ARTICLE
Propriétés physiques et
biochimiques de la membrane du globule rouge
Le globule rouge ne peut survivre qu'en s'adaptant sans cesse aux conditions
physiques de la microcirculation. Cette adaptation se fait grâce
à la fluidité de l'hémoglobine, à l'importance
du rapport surface/volume (un ballon mal gonflé se déforme
mieux qu'un ballon bien gonflé), et aux propriétés
d'élasticité et de déformabilité de la membrane.
La membrane du globule rouge comporte une bicouche lipidique dont la
stabilité est assurée par un réseau protéique
complexe (figure 1) : les protéines extrinsèques
tapissent la face interne de la bicouche lipidique, formant le squelette
de la membrane érythrocytaire, et les protéines transmembranaires
ancrées sur le squelette sont insérées dans la bicouche
lipidique qu'elles arriment au squelette. Les principales protéines
extrinsèques sont la spectrine, l'ankyrine, l'actine, la protéine
4.1 et, de façon marginale, la protéine 4.2. La spectrine,
l'actine et la protéine 4.1 s'enlacent pour former un maillage
protéique dont le composant principal est la spectrine , composée
d'hétérodimères (une chaîne alpha et une chaîne
beta), auto-associés tête-à-tête en tétramères.
La principale protéine transmembranaire est le transporteur des
anions, ou bande 3, qui catalyse l'échange chlorure-bicarbonate,
dont le domaine cytoplasmique fixe notamment l'ankyrine et la protéine
4.2 ; il existe également d'autres protéines transmembranaires,
telles que les glycophorines porteuses de certains antigènes de
groupe sanguin et de sites d'ancrage sur leur domaine cytosolique. Ces
protéines transmembranaires interviennent au niveau de deux points
: dans l'un d'eux, la protéine bande 3 se lie à la chaîne
beta de la spectrine par l'intermédiaire de l'ankyrine, protéine
d'ancrage ; la protéine 4.2 renforce la liaison entre l'ankyrine
et la protéine bande 3 ; à l'autre extrémité,
les dimères de spectrine relient les complexes l'actine-protéine
4.1, et la protéine 1.4 interagit avec les glycophorines C et D.
Le tableau 1 indique les principaux gènes impliqués
dans les anémies d'origine membranaire [1, 2]. Ces protéines,
longtemps considérées comme spécifiques de l'érythrocyte,
existent dans de nombreux autres systèmes cellulaires, soit à
l'identique, soit sous d'autres isoformes. Des pathologies extra- érythrocytaires
secondaires à des mutations concernant ces protéines ont
été décrites dans certains modèles animaux.
Diagnostic d'une anémie hémolytique
secondaire à une anomalie de membrane du
globule rouge
Les manifestations cliniques d'une anémie par anomalie
de membrane du globule rouge n'ont aucune spécificité :
elles associent de façon variable ictère, anémie,
splénomégalie et lithiase biliaire ou sont parfois asymptomatiques,
de découverte fortuite sur un frottis sanguin. La NFS montre une
anémie régénérative, sauf en cas d'érythroblastopénie
aiguë virale ou de carence associée retentissant sur l'érythropoïèse.
La baisse de l'haptoglobine et l'élévation de la bilirubine
non conjuguée sont fonction de l'importance de l'hémolyse.
L'étude des indices érythrocytaires par les automates permet
d'évoquer le diagnostic ; l'étude du frottis sanguin permet
de visualiser des elliptocytes, stomatocytes ou sphérocytes. L'exploration
de la fragilité osmotique est réalisée par l'étude
de la résistance osmotique aux solutions et surtout par l'ektacytométrie
en gradient d'osmolarité [3], disponible dans quelques laboratoires
spécialisés ; celle-ci permet l'étude de la résistance
osmotique, de l'hydratation et de la déformabilité des globules
: l'ektacytomètre mesure la déformabilité des globules
rouges soumis à une force de cisaillement constante, générée
par un viscomètre de Couette, et à une osmolarité
croissante ; les globules rouges circulent en flux continu et passent
devant un rayon laser dont ils diffractent la lumière : le signal
lumineux est traduit en index de déformabilité (ID) qui
quantifie l'étirement de la cellule ; il est enregistré
de façon continue en fonction de l'osmolarité du milieu
de suspension des cellules que l'on fait varier. La courbe obtenue comporte
trois points importants : 1) le point " hypo " ou osmolarité en
région hypo-osmolaire pour laquelle la déformabilité
est nulle, car les hématies sont devenues sphériques par
entrée d'eau ; il traduit le rapport surface/volume 2) l'index
de déformabilité maximale, dépendant de la surface
cellulaire 3) le point " hyper " ou osmolarité en région
hyper-osmolaire, pour laquelle la déformabilité des hématies
est égale à la moitié de l'ID max, corrélé
à l'état d'hydratation cellulaire. L'exploration peut être
complétée par l'électrophorèse des protéines
membranaires, qui permet de préciser les anomalies biochimiques
dans la sphérocytose héréditaire (SH), et par l'étude
génétique.
Dans tous les cas, le diagnostic d'anomalie membranaire du globule
rouge impose un dépistage familial de l'anomalie.
Sphérocytose héréditaire
La sphérocytose héréditaire, caractérisée
par la déformation sphérique des globules rouges, est la
plus fréquente des anomalies de la membrane érythrocytaire
en Europe du nord ; sa fréquence est estimée à 1/2000
à 5000 naissances. Elle peut néanmoins se rencontrer dans
toutes les ethnies.
Le mode de transmission est dominant dans 75 % des cas. Pour les 25
% restants, il s'agit le plus souvent d'une mutation de novo. Dans
ces cas, le mode de transmission qui paraît récessif à
la première génération devient dominant pour les
générations suivantes. Les formes récessives vraies
sont rares.
Le spectre des mutations susceptibles d'aboutir à une sphérocytose
héréditaire est très large. Elles sont toutes situées
sur des gènes codant pour une des protéines intervenant
dans les interactions verticales. La mutation du gène ANK 1, codant
pour l'ankyrine, est la plus fréquente (environ 60 % des cas) et
est responsable de formes cliniquement manifestes de SH, de transmission
dominante. Les autres mutation rencontrées sont principalement
les mutations du gène EPB3, responsables d'un déficit en
bande 3, du gène SPTB codant pour la chaîne beta de la spectrine
et du gène ELB42 codant pour la protéine 4.2. [2, 4]. Quelle
que soit la protéine responsable, elle aboutit à une déstabilisation
de la bicouche lipidique, avec comme conséquence une perte de matériel
membranaire sous forme de microvésicules. Il en résulte
une diminution de la surface du globule rouge et une déshydratation
cellulaire, signes constamment retrouvés dans la sphérocytose
héréditaire, avec comme corollaire une diminution du rapport
surface/volume (S/V) avec sphérisation des cellules, une augmentation
de leur fragilité osmotique et une diminution de leur déformabilité.
Le profil évolutif de la SH est très hétérogène
et couvre tout l'éventail de la gravité, allant des formes
asymptomatiques à de rares cas de mort in utero, en passant
par des formes modérées bien tolérées et des
formes sévères transfusion-dépendantes. Un pourcentage
élevé de microcytes (VGM < 60 fl) et une diminution de
plus de 80 % de spectrine normal est associé à une SH sévère
[5, 6]. Les formes symptomatiques se manifestent classiquement par la
triade ictère, anémie, splénomégalie selon
des combinaisons variables, parfois associée à un retentissement
sur l'état général (asthénie, fatigabilité
à l'effort) et un infléchissement staturopondéral,
pas nécessairement corrélés à l'intensité
de l'anémie [7]. La SH est habituellement reconnue dans les premiers
mois ou années de vie, mais peut être découverte plus
tardivement, notamment à l'occasion de complications : accentuation
aiguë de l'hémolyse lors d'une infection, érythroblastopénie
transitoire, liée le plus souvent à une infection par le
parvovirus B19, lithiase biliaire présentes dans 10 à 55
% [8]. En période néonatale, ces manifestations cliniques
ont une cinétique d'apparition asynchrone [9] : l'ictère
est la manifestation clinique la plus constante et la plus précoce,
rencontré dans 80 % des cas ; en revanche, l'anémie est
rarement présente à la naissance et environ 60 % des enfants
naissent avec un taux d'hémoglobine normal, qui chute rapidement
avec des valeurs inférieures à la normale dès le
5ème jour de vie et souvent inférieures à
8 g/dL à la fin du premier mois de vie ; parallèlement,
la réticulocytose, élevée les premiers jours, devient
rapidement insuffisante, et reste sous la barre des 200.109/
L durant plusieurs semaines, voire mois. Durant cette période l'érythropoïèse
est insuffisante pour compenser l'anémie, et une transfusion est
souvent nécessaire au cours des premiers mois de vie. La splénomégalie
est absente à la naissance, et apparaît entre 1 et 45 semaines
de vie, en moyenne vers la 5ème semaine. Quelques formes
sont expressives in utero avec anémie sévère
et anasarque. Il s'agit d'enfants atteints soit d'un déficit homozygote
pour la protéine bande 3 , soit de formes récessives pour
un déficit de la chaîne alpha-spectrine.
Le diagnostic repose sur la mise en évidence d'un excès
de cellules hyperdenses, témoin de la déshydratation cellulaire,
par certains automates. L'examen du frottis sanguin confirme la présence
de sphérocytes, hématies apparaissant sphériques
et dépourvues de centre clair (figure 2) ; la présence
de sphérocytes n'est cependant pas pathognomonique du diagnostic
de SH et peut se rencontrer au cours d'autres anémies hémolytiques,
notamment allo-immunes par incompatibilité materno-ftale
ABO ou auto-immunes. La mise en évidence d'une diminution de la
résistance osmotique aux solutions hypotoniques témoigne
d'une diminution du rapport S/V. Cependant la résistance osmotique
peut être normale dans 30 % des cas. Enfin l'ektacytomérie
en gradient osmolaire permet de faire le diagnostic dans tous les cas
: l'index de déformabilité est abaissé, le point
« hypo » est le plus souvent dévié à droite
et le point « hyper » à gauche (figure 3). Ces
examens peuvent être complétés par l'étude
des protéines de la membrane du globule rouge par électrophorèse
en gel de polyacrylamide, et par l'étude du DNA pour des phénotypes
cliniques ou biologiques très particuliers.
Durant les six premiers mois de vie, la surveillance hématologique
devra être attentive car une transfusion sera parfois nécessaire
; des résultats préliminaires d'une étude non randomisée
indiquent qu'un traitement précoce par érythropoïétine
recombinante pendant quelques mois pourrait permettre d'éviter
ces transfusions initiales chez certains nourrissons anémiques
porteurs d'une SH [10].
Dans les formes graves avec des besoins transfusionnels élevés,
le traitement repose sur la splénectomie, qui permet l'élimination
du site électif de destruction des globules rouges fragilisés.
Cette intervention s'accompagne d'un risque d'infections fulminantes,
essentiellement à pneumocoque, méningocoque et Haemophilus
influenzae [11] ; elle doit donc être toujours être associée
à une prophylaxie anti-infectieuse (vaccination anti-pneumococcique
et anti-Haemophilus et prise quotidienne d'ROracilline
à vie), qui ne permet cependant pas une prévention totale.
Ce risque infectieux est particulièrement élevé chez
les enfants âgés de moins de cinq ans, et persiste durant
toute la vie : dans une série de 226 patients splénectomisés
pou SH, 4 décès par infection fulminante sont rapportés,
survenant 18 à 30 ans après la splénectomie pour
trois d'entre eux [12]. D'autres complications pourraient s'observer à
long terme après splénectomie : l'incidence d'infarctus
du myocarde et d'accident vasculaire cérébral est plus élevée
chez des adultes porteurs de SH splénectomisés que chez
ceux n'ayant pas eu de splénectomie (le rôle de l'hyperplaquettose
est évoqué) [13]. Pour tenter de limiter ces risques, notamment
infectieux, notre équipe a réalisé des splénectomies
subtotales, avec résection de 80 à 90 % du tissu splénique
[14, 15] : cette intervention a permis une diminution significative du
taux de réticulocytes et une augmentation de taux d'hémoglobine
de 9,8 à 12,2 g/dl chez 40 patients, la préservation de
la fonction phagocytaire splénique, et l'amélioration d'un
score de qualité de vie dans 85 % des cas. La diminution de l'hémolyse
est cependant moindre que celle observée au décours d'une
splénectomie totale, et une récidive de l'anémie
est observée chez quelques enfants plusieurs années après
l'intervention ; de plus, la survenue d'une lithiase biliaire et d'une
érythroblastopénie aiguë virale reste possible. Cette
splénectomie subtotale semble particulièrement indiquée
dans deux situations : 1) chez les enfants âgés de moins
de 5 ans, avec des besoins transfusionnels élevés ; 2) chez
les enfants ayant une anémie modérée, avec peu ou
pas de besoins transfusionnels, mais avec un retentissement de la maladie
sur l'état général, une volumineuse splénomégalie
et/ou une lithiase biliaire. La prophylaxie anti-infectieuse est initialement
la même que pour une splénectomie totale par précaution
; nous recommandons qu'elle soit poursuivie jusqu'à l'âge
de cinq ans au moins, et qu'elle ne soit interrompue que si la fonction
splénique, appréciée par la scintigraphie splénique
au 99 technétium et le pourcentage de pitted erythrocytes,
sont normaux.
Autres anomalies de membrane du globule
rouge
L'elliptocytose héréditaire
Il s'agit d'une affection généralement transmise sur un
mode autosomique dominant, caractérisée par la présence
de globules rouges elliptiques. Sa fréquence est de 0,02 à
0,05 % en Europe et est très élevée dans certaines
région d'Afrique équatoriale, pouvant atteindre 1 % de la
population car l'anomalie entraîne une protection partielle contre
le paludisme, même chez les hétérozygotes.
Elle est secondaire à des mutations entraînant une altération
d'une des protéines qui interviennent dans les interactions horizontales,
le plus souvent la chaîne alpha de la spectrine (gène SPTA1)
ou la protéine 4.1 (gène EPB41) [2]. Le squelette
membranaire ainsi fragilisé perd de son élasticité,
et dans les formes sévères, on assiste à la rupture
des mailles du cytosquelette, aboutissant à une fragmentation cellulaire.
Les manifestations cliniques de l'elliptocytose sont variables, allant
de formes totalement silencieuses à des formes avec hémolyse
sévère nécessitant des transfusions. Le diagnostic
repose sur l'analyse cytologique du frottis sanguin, qui permet de voir
les elliptocytes.
La plupart des formes hétérozygotes sont asymptomatiques,
de découverte fortuite lors d'un examen du frottis sanguin, ou
entraînent une hémolyse modérée, compensée
par l'hyperréticulocytose [16].
Il existe cependant des formes graves, avec anémie hémolytique
sévère caractérisée par une fragmentation
des hématies entraînant une poïkilocytose. Cette poïkilocytose
héréditaire s'exprime dès la naissance. Les enfants
naissent à terme et le taux d'hémoglobine est normal 3 fois
sur quatre lorsqu'il est déterminé sur le sang de cordon.
Cependant une anémie peut être présente dans les formes
les plus sévères. Le taux d'hémoglobine chute rapidement
et une ou plusieurs transfusions sont nécessaires selon les formes
de poïkilocytose. L'anémie est très régénérative
dans les premiers jours de vie, mais, comme pour la sphérocytose,
l'érythropoïèse devient rapidement insuffisante pour
compenser les pertes. L'examen du frottis révèle une poïkilocytose
importante avec présence de schizocytes, microcytes, sphérocytes,
elliptocytes et micro-elliptocytes. Les automates montrent une population
érythrocytaire très microcytaire, avec souvent un double
pic sur l'histogramme de répartition des volumes corpusculaires.
On distingue plusieurs formes de poïkilocytose selon l'hérédité
:
- la poïkilocytose transitoire de la prime enfance.
Il s'agit de formes hétérozygotes simples, qui pour des
raisons encore mal connues et non prévisibles, associent une anémie
hémolytique sévère à une fragmentation. Un
des parents est porteur d'une elliptocytose classique pas ou peu symptomatique,
et l'autre parent a des globules rouges normaux. L'évolution sera
spontanément favorable. La fragmentation cellulaire s'amenuise
au fil des mois pour laisser la place à une elliptocytose classique,
semblable à celle du parent atteint, entre l'âge de 12 et
18 mois.
- la poïkilocytose des états homozygotes.
L'homozygotie pour une mutation sur le gène alpha de la spectrine
ou celui de la protéine 4.1 a été décrite
à maintes reprises. Elle donne lieu à une anémie
sévère dès les premiers jours de vie, souvent transfusion
dépendante jusqu'à la splénectomie.
- la poïkilocytose des états hétérozygotes
composites [17].
Ces enfants sont hétérozygotes composites pour une mutation
elliptocytogène située sur le gène alpha de la spectrine
(alphaHE) et pour un polymorphosme particulier appelél
alphaLELY situé en trans. L'allèle alphaLELY
possède des propriétés singulières.
Il est fréquent, car retrouvé chez 20 à 30 % de la
population dans toutes les ethnies. Il produit moitié moins de
chaînes alpha que normalement. Cette réduction n'a pourtant
pas d'importance lorsqu'il est seul présent, car les chaînes
alpha sont synthétisées en excès par rapport aux
chaînes beta. Les hétéro et homozygotes pour l'allèle
alphaLELY sont asymptomatiques. Le problème surgit lorsque
ce polymorphisme est associé en trans d'un allèle alphaHE
. Les chaînes anormales synthétisées seront
prépondérantes par rapport aux chaînes alpha normales.
La sévérité de ces formes est comparable aux formes
homozygotes et, contrairement à la poïkilocytose de la première
enfance, le restera jusqu'à la splénectomie.
L'étude des globules rouges des parents aura donc une valeur
pronostique dans les poïkilocytoses héréditaires. Elle
permettra de voir si un seul ou les deux parents sont porteurs d'une elliptocytose.
Lorsqu'un seul d'entre eux est atteint, il paraît utile de rechercher
le polymorphisme alphaLELY chez le parent sain et chez l'enfant.
Dans ces formes sévères de poïkilocytose persistante,
la splénectomie est indiquée. Les résultats de la
splénectomie partielle semblent moins encourageants que dans la
SH : au décours des 5 interventions réalisées dans
notre centre, nous n'avons pas observé de diminution significative
du taux de réticulocytes et une splénectomie totale a été
nécessaire six ans après l'intervention dans un cas [14].
La stomatocytose héréditaire
Les stomatocytoses héréditaires sont des maladies de la
perméabilité membranaires aux cations Na+ et
K+. Elles ont été initialement identifiées
par la présence de stomatocytes sur le frottis sanguin. Les stomatocytes
sont des globules rouges avec un centre clair, non plus circulaire, mais
limité à une barre en forme de bouche.
Il existe deux formes de stomatocytoses héréditaires,
l'une s'accompagnant d'une hyperhydratation des hématies, tandis
que dans l'autre forme les globules rouges sont déshydratés
[18, 19] :
* La stomatocytose héréditaire avec hyperhydratation
des hématies
Cette forme est très rare (moins d'une famille sur 100 000),
mais est responsable d'une anémie hémolytique sévère,
s'exprimant dès les premiers jours de vie, et persistera la vie
durant. Le mode de transmission est autosomal-dominant. Cependant les
mutations de novo sont fréquentes. Une augmentation de la
concentration intracellulaire en Na+ et K+ occasionne
une entrée d'eau avec augmentation du volume cellulaire. Aussi,
le rapport S/V diminue et rend les cellules moins résistantes aux
solutions hypotoniques. L'étude des protéines membranaires
a révélé l'absence de la protéine 7.2b, ou
stomatine. Cette absence semble constituer un phénomène
secondaire.
La stomatocytose héréditaire avec hématies hyperhydratées
peut être confondue avec la sphérocytose héréditaire
car toutes deux sont responsables d'une anémie hémolytique
avec une diminution de la résistance osmotique. Le diagnostic différentiel
se fera par un examen attentif du frottis sanguin, l'étude des
indices érythrocytaires (macrocytose dans les stomatocytoses hyperhydratées),
et par l'ektacytométrie (l'index de déformabilité
maximal est normal car il n'y a pas de perte de surface membranaire).
Enfin il peut être confirmé par l'absence de protéine
7.2b. La distinction entre ces deux affections est importante, car la
splénectomie est formellement contre-indiquée dans la stomatocytose,
et expose à des accidents thromboemboliques graves [20].
* La stomatocytose héréditaire avec déshydratation
des hématies, ou xérocytose héréditaire
La fréquence de cette forme atteint environ 1 famille sur 20
000. Elle est de transmission autosomale dominante ; le gène a
été localisé en 16q23-qter. L'anémie est souvent
discrète voire absente, avec une hémolyse bien compensée.
La réticulocytose est en général élevée
(300 à 400.109/L).
Il existe un efflux accru de K+, responsable de la déshydratation
cellulaire. A l'inverse de la forme précédente, le rapport
S/V est augmenté, ce qui est objectivé par une augmentation
de la résitance osmotique. L'étude des indices érythrocytaires
montrera une augmentation modérée de la CCHM inconstamment
accompagnée d'un excès de cellules hyperdenses. De façon
étonnante, le volume globulaire moyen est souvent légèrement
augmenté. Le frottis sanguin montre la présence de cellules
cibles aux côtés des stomatocytes moins nombreux que dans
la forme hyperhydratée. Le diagnostic sera confirmé par
l'ektacytométrie en gradient osmolaire. Dans quelques cas s'y associe
une variété d'dème périnatal transitoire,
se résorbant parfois avant ou dans les semaines suivant la naissance,
sans rapport avec l'anémie toujours modérée. Une
autre association à cette forme de stomatocytose, retrouvée
dans un tiers des cas environ, est l'existence d'une pseudohyperkaliémie.
Ce terme désigne l'élévation de la kaliémie
quand le sang reste à température ambiante avant le dosage
du K+. La kaliémie est normale in vivo ou lorsque
le dosage est effectué immédiatement après le prélèvement.
La splénectomie est également contre-indiquée pour
les mêmes raisons.
L'ovalocytose du Sud-Est asiatique
Il s'agit d'un trait asymptomatique à l'état hétérozygote,
très répandu dans une région s'étendant de
la Thaïlande à la Mélanésie. Il se caractérise
par la présence de stomato-ovalocytes sur le frottis sans autre
anomalie hématologique, avec une perte totale de déformabilité
élastique à l'ektacytométrie. L'état homozygote
n'a jamais été rapporté et est probablement létal.
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