en traitement
quotidien, d’autres auteurs une posologie de 25 à 30 mg/kg
[11-12]. La dose recommandée par l’OMS [1] est la plus largement
utilisée : 20 à 30 mg/kg en dose quotidienne.
Les effets secondaires à type d’hypersensibilité cutanée
(photosensibilité, rash, érythème) sont extrêmement rares chez
l’enfant, une hépatotoxicité (hépatite cytolytique) a été décrite à
des doses élevés (40 à 70 mg/kg). À la dose standard, une
hépatotoxicité reste présente, illustrée par la toxicité hépatique
décrite par l’association RIF-PZA (traitement validé pour
l’infection latente chez l’adulte) [15] et l’élévation modérée des
transaminases hépatiques jusqu’à 20 % pour Sanchez et
al. mais sans traduction clinique [16]. Une anorexie et des
nausées se voient aux doses standard, rarement sévères sauf aux
doses élevées. Rares chez l’enfant, les arthralgies, peuvent
survenir au début du traitement, et sont dues à une hyperuricémie
modérée et transitoire secondaire à une inhibition de la sécrétion
rénale d’acide urique.
Le PZA est métabolisé principalement par le foie, mais ses
métabolites sont excrétés par le rein, impliquant une réduction de
dose en cas d’insuffisance rénale terminale, après dialyse, à une
posologie de 25 à 30 mg/kg 3 fois par semaine. Une
surveillance clinique et biologique est indispensable en cas de
maladie hépatique.
L’éthambutol
L’éthambutol (EMB) est le quatrième médicament utilisé en
première intention chez l’adulte, il est habituellement déconseillé
chez l’enfant avant l’âge scolaire, lorsque le champ visuel et la
vision des couleurs ne peuvent pas être contrôlés [8, 17]. Si une
résistance est suspectée (antibiogramme de l’adulte source,
provenance du malade), ou si la forme de la tuberculose est grave
(atteinte cérébroméningée), ou fortement bacillaire. L’adjonction
d’EMB peut être indiquée chez les enfants, en évaluant les risques
du traitement et ceux de la maladie. L’EMB est considéré comme
bactériostatique, bien qu’une bactéricidie puisse être obtenue pour
des doses plus importantes que celles utilisées. Sa diffusion dans
le LCR est faible, y compris en cas d’inflammation méningée.
L’absorption est rapide, la biodisponibilité est d’environ
80 % avec une élimination essentiellement rénale.
Il existe sous forme de comprimés sécables de 400 mg
(Myambutol®), comprimés enrobés à
250 mg/500 mg (Dexambutol®), solution
10 ml/1 g à usage parentéral. La posologie habituelle est
de 15 à 20 mg/kg [1]. L’ATS [8] recommande la même posologie
avec un maximum de 1 g. La dose de 15 mg/kg chez l’enfant
est la dose habituellement préconisée [8, 11-12].
La principale complication est la névrite optique rétrobulbaire
qui se traduit par une diminution de l’acuité visuelle et la perte
de la vision des couleurs vertes et rouges (dyschromatopsie), elle
est dose dépendante avec un risque minimal pour une dose
quotidienne de 15 mg/kg [18], elle régresse après l’arrêt du
traitement en quelques mois à 1 an d’évolution, mais des
atteintes irréversibles ont été rapportées. Ce risque augmente en
cas d’insuffisance rénale. De rares réactions a type de
neuropathies périphériques, de réactions cutanées ont été
notées.
La posologie doit être ajustée avec un dosage biologique d’EMB
si la clairance de la créatinine est inférieure à 70 ml/min
[19], à une dose de 15 à 20 mg/kg 3 fois par semaine
après dialyse en cas d’insuffisance rénale terminale [20]. Par
contre l’EMB peut être utilisé sans risque chez les patients ayant
une pathologie hépatique.
Les autres antituberculeux
Le nombre de médicaments antituberculeux « de
réserve » vraiment efficaces est limité
(tableau 1). Leur utilisation est complexe et doit être
réservée au spécialiste : rarement indiqués chez l’enfant, ils
ne peuvent être prescrits qu’en connaissant la sensibilité du
bacille de Koch (BK) isolé chez l’enfant ou son contaminateur
(adulte source).
Les aminosides sont dominés par la streptomycine, historiquement
le premier antituberculeux. Elle est utilisée en injections
intramusculaires quotidiennes de 15 mg/kg, après s’être assuré
de l’absence d’atteinte auditive. En France, elle est
exceptionnellement employée, et réservée aux formes généralisées
très sévères. Les autres aminosides actifs sur le BK sont la
kanamycine, l’amikacine, et la capreomycine.
Les quinolones, principalement la levofloxacine, la
moxifloxacine et la gatifloxacine, sont actives sur le BK. Elles ne
doivent être utilisées chez l’enfant qu’à titre exceptionnel ou en
cas de résistance. La cyclosérine, l’acide
p-aminosalicylique (PAS) et l’éthionamide peuvent être un
appoint en cas de résistance aux antituberculeux classiques.
Les protocoles thérapeutiques
Tuberculose-maladie (forme médiastino-pulmonaire
classique)
Tuberculose à bacille a priori sensible (schéma
standard)
Les enfants développent généralement une tuberculose-maladie
comme complication d’une infection initiale par Mycobactérium
tuberculosis. La tuberculose de l’enfant possède des
particularités par rapport à celle de l’adulte : le nombre de
mycobactéries y est relativement faible, ce qui a pour conséquence
une preuve bactériologique peu fréquente. Les lésions de la
tuberculose primaire ont un plus petit nombre de bactéries que
celles de la tuberculose type adulte ; ainsi, l’échec, la
rechute, et le développement de résistance secondaire au traitement
sont des phénomènes rares chez l’enfant (tableau 2).
Tableau 2. Protocoles thérapeutiques de la tuberculose de
l’enfant
|
Infection latente |
INH + RIF |
|
3 mois |
Tuberculose
médiastino-pulmonaire |
INH + RIF + PZA |
2 mois |
6 mois |
|
puis INH + RIF |
4 mois |
|
| Tuberculose pleurale |
INH + RIF + PZA + EMB |
2 mois |
6 mois |
|
puis INH + RIF |
4 mois |
|
Le traitement standard recommandé chez l’enfant est un
traitement pour une durée de 6 mois avec une trithérapie
initiale de 2 mois, associant INH, RIF, et PZA, la deuxième
phase de 4 mois comportant une bithérapie associant INH et RIF
[21-27].
Il est recommandé de n’ajouter l’EMB que dans les formes très
bacillaires et disséminées. La durée du traitement pourra également
être portée à 9 ou 12 mois dans les formes les plus diffuses
[1, 29-30].
Cependant, chez les enfants et les adolescents ayant une forme
de tuberculose type adulte (avec des cavernes), le traitement
initial doit être le schéma « adulte » et comprendre
4 médicaments dont l’EMB [28].
La thérapie hebdomadaire n’est pas recommandée chez l’enfant en
tant que traitement de première intention. Certains recommandent
l’adjonction de pyridoxine chez l’enfant en bas âge (nouveau-né),
chez les enfants et adolescents traités par INH avec une
dénutrition sévère, une infection à VIH symptomatique et chez les
nourrissons en cours d’allaitement [8].
Résistance à l’INH prouvée ou hautement probable
Quand les circonstances épidémiologiques suggèrent un plus grand
risque de BK résistant à l’INH, le traitement standard doit être
utilisé avec adjonction de l’EMB [8]. L’EMB peut être employé sans
risque avec une dose d’environ 15 à 20 mg/kg par jour, même
chez les enfants trop jeunes pour avoir un examen de l’acuité
visuelle et de la vision des couleurs. Par contre, les enfants plus
âgés doivent avoir une évaluation mensuelle de l’acuité visuelle et
de la vision des couleurs.
Une quadrithérapie initiale est cependant indispensable dans les
formes graves, miliaire, méningite, atteinte parenchymateuse
importante, ou atteinte osseuse ou rénale. Le traitement de
6 mois utilisé entraîne la guérison, y compris dans les formes
graves.
Multirésistance prouvée ou hautement probable
La multirésistance est définie par la résistance simultanée à
l’INH et à la RIF, les 2 antituberculeux les plus puissants
actuellement utilisés dans le traitement de la tuberculose. La
multirésistance primaire est la conséquence de la transmission à un
patient jamais traité auparavant d’une souche bacillaire devenue
multirésistante chez le contaminateur. La multirésistance
secondaire ou acquise est induite par un traitement mal utilisé ou
inadéquat chez un patient infecté par une souche initialement
sensible. Les prévalences de la multirésistance acquise et primaire
peuvent être considérées comme des indicateurs épidémiologiques de
la qualité et du succès des programmes de lutte contre la
tuberculose.
La tuberculose-maladie à bacilles multirésistants nécessite un
traitement de 18 mois, voire davantage, avec une association
le plus souvent de 5 à 6 antibiotiques qui doit être
déterminée au cas par cas, sur la base de l’antibiogramme. Dans
tous les cas, un avis d’experts est nécessaire sur la conduite à
tenir et les éventuels traitements à utiliser. Les décisions
thérapeutiques s’appuient sur les antibiogrammes réalisés par le
Centre National de Référence des bacilles tuberculeux.
Infection latente (primo-infection latente)
Contage à bacille a priori sensible
Différents protocoles thérapeutiques sont possibles. L’OMS [1]
et l’Académie américaine de pédiatrie [31] continuent à recommander
une monothérapie par l’INH pour une durée de 6 à 9 mois. La
RIF pendant 4 mois est une autre alternative chez les patients
intolérants à l’isoniazide ou ayant une infection à M.
tuberculosis présumée résistante à l’isoniazide. Un troisième
choix consiste en l’association de RIF et PZA pendant 2 mois
avec toutefois un risque d’hépatotoxicité grave rapporté chez
l’adulte. Cette association n’est donc pas recommandée en première
intention et doit faire l’objet d’ une surveillance stricte.
Le traitement de choix actuellement est l’utilisation d’une
bithérapie associant INH et RIF pour une durée de 3 mois. Ce
traitement a prouvé son efficacité par la diminution de l’incidence
de la tuberculose-maladie au Royaume-Uni [32-33]. Cette bithérapie
a même prouvée son efficacité pour une durée de 6 mois pour la
forme médiastino-pulmonaire liée à un BK sensible [25-26].
Contage à bacille résistant à l’INH prouvé ou hautement
probable
Seule l’étude de Villarino et al. a suggéré l’efficacité
de la RIF (10 mg/kg/j, max : 600 mg),
24 semaines chez l’enfant en situation de contact avec un cas
de tuberculose résistante à l’INH [34]. Il n’existe pas d’étude
avec ce schéma chez l’adulte. Par ailleurs, chez l’enfant, il
n’existe pas d’étude testant les associations RIF-PZA ou RIF-EMB,
validées chez l’adulte. Khan et al. ont abordé le problème
de la résistance aux antituberculeux, particulièrement fréquente
dans certaines régions du monde (jusqu’à 30 % pour l’INH).
Avec comme objectif l’amélioration du contrôle de la tuberculose et
des économies de dépenses de santé aux USA, ils ont proposé un
algorithme concernant le traitement de la tuberculose-infection
pour les migrants de pays à haut risque de résistance, Haïti,
Viêt Nam, Philippines notamment. Ils ont conseillé en première
intention un traitement RIF-PZA (2 mois), ou par RIF seule
(4 mois) en cas de contre-indication au PZA [35].
Lorsqu’un traitement de la tuberculose-infection est justifié en
cas de contact avec un cas de tuberculose résistante à l’INH, il
est recommandé de donner de la RIF (10 mg/kg/j) pour une durée
d’au moins 3 mois.
Contage à bacille multirésistant prouvé ou hautement
probable Contage simple sans signe d’infection latente
Le plus souvent, seule une surveillance étroite est justifiée,
quel que soit l’âge, du fait de la lourdeur et potentielle toxicité
des drogues utilisables.
En cas d’infection latente
Il n’existe aucune étude standardisée concernant le traitement
d’une infection tuberculeuse latente en cas de multirésistance. Un
bilan complet initial et une surveillance étroite sont dans tous
les cas nécessaires pour dépister précocement les premiers signes
d’une éventuelle progression vers la maladie. Avant tout éventuel
traitement, il est de toute façon recommandé d’obtenir
l’antibiogramme complet de la souche. Le traitement devra être
discuté avec un spécialiste afin de juger du bénéfice à attendre en
terme de réduction du risque de progression vers la maladie par
rapport au risque de toxicité du traitement proposé.
Tuberculose extra-pulmonaire
Très peu d’études ont essayé d’évaluer le traitement des formes
extra pulmonaires. Quelques études, suggèrent qu’un traitement de 6
à 9 mois par INH-RIF est efficace [8]. L’attitude actuelle
recommande un traitement de 6 à 9 mois (2 mois d’INH,
RIF, PZA et EMB, suivi de 4 à 7 mois d’INH et de RIF), sauf en
cas de suspicion de résistance. Si le PZA, ne peut être utilisé
dans la phase initiale, la phase de relais doit être prolongée
jusqu’à une durée de 7 mois. La méningite tuberculeuse doit
par contre entraîner un traitement prolongé de 9 à 12 mois
(tableau 3).
Tableau 3. Protocoles thérapeutiques de la tuberculose de
l’enfant selon l’ATS (2)
| Formes extra-pulmonaires |
Médicaments
|
Durée totale
|
| T. ganglionnaire |
INH + RIF + PZA + EMB |
2 mois |
6 mois |
| puis INH + RIF |
4 mois |
|
| T. ostéo-articulaire |
INH + RIF + PZA + EMB |
2 mois |
9 mois |
| puis INH + RIF |
7 mois |
|
| T. péricardique |
INH + RIF + PZA + EMB |
2 mois |
6 mois |
| puis INH + RIF + Corticoïdes |
4 mois |
|
| T. disséminée et/ou miliaire
avec hypoxie |
INH + RIF + PZA + EMB |
2 mois |
9 mois |
| puis INH + RIF |
7 mois |
|
| T. génito-urinaire |
INH + RIF + PZA + EMB |
2 mois |
6 mois |
| puis INH + RIF |
4 mois |
|
| T. abdominale |
INH + RIF + PZA + EMB |
2 mois |
6 mois |
| puis INH + RIF |
4 mois |
|
| T. méningée |
INH + RIF + PZA + EMB |
2 mois |
12 mois |
| puis INH + RIF + Corticoïdes |
10 mois |
|
Tuberculose ganglionnaire
Une durée de 6 mois est recommandée pour le traitement
initial de tous les patients présentant une tuberculose
ganglionnaire avec un BK sensible [8]. Les ganglions médiastinaux
peuvent augmenter de taille pendant la durée du traitement ou à la
fin du traitement sans qu’il y ait rechute bactériologique.
L’exérèse chirurgicale à but thérapeutique est exceptionnelle. La
majorité des cas d’infection mycobactérienne ganglionnaire
(cervicale) chez l’enfant est due à des mycobactéries
atypiques.
Tuberculose ostéo-articulaire
Plusieurs études ont prouvé que des durées de 6 à 9 mois de
traitement dont la RIF sont au moins aussi efficaces que celles de
18 mois de traitement sans RIF [8]. En raison des difficultés
d’évaluation de la réponse au traitement, quelques experts tendent
à favoriser une durée de 9 mois. Une étude randomisée [36] a
montré l’absence d’intérêt du débridement chirurgical ou de
l’intervention chirurgicale (résection du foyer et greffe osseuse)
associée à la chimiothérapie comparée à la chimiothérapie seule.
L’atteinte médullaire avec ou sans retentissement fonctionnel
répond le plus souvent à la chimiothérapie. La chirurgie peut être
par contre indiquée en cas d’infection évolutive sous traitement,
ou de compression médullaire.
Tuberculose pleurale
La durée de 6 mois est également recommandée en cas de
tuberculose pleurale. Un certain nombre d’études dont
2 seulement randomisées en double aveugle ont évalué le rôle
des corticoïdes dans les pleurésies tuberculeuses, montrant
l’absence de réduction de l’épaississement pleural résiduel [37].
Mais Lie et al. ont constaté que les patients présentant une
tuberculose pleurale ayant reçu une corticothérapie ont eu une
résolution sensiblement plus rapide des symptômes tels que la
fièvre, les douleurs thoraciques, et la dyspnée que les patients
ayant reçu un placebo ainsi qu’une résolution radiologique plus
rapide de l’épanchement.
Néanmoins, il n’est actuellement pas recommandé d’utiliser des
corticoïdes comme traitement adjuvant de la tuberculose
pleurale.
L’empyème tuberculeux, représentant une infection chronique et
active de l’espace pleural contenant un grand nombre de bacilles
tuberculeux, se produit habituellement quand une caverne se rompt
dans l’espace pleural. Le traitement repose sur le drainage
chirurgical associé à la chimiothérapie antituberculeuse. La
chirurgie, une fois nécessaire, devrait être entreprise par des
chirurgiens thoraciques expérimentés. La durée optimale du
traitement dans ce cas n’a pas été établie.
Tuberculose péricardique
Un traitement antituberculeux de 6 mois est recommandé [8].
Les corticostéroïdes doivent être utilisés pendant les
11 premières semaines de thérapie antituberculeuse. Dans une
étude randomisée, contrôlée, en double aveugle, les patients dans
la phase restrictive tardive de l’épanchement péricardique, qui ont
reçu des corticostéroïdes, ont eu une résolution clinique plus
rapide que les patients recevant un placebo, une mortalité moindre
et un recours à la péricardectomie moins fréquent (sans être
significatif). Les corticostéroïdes ne réduisent pas le risque de
péricardite constrictive, mais réduisent le recours répété à la
ponction-drainage péricardique.
Tuberculose disséminée et/ou miliaire tuberculose avec
hypoxie
Un traitement de 6 mois est recommandé pour le traitement
de la tuberculose à localisation multiple et pour la miliaire
tuberculose, bien qu’il y ait peu de données publiées. L’Académie
Américaine de pédiatrie [31] recommande 9 mois de traitement
pour des enfants ayant une tuberculose disséminée. Les experts
suggèrent que l’adjonction de corticostéroïdes puisse être utile
pour traiter l’insuffisance respiratoire liée à une tuberculose
disséminée.
Tuberculose génito-urinaire
Le traitement de la tuberculose génito-urinaire est
principalement médical, et repose sur une chimiothérapie de
6 mois sauf en cas d’obstruction urétérale. En cas
d’hydronéphrose ou d’insuffisance rénale progressive liée à une
obstruction, un drainage ou une néphrostomie est recommandé.
L’utilisation des corticostéroïdes en plus du drainage en cas de
sténose urétérale est discutée dans la littérature. La néphrectomie
n’est habituellement pas indiquée pour le traitement de la
tuberculose rénale non compliquée mais devrait être envisagée en
cas de rein non fonctionnel, particulièrement en cas d’hypertension
artérielle où la douleur abdominale continue.
La tuberculose de la région génitale répond bien à la
chimiothérapie standard, et la chirurgie n’est nécessaire qu’en cas
d’abcès tubo-ovariens résiduels. La culture positive à
Mycobacterium tuberculosis peut s’observer en l’absence
d’anomalie cytologique urinaire et ne représente pas nécessairement
la participation génito-urinaire de l’infection.
Tuberculose abdominale
Un traitement de 6 mois est recommandé chez les patients
présentant une tuberculose péritonéale ou intestinale [8]. Il y a
actuellement des données insuffisantes pour recommander
l’adjonction de corticostéroïdes dans le traitement de la
péritonite tuberculeuse. Dans une étude réalisée chez des patients
ayant une tuberculose péritonéale traitée par corticostéroïdes
pendant 4 mois en plus de la chimiothérapie antituberculeuse
[38], des complications liées à la fibrose ont été notées chez 4
des 24 patients dans le groupe contrôle et aucune dans le
groupe traité par corticostéroïdes (23 patients), mais la
différence n’était pas statistiquement significative.
Tuberculose méningée
La méningite tuberculeuse de l’enfant est le plus souvent une
tuberculose primaire, contrairement à l’adulte où elle est
fréquemment la réactivation d’une tuberculose ancienne restée
latente [39]. Ceci implique donc la recherche d’un sujet
contaminateur dans l’entourage proche. Un traitement de 9 à
12 mois [8] doit être institué précocement, le plus souvent
avant la certitude bactériologique, par quatre antituberculeux
oraux : INH + RIF + PZA + EMB
2 mois puis relais INH + RIF 7 à 10 mois.
Starke préconise même de considérer comme tuberculeuse toute
méningite avec une localisation basilaire, une paralysie d’un nerf
crânien ou une hydrocéphalie et d’instituer un traitement de façon
empirique [40]. Quelques patients traités peuvent développer des
tuberculomes comme forme de réaction paradoxale ; cependant,
ceci n’indique pas nécessairement l’échec du traitement.
L’utilisation de corticoïdes au moment de la phase aiguë
améliore le taux de survie et diminue le risque de séquelles [41].
Ainsi, l’adjonction des corticostéroïdes à la chimiothérapie
antituberculeuse est recommandée dans le traitement de la méningite
tuberculeuse de l’enfant. Certains recommandent l’utilisation de
dexamethasone à la posologie de 8 mg/jour pour les enfants de
moins de 25 kg et de 12 mg/jour pour des enfants de plus
de 25 kg ou plus et pour les adultes [8]. La dose initiale est
donnée pendant 3 semaines avec une diminution progressive
pendant 3 semaines.
La survenue d’une méningite tuberculeuse chez un enfant vacciné
par le BCG ne remet pas en cause le bien-fondé de cette
vaccination : en l’absence de vaccination systématique, le
nombre annuel attendu de méningites tuberculeuses chez l’enfant de
moins de 5 ans en France serait de 8 au lieu des 2 cas
observés [39] ; par ailleurs, aux Etats-Unis, où la
vaccination n’est pas obligatoire, l’incidence de la méningite
tuberculeuse de l’enfant est quarante fois plus élevée qu’en France
[42].
Autres localisations
La tuberculose peut impliquer n’importe quel organe ou tissu. Le
traitement de ces localisations autres que celles mentionnées
nécessite l’avis d’experts pour un traitement spécifique.
Place de la corticothérapie
L’utilisation des corticostéroïdes, comme thérapie adjuvante de
la chimiothérapie antituberculeuse est recommandée en cas de
péricardite, de méningite tuberculeuse ou d’obstruction
endobronchique par un granulome ou une compression ganglionnaire
(> 50 % de la lumière endobronchique).
Enfant VIH+
Traitement de la tuberculose-maladie
Les traitements classiques de la tuberculose sont efficaces chez
l’enfant infecté par le VIH-1, sauf en cas de résistance du BK ou
de mauvaise compliance. Le traitement doit être commencé avec au
moins 3 médicaments, voire 4 si une résistance est
suspectée. L’association classique comporte l’INH, la RIF et la
PZA. L’EMB est ajouté en cas de suspicion de résistance du BK à
l’un des 3 médicaments précédents. La durée optimale
recommandée est de 6 mois comme l’enfant non infecté par le
VIH. Il n’est pas nécessaire de prévenir les rechutes par un
médicament antituberculeux au très long cours.
Le problème principal du traitement antituberculeux chez les
enfants VIH+ est celui de l’interférence avec une
éventuelle trithérapie antivirale. La RIF est un inducteur du
cytochrome P450, ce qui accélère l’inactivation des médicaments
antiviraux inhibiteurs des protéases. Inversement, les inhibiteurs
des protéases inhibent le cytochrome P450, bloquant ainsi le
métabolisme de la RIF et augmentant sa toxicité. Lorsqu’une
trithérapie antivirale doit être administrée en même temps qu’un
traitement antituberculeux, la recommandation est de remplacer la
RIF par la rifabutine, qui est un inducteur moins puissant du
cytochrome P450.
Le traitement de la tuberculose a été récemment compliqué par
l’émergence de souches résistantes aux antituberculeux classiques
[43].
Infection latente
La réalisation de tests tuberculiniques réguliers est très utile
pour dépister les primo-infections tuberculeuses asymptomatiques.
Lorsque le test tuberculinique est positif, il convient d’éliminer
une tuberculose active puis d’instituer une chimioprophylaxie
antituberculeuse. Une chimiothérapie est également indispensable en
cas de contact du patient avec une personne atteinte de tuberculose
active, indépendamment du résultat du test tuberculinique
initial.
Actuellement, la prophylaxie recommandée en cas d’infection
latente est une monothérapie par INH de 9 mois plutôt qu’une
bithérapie par INH-RIF pour 3 mois [31-8].
Surveillance du traitement
Surveillance de l’efficacité thérapeutique
Contrôle de la négativation microbiologique si les BK tubages
étaient positifs initialement. Cependant l’efficacité du traitement
ne peut être jugée, comme chez l’adulte, sur la stérilisation des
crachats ou des BK tubages puisque l’enfant est rarement
bacillifère. L’amélioration des images radiologiques est donc
fondamentale : contrôle mensuel initialement, voire plus en
fonction du tableau clinique initial en cas de
tuberculose-maladie, 3 mois après le début en cas d’infection
latente.
Surveillance de la toxicité thérapeutique
Le dosage de l’activité des transaminases hépatiques avant la
mise en route du traitement antituberculeux par INH seul ou
INH + RIF ne semble pas justifié à titre systématique
(traitement de l’infection latente), en l’absence de pathologie
hépatique sous jacente connue ou suspectée, et à posologie usuelle
respectée. Il est indispensable de donner aux familles une
information claire et précise sur les signes cliniques
d’hépatotoxicité : nausées, vomissements, ictère et douleurs
abdominales. Une surveillance clinique mensuelle est recommandée
[8].
En cas de mauvaise compréhension des familles des signes d’appel
de toxicité, il reste recommandé d’effectuer un monitoring des
enzymes hépatiques au moins le premier mois.
De même, une surveillance systématique des transaminases est
recommandée chez les enfants ayant une pathologie hépatique.
Dans le cadre des traitements associant INH, RIF et PZA
(traitement de la tuberculose-maladie), l’hépatotoxicité semble
concerner essentiellement l’adulte de plus de 35 ans. Il
paraît néanmoins prudent chez l’enfant de recommander, outre le
dépistage initial d’une atteinte hépatique, un monitoring des
enzymes hépatiques au moins le premier mois.
La surveillance avant et après traitement de la fonction rénale
n’est pas justifiée. De même, l’hyperuricémie fréquemment constatée
au cours des traitements par PZA n’a jamais de traduction clinique
chez l’enfant. La surveillance de l’uricémie n’a pas d’intérêt.
Enfin, les tests colorimétriques de détection d’INH dans les
urines (Arkans test) ont leur intérêt dans le cadre de l’observance
thérapeutique chez l’enfant [44].
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