ARTICLE
L'identification des gènes de prédisposition ou de résistance
mendélienne aux maladies infectieuses suit l'une ou l'autre des
stratégies suivantes. Une première approche, dite gène
candidat, recherche directement des mutations au niveau de gènes
désignés d'après les données biologiques disponibles,
par exemple la mise en évidence du rôle de ces gènes
dans les modèles animaux correspondants. Une deuxième approche,
dite par clonage positionnel et basée sur l'analyse de liaison
génétique, recherche une région génomique
commune aux seuls membres atteints d'une ou plusieurs familles. Les deux
stratégies peuvent se combiner, puisque des études de ségrégation
et liaison génétique permettent de tester le rôle
de gènes candidats tandis que ceux-ci sont volontiers désignés
puis testés au sein des régions identifiées par clonage
positionnel.
Dans les maladies infectieuses communes, le contrôle génétique
de différents phénotypes peut être étudié
[3, 4]. Il peut s'agir de phénotypes cliniques (atteint ou sain
pour la maladie considérée), ou biologiques reflétant
soit l'infection elle-même (niveaux d'infection parasitaire, séropositif
ou séronégatif), soit la réponse immunitaire à
l'infection (taux d'anticorps ou de cytokines, hypersensibilité
retardée à un antigène). Les méthodes d'épidémiologie
génétique permettent alors de déterminer la part
respective des facteurs génétiques et des facteurs de milieu
(en particulier, les facteurs de contamination par l'agent infectieux)
dans l'expression des phénotypes observés et d'identifier
ainsi la nature des facteurs génétiques en cause [4, 5].
Ces méthodes combinent des informations de nature épidémiologique
et génétique. Les données épidémiologiques
concernent le recueil de l'ensemble des facteurs de risque qui peuvent
influencer la pathologie étudiée (facteurs d'exposition
à l'agent infectieux, âge). Les informations génétiques
sont représentées par la connaissance des liens familiaux
(recueil de données familiales) et par le typage de marqueurs génétiques.
Les développements récents de la génétique
moléculaire, comme l'établissement d'une carte génétique
dense du génome humain basée sur des marqueurs microsatellites
très polymorphes [6] et la disponibilité croissante de polymorphismes
mononucléotidiques (single nucleotide polymorphism, ou SNP)
[7, 8], ont créé des outils irremplaçables pour ces
études génétiques.
La méthodologie générale en génétique
épidémiologique est de nature statistique et comporte deux
grands types d'études, les analyses de liaison génétique
(ou analyses de linkage) et les études d'association (figure
1). En génétique humaine des maladies infectieuses,
les analyses de liaison sont utilisées pour localiser une région
chromosomique contenant un ou quelques gènes d'intérêt.
Un de leurs avantages est de pouvoir explorer l'ensemble du génome
par criblage complet (genome screen) permettant de détecter
l'effet de gènes dont le rôle était a priori inconnu.
Il existe deux grands types d'analyses de liaison [9] indiquées
sur la figure 1 : 1) Les
approches dites modèle-dépendantes (ou paramétriques)
représentées par la méthode classique du lod-score
[10] qui nécessitent de spécifier explicitement le modèle
phénotype/génotype (en général estimé
par une analyse de ségrégation), c'est-à-dire la
relation entre le phénotype étudié et un gène
supposé influencer l'expression de ce phénotype (approches
illustrées par les études sur la bilharziose) ; et 2) Les
analyses modèle-indépendantes (ou non paramétriques)
comme les méthodes de paires de germains qui ne nécessitent
pas de spécifier le modèle phénotype/génotype
(illustrées par les études sur la lèpre et le paludisme).
Bien que ces analyses de liaison génétique permettent d'affirmer
le rôle d'une région chromosomique, elles ne fournissent
pas une localisation très précise des gènes influençant
des phénotypes aussi complexes. L'étape suivante est alors
de tester directement, par des études d'association, le rôle
de polymorphismes de gènes candidats situés dans les régions
ainsi localisées (gènes candidats par expérience).
Ces études d'association peuvent également être réalisées
en première intention en testant le rôle de gènes
candidats par hypothèse (par exemple des gènes impliqués
dans la réponse immunitaire). Dans tous les cas, le rôle
d'un polymorphisme ne peut être validé que par des études
fonctionnelles, soulignant la complémentarité indispensable
des études de génétique épidémiologique
et moléculaire.
Ces différentes stratégies ont été appliquées
à l'étude de la prédisposition génétique
à de nombreuses pathologies infectieuses chez l'homme. Nous détaillerons
ici les principaux résultats obtenus dans les infections mycobactériennes
rares (BCG et mycobactéries atypiques) et communes (lèpre
et tuberculose), et dans deux maladies parasitaires causées respectivement
par un protozoaire (paludisme) et par un helminthe (bilharziose).
Infections mycobactériennes
La lèpre et la tuberculose, maladies mycobactériennes
les plus fréquentes chez l'homme, sont causées respectivement
par Mycobacterium tuberculosis et par M. leprae. De nombreuses
autres espèces mycobactériennes sont présentes dans
l'environnement et sont souvent appelées mycobactéries non
tuberculeuses ou atypiques. Comme le vaccin atténué BCG,
elles sont généralement moins pathogènes, bien qu'elles
puissent être responsables d'infections graves si la réponse
immunitaire de l'hôte est imparfaite. Il est maintenant clairement
démontré que la virulence intrinsèque d'une espèce
mycobactérienne n'est pas le seul facteur déterminant la
sévérité clinique de la maladie associée,
et que l'expression d'une infection mycobactérienne dépend
très largement de facteurs génétiques de l'hôte
infecté. En particulier, des avancées majeures ont été
réalisées récemment dans l'identification des mutations
génétiques responsables des infections disséminées
par les mycobactéries peu virulentes. De plus, plusieurs études
de génétique épidémiologique ont montré
l'influence importante de facteurs génétiques dans l'expression
de la lèpre et de la tuberculose, bien que les bases moléculaires
de ce contrôle restent encore largement inconnues.
Infections par les mycobactéries peu
virulentes
Le bacille de Calmette et Guérin (BCG), vaccin vivant de la tuberculose,
et les mycobactéries environnementales, dites non tuberculeuses
(MNT), sont des mycobactéries peu virulentes chez l'homme. Elles
peuvent cependant être à l'origine d'infections sévères
chez certains patients qui présentent un déficit immunitaire
héréditaire. De telles infections peuvent également
survenir chez des individus apparemment sains sans déficit immunitaire
caractérisé [11-14]. Ces patients ne présentent pas
d'autres infections opportunistes, et ils diffèrent en cela des
patients qui ont un déficit immunitaire classique, chez qui de
nombreux micro-organismes sont pathogènes. Un syndrome mendélien
de transmission autosomale récessive est en général
responsable de ce tableau [13, 15]. Dans certaines familles cependant,
la ségrégation de la maladie suggère une transmission
autosomale dominante [16] ou récessive liée au chromosome
X [14]. De plus, le pronostic clinique est variable et fortement corrélé
au type de lésions histopathologiques observées, suggérant
que le défaut génétique sous-jacent est bien hétérogène
[17]. Au cours des cinq dernières années, nous avons largement
contribué à décrire différents types de mutations
causales de quatre gènes (figure
2), définissant huit maladies génétiques.
En 1996 a été identifiée la première étiologie
génétique du syndrome, le défaut complet de la première
chaîne du récepteur de l'IFNgamma (IFNgammaR1) [18, 19].
D'autres patients porteurs de ce même défaut génétique
ont été décrits depuis [20-23]. Toutes les mutations
causales sont nulles et récessives, mais selon le type de mutation
le récepteur peut ou non être exprimé en surface des
cellules [24]. En effet, certaines mutations n'empêchent pas l'expression
du récepteur, mais bloquent la fixation de l'IFNgamma. Il n'existe
aucune réponse cellulaire à l'IFNgamma, même à
forte concentration. Les cellules immunitaires responsables des infections
ne sont pas connues avec précision, car le récepteur de
l'IFNgamma est exprimé de façon ubiquitaire. Les défauts
complets de la chaîne IFNgammaR1 sont associés au développement
précoce d'infections mycobactériennes sévères
[25-27]. Quelques virus menacent également mais plus rarement ces
enfants [28, 29]. Les granulomes sont lépromatoïdes, fréquemment
multibacillaires, mal circonscrits et mal différenciés sans
cellules géantes. Le traitement curatif repose sur la transplantation
médullaire, puisque les antibiotiques ne permettent pas d'assurer
une rémission infectieuse complète, et puisque l'IFNgamma
est inefficace en l'absence de récepteur spécifique. Plusieurs
autres types de déficit en IFNgammaR1 ont été décrits
(figure 3). Un défaut
récessif partiel et non complet de la chaîne IFNgammaR1 [30]
est causé par la substitution d'un acide aminé dans la région
extracellulaire. D'autres patients ont un défaut partiel dominant,
et non récessif, de la chaîne IFNgammaR1 [16]. L'allèle
IFNGR1 muté porte une petite délétion et code
des récepteurs membranaires tronqués non fonctionnels qui
s'accumulent en surface et exercent un effet dominant-négatif sur
les récepteurs codés par l'autre allèle, sauvage,
du gène IFNGR1. La même mutation est survenue indépendamment
dans douze familles, définissant le premier point chaud de petites
délétions chez l'homme. Le défaut fonctionnel est
partiel car des concentrations élevées d'IFNgamma sont capables
d'induire une réponse cellulaire. La maladie peut se révéler
à l'âge adulte et les granulomes sont tuberculoïdes,
paucibacillaires, bien circonscrits et bien différenciés
avec des cellules géantes. Le traitement des infections repose
sur les antibiotiques et sur l'IFNgamma. Il existe donc une corrélation
entre le génotype IFNGR1, le phénotype cellulaire
(défaut partiel ou complet), le phénotype histopathologique
(granulomes tuberculoïdes ou lépromatoïdes) et le phénotype
clinique (pronostic favorable ou défavorable) [16, 31].
Un patient a été identifié qui présente
un défaut complet récessif de la seconde chaîne du
récepteur de l'interféron gamma (IFNgammaR2) [32]. Une mutation
nulle récessive empêche toute expression de la chaîne
IFNgammaR2. Les cellules du patient ne répondent pas à l'IFNgamma.
Le phénotype histopathologique et clinique est sévère,
semblable à celui des patients qui ont un défaut complet
de la chaîne IFNgammaR1. Le traitement curatif repose également
sur la transplantation médullaire. Un autre patient présente
un défaut partiel, et non complet, de la chaîne IFNgammaR2
[33]. Il existe une substitution d'un acide aminé dans la région
extracellulaire du récepteur. Cette mutation ne compromet pas l'expression
en surface de la molécule IFNgammaR2, mais diminue, sans l'abolir,
la réponse cellulaire à l'IFNgamma. Le patient présente
un phénotype histopathologique et clinique atténué.
Il existe donc aussi pour le défaut de la chaîne IFNgammaR2
une corrélation stricte entre le génotype IFNGR2
et le phénotype cellulaire, histopathologique et clinique. Ces
observations suggèrent que le degré d'immunité médiée
par l'IFNgamma est le facteur déterminant des lésions histopathologiques
et de l'évolution clinique associées aux infections mycobactériennes
chez l'homme.
Un enfant présente une mutation nulle récessive du gène
codant la sous-unité p40 de l'IL12, une cytokine hétérodimèrique
(p70, composée de p35 et p40) sécrétée par
les macrophages et les cellules dendritiques [34]. Les lymphocytes du
patient ont une capacité de production d'IFNgamma très fortement
diminuée après stimulation in vitro. Cependant, il
s'agit d'un défaut de production d'IFNgamma secondaire, puisqu'il
peut être complémenté d'une façon dose-dépendante
par de l'IL12 exogène. Chez d'autres patients, des mutations nulles
récessives du gène codant pour la chaîne beta1 du
récepteur de l'IL12 (IL12Rbeta1) ont été identifiées
[35, 36]. Ni les cellules NK ni les cellules T des patients ne produisent
suffisamment d'IFNgamma. Le défaut de sécrétion d'IFNgamma
dépendant de l'IL12 est responsable des infections mycobactériennes
; le traitement des infections repose donc sur l'utilisation de l'IFNgamma.
L'immunité résiduelle médiée par l'IFNgamma
qui persiste indépendamment de l'IL12 est responsable du phénotype
atténué. Ces travaux suggèrent à nouveau que
le degré d'immunité médiée par l'IFNgamma
est le facteur déterminant de l'évolution des infections
mycobactériennes. Il est donc probable que l'immunité médiée
par l'IFNgamma joue un rôle important dans l'expression clinique
de la plupart des infections mycobactériennes.
Au total, ces travaux ont permis d'identifier huit maladies génétiques
touchant quatre gènes qui démontrent que l'immunité
médiée par IFNgamma joue un rôle essentiel chez l'homme
dans la protection vis-à-vis des mycobactéries [2, 37].
Cependant, de nombreuses infections restent encore inexpliquées,
suggérant que d'autres mutations sont impliquées. L'observation
que le niveau d'immunité médiée par l'IFNgamma est
étroitement corrélé avec le degré d'immunité
protectrice vis-à-vis des mycobactéries peu virulentes suggère
qu'il pourrait en être de même vis-à-vis des mycobactéries
plus virulentes responsables de la lèpre et de la tuberculose [38].
Lèpre
La lèpre, causée par M. leprae, est une maladie
mycobactérienne chronique dont la prévalence a nettement
diminué ces dernières années (moins d'un million
de cas dans le monde en 1998) dans de nombreux pays (figure
4), mais dont l'incidence a peu évolué (685 000
nouveaux cas en 1997) [39]. L'expression de la maladie résulte
de l'interaction entre le bacille et le système immunitaire de
l'hôte infecté [40]. Alors que la grande majorité
des individus infectés développe une immunité efficace
sans maladie clinique [39], certains présentent un large spectre
de manifestations cliniques corrélé à leur réponse
immunitaire. À un pôle du spectre, les patients avec une
lèpre tuberculoïde présentent une réponse cellulaire
spécifique bien développée et de faibles taux d'anticorps
contre M. leprae, tandis qu'à l'autre pôle, les patients
lépromateux ont une immunité cellulaire déficiente
et une forte réponse humorale.
De nombreuses études d'agrégation familiale, comme des
études de jumeaux, et plus récemment plusieurs analyses
de ségrégation ont clairement montré l'existence
d'une prédisposition génétique à la lèpre
(revue dans [41]). L'objectif principal des analyses de ségrégation
est de rechercher si les distributions familiales du phénotype
étudié (la lèpre) sont compatibles avec la transmission
d'un gène majeur et de fournir une estimation des effets de ce
gène (correspondant au modèle phénotype/génotype
mentionné en introduction). En particulier, une analyse de ségrégation
réalisée dans l'île antillaise de la Désirade
a mis en évidence la présence d'un gène majeur contrôlant
la susceptibilité à la lèpre per se (c'est-à-dire
la lèpre toutes formes confondues) (42). La fréquence de
l'allèle délétère était estimée
à 0,3, soit 9 % de sujets homozygotes prédisposés
à la maladie. À l'âge de 60 ans, la pénétrance
(c'est-à-dire la probabilité pour un sujet d'avoir présenté
la maladie jusqu'à l'âge de 60 ans) était d'environ
0,6 pour les homozygotes prédisposés (9 % de la population)
alors qu'elle restait inférieure à 0,02 pour le reste de
la population.
D'autres arguments en faveur de facteurs génétiques dans
l'expression des formes de lèpre sont venus des études d'association
avec le système HLA. Dans la lèpre tuberculoïde, les
résultats les plus cohérents ont été obtenus
avec HLA-DR2 (revue dans [43, 44]). En utilisant les techniques
de typage moléculaire, une étude [45] a précisé
ces résultats en montrant une association positive entre des patients
tuberculoïdes indiens et les allèles DRB1*1501, DRB1*1502
(tous deux des allèles DR2) et DRB1*1404, ces trois allèles
étant caractérisés par des arginines en position
13 ou 70-71. La forme lépromateuse de la lèpre a été
associée à HLA-DR3 dans plusieurs études (revue
dans [43, 44]). Le rôle du système HLA dans les formes de
lèpre a également été mis en évidence
par plusieurs analyses de liaison génétique utilisant la
méthode des paires de germains atteints. Une ségrégation
non aléatoire des haplotypes parentaux HLA a été
observée chez des enfants atteints de lèpre tuberculoïde
originaires du Surinam [46], d'Inde [47] et du Vénézuela
[48] ainsi que chez des enfants atteints de forme lépromateuse
au Vénézuela [48] et en Chine [49]. En revanche, aucune
distorsion de ségrégation des haplotypes HLA parentaux n'était
observée chez des enfants atteints lorsque toutes les formes de
lèpre étaient confondues [47], ce qui va à l'encontre
d'une liaison génétique entre la région HLA et la
susceptibilité à la lèpre per se [43, 44].
L'identification du gène humain NRAMP1 [50], homologue
du gène murin Nramp1 [51], a fourni un excellent gène
candidat pour l'étude de la susceptibilité à la lèpre
per se. Chez la souris, une mutation ponctuelle du gène
Nramp1 est responsable d'une prédisposition à plusieurs
pathogènes intracellulaires dont M. leprae murium, le bacille
de Calmette-Guérin (BCG), et Leishmania donovani [52, 53].
Les études fonctionnelles montrent que Nramp1 joue un rôle
important dans l'activation précoce du macrophage et qu'il a de
nombreux effets pléïotropiques sur la fonction macrophagique
(revue dans [54]). Chez l'homme, une récente étude de paires
de germains malades au Vietnam a montré une liaison génétique
entre la lèpre per se et la région du gène
NRAMP1, indiquant pour la première fois que NRAMP1
pourrait être un gène de prédisposition à la
lèpre [55]. De plus, cette étude combinée à
une précédente analyse de ségrégation suggérait
l'existence d'une hétérogénéité génétique
entre les familles d'origine vietnamienne et celles d'origine chinoise.
Cette hétérogénéité pourrait expliquer
au moins en partie les résultats de deux analyses précédentes
dans des populations différentes qui ne retrouvaient pas de liaison
entre lèpre et NRAMP1 [56, 57]. Par ailleurs, dans ces mêmes
familles vietnamiennes, une liaison génétique a également
été mise en évidence entre la région du gène
NRAMP1 et la réaction de Mitsuda qui mesure la réponse
immunitaire retardée après injection intradermique de lépromine
[58]. Ce dernier résultat est en accord avec l'hypothèse
selon laquelle NRAMP1 pourrait être impliqué dans
le développement de la réponse immunitaire vis-à-vis
des antigènes mycobactériens avec un rôle possible
dans la régulation de la différenciation lymphocytaire dite
Th1/Th2. Il est ainsi intéressant de noter que les formes tuberculoïdes
de lèpre (qui présentent généralement des
réactions de Mitsuda positives) sont associées à
une réponse dite Th1 prédominante alors qu'une réponse
dite Th2 est observée dans les formes lépromateuses (ayant
le plus souvent des réactions de Mitsuda négatives) [59,
60]. De plus, une autre étude récente d'association en Inde
suggérait que le gène du récepteur de la vitamine
D (VDR) pourrait jouer un rôle dans la régulation
Th1/Th2 [61]. Dans cette étude, les deux allèles d'un polymorphisme
au codon 352 du gène VDR notés T et t (t étant
le moins fréquent) étaient positivement associés
avec respectivement les formes lépromateuses et tuberculoïdes
de la lèpre. Ce résultat suggère que les homozygotes
TT pourraient tendre à présenter une réponse immunitaire
dite Th2, alors que les homozygotes tt produiraient une réponse
plutôt de type Th1.
Tuberculose
La tuberculose, causée par M. tuberculosis, connaît
actuellement une résurgence inquiétante puisqu'elle est
devenue une des premières maladies infectieuses en termes de mortalité
dans le monde [62]. Comme pour la lèpre, l'expression de la maladie
résulte d'interactions complexes entre le bacille, des facteurs
de milieu et des facteurs propres à l'hôte, et il est assez
remarquable de noter que, comme dans la lèpre, la grande majorité
(environ 90 %) des individus infectés ne développent pas
de symptomatologie clinique. Chez l'homme, le rôle de facteurs génétiques
a été suggéré par la mise en évidence
de fortes différences interethniques montrant en particulier une
prévalence de maladie plus élevée dans les populations
d'origine africaine que dans celles d'origine caucasienne [63]. Les études
de jumeaux ont confirmé l'importance de ces facteurs génétiques
en montrant un taux de concordance pour la maladie plus grand chez les
jumeaux monozygotes (~ 60 %) que chez les dizygotes (~ 20 %) (revue dans
[64]). Cependant, en comparaison avec la lèpre, très peu
d'études familiales ont été réalisées
dans la tuberculose. Une récente analyse de ségrégation
réalisée au Brésil mettait en évidence un
contrôle génétique complexe avec le rôle de
plusieurs gènes [65]. Une liaison génétique faiblement
significative avec la région NRAMP1 était également
observée dans cette étude, mais jusqu'à présent,
aucune grande étude de liaison génétique sur la tuberculose
n'a été publiée.
De nombreuses études d'association ont été réalisées
entre la tuberculose et le système HLA, et les résultats
les plus cohérents ont été obtenus avec les allèles
HLA-DR2 et HLA-DQB1*0503 [66]. L'influence de polymorphismes
des gènes de l'antagoniste du récepteur de l'interleukine
1 (IL1Ra) et de l'interleukine 1beta (IL1beta) sur l'hypersensibilité
de type retardée vis-à-vis de la tuberculine et l'expression
clinique de la tuberculose a également été rapportée
dans une population d'origine indienne [67]. Enfin, une association entre
la tuberculose et certains polymorphismes du gène NRAMP1
a été mise en évidence dans une population d'origine
gambienne [68]. En particulier, les sujets hétérozygotes
pour deux polymorphismes notés INT4 et 3'UTR étaient plus
fortement prédisposés à la maladie. Dans la même
population, le statut homozygote pour l'allèle t du polymorphisme
du gène VDR (décrit dans la section sur la lèpre)
était moins fréquent parmi les patients tuberculeux que
parmi les témoins [69] et il est à noter que le déficit
en 25-hydroxycholécalciférol a récemment été
associé aux formes actives de tuberculose chez des sujets d'origine
asiatique [70].
En conclusion, ces études sur la tuberculose et la lèpre
ne font que débuter, et les premiers résultats obtenus (par
exemple avec le gène NRAMP1) devront être confirmés
dans d'autres populations et validés par des études fonctionnelles.
De plus, le rôle de nombreux autres gènes (par exemple, ceux
intervenant dans l'immunité médiée par l'IFNgamma
et impliqués dans les prédispositions mendéliennes
aux mycobactéries peu virulentes) reste à explorer afin
de mieux définir les bases moléculaires du contrôle
génétique, vraisemblablement assez complexe, présidant
à l'expression de la lèpre et de la tuberculose.
Maladies parasitaires
En dehors du paludisme, l'influence de facteurs génétiques
de l'hôte dans la susceptibilité aux autres infections parasitaires
humaines n'a pas été admise facilement, probablement parce
que les facteurs d'environnement comme les vecteurs et les réservoirs
du parasite jouent un rôle important dans la transmission. De plus,
certaines propriétés intrinsèques du parasite (variabilité,
virulence) étaient supposées rendre compte pour une large
part de l'hétérogénéité de réponse
observée parmi les sujets vivant en zone d'endémie. Ces
notions ont évolué ces dernières années, et
si les facteurs précités jouent un rôle important
dans les maladies parasitaires, il est clairement apparu qu'il existait
de grandes différences constitutionnelles de susceptibilité
ou de résistance aux parasites chez les individus exposés,
qui pouvaient influencer fortement la réponse aux infections plasmodiales
mais aussi à d'autres infections parasitaires majeures comme la
bilharziose ou la leishmaniose. Dans les deux paragraphes suivants, nous
résumons les principaux résultats obtenus dans le paludisme
et la bilharziose au cours de ces dernières années.
Paludisme
Le paludisme est la plus grande endémie parasitaire avec 300
à 500 millions de personnes infectées à travers le
monde et une mortalité annuelle estimée à entre 1,5
et 2,7 millions d'individus, touchant surtout les enfants [71]. La pathogénie
de l'infection résulte des interactions entre le parasite et le
système de défense de l'hôte [72], et il existe une
très grande variabilité de réponses à l'infection
entre des individus vivant dans les mêmes zones d'endémie.
Le rôle de facteurs génétiques régulant, d'une
part, la sévérité de l'infection palustre, et, d'autre
part, les niveaux d'immunisation par certains antigènes parasitaires
a été démontré chez l'animal [73]. Il a ainsi
été récemment localisé chez la souris, en
particulier sur le chromosome 8, des loci contrôlant la sévérité
de l'infection par Plasmodium (P.) chabaudi [74, 75]. Chez l'homme,
les études d'épidémiologie génétique
les plus nombreuses ont concerné la recherche des facteurs génétiques
impliqués dans les formes graves observées dans les infections
à P. falciparum, un phénotype souvent appelé
paludisme sévère. L'autre grand groupe de travaux, plus
récents, a concerné l'étude de phénotypes
biologiques (quantitatifs) reflétant soit les niveaux d'infection
par le parasite, soit la réponse immunitaire (taux d'anticorps
ou de cytokines spécifiques ou non d'un certain antigène).
Paludisme sévère
Les formes graves de paludisme regroupent en général les
neuropaludismes avec coma et les anémies sévères
dues au parasite. Compte tenu de la relative rareté et de la sévérité
(une évolution fatale n'est pas rare) de ces manifestations, les
études familiales du phénotype « paludisme sévère
» sont extrêmement difficiles. En conséquence, tous
les travaux de génétique humaine réalisés
jusqu'à présent sur ce phénotype sont des études
d'association comparant la fréquence de certains polymorphismes
génétiques candidats entre des sujets ayant présenté
un paludisme sévère et différents types de sujets
témoins (population générale, sujets hospitalisés,
sujets infectés par P. falciparum sans complication).
Les premiers polymorphismes incriminés dans la survenue des paludismes
sévères sont les anomalies génétiques touchant
le globule rouge (revue dans [76, 77]). Ainsi, les sujets hétérozygotes
pour certaines hémoglobinopathies, en particulier la drépanocytose
(hémoglobinose S), présentent une forte protection contre
les formes graves de paludisme. Des travaux récents ont également
confirmé l'effet protecteur contre les formes graves de paludisme
du déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase
(G6PD) en Afrique [78] et de l'alpha+-thalassémie en
Papouasie Nouvelle-Guinée [79]. Enfin, un dernier groupe de facteurs
génétiques du globule rouge concerne les récepteurs
membranaires aux parasites (revue dans [72]). L'exemple le plus célèbre
concerne la résistance à l'infection par P. vivax
des sujets porteurs du groupe sanguin Duffy [80] expliquée par
le fait que ce parasite ne peut pas pénétrer les globules
rouges de ces sujets ; cependant, ce polymorphisme génétique
n'a pas d'effet sur les infections à P. falciparum. Tous
ces polymorphismes génétiques touchant le globule rouge
ont certainement joué un rôle de sélection dans les
populations particulièrement exposées à l'infection
palustre, mais ne peuvent pas expliquer à eux seuls la variabilité
de réponse à l'infection par le parasite observée
entre les individus [76] ; il est ainsi possible d'estimer à partir
de la fréquence de ces gènes (par exemple la fréquence
de l'hémoglobinose S) l'impact qu'a eu le paludisme sur ces populations
en termes de mortalité [81].
Outre ceux liés à des anomalies génétiques
du globule rouge, les polymorphismes les plus étudiés dans
la survenue des formes graves de paludisme sont situés au niveau
du complexe HLA-TNF du chromosome 6p21. Il est à noter que la grande
majorité des résultats obtenus avec des polymorphismes de
ce complexe proviennent d'une seule étude cas/témoin réalisée
en Gambie. Une première étude [82] a mis en évidence
un effet protecteur d'un antigène de classe I, HLA-B-53 (et à
un degré moindre, d'un antigène de classe II, HLA-DRB1*1302),
dont le mécanisme immunologique présumé [83] a été
discuté sur le plan parasitologique [84]. De plus, les associations
avec HLA-B53 et HLA-DRB1*1302 n'ont pas été retrouvées
dans une étude réalisée par le même groupe
au Kenya [85] avec une explication potentielle qui pourrait résider
dans des interactions entre HLA et des polymorphismes du parasite lui-même
[86, 87]. Un deuxième groupe de travaux dans cette étude
gambienne s'est intéressé à des polymorphismes situés
au niveau du promoteur du gène codant pour le TNFalpha qui apparaît
comme un bon gène candidat puisque de forts niveaux sanguins de
TNF sont souvent observés chez des enfants présentant un
neuropaludisme [88]. Le premier polymorphisme étudié, TNF-308,
situé à 308 paires de bases avant le début du site
de transcription, existe sous 2 formes alléliques TNF-308G/-308A.
Une première analyse dans la population gambienne [89] montrait
que les homozygotes pour l'allèle rare TNF-308A, qui
augmente les niveaux de transcription du gène du TNFalpha par rapport
à l'allèle commun TNF-308G [90], avaient un risque
accru de neuropaludisme. Deux autres polymorphismes du promoteur du gène
du TNFalpha ont ensuite été étudiés, TNF-238G/-238A
et TNF-376G/-376A. Le variant rare TNF-376A augmente
la production de TNF par recrutement du facteur de transcription OCT-1
[91], alors que le rôle fonctionnel de TNF-238A n'est
pas clairement établi. Une analyse multivariée du rôle
de ces différents polymorphismes dans la population gambienne a
montré que TNF-376A était associé à
la survenue de neuropaludisme, alors que TNF-238A n'avait pas
d'action [91]. La même analyse dans un échantillon d'origine
kenyanne donnait des résultats plus difficiles à interpréter
avec un effet protecteur de TNF-238A qui semblait annulé
par l'effet délétère de TNF-376A et une
absence du rôle de TNF-308A [91]. Au total, les effets
de ces polymorphismes du promoteur du gène du TNFalpha apparaissent
tout à fait intéressants, mais ils méritent d'être
confirmés dans d'autres populations, et il faut noter que dans
tous les cas, ils ne concernent qu'une proportion relativement faible
de la population étudiée (de 1 à 5 %).
Niveaux d'infection et réponse immunitaire
au Plasmodium
L'autre grand groupe de travaux en épidémiologie génétique
du paludisme a concerné l'étude de phénotypes biologiques
(quantitatifs) reflétant soit les niveaux d'infection par le parasite,
soit la réponse immunitaire (taux d'anticorps ou de cytokines,
spécifiques ou non d'un certain antigène). Ces études
sont très complémentaires des précédentes
car les processus conduisant de l'infection aux phénomènes
pathologiques peuvent être tout à fait différents
de ceux qui régulent les niveaux d'infection. De nombreux arguments
suggèrent le rôle de facteurs génétiques dans
le contrôle de ces phénotypes biologiques, comme une récente
étude au Burkina Faso, qui montre de fortes différences
interethniques dans les charges parasitaires à P. falciparum
et dans les taux d'anticorps spécifiques de certains antigènes
plasmodiaux [92], et des études de jumeaux qui retrouvent une plus
grande concordance de ces taux d'anticorps chez les jumeaux monozygotes
que chez les jumeaux dizygotes [93, 94].
Plusieurs analyses familiales, de type analyse de ségrégation,
ont été effectuées sur les niveaux d'infection dans
des villages entiers au Cameroun [95, 96] et au Burkina Faso [97]. Les
niveaux d'infection étaient évalués par des parasitémies
sanguines à P. falciparum mesurées à plusieurs
reprises et ajustées sur les différents facteurs connus
pour influencer ces parasitémies tels que la saison du prélèvement,
le lieu d'habitation (plus ou moins proche des marigots) ou l'âge
du sujet. Toutes les études ont montré une grande variabilité
interindividuelle des niveaux d'infection mais avec une forte corrélation
familiale, en particulier entre germains. Alors que les résultats
de l'analyse de ségrégation réalisée dans
la première population camerounaise étaient en faveur d'un
gène majeur récessif contrôlant les niveaux d'infection
palustre [95], les deux autres analyses retrouvaient un modèle
génétique plus complexe incompatible avec la présence
d'un seul gène majeur [96, 97]. Compte tenu de ces résultats
et du fait que la première population camerounaise n'a pu être
explorée par typage de marqueurs génétiques, les
deux autres études se sont poursuivies par des analyses de liaison
génétique utilisant une méthode non paramétrique
par paires de germains, puisque aucun modèle phénotype/génotype
n'avait pu être clairement identifié par l'analyse de ségrégation.
L'analyse de liaison réalisée dans la deuxième population
camerounaise a recherché le rôle de quelques régions
chromosomiques contenant des gènes candidats et a mis en évidence
l'intérêt de la région 5q31-q33 [98] où avait
été localisé précédemment le gène
contrôlant les niveaux d'infection par Schistosoma mansoni
[99]. L'étude menée au Burkina Faso dans un échantillon
de familles beaucoup plus important a confirmé le rôle de
la région 5q31-q33 dans le contrôle des niveaux d'infection
par P. falciparum [100]. Cette région contient plusieurs
gènes codant pour des molécules immunologiques telles que
l'interleukine 4 (IL4) et l'IL12 qui régulent la balance des lymphocytes
T auxiliaires de type Th1 et Th2.
Bilharziose
La bilharziose ou schistosomiase est la deuxième grande maladie
parasitaire après le paludisme, affectant plus de 200 millions
de personnes dans le monde. Schistosoma mansoni est le parasite
responsable de la bilharziose hépato-intestinale, la forme la plus
fréquente chez l'homme. Le risque de contamination est d'autant
plus grand que le contact avec l'eau infestée par la forme jeune
du parasite est plus prolongé, et le facteur de milieu prépondérant
est dans ce cas l'importance de ce contact. Durant ces dernières
années, de nombreuses études ont montré l'influence
de la susceptibilité/résistance de l'hôte humain sur
deux phénotypes, les niveaux d'infection par S. Mansoni,
et le développement d'une fibrose hépatique sévère
chez les sujets infectés. Dans les deux cas, une stratégie
d'étude dite modèle-dépendante (ou paramétrique)
basée sur la succession analyse de ségrégation -
analyse de liaison génétique [4] a été employée
pour localiser les régions chromosomiques d'intérêt
pour ces deux phénotypes. Il s'agit de l'approche la plus puissante
en analyse de liaison génétique lorsque le modèle
phénotype/génotype peut être correctement estimé.
Niveaux d'infection par Schistosoma mansoni
La première étude sur les niveaux d'infection par S.
Mansoni s'est déroulée dans un village du Nord-Est brésilien
hyperendémique pour ce parasite [101]. Le phénotype reflétant
l'intensité de l'infection par le parasite était le nombre
d'ufs de schistosomes dans les selles mesuré à plusieurs
reprises et avant tout traitement. Dans cette population, les niveaux
d'exposition à l'eau infestée et l'âge expliquaient
environ 30 % de la variance des niveaux d'infection, mais, après
prise en compte de ces facteurs, il persistait une grande variabilité
individuelle de niveaux d'infection avec une forte agrégation familiale
(figure 5). L'analyse
de ségrégation a alors montré que ces distributions
familiales étaient expliquées par l'existence d'un gène
majeur contrôlant l'intensité de l'infection par S. mansoni
avec environ 3 % de la population prédisposée à
de fortes infections [101]. Ce gène, appelé SM1,
avait un effet très important puisqu'il rendait compte d'environ
40 % de la variance des niveaux d'infection.
La deuxième étape de cette étude a été
alors de localiser SM1 par analyse de linkage utilisant
une stratégie de criblage complet du génome. L'analyse de
liaison génétique a été effectuée par
la méthode des lod-scores utilisant le modèle phénotype/génotype
estimé par l'analyse de ségrégation. Les résultats
observés sur l'ensemble du génome ont montré qu'une
seule région chromosomique en 5q31-q33 donnait, pour deux marqueurs
adjacents, des lod-scores supérieurs à +3 [99, 102].
Un typage complémentaire de marqueurs génétiques
dans cette région a alors été réalisé
et a permis de localiser SM1 avec des valeurs de lod-score
très significatives (supérieures à 4,5) pour deux
marqueurs situés à 3 centimorgans l'un de l'autre : D5S636
et un marqueur situé dans le gène du récepteur de
CSF1 (Colony stimulating factor 1) qui est un facteur stimulé
par les infections intervenant dans la production des phagocytes mononucléaires
[99]. Outre le gène du récepteur de CSF1, la région
5q31-q33 identifiée par notre analyse de linkage contient
plusieurs autres gènes candidats potentiels pour SM1 tels
ceux codant pour l'interleukine 4 (IL4), l'IL5, l'IL13 et la sous-unité
p40 de l'IL12. Il est à noter que la liaison génétique
des niveaux d'infection par S. Mansoni dans la région 5q31-q33
a été confirmée dans une population du Sénégal
[103]. De plus, parallèlement à cette étude génétique,
une étude immunologique évaluant la réponse spécifique
T auxiliaire chez les sujets de l'étude a montré que les
sujets homozygotes prédisposés aux fortes infections produisent
10 à 100 fois plus d'IFNgamma que d'IL5 et d'IL4 (réponse
de type Th1), alors que les sujets homozygotes résistants présentent
un profil de sécrétion inverse [104]. Ces résultats
indiquent que SM1 pourrait avoir un rôle important dans la
différenciation des lymphocytes T auxiliaires et dans la balance
Th1/Th2. Ces résultats combinés à ceux mentionnés
plus haut sur la lèpre et les niveaux d'infection par P. falciparum
soulignent l'intérêt considérable d'identifier les
facteurs génétiques régulant la balance Th1/Th2 lors
de la réponse aux agents infectieux.
Fibrose hépatique sévère
due à Schistosoma Mansoni
L'autre phénotype d'intérêt dans la bilharziose
à S. Mansoni est le phénotype maladie correspondant
au développement d'une fibrose hépatique sévère
avec les conséquences graves de l'hypertension portale. La raison
pour laquelle seule une faible proportion (2 à 10 %) des sujets
infectés par le parasite développe une maladie grave n'est
pas connue, mais plusieurs observations suggèrent le rôle
de facteurs génétiques [105] et une large étude d'épidémiologie
génétique sur ce phénotype a récemment été
conduite dans un village soudanais. La prévalence des fibroses
hépatiques graves avec hypertension portale évaluées
par échographie hépatique y était de 6 %. L'analyse
de ségrégation réalisée sur les familles de
ce village a mis en évidence un gène majeur contrôlant
ces formes graves de fibrose hépatique [106]. La fréquence
de l'allèle prédisposant à la fibrose hépatique
sévère était estimée à 0,16. Les homozygotes
pour cet allèle ont une pénétrance estimée
à 50 % après 9 (pour les hommes) ou 14 ans (pour les femmes)
de résidence dans la zone d'exposition ; cette pénétrance
de 50 % est atteinte après 19 ans de résidence pour les
hétérozygotes hommes, alors que pour tous les autres sujets
la pénétrance reste inférieure à 2 % après
20 ans d'exposition.
Une analyse de liaison génétique utilisant ce modèle
phénotype/génotype a été réalisée
sur quatre régions génétiques (incluant la région
5q31-q33) et a montré que ce gène était localisé
dans la région 6q22-q23 où est situé le gène
IFNGR1 codant l'une des chaînes du récepteur de l'IFNgamma
qui a un rôle antifibrogénique connu [106]. Ces résultats
suggèrent donc que des polymorphismes situés dans le gène
IFNGR1 pourraient influencer le développement d'une fibrose
hépatique sévère dans l'infection à S.
mansoni. De plus, ils indiquent que IFNGR1 est un excellent
gène candidat pour l'étude du contrôle de la survenue
pathologique de fibrose dans d'autres maladies. En conclusion, l'ensemble
de ces résultats indiquent que les niveaux d'infection par S.
Mansoni et le développement ultérieur d'une fibrose
hépatique sévère sont sous le contrôle de facteurs
génétiques différents [107].
CONCLUSION
La génétique humaine des maladies infectieuses est une
discipline en pleine émergence. Les situations de prédisposition
ou de résistance mendéliennes sont nombreuses, mais chacune
ne concerne que de très rares individus. Ces situations sont néanmoins
des modèles essentiels, à la fois parce que la relation
de cause à effet peut y être établie avec certitude,
mais aussi parce que les susceptibilités plus complexes aux maladies
infectieuses communes peuvent être liées à des défauts
plus mineurs des mêmes gènes. Il est clair que toutes ces
études bénéficient pleinement des progrès
majeurs réalisés dans les domaines de la génétique
moléculaire et de l'immunologie, et auront beaucoup à gagner
de l'approche complémentaire portant sur l'étude des phénotypes
cliniques et des phénotypes biologiques d'infection et de réponse
immunitaire. Il est néanmoins probable qu'avec la multiplication
du nombre de polymorphismes génétiques régulièrement
mis en évidence, on se retrouve assez fréquemment dans des
situations assez complexes comme celle ébauchée dans le
paludisme sévère par l'étude du promoteur du gène
codant pour le TNFalpha [91], qui nécessiteront le développement
de nouvelles méthodes d'analyse pour identifier le ou les polymorphismes
réellement fonctionnels. Cependant, ces études passionnantes
sont fondamentales pour l'avenir, compte tenu de leurs implications potentielles
dans la lutte contre les maladies infectieuses. Elles contribueront certainement
à la compréhension des mécanismes complexes intervenant
dans la pathogénie des maladies infectieuses et à une meilleure
appréciation de la part respective des différents facteurs
impliqués. Elles permettront également de souligner la nécessité
de prendre en compte une variabilité génétique (identification
de sujets à risque) dans le développement et l'évaluation
des programmes de contrôle de la maladie et dans l'élaboration
de nouvelles stratégies vaccinales. Enfin, la recherche de l'effet
biologique de(s) gène(s) identifié(s) par ces méthodes
pourrait ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques visant
à restaurer une réponse immunitaire partiellement déficiente.
Remerciements. Nous remercions Alain Dessein, Unité INSERM
399 d'immunologie et génétique des maladies parasitaires,
pour l'aide apportée à la rédaction du paragraphe
sur la bilharziose.
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