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Traitement du syndrome néphrotique idiopathique de l’enfant


Médecine thérapeutique / Pédiatrie. Volume 2, Numéro 6, 451-6, Novembre-décembre 1999, THERAPEUTIQUE


Résumé  

Auteur(s) : Patrick Niaudet, Service de néphrologie pédiatrique, Fédération de pédiatrie, Hôpital Necker-Enfants-Malades, 149, rue de Sèvres, 75015 Paris, France..

Résumé : Le syndrome néphrotique idiopathique, ou néphrose idiopathique, affection glomérulaire la plus fréquente chez l’enfant, est défini par l’association d’un syndrome néphrotique et de lésions glomérulaires minimes ou de lésions non spécifiques, telles une hyalinose segmentaire et focale, ou une prolifération mésangiale diffuse. Il n’existe le plus souvent aucun dépôt d’immunoglobulines ou de complément en immunofluorescence. Néanmoins, des dépôts mésangiaux d’IgM sont parfois retrouvés, et ceci a permis à certains auteurs d’individualiser une entité particulière, « IgM nephropathy ». La signification de ces dépôts est discutée, certains auteurs décrivant une moins bonne réponse à la corticothérapie alors que pour d’autres, leur présence n’a aucune incidence sur la réponse initiale aux corticoïdes et sur l’évolution à long terme. L’étude en microscopie électronique permet de retrouver un effacement des pédicelles des podocytes. Les lésions glomérulaires minimes isolées sont caractérisées par une réponse favorable à la corticothérapie dans plus de 90 % des cas, et un bon pronostic à long terme. À l’inverse, les patients chez lesquels la biopsie rénale objective des lésions de hyalinose segmentaire et focale ou des lésions de prolifération mésangiale diffuse sont fréquemment résistants à la corticothérapie. C’est pour ces raisons que de nombreux auteurs ont individualisé plusieurs entités en fonction des anomalies retrouvées sur la biopsie rénale. Néanmoins, les patients peuvent développer, au cours de l’évolution, des lésions de hyalinose segmentaire et focale. De plus, certains patients dont la biopsie rénale a mis en évidence des lésions de hyalinose segmentaire et focale répondent à la corticothérapie, et ont une évolution favorable.

Mots-clés : syndrome néphrotique idiopathique, corticothérapie, agents alkylants, cyclosporine.

Illustrations

ARTICLE

Le syndrome néphrotique idiopathique, ou néphrose idiopathique, affection glomérulaire la plus fréquente chez l'enfant, est défini par l'association d'un syndrome néphrotique et de lésions glomérulaires minimes ou de lésions non spécifiques, telles une hyalinose segmentaire et focale, ou une prolifération mésangiale diffuse. Il n'existe le plus souvent aucun dépôt d'immunoglobulines ou de complément en immunofluorescence. Néanmoins, des dépôts mésangiaux d'IgM sont parfois retrouvés, et ceci a permis à certains auteurs d'individualiser une entité particulière, « IgM nephropathy ». La signification de ces dépôts est discutée, certains auteurs décrivant une moins bonne réponse à la corticothérapie alors que pour d'autres, leur présence n'a aucune incidence sur la réponse initiale aux corticoïdes et sur l'évolution à long terme. L'étude en microscopie électronique permet de retrouver un effacement des pédicelles des podocytes.

Les lésions glomérulaires minimes isolées sont caractérisées par une réponse favorable à la corticothérapie dans plus de 90 % des cas, et un bon pronostic à long terme. À l'inverse, les patients chez lesquels la biopsie rénale objective des lésions de hyalinose segmentaire et focale ou des lésions de prolifération mésangiale diffuse sont fréquemment résistants à la corticothérapie. C'est pour ces raisons que de nombreux auteurs ont individualisé plusieurs entités en fonction des anomalies retrouvées sur la biopsie rénale. Néanmoins, les patients peuvent développer, au cours de l'évolution, des lésions de hyalinose segmentaire et focale. De plus, certains patients dont la biopsie rénale a mis en évidence des lésions de hyalinose segmentaire et focale répondent à la corticothérapie, et ont une évolution favorable.

Bien que ces aspects morphologiques aient une valeur pronostique certaine, ils ne permettent pas de distinguer plusieurs maladies spécifiques. En revanche, l'expérience montre que la réponse à la corticothérapie a une valeur pronostique beaucoup plus importante que l'aspect morphologique. De ce fait, deux types de syndromes néphrotiques idiopathiques peuvent être distingués en fonction de la réponse à la corticothérapie : syndrome néphrotique idiopathique corticosensible et syndrome néphrotique idiopathique corticorésistant. En dehors des complications propres au syndrome néphrotique, le pronostic de cette affection est dominé par la réponse aux corticostéroïdes [1]. Dans la majorité des cas, le syndrome néphrotique idiopathique est corticosensible. Les rechutes sont fréquentes, mais l'évolution à long terme est favorable. Les complications sont ici en rapport avec les traitements qu'il est nécessaire de mettre en œuvre pour éviter les rechutes. Dans environ 10 % des cas, le syndrome néphrotique idiopathique est corticorésistant. Le pronostic est lié au risque d'évolution vers l'insuffisance rénale chronique qui survient dans 50 % des cas, avec un recul de 10 ans.

Le syndrome néphrotique idiopathique corticorésistant est en fait une entité hétérogène, et des études récentes permettent d'affirmer que sous le même terme sont classés des patients ayant des maladies totalement différentes. Une forme familiale de transmission autosomique récessive avec un début précoce, une progression constante vers l'insuffisance rénale et sans récidive après transplantation rénale a été individualisée. Des études de liaison ont permis de localiser un gène sur le bras long du chromosome 1 [2]. Il existe dans cette forme une hétérogénéité génétique. L'absence de récidive après transplantation suggère une anomalie primitive d'une protéine de la membrane basale glomérulaire. À l'opposé, environ 30 % des patients atteints de syndrome néphrotique idiopathique corticorésistant et ayant évolué vers l'insuffisance rénale terminale présentent une récidive de la protéinurie après transplantation rénale. Chez ces patients, il est vraisemblable qu'un facteur circulant intervient en augmentant la perméabilité de la membrane basale glomérulaire [3]. L'analyse des résultats thérapeutiques doit donc tenir compte du fait que, sous la même dénomination, sont inclus des patients ayant des affections différentes quant aux mécanismes pathogéniques.

Nous envisagerons successivement le traitement symptomatique du syndrome néphrotique, puis le traitement des formes corticosensibles, et celui des formes corticorésistantes.

Traitement symptomatique

Le maintien au lit qui augmente le risque de thrombose doit être évité. L'alimentation doit apporter une ration protidique de 1 à 2 g/kg. Elle doit être pauvre en sel, et une restriction hydrique n'est indiquée qu'en cas d'hyponatrémie inférieure à 125 mmol/l.

L'hypovolémie, en rapport avec la fuite protidique rapide peut être aggravée par la prescription de diurétiques. Cette complication nécessite un traitement d'urgence comportant une perfusion d'albumine à 20 % (1 g/kg) sous contrôle strict de la pression artérielle. Les diurétiques ne sont prescrits qu'en cas d'œdèmes importants, après correction d'une éventuelle hypovolémie. Le furosémide, 1 à 2 mg/kg, ou le spironolactone, 2 à 10 mg/kg, sont les plus utilisés.

Ces enfants sont exposés au risque de thrombose. La prévention de cette complication comporte la mobilisation, le traitement rapide d'une hypovolémie ou d'une complication infectieuse. Un traitement prophylactique par antivitamine K ou par aspirine et dipyridamole peut être indiqué en cas d'hypoalbuminémie inférieure à 20 g/l, d'un taux de fibrinogène supérieur à 6 g/l ou d'un taux d'antithrombine III inférieur à 70 %. En cas de thrombose, le traitement par héparine est mis en route.

L'antibiothérapie prophylactique n'est pas systématique, mais les infections bactériennes doivent être rapidement traitées. La vaccination antipneumococcique peut être effectuée, mais elle ne protège pas totalement les enfants de ce type d'infection. La varicelle et la rougeole peuvent mettre en jeu le pronostic vital chez les enfants recevant un traitement immunosuppresseur. La sérologie de la varicelle doit être controlée et, en cas de contage il est recommandé d'administrer des gammaglobulines spécifiques et de l'acyclovir si la maladie se déclare cliniquement.

Corticothérapie

La corticothérapie ne doit pas débuter trop précocement, dans la mesure où des rémissions spontanées peuvent survenir dans 5 % des cas. Lorsque le diagnostic de néphrose idiopathique est très vraisemblable, ou après que la biopsie rénale a été effectuée, la corticothérapie est débutée. Il est préférable d'administrer de la prednisone, plutôt que de la prednisolone. Elle est donnée à la dose de 60 mg/m2/jour en 2 prises, avec un maximum de 60 mg/jour. La protéinurie disparaît généralement entre le 8e et le 15e jour de traitement. La prednisone est poursuivie pendant 30 jours à la même dose et ensuite passée en discontinu un jour sur deux, en une prise matinale à la même dose pendant deux mois. Par la suite, la dose est diminuée de 15 mg/m2 tous les 15 jours. La durée totale du traitement de la première poussée est ainsi de quatre mois et demi. Lorsque la durée du traitement de cette première poussée est plus courte, le pourcentage de patients qui présentent une rechute est plus élevé [4]. Si la protéinurie persiste à la fin du premier mois de traitement, la corticothérapie doit être augmentée. Il est indiqué dans cette situation d'effectuer en milieu hospitalier une série de 3 perfusions de méthylprednisolone (solumédrol) à la dose de 1 000 mg/1,73 m2 tous les deux jours, dans la mesure où les effets secondaires de ces perfusions sont moins importants que l'augmentation des doses de prednisone per os. La persistance de la protéinurie à l'issue de ce traitement définit le syndrome néphrotique corticorésistant. Dans cette situation, la biopsie rénale permettra de rattacher le syndrome néphrotique à la néphrose idiopathique ou à une autre néphropathie glomérulaire.

Syndrome néphrotique idiopathique corticosensible

Dans la majorité des cas chez l'enfant (85 %), la néphrose idiopathique est corticosensible. Environ 30 % des enfants présentent uniquement une poussée et sont ensuite définitivement guéris à la suite de la corticothérapie. Dix à 20 % des enfants rechutent plusieurs mois après l'arrêt du traitement, et la guérison survient en général après deux ou trois épisodes qui répondent à chaque fois à une cure standard de corticothérapie de quatre mois et demi. Dans 40 à 50 % des cas, les enfants présentent des rechutes fréquentes, soit dès que la corticothérapie est arrêtée, soit lorsqu'elle est diminuée. Ces enfants posent souvent des problèmes thérapeutiques délicats. Le tableau 1 résume l'approche thérapeutique chez ces enfants.

Ces patients corticodépendants peuvent être traités avec des cures répétées de corticothérapie pendant un à deux mois. Une autre approche recommande de traiter les rechutes avec une corticothérapie quotidienne de 40 à 60 mg/m2/jour jusqu'à la disparition de la protéinurie. Quatre à cinq jours après, le traitement est passé en discontinu et la dose est diminuée jusqu'à 15 à 20 mg/m2 un jour sur deux, en fonction du niveau de corticodépendance, c'est-à-dire la dose à laquelle la rechute est survenue. Ce traitement est poursuivi pendant douze à dix-huit mois. Si la première approche permet une meilleure définition en termes de nombre de rechutes, ces enfants présentent un nombre important de rechutes. En revanche, la deuxième approche, que nous préconisons, entraîne moins d'effets secondaires, dans la mesure où la dose cumulative de corticoïdes est plus faible.

Lévamisole

Au cours des 10 dernières années, le lévamisole a été utilisé au cours de la néphrose corticosensible et corticodépendante, et plusieurs travaux ont montré que ce traitement pouvait permettre de diminuer ou d'arrêter la corticothérapie. Le groupe britannique de néphrologie pédiatrique a effectué un essai multicentrique au cours duquel 61 enfants ont reçu soit du lévamisole à la dose de 2,5 mg/kg un jour sur deux ou un placebo [5]. Quatorze des patients recevant le lévamisole et 4 de ceux recevant un placebo étaient encore en rémission quatre mois après le début du traitement malgré l'arrêt de la prednisone. Cette différence significative démontre l'efficacité du lévamisole dans cette indication. Néanmoins, la plupart des enfants ont rechuté trois mois après arrêt du traitement. Les contrôles hématologiques réguliers doivent être effectués car l'effet secondaire le plus important est la neutropénie, réversible après arrêt du lévamisole.

Agents immunosuppresseurs

Les patients présentant une néphrose corticodépendante peuvent développer des signes d'intoxication stéroïdienne, tels qu'un ralentissement de la croissance staturale, une obésité, une ostéoporose, une cataracte ou des troubles psychiques. Ceci est observé lorsque le niveau de la corticothérapie qui permet de maintenir la rémission est trop élevé. Il a été démontré depuis plusieurs années que les agents alkylants, cyclophosphamide ou chlorambucil, sont utiles dans ces situations.

La durée de la rémission induite par cyclophosphamide varie selon les patients et peut être de courte durée. Les données de la littérature montrent un taux de rémission de 67 à 93 % à 1 an, et de 36 à 66 % à 5 ans après une cure de cyclophosphamide. L'effet thérapeutique est directement lié à la durée du traitement. Dans une étude allemande, 67 % des enfants corticodépendants étaient en rémission 2 ans après un traitement de douze semaines par cyclophosphamide à la dose de 2 mg/kg/jour, alors que seulement 30 % des enfants recevant une durée de traitement de huit semaines étaient en rémission à 2 ans [6]. La dose journalière de cyclophosphamide ne doit pas dépasser 2,5 mg/kg. La réponse au cyclophosphamide est également liée à la réponse à la corticothérapie. Soixante-quinze pour cent des enfants ayant des rechutes espacées survenant après l'arrêt de la corticothérapie restent en rémission après une cure de huit semaines de cyclophosphamide, alors que seulement 30 % des enfants corticodépendants ont une rémission prolongée. Les rémissions peuvent également être obtenues avec le chlorambucil.

La chlorméthine peut être utile dans la mesure où ce traitement permet d'obtenir une rémission rapide après sept jours en moyenne. Après ce traitement administré à la dose totale de 0,8 mg/kg par voie veineuse en deux séries de 4 injections de 0,1 mg/kg chacune, effectuées à un mois d'intervalle, la plupart des enfants restent en rémission sans corticothérapie, mais le taux de rémission n'est que de 15 % après 3 ans chez les enfants corticodépendants.

Les effets secondaires des agents alkylants limitent leur utilisation. La toxicité médullaire nécessite des contrôles hématologiques réguliers. Si le taux des globules blancs baisse en dessous de 3 000/mm3, le traitement doit être arrêté jusqu'à ce que ce chiffre remonte. Ce traitement doit également être interrompu en cas d'infection intercurrente. Les risques en cas de varicelle doivent être expliqués aux parents pour que soit débuté rapidement un traitement par acyclovir. L'alopécie et l'hémorragie vésicale secondaires au cyclophosphamide sont rarement observées avec les doses utilisées chez ces patients. Les effets toxiques à long terme comportent le risque de tumeur maligne et la toxicité gonadique qui semble plus importante chez le garçon que chez la fille. Le seuil de gonadotoxicité se situe au-dessus de 200 mg/kg en dose cumulative pour le cyclophosphamide, et entre 8 et 10 mg/kg pour le chlorambucil.

Cyclosporine

Les données de la littérature indiquent qu'au cours des néphroses corticodépendantes, la cyclosporine à la dose de 5 à 6 mg/kg/jour permet de maintenir une rémission malgré l'arrêt de la corticothérapie dans 85 % des cas. Néanmoins, des rechutes surviennent dans la grande majorité des cas lors de la décroissance du traitement ou après son arrêt. Étant donné les effets secondaires de ce traitement et en particulier de la néphrotoxicité, il est nécessaire de réserver la cyclosporine aux situations où la corticothérapie ne peut être poursuivie et lorsque les agents alkylants ont déjà été utilisés [7]. Chez certains enfants, la rémission ne peut être maintenue que si de fortes doses de cyclosporine sont prescrites. Dans ces situations et afin d'éviter les effets secondaires du traitement, nous préconisons l'association cyclosporine et corticothérapie discontinue à faibles doses.

Le traitement par cyclosporine nécessite une surveillance étroite de la fonction rénale et de la pression artérielle. Des lésions histologiques de néphrotoxicité avec des travées de fibrose interstitielle avec tubes atrophiques peuvent se développer sans altération de la fonction rénale [8]. Ceci justifie la pratique de biopsies rénales de contrôle en cas de traitement prolongé au delà de deux années.

Syndrome néphrotique idiopathique corticorésistant

Il n'existe pas de consensus sur le traitement de la néphrose corticorésistante. Le tableau 2 résume l'approche que nous avons actuellement.

Méthylprednisolone

Un traitement associant des perfusions de méthylprednisolone, une corticothérapie orale discontinue et un agent alkylant a été proposé par Tune et Mendoza [9]. Avec un recul moyen supérieur à 6 ans, 21 des 32 enfants traités selon ce protocole étaient en rémission complète, tandis que cinq avaient une insuffisance rénale modérée et que trois avaient évolué vers l'insuffisance rénale terminale. L'incidence de l'insuffisance rénale terminale dans cette série est donc d'environ 5 % alors que dans une série antérieure l'incidence était de 40 %. Les résultats préliminaires d'une étude multicentrique comportant 15 enfants traités selon un schéma voisin n'ont pas confirmé ces résultats.

Il apparaît donc que certains enfants ne répondant pas à une corticothérapie aux doses habituelles peuvent répondre à des doses plus élevées.

Agents alkylants

Les agents alkylants ne semblent pas avoir d'effet bénéfique dans cette indication. En dépit de cette absence d'efficacité démontrée, ces traitements sont encore largement prescrits.

Le cyclophosphamide est plus souvent prescrit. Le taux de rémission complète ou partielle est plus élevé chez les enfants qui ont initialement répondu à la corticothérapie mais sont devenus corticorésistants, chez les patients présentant une corticorésistance partielle et chez ceux dont la biopsie rénale montre des lésions glomérulaires minimes par rapport aux corticorésistants primaires ou à ceux dont la biopsie rénale montre des lésions de hyalinose segmentaire et focale. La seule étude contrôlée est celle de l'ISKDC (International Study of Kidney Diseases in Children) comportant 60 enfants ayant un syndrome néphrotique corticorésistant avec hyalinose segmentaire et focale [10]. Le premier groupe contrôle de 25 patients a reçu de la prednisone à la dose de 40 mg/m2 en discontinu pendant une durée de 12 semaines, tandis que le second groupe de 35 enfants a reçu, en plus, du cyclophosphamide à la dose quotidienne de 2,5 mg/kg pendant une durée de 90 jours. Une rémission complète a été constatée chez 28 % des patients du groupe contrôle et chez 25 % des patients ayant reçu du cyclophosphamide. La proportion d'enfants ayant eu une diminution, une stabilité ou une augmentation de la protéinurie était comparable dans les deux groupes.

Une étude récente rapporte des résultats favorables de perfusions de cyclophosphamide en comparaison au cyclophosphamide oral dans des cas de syndrome néphrotique corticorésistant avec lésions glomérulaires minimes [11].

Cyclosporine

Un protocole prospectif de la Société de néphrologie pédiatrique a inclus 65 enfants traités par une association de cyclosporine, 150 à 200 mg/m2 et de prednisone 30 mg/m2/jour pendant un mois et en traitement discontinu pendant 5 mois [12]. Vingt-sept enfants sont entrés en rémission complète (42 %), tandis que 4 sont entrés en rémission partielle (6 %) et que 34 n'ont pas répondu au traitement (52 %). La rémission complète est survenue rapidement, au cours des deux premiers mois de traitement dans plus de la moitié des cas, ce qui rend vraisemblable la relation de cause à effet entre le traitement et la rémission. Le taux de rémission est plus élevé parmi les patients ayant des lésions glomérulaires minimes (48 %) en comparaison avec ceux ayant des lésions de hyalinose segmentaire et focale (30 %). Le taux de réponse est également plus élevé chez les patients secondairement corticorésistants (71 %) en comparaison avec les patients d'emblée corticorésistants (33 %). Parmi les patients en rémission complète, huit ont rechuté après l'arrêt du traitement par cyclosporine, mais ils ont tous répondu à la reprise de la corticothérapie. Ainsi, certains patients initialement corticorésistants sont devenus corticosensibles après traitement par cyclosporine et prednisone. Une progression vers l'insuffisance rénale chronique ou terminale n'a été constatée que chez des patients qui ont eu une rémission partielle (1 sur 4) ou chez ceux n'ayant pas répondu au traitement (12 sur 34).

Gregory et al. ont traité 15 enfants ayant un SNI (syndrome néphrotique idiopathique) corticorésistant avec une association de doses modérées de cyclosporine et de prednisone, et ont observé une rémission chez 13 d'entre eux après une durée moyenne de traitement de deux mois [13].

Ingulli et al. ont observé des résultats intéressants chez des enfants de race noire ou hispanique présentant un syndrome néphrotique corticorésistant avec hyalinose segmentaire et focale, et traités de façon prolongée par cyclosporine [14]. La dose de cyclosporine a été ajustée en fonction du taux de cholestérol pour obtenir une rémission. Ainsi, les doses initiales de 6 mg/kg ont varié de 4 à 20 mg/kg. Au terme du traitement, la protéinurie avait diminué avec une remontée parallèle de l'albuminémie. Cinq des 21 enfants (24 %) ont évolué vers l'insuffisance rénale terminale, ce qui représente un pourcentage significativement plus faible que celui observé dans une série antérieure comparable du même groupe comprenant 54 enfants dont 42 (78 %) avaient eu une telle évolution.

Les protocoles thérapeutiques utilisant la cyclosporine exposent, comme nous l'avons vu, à un risque de néphrotoxicité.

Inhibiteurs de l'enzyme de conversion

Ce type de traitement peut être utilisé afin de réduire le niveau de la protéinurie [15]. Il s'agit davantage d'un traitement symptomatique, dans la mesure où il n'entraîne pas de rémission complète.

Récidive du syndrome néphrotique après transplantation rénale

Parmi les patients atteints de syndrome néphrotique corticorésistant et qui évoluent vers l'insuffisance rénale terminale, environ 25 % présentent une récidive de la protéinurie après transplantation rénale. Le rôle bénéfique de la cyclosporine dans les récidives de syndrome néphrotique après transplantation rénale est encore discuté. À la suite de l'introduction de la cyclosporine au début des années 80, l'incidence des récidives n'a pas changé. Néanmoins, la survie des greffes s'est améliorée. Dans notre expérience, le pronostic des récidives de syndrome néphrotique après transplantation rénale s'est amélioré au cours des dernières années [16]. Depuis 1991, 10 enfants ayant une récidive immédiate ont été traités par cyclosporine par voie veineuse dès la réapparition de la protéinurie, en maintenant des taux plasmatiques entre 250 et 300 ng/ml. À court terme, le traitement s'est accompagné d'une rémission complète chez 6 enfants et d'une rémission partielle chez 4 enfants. La survie des greffes à deux ans, qui était de 33 % pour les patients transplantés entre 1985 et 1990, est de 90 % chez ceux qui ont été transplantés depuis 1991.

Les échanges plasmatiques, éventuellement associés à une augmentation du traitement immunosuppresseur, s'accompagnent souvent d'une rémission partielle ou complète. Dantal et al. ont traité 8 patients par immunoabsorption sur des colonnes de protéine-A sépharose [17]. Le traitement a été suivi chez 7 patients d'une diminution de la protéinurie, en moyenne de 82 %. Cependant, l'effet a été transitoire, la protéinurie retrouvant son taux antérieur au maximum au bout de 2 mois.

REFERENCES

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