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Pyélonéphrites de l’enfant : nouveaux moyens d’évaluation


Médecine thérapeutique / Pédiatrie. Volume 3, Numéro 5, 376-80, Septembre - Octobre 2000, Diagnostic


Résumé  

Auteur(s) : Eric Girardin, Unité de Néphrologie et de Métabolisme pédiatrique, Hôpital des Enfants, 6, rue Willy-Donzé, 1211 Genève 14, Suisse..

Résumé : Les infections urinaires sont un problème fréquent en pédiatrie. Il est important de différencier les infections urinaires basses des pyélonéphrites parce que seules ces dernières entraînent des cicatrices rénales associées à une morbidité à long terme. Les pyélonéphrites demandent donc des traitements plus agressifs, des investigations et un suivi plus poussés que les infections urinaires basses. Les nouveaux moyens d’investigation comme la scintigraphie au DMSA ou le dosage de la procalcitonine permettent de reconnaître les patients à risque de développer une morbidité à long terme. Le DMSA permet de connaître le statut cicatriciel chez un patient donné à un moment donné. Il est donc possible de faire des choix thérapeutiques en fonction du statut cicatriciel. Indications du DMSA : Pendant l’infection aiguë, le DMSA peut être utilisé chez le nourrisson fébrile pour diagnostiquer une pyélonéphrite, vu la pauvreté des signes cliniques spécifiques à cet âge. Quel que soit l’âge de l’enfant, le DMSA peut être utilisé pour dépister les patients susceptibles de développer des cicatrices et ainsi choisir la durée du traitement en fonction de l’importance des lésions aiguës. Ces indications pendant l’épisode aigu peuvent être utiles dans certaines situations cliniques mais aucune d’entre elles n’a été validée par des études à grande échelle. L’indication du DMSA pratiqué 4 à 6 mois après une pyélonéphrite est d’évaluer les cicatrices rénales. En présence de pyélonéphrites à répétition, les résultats du DMSA peuvent nous amener à poser l’indication à une antibiothérapie prophylactique ou à rechercher agressivement un reflux intermittent. En présence d’un reflux, la mise en évidence de cicatrices rénales peut être une indication à une correction chirurgicale du reflux. Cette approche dirigée ne mène pas à faire plus d’interventions, mais au contraire à faire des interventions ciblées chez les patients qui en ont vraiment besoin.

Mots-clés : pyélonéphrites, DMSA, procalcitonine.

Illustrations

ARTICLE

Morbidité importante chez un petit nombre de patients

Epidémiologie

Les infections urinaires sont un problème fréquent en pédiatrie avec une prévalence pour cette infection de 3-5 % pour les filles et de 1 % pour les garçons. 50 à 80 % de ces enfants auront des infections multiples. Parmi ce nombre important de patients, quels sont ceux qui vont développer une morbidité à long terme ?

En 1992, Jacobson présente une série de 30 patients suivis pendant une période de 27 ans ; tous ont eu des pyélonéphrites sévères récidivantes. Il décrit la survenue de 10 cicatrices uni- et de 10 cicatrices bilatérales, une hypertension artérielle était présente chez 4 patients, et il observe une diminution moyenne de la clearance à la créatinine de 20 ml/min/1,73 m2 [1]. Berg rapporte une série de 105 patients qu'il suit pendant 1 à 21 ans. Il trouve, par une analyse de multivariance, que la diminution de la fonction rénale est plus marquée quand la première pyélonéphrite a eu lieu avant l'âge de 1 an. Cette diminution de la fonction rénale était corrélée avec le nombre de pyélonéphrites et de cicatrices, indépendamment du degré du reflux [2]. D'autres études ont montré qu'une hypertension artérielle se développait chez 15 à 18 % des patients avec des cicatrices rénales et que la diminution de la fonction rénale était proportionnelle à l'étendue des cicatrices.

Il est évident que le pourcentage des insuffisants rénaux terminaux est excessivement faible parmi les patients ayant des pyélonéphrites. Nous pouvons constater cependant que, dans la population des enfants dialysés, les pyélonéphrites sont une cause fréquente d'insuffisance rénale terminale. En 1992, le registre de l'Association Européenne pour la Dialyse et la Transplantation (EDTA) comportait des données sur 3605 patients pédiatriques en insuffisance rénale terminale. Dans 6,1 % des cas, les malformations urologiques étaient responsables de l'insuffisance rénale, dans 6,9 % des cas, les pyélonéphrites avec reflux et dans 9,4 % des cas, les pyélonéphrites sans malformation urologique. Les petits reins dysplasiques étaient exclus de ces pourcentages.

Ces études épidémiologiques indiquent qu'un sous-groupe de patients est à risque de développer une morbidité à long terme. Pour élaborer une stratégie de dépistage de ce sous-groupe de patients, il est indispensable de connaître la pathogenèse des pyélonéphrites.

Pathogenèse des pyélonéphrites

Ces dernières années, il est apparu, comme pour beaucoup d'autres maladies infectieuses, que l'inflammation jouait un rôle central.

Dans un modèle de pyélonéphrite ascendante chez l'animal, de nombreux auteurs ont pu montrer une excellente corrélation entre l'existence d'un infiltrat de polynucléaires et la formation ultérieure de cicatrices : l'étude des médiateurs de l'inflammation chez la souris et chez d'autres animaux a montré qu'après injection intravésicale d'E. coli, il y avait production rénale de TNFalpha, d'interleukine-1 et d'interleukine-6 [3, 4]. Pour le clinicien, ces études donnent également des indications sur les moyens de prévenir le développement de cicatrices rénales. Le pré-traitement de ces animaux, avec la cyclophosphamide par exemple, à des doses telles qu'elles induisent une neutropénie empêchant l'infiltrat polynucléaire, empêche complètement la formation des cicatrices [5, 6]. De manière plus utile en clinique, un traitement antibiotique précoce, lorsqu'il est débuté moins de 28 h après le début de l'injection, diminue l'infiltrat leucocytaire et prévient ainsi le développement de cicatrices. Tous les autres schémas thérapeutiques avec des antibiotiques administrés après 3, 5 ou 12 jours n'empêchent pas la formation de cicatrices rénales [7]. Il est à noter que le compte bactérien a été utilisé dans certaines études pour suivre l'évolution du traitement des pyélonéphrites. Dans tous les cas, ce compte est diminué et ne permet donc pas d'estimer l'importance de l'infiltrat de polynucléaires, donc les risques de séquelles cicatricielles.

Importance des cicatrices

En étudiant la pathogenèse des pyélonéphrites, il est évident qu'il existe une relation entre les cicatrices et la morbidité à long terme. Les patients à risque sont uniquement ceux qui développent une inflammation intraparenchymateuse importante avec un infiltrat de polynucléaires. Seuls ces patients vont développer des cicatrices et seuls les patients avec cicatrices vont développer une morbidité à long terme (figure 1).

Dépister les patients à risque de morbidité à long terme

Le diagnostic des lésions rénales aiguës et des cicatrices

Quels sont nos moyens de diagnostiquer ces lésions rénales ? Nous allons nous intéresser plus en détail à la scintigraphie à l'acide di-mercapto-succynique marqué au technicium 99 m (DMSA). Le DMSA injecté en intraveineux, est fixé par les cellules tubulaires proximales. Il donne donc une image du cortex rénal. Il a été validé en comparant ces résultats avec l'examen histopathologique de reins d'animaux ayant une pyélonéphrite expérimentale. Il a permis de détecter des atteintes parenchymateuses aiguës avec une sensibilité de 91 % et une spécificité de 99 %. Ces chiffres sont comparables avec deux autres méthodes d'imagerie qui sont plus difficiles à mettre en oeuvre : la résonance magnétique nucléaire et le CAT-SCAN.

Lorsque l'on travaille avec le DMSA, il est important d'avoir des critères diagnostiques précis. Nous parlons de lésions rénales en présence de zones d'hypo- ou de non-captation corticale visibles sur au moins 2 incidences. Les cicatrices sont définies par la persistance de lésions de même topographie lorsque 2 examens sont pratiqués à un intervalle d'au moins 3 mois, préférablement 4 à 6 mois. Une cicatrice pourra également être diagnostiquée si une lésion se voit sur une scintigraphie au DMSA pratiquée à distance (4 à 6 mois) d'un épisode infectieux.

Comparaison du DMSA avec l'échographie rénale

Il est évident que la scintigraphie au DMSA nécessite une infrastructure qui n'est pas disponible partout. Nous avons donc étudié si l'ultrasonographie rénale permettait de prédire les lésions visibles au DMSA. Parmi soixante-quinze patients admis à l'hôpital avec une clinique de pyélonéphrite, 64 avaient des lésions rénales aiguës au DMSA, et seulement 38 de ces lésions avaient été vues par l'ultrason.

Il n'y avait concordance sur la topographie de ces lésions entre le DMSA et l'ultrason que pour 27 cas seulement, et de nombreux patients ont eu, à la répétition du DMSA, des cicatrices importantes qui n'avaient pas été vues par l'ultrason rénal. Ces données montrent qu'il n'est pas possible d'utiliser l'ultrason pour dépister de manière fiable des lésions parenchymateuses aiguës ou cicatricielles [8]. L'ultrason avec power doppler a montré une meilleure spécificité (86,6 %) avec une sensibilité restant en dessous de 30 % [4].

Actuellement, la scintigraphie au DMSA est un des examens les plus performants pour objectiver les lésions rénales aiguës et les cicatrices et, de ce fait, représente un outil précieux pour évaluer la morbidité à long terme.

Les prédicteurs de risque biologiques

La procalcitonine

Un examen biologique simple et rapide peut-il permettre de prédire les lésions rénales aiguës dues aux pyélonéphrites et le développement de cicatrices ?

La procalcitonine (PCT) est un propeptide de la calcitonine. Bien que son mécanisme de production ne soit pas encore entièrement élucidé, elle apparaît comme un marqueur précoce et sensible des infections bactériennes sévères, y compris chez le nouveau-né [10, 12]. Elle est facilement dosée en 2 h sur 20 mul de sérum ou de plasma, son taux sérique est très élevé en cas d'infection bactérienne invasive, beaucoup moins dans les infections bactériennes localisées.

Nous avons étudié la PCT et la CRP mesurées au début de l'infection en corrélant les résultats avec ceux du DMSA pratiqué pendant la période aiguë et au moins trois mois après l'infection [13]. La PCT a été mesurée à la phase aiguë de l'infection urinaire chez 80 patients fébriles, 50 des 57 enfants qui avaient des lésions scintigraphiques initiales ont eu un deuxième DMSA après trois mois afin de diagnostiquer les cicatrices rénales.

Les enfants ayant à l'admission une PCT inférieure à 0,5 mg/l avaient peu de chance d'avoir des lésions scintigraphiques aiguës. Tous les patients avec des lésions scintigraphiques importantes de degré 3 à 4 avaient des valeurs de PCT supérieures à 0,6 mg/l (figure 2). Lorsque les valeurs de PCT obtenues à l'admission ont été corrélées avec les cicatrices objectivées lors du DMSA à trois mois, une corrélation positive a été trouvée; les patients ayant des lésions réversibles avaient une valeur moyenne de PCT de 1,6 mg/l ± 0,6, les patients ayant des lésions cicatricielles avaient un valeur moyenne de 7,7 mg/l ± 3,0 (p = 0,017). Dans cette étude, la PCT a été le seul marqueur corrélé à l'intensité des lésions rénales, la CRP mesurée à l'admission sur le même prélèvement ne montrait pas de variations prédictives des lésions séquellaires.

Ces données montrent donc que la PCT est un marqueur de l'infection augmenté significativement lorsque des lésions parenchymateuses rénales aiguës sont présentes. Son pouvoir de prédiction des lésions cicatricielles doit être confirmé dans des études réunissant plus de patients.

Les facteurs de risque de développer des cicatrices

L'âge du patient

Si nous regardons les données de la littérature sur les pyélonéphrites, il est généralement admis que, chez les enfants de moins de 1 an, le risque est maximal d'avoir des lésions rénales. De 1 à 5 ans, le risque est modéré et à partir de 5 ans, le risque est faible [14, 16]. Cependant, il n'existe pas d'étude prospective et toutes ces études ont utilisé l'échographie et l'urographie intraveineuse, deux examens dont la sensibilité et la spécificité est moins bonne que celle du DMSA.

Nous avons analysé de manière prospective un groupe de 200 patients en fonction de 3 groupes d'âge : moins de 1 an : 119 patients (59,5 % du collectif), 1 à 5 ans : 47 patients (23 % du collectif), et plus de 5 ans : 35 patients (17,5 % du collectif). Les lésions rénales aiguës se sont développées dans moins de 60 % des cas pour les enfants de moins de 1 an. Le pourcentage s'élève avec l'âge et a atteint pratiquement 80 % pour les enfants de plus de 5 ans.

Dans le sous-groupe de patients avec une première infection urinaire, l'incidence de ces lésions aiguës est d'un peu moins de 60 % pour les nourrissons de moins de 1 an, de 80 % chez les enfants de 1 à 5 ans et de 70 % chez les enfants de plus de 5 ans.

Qu'en est-il maintenant des cicatrices chez les patients ayant des lésions rénales aiguës ? La répétition du DMSA a montré la persistance de lésions de même topographie signalant la présence de cicatrices rénales chez 40 % des patients de moins de 1 an, chez 80 % des patients âgés de 1 à 5 ans et chez 70 % des patients de plus de 5 ans (figure 3).

Comparés aux nourrissons, les enfants plus âgés présentent donc un risque plus important de développer de nouvelles cicatrices rénales après un épisode de pyélonéphrite [17].

Le reflux vésico-urétéral

Le reflux vésico-urétéral est un autre facteur classiquement connu pour favoriser les lésions rénales. Dans la population générale, le reflux est estimé à environ 0,4 %. Parmi les patients faisant une pyélonéphrite en âge pédiatrique, ce risque est de 20 à 50 %. Chez les jeunes femmes faisant des pyélonéphrites, ce risque est estimé à 4 à 5 %. Si nous regardons l'incidence des reflux vésico-urétéraux chez les patients ayant des lésions rénales aiguës au DMSA, nous voyons que ce pourcentage s'élève à 40 %. Ceci signifie que 60 % de nos patients développent des lésions parenchymateuses aiguës sans qu'un reflux n'ait pu être objectivé. L'âge n'a pas d'influence sur ces chiffres.

Si nous regardons maintenant l'incidence des reflux chez les patients qui développent des cicatrices, nous voyons que l'incidence est de moins de 40 %.

Là encore, ce petit pourcentage de patients avec reflux ne change pas avec l'âge [17].

Il est évident que ces données ne prouvent pas que le reflux n'a pas d'influence sur les lésions rénales. De nombreuses études démontrent que la présence d'un reflux vésico-urétéral est réellement un facteur de risque de lésion cicatricielle. Cependant ces données nous montrent que l'absence de reflux vésico-urétéral ne signifie pas qu'il y ait une absence de risque de développer des cicatrices rénales.

CONCLUSION

...une prise en charge orientée

Le DMSA permet de connaître le statut cicatriciel chez un patient donné à un moment donné. Il est donc possible de faire des choix thérapeutiques en fonction du statut cicatriciel.

Indications du DMSA

Pendant l'infection aiguë, le DMSA peut être utilisé chez le nourrisson fébrile pour diagnostiquer une pyélonéphrite, vu la pauvreté des signes cliniques spécifiques à cet âge. Quel que soit l'âge de l'enfant, le DMSA peut être utilisé pour dépister les patients susceptibles de développer des cicatrices et ainsi choisir la durée du traitement en fonction de l'importance des lésions aiguës. Ces indications pendant l'épisode aigu peuvent être utiles dans certaines situations cliniques mais aucune d'entre elles n'a été validée par des études à grande échelle.

L'indication du DMSA pratiqué 4 à 6 mois après une pyélonéphrite est d'évaluer les cicatrices rénales. En présence de pyélonéphrites à répétition, les résultats du DMSA peuvent nous amener à poser l'indication à une antibiothérapie prophylactique ou à rechercher agressivement un reflux intermittent. En présence d'un reflux, la mise en évidence de cicatrices rénales peut être une indication à une correction chirurgicale du reflux. Cette approche dirigée ne mène pas à faire plus d'interventions, mais au contraire à faire des interventions ciblées chez les patients qui en ont vraiment besoin.

REFERENCES

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2. Berg U.B. 1991. Long-term follow-up of renal function in IgA nephropathy. Arch Dis Child 66: 588-592.

3. Rugo H.S., et al. 1992. Local cytokine production in a murine model of Escherichia Coli pyelonephritis. J Clin Invest 89: 1032-1039.

4. Jacobson S.H., Hylander B., Wretlind B., Brauner A. 1994. Interleukin-6 and interleukin-8 in serum and urine in patients with acute pyelonephritis in relation to bacterial-virulence-associated traits and renal function. Nephron 67: 172-179.

5. Glauser M.P., Lyons J.M., Braude A.I. 1978. Prevention of chronic experimental pyelonephritis by suppression of acute suppuration. J Clin Invest 61: 403-407.

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9. Jéquier S., Jéquier J.C., Hanquinet S. 1998. Acute childhood pyelonephritis: predictive value of positive sonographic findings in regard to later parenchymal scarring. Acad Radiol 5: 344-353.

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12. Gendrel D., et al. 1997.Procalcitonin in bacterial and viral meningitis in children. Clin Inf Dis 24: 1240-1242.

13. Benador N., et al. 1998.Procalcitonin is a marker of severity of renal lesions in pyelonephritis. Pediatrics 102 : 1422-1425.

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17. Benador D., Benador N., Slosman D., Mermillod B., Girardin E. 1997. Are younger children at highest risk of renal sequelae after pyelonephritis? Lancet 349: 17-19.


 

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