| Orientation |
| Macrocrânie dans
l’enfance |
+ + + |
| Prognathisme souvent
postpubertaire |
|
| Oreilles larges avec
cartilage souple |
+ + + |
| Yeux bleu clair
fréquents |
+ |
| Strabisme possible |
|
| Epicanthus bilatéral |
|
| Peau douce, veloutée |
+ + |
| Hyperextensibilité des
doigts |
+ + |
| Plis cutanés marqués sous la
plante des pieds |
+ + + |
| Pieds plats, doux, un peu
épais |
+ |
Volume testiculaire supérieur
à la norme
en post-pubertaire |
|
Pour
les anomalies plus rares, des fentes vélaires ont été décrites,
ainsi que
des dilatations aortiques et des fuites mitrales |
Les femmes transmettrices ayant une simple prémutation (60 à
200 répétitions) n’ont pas de retard mental. Plus la
prémutation est longue, plus le risque de voir apparaître une
mutation complète dans la descendance est grand (de 60 CGG,
risque faible de l’ordre de 10 %, à plus de 100 CGG, avec
un risque de presque 100 % de naissances d’enfants atteints).
Chez les femmes transmettrices, porteuses de prémutations, il a été
décrit des ménopauses précoces ainsi qu’une propension à la
gémellarité [7]. Les femmes atteintes porteuses d’une mutation
complète ont un phénotype plus atténué que les garçons (présence
d’un X muté et d’un X sain en combinaison, avec inactivation
aléatoire habituelle). Le retard mental est plus modéré, présent
dans 60 % des cas, avec un QI entre 50 et 80.
Tableau 2
| Signes neurologiques du
syndrome de l’X fragile |
Orientation |
| Retard mental |
+ |
| Hyperactivité motrice |
+ + + |
| Retard de la marche modéré ou
plus marqué |
+ + |
| Retard de langage |
+ + |
| Auto-aggressivité (morsure
des mains) |
+ |
| Stéréotypies motrices |
+ + + |
| Contact oculaire fuyant |
+ + + |
| Langage saccadé et
écholalie |
+ + + |
| Diagnostic d’autisme |
+ + + |
| Epilepsie possible |
+ |
FRAXE
Il existe un autre gène de la région Xq27.3 du chromosome X,
FMR2, qui présente lui aussi une expansion. Le phénotype associé
semble être un retard mental moins sévère, peu spécifique. En
pratique, une expansion au site FRAXE est rarement recherchée de
première intention et est proposée pour les familles de retard
mental lié à l’X, sans dysmorphie associée. Le site FRAXE semble
globalement peu fréquent au vu des études actuelles.
Quand penser à un syndrome de l’X fragile ?
En période prénatale
Il n’y a pas de malformations associées à l’X fragile et il n’y
a pas de découverte fortuite d’un X fragile au cours d’une
grossesse lors d’un examen échographique. En revanche, en période
prénatale, une suspicion de syndrome de l’X fragile peut être
portée chez une femme ayant un retard mental avéré ou des troubles
psychologiques, ou en cas d’antécédents familiaux de retard mental
chez des garçons, voire des filles, dans la famille de la femme
enceinte, d’hérédité compatible avec une maladie liée à l’X.
Cas clinique n° 1
Mme G. consulte en maternité pour sa première grossesse
qui se passe bien. L’interrogatoire médical retrouve la notion
qu’elle a deux frères retardés et autistes. L’examen clinique est
normal chez cette patiente. Elle n’a pas de retard mental ni de
troubles psychiatriques. L’analyse génétique effectuée lors de la
consultation de conseil génétique retrouve chez elle une mutation
complète de l’X fragile, peu symptomatique (comme 40 % des
filles atteintes), avec un risque de transmission d’une mutation
complète de l’X fragile à un enfant sur deux. Elle attend une fille
et décide donc de ne pas recourir à un diagnostic prénatal. Si
l’enfant avait été de sexe masculin, elle aurait demandé un DPN
(histoire familiale lourde + +). Le bébé naît à terme,
eumorphique, et l’analyse génétique n’est pas proposée (dépistage
pré-symptomatique) puisque cette petite fille, même porteuse d’une
mutation complète, peut ne pas davantage exprimer sa maladie que sa
mère.
L’étude des caractéristiques génétiques d’une enfant
asymptomatique, à risque d’être porteuse d’un syndrome de l’X
fragile, est interdite par le décret no 2000-570 du
23 juin 2000 « fixant les conditions de prescription
et de réalisation des examens des caractéristiques génétiques d’une
personne ». En effet, la recherche d’une mutation complète de
l’X fragile chez une enfant mineure asymptomatique n’est indiquée
que lorsque l’enfant peut personnellement en bénéficier dans sa
prise en charge ou si des mesures préventives ou curatives peuvent
être prises pour sa famille. Dans ce cas précis, le bénéfice direct
n’existe que si l’on peut rassurer la maman (une chance sur deux),
et le risque de révéler le statut d’atteinte sans expression
clinique est également de une chance sur deux, sans savoir si une
expression va apparaître (60 % des cas). En revanche, il sera
important de proposer ce dépistage quand cette jeune fille sera en
âge d’avoir des enfants.
En période néonatale
Le diagnostic n’est presque jamais possible en période néonatale
si les mères ne sont pas symptomatiques, car les nouveau-nés
garçons sont eumorphiques, sans dysmorphie faciale reconnaissable.
Ce sont souvent de gros et beaux enfants, ayant un poids et une
taille de naissance dans le haut des courbes, mais restant
parfaitement dans la norme. Le périmètre crânien de ces nouveau-nés
est « confortable », dans la courbe haute des PC (en
grande majorité supérieur à + 1 DS, voire frisant
les + 2 DS). Il peut exister une dystocie dynamique,
liée à ces grands enfants à gros périmètre crânien, ce qui a fait
souvent évoquer, surtout à la génération précédente, une souffrance
fœtale aiguë comme étant responsable du retard mental lié à la
mutation du gène FMR1. En pratique, la séquelle d’un accouchement
difficile ne doit être retenue comme cause d’un retard mental que
s’il existe réellement des images évocatrices d’anoxie néonatale à
l’imagerie cérébrale, souvent une microcéphalie secondaire (et pas
un PC à + 2 DS), et des signes pyramidaux ou
dystoniques.
Cas clinique n° 2
Mme X. s’inquiète devant le développement psychomoteur de son
petit-fils de 2 ans et demi, car il présente un retard et des
troubles du comportement qui lui rappellent son fils, Charles, né à
terme, dans un contexte de naissance difficile, et qui a été placé
en institution du fait de son retard mental avec troubles du
comportement. Or son petit-fils, premier-né de sa fille en bonne
santé, n’a eu aucune histoire de souffrance néonatale. La recherche
de mutation de l’X fragile, déclenchée par l’observation de la
grand-mère, a permis rétrospectivement de faire le diagnostic chez
le fils de cette femme, durement touchée à deux générations…
Dans les deux premières années de la vie
Dans les premiers mois de la vie, le garçon atteint d’un
syndrome de l’X fragile présente en général des traits autistiques
précoces difficiles à mettre en évidence par les médecins qui
voient de beaux enfants, au développement staturo-pondéral
excellent, et dont les troubles du contact, fugaces, ne sont pas
facilement perceptibles. En revanche, pour les mères, il s’agit
souvent d’une période très anxiogène, car il existe des
discontinuités d’attention, avec des enfants peu gratifiants, ayant
une interaction fragmentaire.
Puis le retard des acquisitions devient plus perceptible avec le
temps, la marche est acquise avec un discret décalage (en moyenne
18 mois, alors que les autres enfants de la fratrie ont marché
plus tôt), et enfin le retard de langage finit par induire une
consultation vers l’âge de 2 ans, devant l’absence
d’acquisition du langage, et les troubles autistiques deviennent
plus manifestes, avec présence de « flapping » des mains
à l’émotion (enfant qui fait la mouette, en « battant des
ailes »), avec une capacité à fixer leur attention de façon
anormalement concentrée sur les objets qui tournent, de l’eau qui
coule… et un enfant qui joue le plus souvent seul. Les parents, en
général, s’inquiètent de ne pas voir l’enfant interagir, surtout
quand il s’agit d’un deuxième enfant (« normalité » du
développement connu avec point de référence, parentalité déjà
installée). Quand il s’agit du premier enfant, l’angoisse est
souvent au premier plan, avec un doute persistant des parents sur
leur capacité à élever « bien » un enfant, ce qui est
très déstabilisant. Il a été dit fréquemment, il y a plusieurs
années, que les mères d’enfants autistes pouvaient avoir une
personnalité anxieuse, qui retentissait sur le développement d’un
enfant normal. La tendance est maintenant plutôt à considérer qu’un
enfant ayant une mauvaise interrelation sociale et des troubles
autistiques va générer une angoisse terrible chez les parents, qui
ne comprennent pas ce qui se passe chez cet « enfant sans mode
d’emploi », et qui développent des réactions de défense contre
l’angoisse.
Cas clinique n° 3
Mme A., infirmière psychiatrique, est très mal à l’aise
devant son garçon premier-né, avec qui elle n’arrive pas à entrer
dans une relation affective de bonne qualité. L’examen clinique du
petit garçon est normal, et l’angoisse maternelle est banalisée.
Puis les étapes du développement sont décalées (marche acquise à
18 mois, pas de premiers mots à 2 ans). Une deuxième
grossesse est survenue rapidement, avec naissance d’un petit frère
vers les deux ans de l’aîné. La maman, inquiète déjà depuis la
naissance de l’aîné, consulte aux trois mois du deuxième garçon, en
disant, « je ne comprends ni l’un, ni l’autre, mais ils se
comprennent très bien... ». L’examen clinique des deux enfants
montre un aîné, Baptiste, ayant une hyperactivité motrice
(exploration de tout le cabinet médical), un retard de langage et
des stéréotypies à l’excitation, avec un grand front et des
oreilles discrètement grandes. Le deuxième, Alexis, a un
développement parfait pour son âge, 3 mois. Ils ont tous les
deux un périmètre crânien à + 2DS. La recherche de
mutation de l’X fragile, déclenchée par l’angoisse de cette maman,
a permis de faire le diagnostic chez ses deux fils, de 2 ans
et de 3 mois, sans qu’il y ait eu possibilité de proposer un
diagnostic prénatal du fait de la difficulté du diagnostic précoce
de l’X fragile, et du rapprochement des deux grossesses…
Il arrive que le syndrome de l’X fragile soit beaucoup plus
symptomatique, avec un enfant manifestement retardé et un décalage
important des acquisitions, qui attire l’œil avant un an.
Le pédiatre adresse le petit Julien pour bilan d’un retard du
développement à 1 an, devant une tenue assise non acquise à
1 an, et une macrocéphalie à + 3 DS. Julien est
dysmorphique, avec un très grand front, des oreilles larges et
décollées, une hyperlaxité importante, avec peau douce et veloutée,
et des plis profonds sous la plante des pieds. Sa maman a des
difficultés psychiatriques traitées, et a eu des difficultés
d’apprentissage scolaire importantes. Elle travaille et est insérée
socialement, mais bénéficie d’un suivi psychologique régulier. Le
contact mère-enfant est de très bonne qualité, avec un enfant bien
investi. Le scanner montre une hydrocéphalie externe, autre terme
pour macrocéphalie isolée. La recherche de mutation de l’X fragile
montre une mutation complète chez Julien. La recherche chez sa mère
montre également une mutation complète, ce qui permet
rétrospectivement de comprendre les difficultés d’apprentissage
avec troubles de la personnalité.
Pendant la scolarité
Actuellement, la stratégie du dépistage précoce des troubles de
l’apprentissage par les médecins s’occupant de la petite enfance a
permis que tous les diagnostics récents d’X fragile soient en
général faits entre 2 ans et 3 ans. La morphologie de ces
enfants, normale dans les premières années, ne conduit en général
pas à indiquer une consultation de génétique. Les troubles
d’apprentissage sont mineurs (la marche à 18 mois est banale),
et les troubles de l’interaction de type autistique sont difficiles
à affirmer très précocement. Ce sont donc des enfants qui donnent
le change du point de vue médical et qui nécessitent assez
rapidement une prise en charge en pédopsychiatrie de par les
troubles autistiques qu’ils présentent.
La bonne interrelation actuelle entre génétique et psychiatrie
de l’enfance fait que ces enfants, à la limite de la normalité,
sont maintenant souvent adressés pour bilan génétique de façon
systématique. Néanmoins, la séméiologie de ces enfants peut être
piégeante par l’absence de manifestations à l’évidence
organique.
Cas clinique n° 4
Mr et Mme V. sont adressés en consultation de génétique
pour leur fils Marco, âgé de 12 ans, qui a un retard mental
avec scolarité en IME, début d’apprentissage de la lecture et de
l’écriture, et des troubles du comportement avec un tempérament
anxieux, une difficulté au changement de cadre et des troubles de
type autistique. Ils sont adressés à la consultation de génétique
car la sœur de Madame a trois enfants retardés, deux filles et un
garçon, vivant en Espagne. La recherche de mutation de l’X fragile,
déclenchée devant les antécédents familiaux, a permis
rétrospectivement de faire le diagnostic dans la branche maternelle
de la famille. La révélation du mécanisme génétique en cause a
permis au père du garçon de lever une culpabilité importante sur sa
façon d’élever son garçon, mais a précipité la mère dans une
culpabilité majeure, d’autant que le mécanisme lié à l’X et les
difficultés de son côté pointaient vers elle. Néanmoins, la
reconnaissance d’une cause organique aux difficultés de Marco a
permis de diminuer l’angoisse du « pourquoi » et de la
recentrer sur la façon dont on pouvait aider Marco. Le choc initial
s’est résolu en une famille soudée et aidant leur fils au maximum
de ses capacités.
Les critères morphologiques sont encore plus difficiles chez les
enfants d’origine noire, qui sont très peu dysmorphiques, avec des
oreilles peu développées, et un front qui reste haut. Ce sont les
troubles du comportement qui sont au premier plan.
A l’âge adulte
Le syndrome de l’X fragile doit être éliminé systématiquement
devant tout garçon retardé avec troubles autistiques. L’X fragile
représenterait 3 % des enfants garçons retardés (peut-être
surévalué), et presque 10 % des hommes retardés en
institution. Le gène n’étant cloné que depuis 1991, de nombreux
adultes retardés n’ont jamais été testés, ce qui impose de
rechercher largement le statut d’atteint, si on peut avoir accès au
cas témoin ou une recherche de prémutation de l’X fragile chez les
femmes à risque, de par leur arbre généalogique.
A l’âge d’être grand-père...
Il vient d’être décrit très récemment un phénotype neurologique
chez les grands-pères porteurs d’une prémutation de l’X fragile (69
à 99 répétitions), auparavant étiquetés « mâles normaux
transmetteurs », avec apparition de tremblements de type
cérébelleux après l’âge de la cinquantaine, et par la suite, des
troubles de la marche avec ataxie et démence progressive. L’IRM
cérébrale montre des lésions aspécifiques d’atrophie cérébrale
globale, et des hypersignaux de la substance blanche
infratentorielle (communication du troisième Jeudi de génétique à
l’Hopital Necker par le Dr Jacquemont, en collaboration avec le Dr
des Portes et le Pr Hagerman) [8].
Conclusion
Le diagnostic du syndrome de l’X fragile reste donc important,
voire même une « urgence génétique », puisque le risque
de récurrence de ce retard mental lié à l’X est de 50 % pour
chaque garçon dans la même fratrie, et qu’un diagnostic prénatal
peut être proposé aux familles. La prise en charge précoce de ces
enfants leur permet de s’épanouir au mieux de leur capacités, et
réduit la période de temps où les parents sont seuls face à leur
angoisse d’avoir un enfant « différent ». Un travail en
équipe des professionnels de la petite enfance est donc
indispensable pour permettre une bonne orientation pour bilan
génétique, puis la prise en charge précoce de ces enfants.
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Signes cliniques du syndrome de l’X fragile
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